Devenir : une réflexion inspirée
La vie est faite de surprises ; tout ne peut être planifié. Pourtant, on entend des histoires comme celle-ci, des récits où la réussite semble écrite d’avance. On oublie les combats intérieurs de ces personnes et, comme dans ce cas-ci, l’improbabilité d’une telle réalisation sociale. Un livre humain qui raconte le vécu d’une femme noire. J’ai adoré.
Projection
Il me semble impossible d’écrire, dans mon style, sur ma vision de la projection. Cela m’apparaît par moments comme une montagne, par d’autres comme une situation irréelle. Je suppose l’un et l’autre, car la vie ne cesse de me rappeler ma condition humaine.
Je rappelle souvent l’idée de repartir à zéro, de refaire sa vie, de renaître. Pourtant, je ne suis pas de ceux qui veulent refaire l’histoire. Ce sont pour moi deux réalités distinctes. Le défi du passé est de l’accepter.
Pourquoi alors prendre autant de temps à reconstituer notre vécu ? Le quotidien est le résultat, la synthèse de cette histoire. On retrouve dans le moment présent la possibilité de réparer des erreurs ou des incompréhensions, et d’y apporter un nouvel éclairage. À partir de ce moment, une réflexion est nécessaire. Pour les uns comme pour les autres, un héritage est à recevoir.
Dans une période de conquêtes, l’ennemi est diabolisé. On l’afflige de sa différence, de ce qui le démarque le plus, de ce en quoi on ne peut pas se projeter : croyances, traits physiques, orientations ou identités sexuelles, langues, cultures. Le gain ultime est que l’ennemi finisse par intégrer cette image que l’on projette sur lui. Cela démoralise ses troupes et détruit ses aptitudes psychologiques au combat. Il devient à la fois victime et soumis. Ainsi, la guerre se gagne et les révoltes éventuelles sont presque mort-nées*.
La victime se voit à travers les yeux de son agresseur. C’est vrai pour la guerre, le viol ou toute situation de domination. Ainsi, le vaincu a tendance à se sentir coupable, étant à la fois, inconsciemment, l’un et l’autre. J’ai réalisé cela avec l’aide de mon psychanalyste. Il y a la culpabilité de ne pas s’être défendu adéquatement, et celle de se voir, à travers le regard de l’autre, dépossédé de tout pouvoir sur soi-même. Un héritage lourd à porter. Un combat intérieur commence ; un déchirement humain prend naissance.
Je continuerai de discuter de ma théorie de la projection la semaine prochaine.
*L’Art de la guerre, Sun Tzu.
8 mars 2026
Becoming: An Inspired Reflection
Life is full of surprises; not everything can be planned. Yet we hear stories like this one—tales where success seems written in advance. We forget the internal battles these people face and, as in this case, the improbability of such social achievement. A deeply human book recounting the life of a Black woman. I loved it.
Projection
It seems impossible for me to write, in my own style, about my vision of projection. At times it feels like a mountain; at others, like an unreal situation. I suspect both, as life never ceases to remind me of my human condition.
I often return to the idea of starting from scratch, of rebuilding one’s life, of being reborn. Yet I am not among those who wish to rewrite history. These appear to me as two distinct realities. The challenge of the past is to accept it.
Why, then, take so much time to reconstruct our experiences? Daily life is the result, the synthesis of that history. In the present moment, we find the possibility of repairing errors or misunderstandings and casting a new light upon them. From that point on, reflection is necessary. For everyone involved, there is a heritage to be received.
In times of conquest, the enemy is demonized. They are burdened with their difference—whatever sets them apart most, whatever we cannot project ourselves into: beliefs, physical traits, sexual orientations or identities, languages, cultures. The ultimate gain is for the enemy to internalize this image projected upon them. This demoralizes their troops and destroys their psychological capacity for combat. They become both victim and subject. Thus, the war is won, and any potential revolts are nearly stillborn*.
The victim sees themselves through the eyes of their aggressor. This holds true for war, rape, or any situation of domination. Consequently, the vanquished tends to feel guilty, being unconsciously both one and the other. I realized this with the help of my psychoanalyst. There is the guilt of not having defended oneself adequately, and the guilt of seeing oneself, through the eyes of the other, stripped of all power over oneself. A heavy heritage to carry. An internal battle begins; a human tearing is born.
I will continue discussing my theory of projection next week.
*The Art of War, Sun Tzu.
March 8, 2026

