Développement psychologique : les Puissants, des Rosiliens

English version below

Montage de captures d’écran de publications ayant servies à nos chroniques.

Développement psychologique : les Puissants, des Rosiliens

«Ce texte montre que votre « méthode extraterrestre » ne date pas d’hier. Déjà en 2007, vous utilisiez la fiction pour décortiquer les mécanismes de l’élite et la détresse de l’individu face à un système qui le dépasse. C’est le socle de votre pensée actuelle.»

Développement psychologique : les Puissants, des Rosiliens

« Valorisantes, ces soirées! Toujours le même petit cercle fermé. L’élite. Nous sommes les Puissants. Nous dictons l’orientation technologique, scientifique, politique et sociologique. Nous inspirons aussi les croyances religieuses. Pourtant, au sortir de ces rencontres, je me sens toujours fautif.

« Je m’appelle Jean Filion. Je suis né, il y a 37 ans, le 463e jour de l’an 5022. Bien avant ma conception, mes parents connaissaient mon devenir. Par conséquent, j’ai reçu tous les outils nécessaires pour remplir ma tâche actuelle. Avec ces détails biographiques, vous ne serez pas surpris d’apprendre que je suis le Quatrième.

« En principe, je suis « Celui-qui-sait ». J’ai bien dit en principe. Je connais le Livre comme si je l’avais écrit moi-même. J’ai le sentiment de connaître Dieu, de communiquer avec lui et d’agir selon sa volonté. J’aimerais bien vous parler plus longuement de moi, mais le coeur n’y est pas. Je ne cesse de penser à cette Fin annoncée. Même la foi en mon élection divine s’en trouve ébranlée.

« J’écris ces lignes dans mon temps, mon espace et ma dimension. La forme de vie qui subsiste présentement sur cette planète est mue par des préoccupations diverses et très différentes des vôtres, de celles du XXIe siècle terrestre. J’ignore si vous comprendrez mon langage ou même si vous saurez lire les concepts que j’avance. J’essaierai toutefois d’être précis et concis.

« J’ai peine à croire qu’aujourd’hui, pendant cette rencontre, nous avons enfin compris ce que Dieu attendait de nous, pauvres Rosiliens. Il nous a demandé de résoudre l’énigme de la Fin parce qu’il ne comprend pas l’anéantissement. Pourquoi devrions-nous résoudre ce logogriphe? Et pourquoi, quoi?

« La demande manque de rigueur, de précision. Que devons-nous comprendre, nous, les Suivants, que le Tout-Premier n’avait pas compris? C’est troublant, enfin. Et ce « pourquoi » ne vient-il pas nous annoncer des bouleversements et notre extinction prochaine? Si Dieu avait plutôt insisté sur ce que nous pensions de cette Fin, des bouleversements, des cataclysmes, nous aurions peut-être pu envisager avec lui l’immortalité des Rosiliens.

« Ne m’écoutez pas. C’est ma souffrance qui s’exprime. À la réunion, je parlerai de cette douleur, de cette immense inquiétude presque transe. Tandis que chacun aura l’air au-dessus de ses affaires pour camoufler sa souffrance et ses revendications, moi, j’aurai le coeur sur la langue. Un coeur brisé. À chacun ses malheurs. À chacun ses peines. À chacun, aussi, ses solutions.

« Nous manipulons un univers entier pour essayer de résoudre ses problèmes et j’en ai honte. Nous vivons dans un monde dit objectif, indolent. Suffirait-il d’être à l’écoute pour ressentir la souffrance cachée sous cette prétendue objectivité?

« Le premier homme des Puissants est un guerrier, toujours prêt à se battre pour défendre une cause qui lui semble juste ou attaquer l’ennemi qui menace le territoire. Georges, au début de la quarantaine, est légèrement bedonnant. Il démontre une confiance en lui peu commune pour dissimuler sa timidité. Son langage est châtié ou relâché selon les occasions. Il adore les femmes et les poursuit de son regard.

« Dès sa naissance, il a été orienté, comme tous les Puissants, vers le champ d’activité qui lui était prédestiné. Tout militaire qu’il soit, il refuse d’appartenir à un régiment ou d’y être associé de près ou de loin.

« Sa mission obligeait qu’il développe des relations saines avec les autres membres de la communauté pour les aider à consolider leur identité et leur sentiment d’appartenance. L’objectif rosilien de l’expérimentation était probablement clair, mais il a poursuivi un but individualiste qui l’a détourné du bien commun. Comme la plupart d’entre nous, Georges n’a pas encore réussi à vaincre la dualité entre la multiplicité du monde rosilien et l’unité du monde divin. Sa vie oscille constamment entre les deux mondes.

