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  • Je, me, moi. La suite.

    Je, me, moi. La suite.

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    Pauline Marois, au-delà du pouvoir

    Pauline Marois, au-delà du pouvoir, écouté sur Audible.ca. J’ai des moments où la lecture est si pénible, si lourde, que je cesse pratiquement de lire. Apparemment, je serais dyslexique. C’est possible, bien que ce soit par intermittence davantage prononcée. Dans ces occasions, je m’abstiens de lire : peut-être par découragement, peut-être est-ce un signe que j’ai besoin de repos. Quoi qu’il en soit, j’ai écouté ce livre qui relate les souvenirs politiques de Pauline Marois. J’ai bien aimé faire ce retour sur le Québec des dernières décennies, sous son angle particulier.

    Voici quelques-unes des réflexions que cette biographie m’a inspirées :

    On relate l’anecdote sur les « Yvette ». Je ne replonge pas dans l’épisode politique de la chose, il faut lire le livre. Par contre, j’aimerais bien mentionner une vision qui me semble aller au-delà de la politique, soit l’image des femmes et une façon de faire qui peut s’exporter, si je puis dire. Toute cette histoire, ce moment de douce révolte, le besoin d’émancipation des femmes, a été marqué par un passage dans l’éducation. L’image stéréotypée de la femme qu’on présentait dans les livres, une vision unique de ce qu’elles devaient être, a été graduellement remplacée et complétée par d’autres, plus diversifiées. On pouvait voir de plus en plus de modèles de femmes dans des situations historiquement dévolues aux hommes. Cela est connu.

    Ma réflexion porte sur les images dominatrices de l’arrivée des Européens, toutes guerres confondues, en sol autochtone. La version d’un seul côté de la médaille, où les Autochtones sont présentés comme des « Sauvages », avec plus ou moins de nuances, est fausse et demande des explications complémentaires. Plus de 400 ans plus tard, nous réalisons l’importance de vivre en harmonie avec la nature, ce qui était fondamental pour eux et leurs modes de vie. Quels avantages avions-nous à les décrire ainsi ? Est-ce que les objectifs du voyage devraient être mis en perspective avec ce qui s’est passé par la suite ? L’histoire de la découverte de l’Amérique par les Européens ne devrait-elle pas expliquer davantage comment les Autochtones se sont sentis envahis, voire éventuellement trahis ? Il me semble que ce vécu, celui des Autochtones, est absent de nos livres d’école et serait facilement insérable.

    Cette question d’image de la Femme en implique d’autres, en domino. L’image de l’Homme est ainsi à redéfinir. Qu’est-ce qu’un homme vrai, si les tâches ne le représentent plus ? Qu’en est-il des genres qui n’étaient pas reconnus il y a à peine quelques années, tel qu’on peut le voir avec les différents mouvements de fierté LGBTQ+ ? On doit avoir plusieurs modèles de famille, de couple, de personne. C’est essentiel de pouvoir s’identifier, de se retrouver dans la société dans laquelle nous vivons.

    Une autre réflexion que j’ai eue porte sur le « Beau risque » de René Lévesque. Comme vous le savez, j’ai moi-même proposé sur Twitter un compromis pour une saine cohabitation dans un Canada uni, bien qu’étant indépendantiste. C’était loin d’être une renonciation au rêve d’un pays avec notre culture québécoise, mais une tentative ultime d’unité. En même temps que je connais la passion de certains pour cette indépendance, je ne souhaitais pas que, consciemment ou non, ceux-ci voient un intérêt à faire déraper cette honnête tentative de compromis. Sans être un idéal, c’était quelque chose avec quoi nous pouvions vivre et, finalement, prendre un certain envol pour nous développer comme peuple multiethnique avec un fond culturel français. C’était donc une « stratégie » qu’on ne devait pas expliquer pour ne pas corrompre les esprits de « mes » passionnés, aimés et admirés ; une stratégie qui devait être menée de bonne foi et avec tous les efforts possibles, sans retenue. Aveuglément. Absolument rien de machiavélique ici.

    C’est pourquoi je pense que René Lévesque avait raison de présenter son projet de « Beau risque », pourquoi il s’est retrouvé seul et que cela allait tout à fait dans le sens de sa démarche initiale. Au fond, c’était au Canada de nous montrer qu’il comprenait notre différence et de nous donner les moyens de grandir à l’intérieur de cette famille canadienne. Le mur de la domination avait très peu de probabilités de remise en question parce que les racines sont profondes. Il y a la Loi sur les Indiens, d’abord et avant tout. Ensuite, il est vrai que le gain engendré par la guerre contre les Français perdrait beaucoup de sens. Le pouvoir deviendrait bien relatif avec de telles reconnaissances.

