Étiquette : 60

  • Entre deux mondes

    Entre deux mondes

    Entre deux mondes

    C’est toujours la même chose. Que ce soit parce que j’arrive dans un nouvel endroit ou que j’entame une nouvelle relation, tout repart à zéro. Je ne peux compter ni sur mon expérience, ni sur mes connaissances. Je ne sais pas pourquoi ; l’autisme est une supposition. Quoi qu’il en soit, je suis continuellement face à l’inconnu, dans un monde étrange que je dois découvrir. C’est anxiogène, évidemment. Perdu, abandonné à moi-même et sans accès à mes ressources mnémoniques, il ne peut en être autrement.

    Je suis comme un enfant qui rencontre une situation pour la première fois. Le regard que je porte s’impose à moi et il peut être fort différent d’une fois à l’autre. Même si, de manière abstraite, je saisis rapidement un portrait global, je ne peux rien utiliser avant qu’une certaine somme de réflexions découlant de mes points de vue ne soit effectuée. Est-ce un fonctionnement si atypique ? En tout cas, c’est mon histoire avec les structures et mon choix de ne pas les manipuler, ou le moins possible.

    Le constat est que je suis toujours ramené à l’humain. C’est la seule constante : l’humain. Que je ne connaisse pas la valeur de la monnaie locale — pour reprendre l’exemple de mon dernier texte — ou que la langue me soit étrangère même s’il s’agit de celle de ma grand-mère, que je ne puisse pas reproduire mon mode de vie habituel (un trauma qui se répète sans cesse) : tout cela revient finalement à moi, l’être humain.

    Quelquefois, je mets des mots sur un vécu et je ressens de la colère, celle découlant d’une grande injustice. D’autres fois, j’ai honte d’avoir agi comme un enfant, naïvement ou sans réfléchir. La plupart du temps, j’éprouve tout cela au même moment. Puis vient le besoin de parler de ma dignité humaine, de la mienne comme de celle des autres.

    8 mars 2026


    Between Two Worlds

    It is always the same thing. Whether I arrive in a new place or enter a new relationship, everything starts from scratch. I can rely neither on my experience nor on my knowledge. I do not know why; autism is a possibility. Regardless, I am continuously faced with the unknown, in a strange world that I must discover. It is anxiety-inducing, obviously. Lost, left to my own devices, and without access to my mnemonic resources, it cannot be otherwise.

    I am like a child encountering a situation for the very first time. The gaze I cast upon it is forced upon me, and it can differ greatly from one time to the next. Even if I quickly grasp a global picture abstractly, I can utilize nothing until a certain amount of reflection, stemming from various perspectives, has been completed. Is such a way of functioning so atypical? In any case, this is my story with structures and my choice not to manipulate them—or to do so as little as possible.

    The conclusion is that I am always brought back to the human element. It is the only constant: the human. Whether I am ignorant of the value of the local currency—to use the example from my last text—or the language is foreign to me even though it was my grandmother’s, or I am unable to reproduce my usual way of life (a trauma that repeats incessantly): it all ultimately comes back to me, the human being.

    Sometimes, I put words to an experience and feel anger—the kind that stems from a great injustice. Other times, I feel ashamed for having acted like a child, naively or without thinking. Most of the time, I feel all of this at once. Then comes the need to speak of my human dignity—both my own and that of others.

    8 mars 2026