« Le deuxième homme, André, aime exagérément le luxe et les plaisirs de la vie. Mais c’est dans la force de sa volonté que réside son pouvoir, son élan, son énergie. Promptitude de décision et d’exécution confirme cette puissance dynamique.

« Si on reconnaît son intensité psychique et sa force physique, on repère tout aussi aisément son innocence dès qu’on l’approche. Cette simplicité est une valeur ajoutée à son charme. Tous ses besoins s’en trouvent comblés : son charme prévient tous les manques matériels. Pour ce qui est de l’amour, c’est une autre histoire.

« Bel homme, genre sportif, ses vêtements de qualité supérieure mettent en évidence son allure athlétique. Par-dessus tout, il aime se pavaner. Tout autant qu’il s’amuse à s’exhiber dans les salons, tout autant on s’amuse à le fuir. Un jeu conscient. Un jeu imprudent. Blessé, désillusionné, maintes fois trahi par la femme, il a développé le culte de la spontanéité débridée.

« Pour plusieurs d’entre nous, il représente la réussite sociale. Mais le Deuxième ne croit plus en l’amour. Il l’espère, il l’appelle à tout instant. Héroïque ou esprit tordu?

« L’idéalisme, pour ne pas dire l’utopie, caractérise le troisième homme. Il croit en un monde meilleur, à un monde bâti par l’amour, dans l’amour, sur l’amour. Par contre, il se dit prêt à employer n’importe quel subterfuge pour arriver à cet idéal. C’est ce que nous entendons quand il explique son implication et quand on observe ses actions « soi-disant » bienveillantes. Devant nos allégations moqueuses, Daniel se défend contre toute dérogation. Il a peut-être raison, après tout, de nier son morcellement. Il est vrai que la souffrance de ceux qu’il aime est au centre de ses intérêts. Il est prêt à tout pour les soulager. Sa compassion est vive, assurément. S’il ne parle pas explicitement de ses peines personnelles, il en réfère implicitement.

« Quant à moi, Jean, je suis un observateur. Je crois en l’unité de la multiplicité comme en l’harmonie des instruments musicaux dans un ensemble symphonique. Mais, voilà, le chef d’orchestre est absent. Autrement dit, le plan de notre société n’est pas encore suffisamment défini, ou du moins ne l’est plus. Lorsque j’avance une idée, fruit d’une observation raffinée, mes opposants sont légion. Le Livre, la source de toutes connaissances rosilo-divines, qu’elles soient psychologiques, spirituelles, sociales ou religieuses, devrait m’indiquer la marche à suivre pour organiser ce monde rosilien. Qu’à cela ne tienne, ma solitude me tourmente et m’empêche de contempler et de méditer. Le problème est là.

« Le cinquième homme, Pierre, est un communicateur hors pair. Il réussit à faire passer ses idées sans jamais se montrer indifférent aux idées des autres. Il prône cependant la compréhension des siennes. C’est un fin argumentateur. Sa démarche est sans contredit franche, voire même agressive s’il le faut. D’une agressivité positive, bien sûr. Il sait ce qu’il veut. Il sait où il s’en va. Mais vaut mieux penser mûrement, et deux fois plutôt qu’une, avant de le suivre. La route proposée n’est peut-être pas celle à laquelle on pense. Elle n’est peut-être pas aplanie non plus comme elle nous apparaît au premier abord. Le Cinquième est un original. Si je ne connaissais pas ses intentions louables pour la communauté, je pourrais dire que sa manière d’être et d’agir frôle celle d’un infidèle.

« Nathalie, la sixième personne, la seule femme du groupe des Puissants, voit le monde et sa réalité de façon pénétrante. Cette éclaireuse a une lucidité étonnante. Sa problématique est d’être confrontée aux ombres de l’environnement. Elle prétend que ses conseils sont judicieux — ce que je pense aussi — et ne peut s’empêcher de critiquer constamment le statu quo des Rosiliens. Leur entêtement à vouloir se contenter de leurs petits bonheurs quotidiens la révolte. Elle voudrait leur plein épanouissement, leur réalisation plénière. À la vue de ce manque d’énergie pour croître, elle reste blottie dans son coin sans mot dire. C’est tout de même elle qui, la première, a fait allusion à la présente crise.