    Je suis un peu mal à l’aise de faire autant de commentaires sur un seul ouvrage, ce n’est pas mon habitude. Il faut tout de même parler de cette réaction que nous avons comme peuple. La Polytechnique : un attentat avec une réaction entre le déni et la peur de l’imitation. Est-ce qu’il y avait encore des jeunes hommes qui pensaient la Femme de cette façon ?! Une question qu’on n’osait pas vraiment formuler, mais qui marquait un réveil brutal. L’autre aspect du refus de dire est assurément la peur que cela puisse inciter d’autres hommes à faire la même chose. Horreur totale. Même comportement face à l’attentat politique contre Mme Marois : personne ne voulait admettre qu’une telle chose puisse se produire au Québec. On pourrait en dire autant quant à l’attentat à la mosquée de Québec. On pouvait bien avoir des discussions enflammées sur les réseaux sociaux, mais jamais personne n’aurait envisagé un tel geste inhumain. Déni, refus de nommer et peur de l’imitation forment un tout.

    Je terminerais mes commentaires avec ceci : le travail critique est nécessaire à l’avancement d’une société, même à celui de chaque personne. Il est bon d’avoir un point de vue qui nous sorte de notre bulle de réflexion ou de travail. La critique gratuite est autre chose : elle sert à diminuer l’autre, sans fondement réel. Je ne l’aime pas parce que c’est mon choix, mon opinion, que je résumerais ainsi : une attitude malsaine.

    En complément

    Les plafonds de verre brisés de Pauline Marois (Le Devoir)

    Oui, au-delà des partis (Urbania)

    Mon texte : Je, me, moi. La suite.

    Nier mon autisme m’a fait vivre dans l’isolement, une violence sociale avec des racines familiales. Je peux comprendre qu’il soit difficile d’établir ma différence, mais aller se battre contre moi, chercher ma condamnation, s’allier à mes agresseurs pour me détruire, pour m’enlever mon avenir, était vraiment d’une bassesse sans nom. C’est impardonnable. Faire cela alors qu’on me faisait une profession de foi, une déclaration d’amour, c’est de la traîtrise.

    Mon chemin de croix s’est déroulé grandement dans les couloirs des faux diagnostics de maladie mentale. D’après certains symptômes identifiés, quelquefois sortis d’une boîte à surprise, on déduisait une maladie. C’était ainsi indiscutable ! Je voulais en parler, j’ajoutais par le fait même un trouble de la personnalité. J’insistais, j’avais tous les troubles de la personnalité. D’une violence inouïe !

    Enfermé dans ma propre tête, réduit à la projection d’un autre, sans aucune possibilité de me défendre, de nuancer ou même de simplement questionner. Comme si ce n’était pas suffisant, on ajoutait le silence autour de ce qu’on pensait de moi, de ce que signifiait cette projection sur moi, la définition du diagnostic ou à partir de quoi on conclut une opinion « parole d’évangile », etc. J’étais condamné. À vie. Des taches qui me colleront à la peau, dans différents ministères et ailleurs, pour le reste de mes jours sans jamais avoir la possibilité de rectifier.

    Des promesses de guérison, il y en avait. Des résultats, aucun. Au mieux, j’étais gelé avec des médicaments prescrits et inappropriés, ce qui amenait d’autres faux diagnostics ! Tiens, ça me fait penser au « NON » du référendum, plein de promesses de reconnaissance, d’adaptation de la Constitution qui nous niait, mais résultat : silence éternel. Une grande violence que d’attendre des décennies sans réponses, accablés d’accusations pour la moindre différence ou particularité qu’on peut démontrer.

    La projection de mon vécu a toujours coïncidé avec celle de mon peuple. Il y a quelque chose de profondément troublant là-dedans. En même temps, en creusant cette projection, je ne peux qu’y retrouver mes racines humaines, près des peuples autochtones. En contraste, cela me rassure. Dans un texte, je vous parlais d’un cube Rubik sur lequel nous projetions nos idéaux. Eh bien, j’ai l’impression de retrouver aussi ce cube en moi. Pas vous ?

    En complément

    Je, me, moi (L’Extraterrestre)

    9 mars 2026


    Me, Myself, and I. The Sequel.

    Pauline Marois, au-delà du pouvoir

    Pauline Marois, au-delà du pouvoir, listened to on Audible.ca. I have moments where reading is so painful, so heavy, that I practically stop reading. Apparently, I might be dyslexic. It is possible, although it is more pronounced intermittently. On those occasions, I refrain from reading: perhaps due to discouragement, perhaps it is a sign that I need rest. In any case, I listened to this book which recounts the political memories of Pauline Marois. I enjoyed revisiting the Quebec of recent decades from her particular perspective.

    Here are some of the reflections this biography inspired in me:

    The « Yvettes » anecdote is recounted. I won’t dive back into the political episode of the matter; one must read the book. However, I would like to mention a vision that seems to me to go beyond politics, namely the image of women and a way of doing things that can be exported, so to speak. This whole story, this moment of gentle revolt, the need for women’s emancipation, was marked by a shift in education. The stereotyped image of the woman presented in books—a single vision of what they should be—was gradually replaced and supplemented by other, more diversified ones. We could see more and more models of women in situations historically assigned to men. This is well known.

