Égalité

Égalité

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On peut croire que c’est un rêve fou. Pourtant.

Comment s’est installée la dérive selon laquelle tel être humain serait supérieur à tel autre ? À partir de quelle théorie devient-on inapte à aimer et à être aimé ? À partir de quand une victime devient-elle la personne à contrôler, à emprisonner ? À partir de quand sacrifie-t-on son humanité ?

Je comprends que l’autisme me rende différent, que les liens que je fais ne soient pas toujours accessibles aux neurotypiques. Je comprends aussi qu’en tant qu’homme blanc, je suis peu crédible pour dénoncer la violence conjugale que j’ai subie, même si j’ai été drogué à mon insu.

Pourquoi ne pas l’avoir dénoncé avant ? Comment se fait-il que tu ne t’en souvenais pas et que maintenant tu puisses le dire ? Pourquoi restais-tu dans cette situation ? Il y a tellement de questions où tout semble dépendre de moi.

Une telle « grande » psychologue, qui a mille et une théories sur la santé mentale de son frère, ne réalise pas qu’il est simplement autiste, n’accepte pas qu’il ait été victime de violence conjugale et en fait un objet de haine, de rejet, qu’il faut déshumaniser aux yeux de tous.

Un tel frère, un « grand » travailleur social, fait des liens pour aider. Des liens de maladie mentale, évidemment. Toujours l’absence d’autisme, l’absence de remise en question : il ne conçoit pas qu’il puisse être lui-même dans l’erreur, que sa vision soit fausse. Il est supérieur, comme sa sœur.

Pourtant, je ne demandais que le droit à l’égalité. J’ai essayé de vivre avec leurs théories, j’ai pris sur moi ces maladies. Mais l’autisme n’est pas quelque chose à soigner, c’est une personne à aimer. Et cela, l’amour, leur manquait cruellement.

Est-ce que si j’avais été une femme, par exemple, cela aurait été différent ? La question se pose légitimement. Sur quelle base m’aurait-on identifiée comme « différente » ? Quelle théorie aurait-on fait valoir pour m’enlever mon droit à l’égalité ?

C’est une colère normale qui naît devant tant d’injustice, devant tant de méprises. Rien ne justifiait qu’on m’enferme dans cette réalité, sauf peut-être ces fausses théories qu’on refusait de remettre en question, sauf cette supériorité de ces personnes qui me regardaient. D’où venait leur désir de vengeance et cet acharnement sur moi ? Je voyais de la haine, de l’ignorance aussi. C’était un labyrinthe sans issue.

Je ne peux me battre toute ma vie pour faire valoir que je suis autiste, que je ne suis pas malade mental, que je ne manque pas d’intelligence, que je ne suis pas paresseux, que je ne suis pas antisocial, etc. Ce n’est pas une vie que de passer son temps à prouver qu’on est un être humain.

Le fond de l’histoire est que ma différence est l’autisme. Mon esprit fonctionne différemment. Je réagis aussi à des événements différents. Je m’exprime différemment. Suis-je moins humain ? Suis-je inférieur ? Est-ce que cela donne le droit à qui que ce soit de me violenter ? Suis-je indigne d’avoir un enfant ?

On peut croire que c’est un rêve fou que de réclamer l’égalité. Ce n’est pourtant pas une faveur qui est demandée, c’est la base que de considérer son prochain comme un être humain.

Toi, quelle est ta différence ?

MAJ 5 mars 2026


Equality

One might think it is a foolish dream. And yet.

How did the drift take hold, suggesting that one human being is superior to another? By what theory does one become unfit to love and be loved? At what point does a victim become the person to be controlled, to be imprisoned? At what point does one sacrifice their humanity?

I understand that autism makes me different, that the connections I make are not always accessible to neurotypicals. I also understand that as a white man, I have little credibility when denouncing the domestic violence I suffered, even though I was drugged without my knowledge.

Why didn’t you report it before? How is it that you didn’t remember it and now you can speak of it? Why did you stay in that situation? There are so many questions where everything seems to depend on me.

A certain « great » psychologist, who has a thousand and one theories about her brother’s mental health, fails to realize that he is simply autistic, does not accept that he was a victim of domestic violence, and turns him into an object of hatred and rejection, to be dehumanized in the eyes of all.

A certain brother, a « great » social worker, makes connections to « help. » Connections to mental illness, obviously. Always the absence of autism, the absence of questioning: he cannot conceive that he himself might be in error, that his vision might be false. He is superior, just like his sister.

Yet, I was only asking for the right to equality. I tried to live with their theories; I took those illnesses upon myself. But autism is not something to be cured; it is a person to be loved. And that—love—was what they so cruelly lacked.

If I had been a woman, for example, would it have been different? The question is a legitimate one. On what basis would I have been identified as « different »? What theory would have been asserted to strip me of my right to equality?

It is a normal anger that is born in the face of such injustice, such misunderstandings. Nothing justified locking me into this reality, except perhaps those false theories they refused to question, except for the superiority of those people looking down at me. Where did their desire for revenge and their relentless pursuit of me come from? I saw hatred, and ignorance too. It was a labyrinth with no exit.

I cannot fight my whole life to prove that I am autistic, that I am not mentally ill, that I do not lack intelligence, that I am not lazy, that I am not antisocial, etc. It is no life to spend one’s time proving that one is a human being.

The bottom line is that my difference is autism. My mind functions differently. I also react to different events. I express myself differently. Am I less human? Am I inferior? Does that give anyone the right to violate me? Am I unworthy of having a child?

One might think it is a foolish dream to demand equality. Yet it is not a favor being asked; it is the very foundation of considering one’s neighbor as a human being.

You, what is your difference?

Updated March 5, 2026


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