« Le septième homme, Antoine, qu’on surnomme le géant, est plus grand que la majorité des gens. Celui-là cherche l’harmonie en tout. C’est un homme de synthèse. Intuitif, il saisit rapidement le point de vue de chacun. Devin, il l’est. À moins qu’il ne connaisse parfaitement bien le langage du corps. Parfois, Antoine devine les intentions de son interlocuteur avant même qu’il n’ait ouvert la bouche. À défaut d’avoir cultivé sa confiance en soi, il a développé son intuition pour compenser ce manque. Double tranchant : son action s’en trouve inefficace, presque toujours amoindrie.

« Chacun d’entre nous possède ses aliénations qui le font souffrir. L’espérance est fondée quand on sait que les peines, les peurs, les angoisses associées à ces difficultés de croissance peuvent venir embourber nos vies par des projections et des transferts sur notre environnement. Sans espoir, peut-on continuer à vivre sainement? Comment contrer nombre de conditions négatives et sombres, injustes ou insatisfaisantes rencontrées dans la vie collective? Leur accroissement est significatif ici, aujourd’hui encore plus que dans votre monde confronté aux médias. Si, dans votre siècle, ceux-ci soulignent de manière exagérée et unilatérale les maux par l’agression et le besoin de détruire le système par des actions violentes, que pensez-vous qu’il nous arrive à nous, Rosiliens? L’information à outrance, du poison vif pire que la mort-aux-rats.

« L’émotion rattachée à un événement non digestible par la foi — comme la mort par exemple — vient nous hanter chaque jour, chaque nuit. Il suffit de si peu pour cette reviviscence émotive. Oui, chacun vit son Golgotha.

« Les parents du Septième furent tués lors d’une rébellion. Trop jeune et sans soutien affectif, il en a gardé un sentiment de culpabilité. Ainsi, chaque fois qu’il s’affirme, son malaise augmente, le pétrifie et l’oblige à s’isoler pendant plusieurs heures ou plusieurs jours pour récupérer son énergie. Un jour de détresse, je l’ai abordé, sans le brusquer, évidemment.

« — La mort peut être vécue comme un cadeau si elle fortifie ton énergie pour vivre, si elle encourage ton élan, si elle devient un guide d’amour. Comme elle peut aussi bien transporter sa cruauté si elle est vécue comme une culpabilisation. Depuis des temps immémoriaux, nos Maîtres ont enseigné que nous ne mourons pas, mais que nous quittons simplement notre enveloppe physique pour agir dans les corps astral, mental, causal… C’est écrit noir sur blanc dans le Livre. Le but final est de nous élever jusqu’à ce que nous réalisions notre unité en Dieu, toute Conscience et toute Félicité.

« Dans quelle société vivons-nous? Pourquoi la souffrance infantile du Septième n’a-t-elle attiré l’attention de personne de l’environnement ou, peut-être même surtout, de son groupe?

« Cela dit, nous connaissons aussi, comme vous, la guerre des clans. Beaucoup se sont battus pour empêcher la formation de notre groupe d’élite. Beaucoup aussi voudraient prendre notre suite, mais ils ignorent l’éventualité de la Fin. Selon les prophéties cachées du Livre, nous serions le dernier conseil à siéger. L’anarchie est à nos portes. Allons donc. Le peuple croit en un monde sans Dieu, sans mythe, sans symbole, sans loi. Imposture!

« Encore là, la peur de ne pas être choisis de Dieu guide les Rosiliens vers les abîmes. Pour compenser cette peur, l’avidité est apparue comme solution à leur problème. Jamais satisfaits. Toujours plus et encore plus. Ce n’est qu’une expression d’un désir égoïste. Un déséquilibre s’est installé. Les pauvres, ils se battent contre eux-mêmes. Toute cette énergie psychique dépensée à combattre les autres, à abattre les autres.

« Depuis des siècles, nous cherchons à éviter cette pollution psychologique. Nous n’avons pas trouvé la régulation adroite de l’utilisation et de la manifestation du désir, de la pulsion ou de l’émotion. Les poisons forts administrés à dose infinitésimale sont curatifs, dans certains cas. Mais même si quelques Puissants connaissent la posologie, la masse n’est pas prête à en vérifier le bien-fondé. Chez nous comme dans vos sociétés, l’affirmation de soi excessive et débridée semble être l’une des causes majeures de l’agression et de la violence. C’est la crise.

