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    Projection

    Projection

    J’ai toujours eu un intérêt pour la projection. Toutefois, ce n’est qu’après mon traumatisme crânien que j’y ai réfléchi plus en profondeur. Après le coma qui a suivi, les gens projetaient sur moi la personne qu’ils croyaient connaître. Étant amnésique, j’ai tenté d’endosser ces personnages projetés sur moi. Je ressentais un besoin urgent d’avoir une identité et, un peu comme un comédien qui finirait par se perdre dans le rôle qu’il incarne, j’intégrais les différentes images que l’on avait de « moi ». Poussé par ce que je sais maintenant être mon autisme, j’analysais les structures de ces personnalités jouées.

    Parallèlement, j’étais imprégné par cette expérience mystique de mort imminente. J’avais des images issues de mon coma, ainsi qu’un puissant sentiment de bien-être. Inévitablement, je voyais en cela Dieu. À mon tour, je me projetais sur l’autre, peu importe qu’il fût Dieu ! Sur cet écran, je pouvais voir la réalisation de mes rêves les plus profonds, de mes espoirs les plus fous.

    À toutes ces expérimentations s’ajoutaient des apparitions sous forme d’images, des « flashbacks » qui n’avaient aucun sens, bien qu’ils fussent possiblement des souvenirs. Tout cela faisait partie de mon univers ; il y avait de quoi être totalement confus. J’essayais d’obtenir de l’aide, mais la complexité de ma réalité rendait la projection sur moi encore plus probable. Un réflexe humain pour privilégier la simplicité, je suppose.

    Afin de faire le lien entre mes projections et celles des autres, je me suis inscrit à une formation en psychologie transpersonnelle. C’est là que j’ai approfondi mon hypothèse sur la projection et mon refus de m’arrêter à une seule interprétation de la réalité. Sans le savoir, je développais un esprit critique.

    C’est à travers la psychanalyse que j’ai finalement pu donner un sens aux structures que je percevais. J’ai élaboré un outil pour mieux les appréhender et mieux les nommer. Grâce à cette démarche psychanalytique, j’ai appris à déconstruire adéquatement ce qui avait été échafaudé sans plan précis au fil des traumas, pour finalement arriver à me rebâtir consciemment, tout en ayant connaissance de ce processus de projection.

    Exemples concrets dans mon texte de vendredi. À suivre.

    8 mars 2026


    Projection

    I have always had an interest in projection. However, it was only after my traumatic brain injury that I reflected on it more deeply. Following the coma that ensued, people projected onto me the person they thought they knew. Being amnesic, I tried to adopt these characters projected upon me. I felt an urgent need for an identity and, much like an actor who ends up losing himself in the role he plays, I integrated the various images people had of « me. » Driven by what I now know to be my autism, I investigated the structures of these performed personalities.

    At the same time, I was permeated by that mystical near-death experience. I had images lingering from my coma, as well as a powerful sense of well-being. Inevitably, I saw God in this. In turn, I projected myself onto the « other, » no matter if that other was God! On that screen, I could see the fulfillment of my deepest dreams and my wildest hopes.

    To all these experiences were added apparitions in the form of images—flashbacks that made no sense, though they were possibly memories. All of this was part of my universe; it was enough to leave anyone completely muddled. I tried to seek help, but the complexity of my reality made projection onto me even more likely. A human reflex for the sake of simplicity, I suppose.

    Partly to bridge the gap between my projections and those of others, I enrolled in a program for transpersonal psychology. It was there that I further developed my hypothesis on projection and my refusal to settle for a single interpretation of reality. Without knowing it, I was developing a critical mind.

    Through psychoanalysis, I was finally able to give meaning to the structures I saw. I developed a tool to better grasp and name them. Thanks to this psychoanalytic process, I learned to properly deconstruct what had been built without a clear plan through years of trauma, ultimately rebuilding myself consciously while remaining aware of this projection process.

    Concrete examples in Friday’s text. To be continued.

    March 8, 2026