
La vie, la vie, la vie : l’isolement
« Ce passage illustre la phase de gestation où le « Moi », emprisonné dans sa bulle de verre, tente de briser sa programmation de survie par l’accouchement d’une œuvre. La violence du mental agit ici comme un mécanisme de défense face à l’isolement, une réaction éthérique au sentiment de vide qui sépare le zombie du monde des vivants. C’est dans cette tension entre le désir d’amour omnipotent et l’impossibilité du contact social que se forge la structure du futur Gladiateur, apprenant à transformer sa souffrance en un instrument de mesure pour la Cité. »
La vie, la vie, la vie : l’isolement
« Une bulle d’une matière transparente — autre que le verre et dure comme le diamant — m’entourait. Il m’était pratiquement impossible d’acquérir de nouvelles connaissances, de ressentir de nouvelles émotions, d’atteindre de nouveaux objets. Je ne voyais que deux moyens pour me sortir de cette prison unicellulaire : la créativité ou la violence.
La créativité est un processus de longue haleine puisqu’un temps de gestation plus ou moins long — plus long que court en ce qui me concerne — précède toujours l’apparition de l’œuvre. L’attente de chaque accouchement et de sa révélation entraînait chez moi des frustrations et des blessures qui étaient effectives et ressenties douloureusement.
Comme première ressource, j’utilisais toujours la créativité, mais le débordement des souffrances provoquait ma violence, une violence que nous subissons tous, mais que peu semblent reconnaître et vouloir nommer : la violence du mental. Mon mental tissait des liens qui m’emprisonnaient.
Des questions et des questions. Chaque réponse tournait autour des conséquences de l’acte de création. Les suites n’arrivaient jamais, le problème était bien là. Je restais pris dans mon attente. Le monde dans lequel je vivais accentuait la couleur de ma différence. Bientôt une grande insatisfaction structurait ma bulle d’isolement.
Je ne pouvais plus toucher à rien. Rien de ce que je désirais, en tout cas. Dans ces moments, j’aurais tellement aimé avoir une famille, des amis, une amie de cœur, mais tout contact social était coupé. Un seul sentiment m’habitait : l’amour. Un sentiment exalté, une insatisfaction dantesque. Un isolement omnipotent. »
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.145-146.
Life, Life, Life: Isolation
« This passage illustrates the gestation phase where the « Self, » imprisoned in its glass bubble, attempts to break its survival programming through the birthing of a work. The violence of the mind acts here as a defense mechanism against isolation, an etheric reaction to the feeling of void that separates the zombie from the world of the living. It is within this tension between the desire for omnipotent love and the impossibility of social contact that the structure of the future Gladiator is forged, learning to transform suffering into a measuring instrument for the City. »
Life, Life, Life: Isolation
« A bubble of transparent material — other than glass and as hard as diamond — surrounded me. It was practically impossible for me to acquire new knowledge, to feel new emotions, to reach new objects. I saw only two ways to escape this unicellular prison: creativity or violence.
Creativity is a long-term process since a gestation period of varying length — more long than short in my case — always precedes the appearance of the work. The wait for each birth and its revelation brought about frustrations and wounds in me that were real and painfully felt.
As a primary resource, I always used creativity, but the overflow of suffering triggered my violence, a violence that we all undergo, but that few seem to recognize and want to name: the violence of the mind. My mind wove the bonds that imprisoned me.
Questions and more questions. Every answer revolved around the consequences of the act of creation. The follow-ups never came; the problem lay right there. I remained caught in my waiting. The world I lived in accentuated the color of my difference. Soon, a great dissatisfaction structured my bubble of isolation.
I could no longer touch anything. Nothing that I desired, at least. In those moments, I would have so loved to have a family, friends, a partner, but all social contact was severed. A single feeling inhabited me: love. An exalted feeling, a Dantesque dissatisfaction. An omnipotent isolation. »
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.145-146.


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