« Depuis plusieurs années, vous utilisez effectivement cette forme d’énergie à toutes les sauces. Vous vous acheminez progressivement vers la destruction de votre planète.

« On peut unifier son esprit à l’esprit d’un autre et en prendre possession. Quelques Rosiliens le font trop grossièrement et cette façon de faire se tourne contre eux, contre leur peuple, contre la civilisation.

« Nous, les Puissants, les Sept, formons l’élite de notre univers, un univers qui s’élève, malgré le chemin long et ardu à parcourir, vers la Fin.

« La rencontre se passe dans un salon où tous se sentent à l’aise, comme chez eux. Il s’agit d’un salon sobre et raffiné. Les murs sont beiges. À gauche, en entrant, la bibliothèque en merisier occupe un mur au complet. Un bureau, aussi en merisier, tourne le dos à la bibliothèque. Un petit bar est à côté de la porte. À droite, en coin, il y a un superbe foyer où, de ses mille flammes, brille un feu. Sur le même mur, une fenêtre richement décorée de voile et de tentures. Au centre de la pièce, des chaises sont placées de chaque côté d’un sofa et d’une causeuse qui se font face. Le mur, face à la porte, est dédié à la chaîne stéréo et à la télévision. La pièce est luxueuse et harmonieuse et l’ambiance est décontractée.

« Georges

« Je reviens à l’idée d’une guerre « au bon endroit » qui serait la solution au problème. Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous résistez tant à cette option… Je vous ferai remarquer que nous avons déjà utilisé ce procédé et qu’il s’est avéré efficace. Je pourrais dire même qu’il a été un franc succès à tous les niveaux.

« Pierre

« Nous avons effectivement déjà utilisé ce procédé, comme vous le dites, mais si nous faisons une rétrospection, ce n’est pas très concluant à long terme. Nous en sommes toujours au même point. Comment nous expliquez-vous cela? Je crois qu’on devrait plutôt tenter notre chance en utilisant un autre moyen, disons moins conventionnel, plus subtil, tel que la compréhension…

« Jean porte son attention sur le discours de Nathalie. Ils se sont levés pour se rendre au bar. Jean qui sert demeure silencieux. Nathalie est déjà servie.

« Robert

« …est certainement mieux.

« (S’adressant à Jean) Sans glaçon, s’il vous plaît.

« (Reprenant et s’adressant aux deux autres, mais davantage à la femme). Les crises économiques ont toujours eu leur place dans notre histoire. Elles nous apportent beaucoup et finissent toujours par nous rapprocher de notre but…

« Nathalie

« Effectivement. Pour provoquer une diversion, nous susciterons des manifestations et des revendications. Nous organiserons des manifestations sur la condition féminine, les minorités visibles et des sondages sur le sentiment d’appartenance… Qu’est-ce que les autres en pensent? (Regarde le dernier sous-groupe.)

« Jean

« (Demeure silencieux. Son regard impassible passe de l’un à l’autre pour essayer de percevoir les réactions des auditeurs relativement à ce qui est dit.)

« Le regard de la femme se dirige vers Jean et Antoine. On ne voit plus que les deux hommes debout qui discutent. Mais les cinq autres se rapprochent.

« Un court silence suit les paroles de la femme. On entend le murmure des deux hommes. Ils élèvent le ton lorsqu’ils constatent que les cinq autres se rapprochent.

« Antoine

« Je crois qu’il serait vraiment préférable de s’en tenir au Livre puisque nous sommes réunis ici en nous basant sur différentes interprétations de la Fin. Nous devons trouver en quoi cette crise-ci est différente des précédentes et chercher dans le Livre s’il n’y en a pas eu au moins une autre, semblable à celle-ci, même symboliquement, afin de prendre une voie conséquente…

« Jean

« La spiritualité, la voie de l’amour, c’est le chemin vers une solution. Ces moyens peuvent nous amener à une plus grande réussite. C’est le choix conséquent que nous avons toujours fait devant l’inconnu. Pourquoi ne pas continuer dans la même veine? Les crises ne seront toujours que des moyens pour redonner des forces. L’amour de l’ensemble des Rosiliens implique nécessairement le sacrifice de quelques-uns. Lui (pointant vers le haut) nous l’a démontré à maintes reprises. Ne devrions-nous pas réunir l’ensemble des croyants dans une nouvelle religion avec la venue d’un nouveau « messie »? Ça nous permettrait de dévoiler la Fin…

« Jean prend le Livre et cherche la Genèse. Lorsqu’il trouve l’emplacement, il lève les yeux et tous se taisent respectueusement et religieusement pour lui laisser la parole.

