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  • Blue Moon : La prothèse sociale

    Blue Moon : La prothèse sociale

    Blue Moon : La prothèse sociale

    Une autre très bonne série que je regarde est Blue Moon. J’y vois un besoin de recherche d’une vérité, de construire un tout cohérent avec une réalité. Un besoin inlassable qui m’habite. Photo : gracieuseté.

    Je ne saurais nommer le sacré en moi. Je le ressens, je l’intuitionne. Il est partout : dans les structures que je vois, dans mon fonctionnement comme dans mes visions. Quand je prends le temps de toucher un arbre, par exemple, je sens ce sacré, comme une réalité concrètement partagée le temps d’un instant. Une communion.

    Au fil des ans, j’ai remarqué que mon fonctionnement exigeait que tout ait une utilité. Encore aujourd’hui, j’ignore si je peux affirmer que ce but utilitaire est propre à l’autisme en général ou si c’est moi qui l’ai, plus ou moins consciemment, greffé à ma personnalité.

    Je constatais et je jugeais. Est-ce qu’en agissant ainsi, je réduisais l’autre à un objet dépourvu de ses autres caractéristiques humaines ? Étais-je avec quelqu’un simplement parce qu’il m’était utile ? Est-on avec moi parce que je suis utile ? Tout cela m’apparaissait superficiel, me bloquait dans mes relations sociales et amoureuses. Je refusais de ressentir ce sentiment, de vivre sans profondeur. Je ne sais pas ; peut-être que cela découle des dénonciations de ma mère concernant les « femmes-objets », un discours féministe d’une époque. Évidemment, cela s’ajoute à l’autisme et affecte mes relations sociales.

    Néanmoins, je persiste à croire que je peux avoir des relations sociales saines et satisfaisantes. Cela demande des efforts pour les neurotypiques qui veulent construire une relation avec moi, bien sûr. Je pense différemment, je réagis à des choses différentes et mon sens du sacré est particulier. Je le souhaite tout de même. J’y travaille sans relâche. Disons qu’il faut construire une « prothèse » pour arriver à se comprendre, arriver à communier en quelque sorte.

    À tort ou à raison, j’ai toujours tenu pour acquis que chacun voulait communiquer avec les autres, que personne ne voulait être isolé. C’est vrai pour moi, en tout cas. Si je rencontre quelqu’un qui souhaite établir une relation avec moi, je suis partant. Je ne sais pas par où commencer, comment briser la glace, comment présenter ma réalité. L’ampleur du travail que demande la compréhension de mon fonctionnement me gêne. Il faut être motivé.

    Un aspect du présent projet social est donc égoïste, personnellement utilitaire. Je cherche désespérément à sortir de mon isolement. J’utiliserais toute la magie possible, je franchirais tous les obstacles pour y arriver. D’un autre côté, ce qui m’est utile, ce qui est sacré, est une réalité partagée, une communion des objectifs.

    MAJ 6 mars 2026


    Blue Moon: The Social Prosthesis

    Another very good series I am watching is Blue Moon. In it, I see a need to search for a truth, to build a coherent whole with a reality. A restless need that dwells within me. Photo: courtesy.

    I could not name the sacred within me. I feel it; I sense it through intuition. It is everywhere: in the structures I see, in my way of functioning, and in my visions. When I take the time to touch a tree, for example, I feel this sacredness, like a reality concretely shared for a brief moment. A communion.

    Over the years, I have noticed that my functioning demanded that everything have a utility. Even today, I do not know if I can claim that this utilitarian goal is inherent to autism in general or if it is something I have, more or less consciously, grafted onto my personality.

    I would observe and I would judge. By acting this way, was I reducing the other to an object stripped of their other human characteristics? Was I with someone simply because they were useful to me? Are people with me because I am useful? All of this seemed superficial to me, blocking me in my social and romantic relationships. I refused to feel this way, to live without depth. I don’t know; perhaps it stems from my mother’s denunciations of « women-objects, » a feminist discourse of a certain era. Obviously, this adds to the autism and affects my social relations.

    Nevertheless, I persist in believing that I can have healthy and satisfying social relationships. It requires effort from neurotypicals who want to build a relationship with me, of course. I think differently, I react to different things, and my sense of the sacred is unique. I still desire it. I work on it relentlessly. Let’s say that a « prosthesis » must be built to manage to understand each other, to manage a kind of communion.

    Rightly or wrongly, I have always taken it for granted that everyone wanted to communicate with others, that no one wanted to be isolated. It is true for me, at least. If I meet someone who wishes to establish a relationship with me, I am in. I don’t know where to start, how to break the ice, or how to present my reality. The sheer scale of the work required to understand my functioning embarrasses me. One must be motivated.

    One aspect of this social project is therefore selfish, personally utilitarian. I am desperately seeking to escape my isolation. I would use all possible magic; I would cross every obstacle to get there. On the other hand, what is useful to me, what is sacred, is a shared reality, a communion of objectives.

    Updated March 6, 2026