Décalage
Je me sens quelquefois déphasé par rapport à la société ou à mon environnement social. Je vois certainement ma différence comme une explication de ce décalage. Puis, peu à peu, j’approfondis ma réflexion, comprends mieux les motivations de chacun et arrive à prendre plus de distance face à ce qui m’affecte.
Cela me crée un autre problème : l’action. Comment dois-je réagir face à quelqu’un qui me fait du mal bien que je sois empathique à sa situation ? D’un côté, je comprends sa misère, alors que de l’autre je ne peux que constater ma souffrance qui en découle. Passer à l’action n’est pas toujours évident.
Le pardon seul ne suffit pas à tourner la page, non plus. La personne, par exemple, continue à me faire du mal ou me laisse aux prises avec des conséquences de ses gestes, conséquences qui me rappellent ma fragilité et qui me rendent encore plus vulnérable face à d’autres personnes ou situations, conséquences qui nient mon droit d’existence. Le pardon ne peut être la seule réponse.
C’est comme si la personne qui me fait du mal, la personne à qui je suis prêt à pardonner, devait de son côté prendre conscience du mal que j’ai, à tel point que l’action de réparer serait inévitable de sa part. Un sentiment de justice semble nécessaire pour un pardon équilibré, comme si l’empathie devait être des deux côtés.
Aujourd’hui, j’ai l’impression que mon texte est en décalage avec la Fête nationale d’hier.
D’un côté, j’ai prêté ma maison pour la réalisation d’un grand rêve qui devait inclure le mien, de l’autre je me sens volé, abusé par l’état des lieux, par le manque de respect. Peu importe ma différence, je suis d’abord et avant tout un être humain et je ne peux tout simplement pas accepter un tel comportement. Une action est nécessaire.
Peut-être que cela paraît abstrait. N’empêche que j’ai besoin de crier mon mal.
9 mars 2026
Gap
I sometimes feel out of step with society or my social environment. I certainly see my difference as an explanation for this gap. Then, little by little, I deepen my reflection, better understand everyone’s motivations, and manage to take more distance from what affects me.
This creates another problem for me: action. How should I react to someone who hurts me even though I am empathetic to their situation? On one hand, I understand their misery, while on the other I can only observe my suffering that results from it. Taking action is not always obvious.
Forgiveness alone is not enough to turn the page, either. The person, for example, continues to hurt me or leaves me struggling with the consequences of their actions, consequences that remind me of my fragility and make me even more vulnerable to other people or situations, consequences that deny my right to exist. Forgiveness cannot be the only answer.
It is as if the person who hurts me, the person I am ready to forgive, had to, on their part, become aware of the pain I have to such an extent that the action of making amends would be inevitable on their part. A sense of justice seems necessary for a balanced forgiveness, as if empathy had to be on both sides.
Today, I feel like my text is out of step with yesterday’s National Holiday.
On one hand, I lent my house for the realization of a great dream that was supposed to include mine; on the other, I feel robbed, abused by the state of the premises, by the lack of respect. Regardless of my difference, I am first and foremost a human being and I simply cannot accept such behavior. An action is necessary.
Perhaps this seems abstract. Nonetheless, I need to cry out my pain.
March 9, 2026