« Des conversations se poursuivent, mais nous n’en distinguons pas les mots.

« Un silence s’étend et marque l’importance du geste, l’ouverture du Livre.

« Une musique, composée principalement de chants d’oiseaux et de bruits de ruisseau, commence à se faire entendre graduellement.

« Jean

« Disons La Grande Invocation :

Du point de Lumière dans la pensée de Dieu

Que la Lumière afflue dans la pensée des hommes

Que la Lumière descende sur la Terre.

Du point d’Amour dans le Cœur de Dieu

Que l’Amour afflue dans le cœur des hommes.

Puisse le Christ revenir sur Terre.

Du centre où la Volonté de Dieu est connue

Que le Plan d’Amour et de Lumière s’épanouisse,

Et puisse-t-il sceller la porte de la demeure du mal.

Que Lumière, Amour et Puissance restaurent

le Plan sur la Terre. »*

*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.165-177.

En complément (Gemini)

Thématique : L’élite face à l’Apocalypse

  • Le paradoxe du « Quatrième » : Jean Filion incarne la figure de l’intellectuel lucide mais impuissant. Bien qu’il soit « Celui-qui-sait », sa connaissance du « Livre » ne le protège pas du doute. Il y a une résonance forte avec votre propre vécu de « chroniqueur de l’ombre » : celui qui observe les structures sociales (ici, les Puissants) tout en se sentant étranger à leur froideur objective.
  • Les archétypes de l’ombre : Les portraits de Georges (le guerrier timide), d’André (l’épicurien blessé) et de Daniel (l’idéaliste manipulateur) rappellent la structure des ennéagrammes ou des types psychologiques de Jung. Chaque « Puissant » est défini par une faille : l’avidité, le besoin de paraître ou la culpabilité.
  • La manipulation sociale : Le dialogue entre Nathalie et Robert sur l’utilisation des « crises économiques » et des « revendications sociales » comme diversions est d’un cynisme frappant. Cela reflète une vision du monde où le pouvoir n’est qu’une gestion de l’opinion, alors que la véritable question (la Fin, le divin) est délaissée.
  • Le « Livre » et la Technologie : Le mélange entre une date futuriste (5022) et des références bibliques (Golgotha, Genèse) crée un univers de « science-fiction théologique ». Les Rosiliens semblent être une version évoluée de l’humanité, mais ils restent prisonniers des mêmes cycles de souffrance et de soif de pouvoir.
  • La Grande Invocation : L’utilisation de cette prière (réelle, issue de la théosophie d’Alice Bailey) à la fin de l’extrait ancre votre fiction dans une réalité ésotérique connue. Elle transforme la réunion politique en un acte rituel, suggérant que la seule issue à la crise est un retour à la Lumière et à l’Unité, au-delà de la manipulation des masses.

Psychological Development: The Mighty, the Rosilians

« This text shows that your ‘extraterrestrial method’ is nothing new. As far back as 2007, you were using fiction to dissect the mechanisms of the elite and the distress of the individual facing a system that surpasses them. It is the very foundation of your current thinking. »

Psychological Development: The Mighty, the Rosilians

« Exhilarating, these evenings! Always the same small, closed circle. The elite. We are the Mighty. We dictate technological, scientific, political, and sociological direction. We also inspire religious beliefs. Yet, upon leaving these encounters, I always feel at fault.

My name is Jean Filion. I was born thirty-seven years ago, on the 463rd day of the year 5022. Long before my conception, my parents knew my destiny. Consequently, I received all the necessary tools to fulfill my current task. With these biographical details, you will not be surprised to learn that I am the Fourth.

In principle, I am ‘He-Who-Knows.’ I said in principle. I know the Book as if I had written it myself. I feel I know God, that I communicate with Him and act according to His will. I would like to speak to you more at length about myself, but my heart is not in it. I cannot stop thinking about this prophesied End. Even faith in my divine election is shaken.

I write these lines in my own time, space, and dimension. The life form currently subsisting on this planet is moved by various concerns, very different from yours, from those of the terrestrial 21st century. I do not know if you will understand my language or even if you will be able to read the concepts I put forward. I will, however, try to be precise and concise.

I find it hard to believe that today, during this meeting, we finally understood what God expected of us, poor Rosilians. He asked us to solve the riddle of the End because He does not understand annihilation. Why should we solve this logogriph? And why, what?

