« Je » se déplace

English version below

Quand Je est un autre, de Jean-Claude Kaufmann

Mon commentaire

J’ai acquis ce livre dans une vie antérieure ; son titre résonnait en moi. À l’époque, marié, trahi et victime de violence conjugale, je vivais dans la terreur de perdre ma fille. J’étais déchiré entre le maintien d’une union toxique et le risque d’un départ destructeur. Finalement, le statu quo a engendré le pire des deux mondes : une emprise totale sur mon être et la perte de mon enfant.

On traquait mes failles pour mieux me déposséder, allant jusqu’à nier mes droits humains fondamentaux. J’esquissais alors une théorie, mais on me ramenait systématiquement à mon « je » et à ses fragilités. Il m’était impossible de pousser ma réflexion au-delà de mes prétendues « étrangetés ». C’est dans cette impasse que le diagnostic de l’autisme m’a enfin donné des ailes.

« Dans cette chronique, l’auteur définit sa fluidité identitaire non pas comme une instabilité, mais comme une capacité d’empathie extrême. En reprenant l’idée de Rimbaud (« Je est un autre »), il transforme le « Je » en un explorateur capable d’endosser les rôles du Christ (Surmoi), du Diable (Moi) ou de l’Antéchrist (Ça). Cette capacité de déplacement est ce qui lui permet de comprendre la structure de l’humanité de l’intérieur. Cependant, il identifie un plafond de verre social : alors que son esprit conquiert des royaumes intérieurs et virtuels, sa réalité physique reste marquée par l’isolement. L’autisme est ici le moteur qui lui donne des « ailes » pour sortir de l’impasse des faux diagnostics, mais le « Je » demeure seul, car la société peine à comprendre ce langage poétique et archétypal. C’est la thèse de l’auteur : le génie de la perception au prix de la solitude sociale. »

Chronique de l’ombre : « Je » se déplace

Ici, je suis le Diable. Là, je suis le Christ. Ailleurs, je traque l’Antéchrist avant de le devenir. Journaliste ici, poète là-bas. Parfois, je suis perçu comme le chef suprême du crime organisé, ignorant que je suis le guide d’un crime désorganisé fondé sur la terreur. Sans fin, je me déplace dans le temps et l’espace pour donner un sens à l’histoire de l’humanité — la mienne, la nôtre, la vôtre.

Le « je » pose problème. L’usage du ton personnel sur mon blogue est souvent perçu comme « non professionnel ». Bizarrement, on accepte volontiers l’image du Diable ou du monstre d’inhumanité, mais on me taxe de folie dès que j’évoque le Christ. Étrange humanité.

Qu’importe, je poursuis mon cheminement par l’abstraction. Une réflexion décousue qui a trouvé sa structure grâce à la psychanalyse. Nous en avons tracé les contours à travers mes personnages : le Christ est devenu le Surmoi ; le Diable a été identifié comme le Moi ; et l’Antéchrist renié s’est révélé être le Ça. J’y ajoute le Sanctificateur (le Saint-Esprit), qui incarne le Divin ou la relation au sacré. Au fond, l’humain est sacré, tant individuellement que collectivement. Voilà l’essence de ma théorie, explorée ici et dans mon livre L’enfer de Dieu.

À ces archétypes, il faut ajouter le « je ». Pour incarner ces rôles, le « je » se déplace et endosse ces identités. Le « je » n’est plus moi, il devient l’autre : une forme d’empathie extrême.

Dans cette perspective, « Je » est le miroir de l’humanité. Une fois le voile levé sur le langage poétique et l’aspect déroutant de ce « je » mouvant — perçu à tort comme un manque d’intelligence — j’ai pu accéder à mon propre royaume. Une conquête concrète en moi, virtuelle ailleurs, mais jamais sociale. Le social demeure mon plafond de verre.

« Je » est seul. Telle est ma thèse.


My Commentary

I acquired this book in a former life; its title resonated deeply within me. At the time, married, betrayed, and a victim of domestic violence, I lived in terror of losing my daughter. I was torn between remaining in a toxic union and the risk of a destructive departure. Ultimately, the status quo brought about the worst of both worlds: a total stranglehold on my being and the loss of my child.

People hunted for my flaws to better dispossess me, going so far as to deny my fundamental human rights. I was sketching out a theory back then, but I was systematically brought back to my « I » and its frailties. It was impossible for me to push my reflection beyond my alleged « strangeness. » It was in this deadlock that the diagnosis of autism finally gave me wings.

« In this column, the author defines his identity fluidity not as instability, but as a capacity for extreme empathy. Echoing Rimbaud’s idea (‘I is someone else’), he transforms the ‘I’ into an explorer capable of inhabiting the roles of Christ (Superego), the Devil (Ego), or the Antichrist (Id). This shifting ability is what allows him to understand the structure of humanity from within. However, he identifies a social glass ceiling: while his mind conquers inner and virtual kingdoms, his physical reality remains marked by isolation. Autism is the engine here, giving him ‘wings’ to escape the deadlock of false diagnoses, but the ‘I’ remains alone, as society struggles to grasp this poetic and archetypal language. This is the author’s thesis: the genius of perception at the cost of social solitude. »

Shadow Chronicle: The Shifting « I »

Here, I am the Devil. There, I am Christ. Elsewhere, I track the Antichrist before becoming him myself. A journalist here, a poet there. Sometimes, I am perceived as the supreme leader of organized crime, unaware that I am the guide of a disorganized crime built on terror. Without end, I shift through time and space to give meaning to the history of humanity—mine, ours, yours.

The « I » is a problem. The use of a personal tone on my blog is often perceived as « unprofessional. » Curiously, people readily accept the image of the Devil or a monster of inhumanity, yet I am deemed mad the moment I evoke Christ. Strange humanity.

No matter, I pursue my journey through abstraction—a disjointed reflection that found its structure through psychoanalysis. We traced its contours through my personae: Christ became the Superego; the Devil was identified as the Ego; and the disavowed Antichrist revealed itself to be the Id. I would add the Sanctifier (the Holy Spirit), who embodies the Divine or the relationship to the sacred. Ultimately, the human being is sacred, both individually and collectively. This is the essence of my theory, explored here and in my book God’s Hell (L’enfer de Dieu).

To these archetypes, the « I » must be added. To play these roles, the « I » shifts in order to inhabit these identities. The « I » is no longer me; it becomes the other: a form of extreme empathy.

In this perspective, « I » is the mirror of humanity. Once the veil was lifted on the poetic language and the unsettling nature of this shifting « I »—mistakenly perceived as a lack of intelligence—I was able to gain concrete access to my own kingdom. A concrete conquest within myself, virtual elsewhere, but certainly not socially. The social realm remains my glass ceiling.

« I » is alone. That is my thesis.


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