Voir au-delà

English version below

Affiche de l’émission.

« Cette chronique met en lumière le « travail sur soi » nécessaire pour incarner une fonction publique ou médiatique. L’auteur y révèle sa propre vulnérabilité : comment le ton agressif d’un intervieweur, bien que professionnellement justifié, percute violemment son autisme et son SSPT. En analysant la transition chez Salut Bonjour et au 98,5 FM, il démontre que le succès d’une structure dépend de la capacité de l’individu à l’habiter pleinement « à son image ». C’est un regard croisé sur la politique et les médias où la « réalité abstraite » de l’auteur lui permet de décoder le jeu des apparences et la préparation réelle des candidats à la chefferie. »

Chronique de l’ombre : Voir au-delà

Hier, c’était un réveil avec Lagacé le matin. Assez nouveau pour moi, qui m’en tenais à la télévision. J’en ai déjà parlé : un côté voyeur que j’ai développé après l’accident d’auto. Je passais plus de temps dans mon esprit à explorer des mondes abstraits, avant d’y ajouter mon imagerie pour mieux interagir. Une sorte de pont entre la réalité abstraite et notre univers de la petite vie. Pour certains, il s’agissait d’hallucinations. Bref, tout cela a rendu le besoin de voir plus criant chez moi, d’autant que j’étais exclu d’une réalité sociale satisfaisante. Voyeurisme au sens large et au sens strict. De là ma supposition d’un attrait très mitigé pour la radio.

Depuis plusieurs années — ça remonte à mon mariage — le réveil se faisait sur Salut Bonjour. J’y ai vu Gino y faire ses premiers pas, jusqu’à l’arrivée de sa remplaçante, déjà dans l’équipe depuis longtemps. Après de tels changements, l’émission est sujette à des ajustements pour être à l’image de son animatrice principale de semaine, Ève-Marie Lortie, et de son animateur de fin de semaine, Richard Turcotte. Je pourrais dire la même chose de Patrick Lagacé après Paul Arcand. Chacun rend son œuvre à son image. Le secret du succès, finalement.

Donc, hier, j’écoutais Lagacé faire ses entrevues serrées avec Christine Fréchette, candidate à la chefferie de la CAQ, suivie de Bernard Drainville, du même parti. Je l’imagine, Lagacé, être aimable avant l’entrevue, s’assurer que tout le monde est bien et confortable. Je l’imagine prévenant. Puis, le micro s’ouvre et il se transforme en baveux, confronteur. Son autre côté pour s’équilibrer. Celui qui fait l’entrevue est aussi interviewé par son auditoire. J’entre dans un autre monde.

Je veux le trouver sympathique, mais le ton de sa voix me choque, me fait me refermer. Mon autisme s’entremêle à mon syndrome de stress post-traumatique. Le ton me blesse, déraisonnablement. Continuellement, je recadre ce vécu. Je me rappelle qu’il fait son dur pour ne pas être complaisant, pour obtenir de vraies réponses. N’empêche, grosse job. Pour lui et pour moi.

La course à la chefferie commence, tant pour Christine Fréchette que pour Bernard Drainville. On va se le dire : elle semble plus préparée. Lui, plus vague dans ses réponses. Un premier regard sur leurs premiers pas. Tous deux devront se faire une image d’eux-mêmes comme premier ou première ministre, créer un programme qui leur ressemble respectivement et trouver les mots pour transmettre le tout. Un travail sur soi grandement sous-estimé.


« This chronicle highlights the ‘inner work’ necessary to embody a public or media role. The author reveals his own vulnerability: how the aggressive tone of an interviewer, though professionally justified, violently strikes his autism and PTSD. By analyzing the transitions at Salut Bonjour and 98.5 FM, he demonstrates that the success of a structure depends on the individual’s ability to inhabit it fully ‘in their own image.’ It is a dual perspective on politics and media where the author’s ‘abstract reality’ allows him to decode the game of appearances and the actual readiness of leadership candidates. »

Chronicle of the Shadow: Seeing Beyond

Yesterday, it was waking up with Lagacé in the morning. Quite new for me, as I used to stick to television. I’ve mentioned it before: a voyeuristic side I developed after the car accident. I spent more time in my mind exploring abstract worlds before adding my own imagery to better interact. A sort of bridge between abstract reality and our « small life » universe. For some, these were hallucinations. In short, all this made the need to see more crying for me, especially since I was excluded from a satisfying social reality. Voyeurism in both the broad and strict sense. Hence my assumption of a very mixed interest in radio.

For several years—dating back to my marriage—the wake-up call was Salut Bonjour. I saw Gino take his first steps there, until the arrival of his successor, who had already been on the team for a long time. After such changes, the show is subject to adjustments to reflect its main weekday host, Ève-Marie Lortie, and its weekend host, Richard Turcotte. I could say the same about Patrick Lagacé after Paul Arcand. Each makes the work in their own image. The secret of success, ultimately.

So, yesterday, I was listening to Lagacé doing his tight interviews with Christine Fréchette, a candidate for the CAQ leadership, followed by Bernard Drainville from the same party. I imagine him, Lagacé, being friendly before the interview, making sure everyone is well and comfortable. I imagine him being considerate. Then, the microphone opens, and he turns into someone abrasive and confrontational. His other side, used for balance. The one conducting the interview is also being interviewed by his audience. I enter another world.

I want to find him likable, but the tone of his voice shocks me, makes me shut down. My autism intertwines with my post-traumatic stress disorder. The tone hurts me, unreasonably. Continually, I reframe this experience. I remind myself that he acts tough so as not to be complacent, to get real answers. Still, it’s a big job. For him and for me.

The leadership race is beginning, both for Christine Fréchette and Bernard Drainville. Let’s be honest: she seems better prepared. He is more vague in his answers. A first look at their first steps. Both will have to form an image of themselves as Premier, create a program that resembles them respectively, and find the words to convey it all. A work on the self that is greatly underestimated.


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