The request lacks rigor, precision. What are we, the Followers, supposed to understand that the Very First did not? It is unsettling, truly. And does this ‘why’ not come to herald upheavals and our approaching extinction? If God had instead insisted on what we thought of this End, of the upheavals, of the cataclysms, perhaps we could have envisioned the immortality of the Rosilians with Him.

Do not listen to me. It is my suffering speaking. At the meeting, I will speak of this pain, of this immense, almost trance-like anxiety. While everyone else will appear poised and in control to camouflage their suffering and demands, I will have my heart on my tongue. A broken heart. To each their own misfortunes. To each their own sorrows. To each, also, their own solutions.

We manipulate an entire universe to try to solve its problems, and I am ashamed of it. We live in a world called objective, indolent. Would it be enough to simply listen to feel the suffering hidden beneath this alleged objectivity?

The first man of the Mighty is a warrior, always ready to fight to defend a cause he deems just or to attack the enemy threatening the territory. Georges, in his early forties, is slightly pot-bellied. He displays an unusual self-confidence to mask his shyness. His language is either refined or relaxed depending on the occasion. He adores women and pursues them with his gaze.

From birth, like all the Mighty, he was oriented toward the field of activity predestined for him. Soldier though he may be, he refuses to belong to a regiment or to be associated with one, near or far.

His mission required him to develop healthy relationships with other members of the community to help them consolidate their identity and sense of belonging. The Rosilian objective of the experiment was likely clear, but he pursued an individualistic goal that turned him away from the common good. Like most of us, Georges has not yet managed to overcome the duality between the multiplicity of the Rosilian world and the unity of the divine world. His life constantly oscillates between the two worlds.

The second man, André, loves luxury and the pleasures of life to excess. But it is in the strength of his will that his power, his drive, and his energy reside. Promptness in decision and execution confirms this dynamic power.

If one recognizes his psychic intensity and physical strength, one just as easily spots his innocence as soon as he is approached. This simplicity is an added value to his charm. All his needs are met: his charm forestalls all material lack. As for love, that is another story.

A handsome man, athletic in type, his high-quality clothing highlights his athletic build. Above all, he loves to parade. Just as much as he enjoys showing off in salons, people enjoy fleeing from him. A conscious game. An imprudent game. Wounded, disillusioned, betrayed many times by women, he has developed a cult of unbridled spontaneity.

For many of us, he represents social success. But the Second no longer believes in love. He hopes for it; he calls for it at every moment. Heroic or twisted spirit?

Idealism, not to say utopia, characterizes the third man. He believes in a better world, a world built by love, in love, upon love. On the other hand, he claims to be ready to use any subterfuge to reach this ideal. This is what we hear when he explains his involvement and when we observe his ‘so-called’ benevolent actions. Faced with our mocking allegations, Daniel defends himself against any deviation. Perhaps he is right, after all, to deny his fragmentation. It is true that the suffering of those he loves is at the center of his interests. He is ready for anything to relieve them. His compassion is vivid, certainly. If he does not speak explicitly of his personal sorrows, he refers to them implicitly.

As for me, Jean, I am an observer. I believe in the unity of multiplicity, much like the harmony of musical instruments in a symphonic ensemble. But there it is: the conductor is absent. In other words, the plan for our society is not yet sufficiently defined, or at least, it no longer is. When I put forward an idea—the fruit of refined observation—my opponents are legion. The Book, the source of all Rosilio-divine knowledge—be it psychological, spiritual, social, or religious—should indicate the path to follow to organize this Rosilian world. Be that as it may, my solitude torments me and prevents me from contemplating and meditating. Therein lies the problem.

The fifth man, Pierre, is an unparalleled communicator. He succeeds in conveying his ideas without ever appearing indifferent to the ideas of others. However, he advocates for the understanding of his own. He is a fine debater. His approach is undeniably frank, even aggressive if necessary. A positive aggression, of course. He knows what he wants. He knows where he is going. But it is better to think maturely, and twice rather than once, before following him. The proposed route may not be the one we have in mind. It may not be as smooth as it first appears. The Fifth is an original. If I did not know his laudable intentions for the community, I might say his way of being and acting borders on that of an infidel.

