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    Immigration

    Immigration

    Mon texte : Immigration

    Un peu partout dans le monde, nous réalisons le besoin d’un amour sain pour son prochain. Au Québec, l’héritage catholique revu et corrigé a pris une forme particulière. Les valeurs fondamentales du christianisme ont été intégrées dans notre idéal de vie. Au-delà de la pratique religieuse, plus ou moins délaissée, nous gardons un attachement certain pour ce patrimoine qu’on voit encore sacré, avec un relatif respect.

    N’empêche que notre rapport avec Dieu a changé. Dorénavant, notre idéal est projeté plus volontiers sans l’intermédiaire d’un prêtre ou d’un religieux. Nos églises sont peu fréquentées, mais plusieurs sacrements sont encore souhaités. Quand ça va mal, on cherche un accompagnement pour nous aider. On peut aussi prier secrètement. Quand ça va bien, on a tendance à remercier Dieu ou la vie ; une gratitude.

    Je ne connais pas toutes les causes de cette distance avec la religion. Je crois que les scandales sexuels jouent un rôle important, sinon majeur dans ce besoin de prendre un recul. Peut-être aussi que de réaliser une séparation entre la politique et la religion nous est apparu plus libérateur que pour d’autres.

    Ainsi, la laïcité québécoise nous permettait de contrer la guerre des religions, mais dans l’acceptation des croyances de chacun. Une approche plus française, je suppose. Le peuple s’appropriait les pouvoirs de l’éducation, des soins médicaux et les femmes commençaient à se sortir du carcan de la simple reproduction, alors que la religion traînait avec elle une vision ancestrale des us et coutumes d’un autre temps imbriqués dans le sacré.

    Cette position complexe, à mi-chemin entre la reconnaissance du sacré et la nécessaire liberté pour s’épanouir comme être humain, implique un travail considérable de compréhension. Quelquefois cela peut prendre l’aspect d’un rejet complet de la religion ou même de Dieu tout en contraste avec des démonstrations d’attachement à son patrimoine culturel. On va peu dans les églises sans vouloir les voir disparaître. Leur présence nous sécurise.

    L’idée serait donc d’en finir avec la discrimination religieuse, dans le compromis d’une certaine laïcité de l’État. Le compromis doit se faire de part et d’autre, sinon ce n’est pas un compromis : acceptation des croyances de chacun, respect de notre cheminement culturel typiquement québécois.

    Inévitablement, l’immigration se ferait sur la base du respect des cultures, sur la reconnaissance de la culture unique du Québec. Cette reconnaissance évite la diabolisation de l’autre parce que la culture québécoise n’est plus niée. Cela change tout.

    Quitter son pays, tout ce à quoi on s’identifie, c’est un grand deuil à faire ou, plus précisément, beaucoup de petits deuils qui se poursuivront pendant des décennies ; une mort lente et quotidienne, en quelque sorte. Il y a besoin d’être accueilli avec compassion, avec la compréhension de la démarche que ces personnes traversent.

    Même si on quitte pour le mieux, c’est humain et sain de regarder derrière et de prendre le temps d’assumer ce qu’on laisse. Il s’agit d’un processus de guérison pour réapprendre à vivre, pour vivre autrement aussi, mais probablement toujours avec un fond de nostalgie. L’amour de nos racines.

    Au Canada nous accueillons les nouveaux arrivés en leur disant que toutes les cultures peuvent coexister, qu’il n’y a rien à changer ou très peu. On n’explique pas du tout la culture distincte du Québec, le besoin de la revitaliser, de la renforcer pour qu’elle puisse s’épanouir. Cet aspect est nié. L’accueil se fait donc par le Canada, toujours avec ce fond britannique, implicitement de langue anglaise.

    On ne saurait réduire la culture d’une nation à sa langue, bien que cette dernière soit néanmoins fondamentale. Ainsi, le Québec a sa propre culture qui ne se limite pas à sa seule langue.

    L’accueil officiel de l’immigration donne une sécurité aux nouveaux arrivants, une preuve d’être citoyen d’un nouveau pays, d’une nouvelle organisation politique. Cette sécurité doit être conservée en ajoutant une meilleure connaissance de la réalité québécoise, de sa culture multiethnique unique, voire un multiculturalisme avec un fond français.

    Même besoin de sécurité pour les Autochtones face à des droits conférés par des traités avec la monarchie britannique tout en ayant besoin d’être réassurés sur leurs droits ancestraux et leur relation spirituelle avec la nature. Il ne suffit pas de leur dire nos bonnes intentions, il faut agir, incarner des solutions viables et constructives pour eux aussi.