    My reflection concerns the dominating images of the arrival of Europeans—across all wars—on Indigenous soil. The version from only one side of the coin, where Indigenous people are presented as « Savages, » with more or less nuance, is false and requires complementary explanations. More than 400 years later, we realize the importance of living in harmony with nature, which was fundamental to them and their lifestyles. What advantages did we have in describing them this way? Should the objectives of the journey be put into perspective with what happened afterward? Should the history of the discovery of America by Europeans not explain more about how Indigenous people felt invaded, or even eventually betrayed? It seems to me that this experience, that of the Indigenous people, is absent from our schoolbooks and would be easily insertable.

    This question of the image of Woman implies others, like dominoes. The image of Man is thus to be redefined. What is a true man, if tasks no longer represent him? What about genders that were not recognized just a few years ago, as can be seen with the various LGBTQ+ pride movements? We must have several models of family, couple, and person. It is essential to be able to identify oneself, to find oneself in the society in which we live.

    Another reflection I had concerns René Lévesque’s « Beau risque » (Great Risk). As you know, I myself proposed a compromise on Twitter for a healthy cohabitation in a united Canada, despite being a sovereignist. It was far from a renunciation of the dream of a country with our Quebec culture, but an ultimate attempt at unity. While I know the passion of some for this independence, I did not want them, consciously or not, to see an interest in derailing this honest attempt at compromise. Without being an ideal, it was something we could live with and, finally, take flight to develop as a multi-ethnic people with a French cultural background. It was therefore a « strategy » that should not be explained so as not to corrupt the minds of « my » passionate, loved, and admired ones; a strategy that had to be carried out in good faith and with all possible effort, without restraint. Blindly. Absolutely nothing Machiavellian here.

    This is why I think René Lévesque was right to present his « Beau risque » project, why he found himself alone, and why it was entirely in line with his original approach. Basically, it was up to Canada to show us that it understood our difference and to give us the means to grow within this Canadian family. The wall of domination had very little probability of being questioned because the roots are deep. There is the Indian Act, first and foremost. Furthermore, it is true that the gain generated by the war against the French would lose much meaning. Power would become quite relative with such recognitions.

    I feel a bit uneasy making so many comments on a single work; it is not my habit. Nevertheless, we must speak of this reaction we have as a people. Polytechnique: an attack with a reaction between denial and fear of imitation. Were there still young men who thought of Woman in this way?! A question we didn’t really dare to formulate, but which marked a brutal awakening. The other aspect of the refusal to speak is surely the fear that it might incite other men to do the same. Total horror. The same behavior regarding the political attack on Ms. Marois: no one wanted to admit that such a thing could happen in Quebec. The same could be said for the attack on the Quebec City mosque. We could have heated discussions on social media, but no one would ever have envisioned such an inhuman act. Denial, refusal to name, and fear of imitation form a whole.

    I would end my comments with this: critical work is necessary for the advancement of a society, even for that of each person. It is good to have a point of view that takes us out of our bubble of reflection or work. Gratuitous criticism is something else: it serves to diminish the other, without real foundation. I do not like it because it is my choice, my opinion, which I would summarize as follows: an unhealthy attitude.

    In addition

    Les plafonds de verre brisés de Pauline Marois (Le Devoir)

    Oui, au-delà des partis (Urbania)

    My text: Me, Myself, and I. The Sequel.

    Denying my autism made me live in isolation, a social violence with family roots. I can understand that it might be difficult to establish my difference, but to go to battle against me, seek my condemnation, ally with my aggressors to destroy me, to take away my future, was truly of a nameless baseness. It is unforgivable. To do this while being given a profession of faith, a declaration of love, is treachery.

    My stations of the cross took place largely in the corridors of false mental illness diagnoses. Based on certain identified symptoms, sometimes pulled out of a jack-in-the-box, a disease was deduced. It was thus indisputable! I wanted to talk about it; by that very fact, I added a personality disorder. I insisted; I had all the personality disorders. Of an incredible violence!

    Locked in my own head, reduced to the projection of another, without any possibility of defending myself, of adding nuance or even simply questioning. As if that were not enough, silence was added regarding what was thought of me, what this projection on me meant, the definition of the diagnosis or on what basis an opinion was concluded as « gospel truth, » etc. I was condemned. For life. Stains that will stick to my skin, in different ministries and elsewhere, for the rest of my days without ever having the possibility to rectify them.

    There were promises of healing. Results, none. At best, I was frozen with prescribed and inappropriate medications, which led to other false diagnoses!

    Wait, that reminds me of the « NO » of the referendum, full of promises of recognition, of adaptation of the Constitution that denied us, but the result: eternal silence. A great violence to wait for decades without answers, burdened with accusations for the slightest difference or particularity one might demonstrate.

    The projection of my experience has always coincided with that of my people. There is something deeply troubling in that. At the same time, by digging into this projection, I can only find my human roots there, close to Indigenous peoples. In contrast, this reassures me. In a text, I spoke to you about a Rubik’s cube on which we projected our ideals. Well, I have the impression of finding that cube in myself too. Don’t you?

    In addition

    Me, Myself, and I (L’Extraterrestre)

    March 9, 2026