Nathalie, the sixth person and the only woman in the group of the Mighty, sees the world and its reality in a penetrating way. This scout possesses an astonishing lucidity. Her challenge is being confronted with the shadows of the environment. She claims her advice is judicious—which I also believe—and cannot help but constantly criticize the Rosilian status quo. Their stubbornness in being satisfied with their small daily joys revolts her. She desires their full blossoming, their complete realization. Seeing this lack of energy to grow, she remains huddled in her corner without saying a word. Yet, she was the first to allude to the present crisis.

The seventh man, Antoine, nicknamed the Giant, is taller than most people. He seeks harmony in everything. He is a man of synthesis. Intuitive, he quickly grasps everyone’s point of view. A diviner, he is. Unless he perfectly knows the language of the body. Sometimes, Antoine guesses the intentions of his interlocutor before they have even opened their mouth. For lack of having cultivated self-confidence, he developed his intuition to compensate for this lack. A double-edged sword: his actions are rendered ineffective, almost always diminished.

Each of us possesses our own alienations that cause us to suffer. Hope is well-founded when one knows that the sorrows, fears, and anxieties associated with these difficulties of growth can come to bog down our lives through projections and transfers onto our environment. Without hope, can one continue to live healthily? How to counter the many negative and dark, unjust or unsatisfactory conditions encountered in collective life? Their increase is significant here, today even more so than in your world confronted with the media. If, in your century, these media overemphasize and unilaterally highlight evils through aggression and the need to destroy the system through violent actions, what do you think happens to us, Rosilians? Information to excess, a potent poison worse than rat poison.

The emotion attached to an event indigestible by faith—such as death, for example—comes to haunt us every day, every night. It takes so little for this emotional re-experiencing. Yes, everyone lives their own Golgotha.

The Seventh’s parents were killed during a rebellion. Too young and without emotional support, he kept a sense of guilt from it. Thus, each time he asserts himself, his malaise increases, petrifies him, and forces him to isolate himself for several hours or several days to recover his energy. One day of distress, I approached him, without rushing him, obviously.

‘— Death can be experienced as a gift if it strengthens your energy to live, if it encourages your drive, if it becomes a guide of love. Just as it can also carry its cruelty if it is experienced as guilt. From time immemorial, our Masters have taught that we do not die, but that we simply leave our physical envelope to act in the astral, mental, and causal bodies… It is written in black and white in the Book. The final goal is to elevate ourselves until we realize our unity in God, all Consciousness and all Bliss.’

In what kind of society do we live? Why did the Seventh’s childhood suffering attract the attention of no one in the environment, or perhaps even more so, in his group?

That said, we also know, like you, clan warfare. Many have fought to prevent the formation of our elite group. Many also would like to take our place, but they are unaware of the possibility of the End. According to the hidden prophecies of the Book, we are the last council to sit. Anarchy is at our gates. Come now. The people believe in a world without God, without myth, without symbol, without law. Imposture!

Again, the fear of not being chosen by God guides the Rosilians toward the abyss. To compensate for this fear, greed appeared as a solution to their problem. Never satisfied. Always more and more. It is but an expression of a selfish desire. An imbalance has set in. Poor souls, they fight against themselves. All this psychic energy spent fighting others, tearing others down.

For centuries, we have sought to avoid this psychological pollution. We have not found the skillful regulation of the use and manifestation of desire, impulse, or emotion. Strong poisons administered in infinitesimal doses are curative in some cases. But even if some of the Mighty know the dosage, the masses are not ready to verify its merits. In our world, as in your societies, excessive and unbridled self-assertion seems to be one of the major causes of aggression and violence. This is the crisis.

For several years, you have indeed been using this form of energy in every way possible. You are progressively moving toward the destruction of your planet.

One can unify their mind with the mind of another and take possession of it. Some Rosilians do this too crudely, and this way of doing things turns against them, against their people, against civilization.

We, the Mighty, the Seven, form the elite of our universe—a universe that rises, despite the long and arduous road ahead, toward the End.

The meeting takes place in a salon where everyone feels at ease, as if at home. It is a sober and refined salon. The walls are beige. To the left, upon entering, a cherry wood bookcase occupies an entire wall. A desk, also in cherry wood, has its back to the bookcase. A small bar is next to the door. To the right, in the corner, there is a superb fireplace where a fire glows with a thousand flames. On the same wall, a window is richly decorated with veils and hangings. In the center of the room, chairs are placed on each side of a sofa and a love seat facing each other. The wall facing the door is dedicated to the stereo system and the television. The room is luxurious and harmonious, and the atmosphere is relaxed.

