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  • Ensemble

    Ensemble

    Ensemble

    J’ai découvert, il y a déjà plusieurs mois, cette série sur Netflix. Au début, je me rappelle avoir été intrigué, malgré une certaine désorientation. Vite, par contre, le goût irrésistible de poursuivre s’est installé. Croyez-vous à une telle télépathie, à une sorte de communion ?

    Mon texte

    Tout était bizarre, je ne sais pas. Un sentiment de déjà-vu mélangé à quelque chose d’étrange que je ne pouvais pas nommer. J’étais rempli d’un grand bien-être face à une nouvelle réalité, non menaçante, mais se présentant comme un film, avec une distance semblable. Je sortais du coma, amnésique.

    J’ai déjà raconté ma vulnérabilité et ses conséquences. En regardant en arrière, je réalise que j’attendais qu’on me dise qui j’étais et qu’on m’apprenne comment agir. Un enfant dans un corps d’adulte. Il s’est avéré que personne ne me connaissait vraiment ; chacun avait son histoire à raconter, sa petite version et, comme je l’ai appris plus tard, sa propre théorie sur ma différence.

    Laissé plus ou moins à moi-même, je devais tout apprendre de la vie. J’ai vagabondé dans les hôpitaux pour finalement baisser les bras. Après les électroencéphalogrammes et le rendez-vous médical qui suivait, j’étais seul face à l’un et à l’autre, puis je retournais chez moi. Il n’y avait personne pour m’expliquer ce qui se passait vraiment ou pour faire un lien avec quoi que ce soit qui ait pu avoir du sens pour moi. Ma mémoire était très fragmentée, de telle sorte que je pouvais me souvenir d’un repas d’il y a quelques jours, mais ne pas savoir si je m’étais nourri le jour même. J’étais perdu dans un nouveau monde.

    Pour faire fonctionner mon cerveau, je me suis inscrit à des cours dans le civil. Bien sûr, la mémoire est encore plus importante à l’école. C’est donc sans grande surprise que les résultats étaient représentatifs de cette difficulté. Là encore, j’avais toute ma liberté. Tant que je pouvais m’inscrire à un cours ou à un programme, et que j’en avais le goût, tout allait bien, je pouvais procéder. Je me servais de ces cours comme d’une réhabilitation. Une réhabilitation prescrite par moi-même.

    Évidemment, vivre isolé face à une infinité de problèmes quotidiens, sans personne pour me prendre en charge, m’a amené à consulter des psys. De cela aussi, je vous en ai parlé. Plus le temps avançait, plus ma situation se compliquait, et moins j’avais d’aide appropriée. Au contraire, on m’enfonçait en rajoutant un poids sur mes épaules à chaque nouvelle personne ou chaque nouvel événement le moindrement bruyant. Je ne pouvais plus parler sans qu’on en rajoute. J’étais vidé de mon essence. Je n’étais plus une personne, mais un dossier à traiter — même pas une bouche à nourrir ou un membre de la famille à aimer.

    Bon, peut-être que la colère me fait oublier un soutien reçu çà et là.

    Je me suis éventuellement retrouvé chez un psychanalyste. Pourquoi pas ? En plus, il était curieux du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) qui était « la théorie » à mon sujet à ce moment-là. On a fini par se chicaner sur je ne sais quel sujet — peut-être un rendez-vous manqué — puis il est décédé peu après. La psychanalyse a repris avec un autre médecin. Il me fallait recommencer à zéro, mais plus rapidement, fort de certains acquis. J’ai ainsi fini par faire une psychanalyse complète grâce à ce dernier. J’avais développé un outil incroyable : je pouvais dorénavant travailler efficacement avec les structures que je voyais ! En théorie.

    J’avais l’outil, mais tout restait à faire. Selon ce médecin, je devais simplement laisser le temps faire son œuvre. Le temps… mais le poids du passé demeurait. Isolé, j’ai commencé à chercher un équilibre extérieur différent en changeant d’entourage. Le diagnostic d’autisme est très récent dans ma vie — environ deux ans — bien que j’aie passé le plus clair de mon temps dans les hôpitaux et les écoles. C’est inacceptable pour une société comme la nôtre.