    Cela est tout aussi essentiel pour le peuple québécois d’origine française. On ne peut toutefois pas passer sous silence la participation des Québécois anglophones dans l’épanouissement du Québec. Il doit y avoir une reconnaissance explicite pour eux aussi, pour une saine sécurité de tous.

    Je crois sincèrement que ceci représente les bases d’une société distincte, paisible et prête à prendre son envol. Dans un amour sain pour les uns et les autres et dans un respect mutuel des cultures de chacun, en gardant présent à l’esprit que de nier une culture est destructeur.

    9 mars 2026


    Immigration

    My text: Immigration

    All over the world, we realize the need for a healthy love for one’s neighbor. In Quebec, the revised and corrected Catholic heritage has taken a particular form. The fundamental values of Christianity have been integrated into our ideal of life. Beyond religious practice, which has been more or less abandoned, we maintain a certain attachment to this heritage which we still see as sacred, with relative respect.

    Nonetheless, our relationship with God has changed. From now on, our ideal is projected more readily without the intermediary of a priest or a religious figure. Our churches are sparsely attended, but several sacraments are still desired. When things go wrong, we seek accompaniment to help us. We can also pray secretly. When things go well, we tend to thank God or life; a gratitude.

    I do not know all the causes of this distance from religion. I believe that sexual scandals play an important, if not major, role in this need to step back. Perhaps also, realizing a separation between politics and religion appeared more liberating to us than to others.

    Thus, Quebec secularism [laïcité] allowed us to counter the war of religions, but within the acceptance of each person’s beliefs. A more French approach, I suppose. The people took over the powers of education and medical care, and women began to emerge from the straitjacket of mere reproduction, while religion carried with it an ancestral vision of customs and habits from another time, embedded in the sacred.

    This complex position, halfway between the recognition of the sacred and the necessary freedom to flourish as a human being, involves a considerable work of understanding. Sometimes this can take the form of a complete rejection of religion or even of God, in contrast with demonstrations of attachment to one’s cultural heritage. We rarely go to churches without wanting to see them disappear. Their presence reassures us.

    The idea would therefore be to end religious discrimination, through the compromise of a certain secularism of the State. The compromise must be made on both sides, otherwise it is not a compromise: acceptance of each person’s beliefs, respect for our typically Quebec cultural journey.

    Inevitably, immigration would take place on the basis of respect for cultures, on the recognition of the unique culture of Quebec. This recognition avoids the demonization of the other because Quebec culture is no longer denied. That changes everything.

    Leaving one’s country, everything one identifies with, is a great mourning to undergo or, more precisely, many small mournings that will continue for decades; a slow and daily death, in a way. There is a need to be welcomed with compassion, with an understanding of the process these people are going through.

    Even if one leaves for the better, it is human and healthy to look back and take the time to assume what one leaves behind. It is a healing process to relearn how to live, to live differently too, but probably always with a background of nostalgia. The love of our roots.

    In Canada, we welcome newcomers by telling them that all cultures can coexist, that there is nothing to change or very little. We do not explain the distinct culture of Quebec at all, the need to revitalize it, to strengthen it so that it can flourish. This aspect is denied. The welcome is therefore done by Canada, always with this British background, implicitly English-speaking.

    One cannot reduce the culture of a nation to its language, although the latter is nonetheless fundamental. Thus, Quebec has its own culture which is not limited to its language alone.

    The official welcoming of immigration gives security to newcomers, proof of being a citizen of a new country, of a new political organization. This security must be maintained by adding a better knowledge of the Quebec reality, of its unique multi-ethnic culture, even a multiculturalism with a French background.

    The same need for security exists for Indigenous people regarding rights conferred by treaties with the British monarchy, while needing to be reassured of their ancestral rights and their spiritual relationship with nature. It is not enough to tell them our good intentions; we must act, embody viable and constructive solutions for them too.

    This is just as essential for the Quebec people of French origin. One cannot, however, overlook the participation of English-speaking Quebecers in the flourishing of Quebec. There must be explicit recognition for them as well, for a healthy security for all.

    I sincerely believe that this represents the foundations of a distinct, peaceful society ready to take flight. In a healthy love for one another and in a mutual respect for each other’s cultures, keeping in mind that denying a culture is destructive.

    March 9, 2026

« Pédagogie et philosophie des enjeux de société par le prisme des TI. »