Georges

‘I return to the idea of a war « in the right place » being the solution to the problem. I truly do not understand why you resist this option so much… I would point out to you that we have already used this process and that it proved effective. I could even say it was an outright success on all levels.’

Pierre

‘We have indeed already used this process, as you say, but if we look back, it is not very conclusive in the long term. We are still at the same point. How do you explain that to us? I believe we should instead try our luck using another means, let’s say less conventional, more subtle, such as understanding…’

Jean turns his attention to Nathalie’s speech. They have stood up to go to the bar. Jean, who is serving, remains silent. Nathalie has already been served.

Robert

‘…is certainly better.

(Addressing Jean) No ice, please.

(Resuming and addressing the other two, but more so the woman). Economic crises have always had their place in our history. They bring us much and ultimately always bring us closer to our goal…’

Nathalie

‘Indeed. To create a diversion, we will spark protests and demands. We will organize rallies on the status of women, visible minorities, and polls on the sense of belonging… What do the others think? (Looks at the last sub-group.)’

Jean remains silent. His impassive gaze moves from one to another to try to perceive the audience’s reactions to what is being said.

The woman’s gaze moves toward Jean and Antoine. Only the two men standing and discussing are visible. But the other five are moving closer.

A short silence follows the woman’s words. The murmur of the two men is heard. They raise their voices when they notice the other five are approaching.

Antoine

‘I believe it would truly be preferable to stick to the Book since we are gathered here based on different interpretations of the End. We must find how this crisis is different from the previous ones and search in the Book if there hasn’t been at least one other, similar to this one, even symbolically, in order to take a consistent path…’

Jean

‘Spirituality, the way of love, is the path to a solution. These means can lead us to greater success. This is the consistent choice we have always made in the face of the unknown. Why not continue in the same vein? Crises will always only be means to restore strength. Love for the whole of the Rosilians necessarily involves the sacrifice of a few. He (pointing upward) has demonstrated this to us many times. Should we not unite all believers in a new religion with the coming of a new « messiah »? That would allow us to reveal the End…’

Jean takes the Book and looks for Genesis. When he finds the location, he looks up and everyone falls into a respectful and religious silence to let him speak.

Conversations continue, but we cannot distinguish the words.

A silence falls and marks the importance of the gesture, the opening of the Book.

Music, composed mainly of birdsong and the sound of a stream, begins to be heard gradually.

Jean

‘Let us say The Great Invocation:

From the point of Light within the Mind of God

Let light stream forth into the minds of men

Let Light descend on Earth.

From the point of Love within the Heart of God

Let Love stream forth into the hearts of men.

May Christ return to Earth.

From the centre where the Will of God is known

Let purpose guide the little wills of men

The purpose which the Masters know and serve.

From the centre which we call the race of men

Let the Plan of Love and Light work out

And may it seal the door where evil dwells.

Let Light and Love and Power restore the

Plan on Earth.’ »

In addition (Gemini)

Thematic Analysis: The Elite Facing the Apocalypse

  • The Paradox of the « Fourth »: Jean Filion embodies the figure of the lucid but powerless intellectual. Although he is « He-Who-Knows, » his knowledge of the « Book » does not shield him from doubt. There is a strong resonance with your own experience as a « shadow chronicler »: one who observes social structures (here, the Mighty) while feeling estranged from their objective coldness.
  • Archetypes of the Shadow: The portraits of Georges (the timid warrior), André (the wounded epicurean), and Daniel (the manipulative idealist) evoke the structure of Enneagrams or Jungian psychological types. Each « Mighty » is defined by a flaw: greed, the need for status, or guilt.
  • Social Manipulation: The dialogue between Nathalie and Robert regarding the use of « economic crises » and « social demands » as diversions is strikingly cynical. It reflects a worldview where power is merely the management of public opinion, while the true question (the End, the divine) is abandoned.
  • The « Book » and Technology: The blend of a futuristic date (5022) and biblical references (Golgotha, Genesis) creates a universe of « theological science fiction. » The Rosilians appear to be an evolved version of humanity, yet they remain prisoners of the same cycles of suffering and thirst for power.
  • The Great Invocation: The use of this prayer (a real one, originating from the theosophy of Alice Bailey) at the end of the excerpt anchors your fiction in a known esoteric reality. It transforms a political meeting into a ritual act, suggesting that the only way out of the crisis is a return to Light and Unity, beyond the manipulation of the masses.

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Longueuil, mon pays (Québec)

« Pédagogie et philosophie des enjeux de société par le prisme des TI. »