    Au Québec, aujourd’hui, on parle de rénover les structures en place pour évoluer plus rapidement et éliminer graduellement les inégalités. On veut améliorer le système d’éducation, ajouter des centres de soins pour les aînés et les personnes handicapées ; les policiers veulent une formation sur la réalité des personnes souvent discriminées ; les gouvernements tentent un virage vert en minimisant les impacts économiques. Il existe plusieurs études sur la façon de rendre l’économie plus humaine, plus axée sur le bien-être. Tout cela converge. À nous de rendre ces changements durables et de passer à l’action.

    9 mars 2026


    Together

    I discovered this series on Netflix several months ago. At first, I remember being intrigued, despite a certain sense of disorientation. Soon, however, an irresistible urge to continue took hold. Do you believe in such telepathy, in a kind of communion?

    My Text

    Everything was bizarre, I don’t know. A feeling of déjà vu mixed with something strange I couldn’t name. I was filled with a great sense of well-being facing a new reality—one that wasn’t threatening, but presented itself like a film, with a similar distance. I was coming out of a coma, an amnesiac.

    I have already spoken of my vulnerability and its consequences. Looking back, I realize I was waiting for someone to tell me who I was and to teach me how to act. A child in an adult’s body. It turned out that no one really knew me; everyone had their own story to tell, their own little version, and, as I learned later, their own theory about my difference.

    Left more or less to my own devices, I had to learn everything about life. I wandered through hospitals, eventually giving up. After the EEGs and the subsequent medical appointments, I was alone in both, and then I would return home. There was no one to explain what was really happening or to make a connection with anything that might have made sense to me. My memory was very fragmented, so much so that I could remember a meal from a few days ago but not know if I had eaten that very day. I was lost in a new world.

    To get my brain working, I enrolled in civilian courses. Of course, memory is even more important in school. So, it was no surprise that the results reflected this difficulty. Even then, I had total freedom. As long as I could sign up for a course or a program and felt like it, everything was fine; I could proceed. I used these courses as rehabilitation. A rehabilitation self-prescribed.

    Of course, living isolated, facing an infinity of daily problems without anyone to take charge of me, led me to consult therapists. I’ve told you about that as well. As time went on, my situation grew more complicated, and the appropriate help grew scarcer. On the contrary, I was being dragged down, with a new weight added to my shoulders by every new person or every slightly noisy event. I couldn’t speak without someone adding to it. I was drained of my essence. I was no longer a person, but a file to be processed—not even a mouth to feed or a family member to love.

    Well, perhaps anger makes me forget a bit of support received here and there.

    I eventually found myself with a psychoanalyst. Why not? Moreover, he was curious about Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD), which was « the theory » about me at the time. We ended up arguing over some subject—perhaps a missed appointment—and he passed away shortly after. Psychoanalysis resumed with another doctor. I had to start from scratch, but faster, building on certain gains. I eventually completed a full psychoanalysis thanks to the latter. I had developed an incredible tool: I could now work effectively with the structures I saw! In theory.

    I had the tool, but everything remained to be done. According to this doctor, I just had to let time do its work. Time… but the weight of the past remained. Isolated, I began to seek a different external balance by changing my surroundings. The autism diagnosis is very recent in my life—about two years—even though I spent most of my life in hospitals and schools. This is unacceptable for a society like ours.

    In Quebec today, there is talk of renovating existing structures to evolve more quickly and gradually eliminate inequalities. We want to improve the education system, add care centers for the elderly and people with disabilities; the police want training on the reality of those often discriminated against; governments are attempting a green shift while minimizing economic impacts. There are several studies available on how to make the economy more human, more focused on well-being. All of this converges. It is up to us to make these changes sustainable and to take action.

    March 9, 2026

Longueuil, mon pays (Québec)

« Pédagogie et philosophie des enjeux de société par le prisme des TI. »