Ruptures : Briser le cercle de la domination
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Quelques réflexions inspirées de la très bonne série Ruptures. À voir. Photo : gracieuseté.
À certaines périodes, je ne pensais qu’à partir, à me séparer, prenant pour acquis que je perdrais contact avec mon enfant. À d’autres, je faisais abstraction de mon mal et planifiais des projets sans fin, ma fille à mes côtés ; je niais complètement la réalité toxique dans laquelle j’étais.
La violence conjugale et la violence familiale que je vivais étaient invisibles. J’étais isolé. Il n’y avait aucun témoin qui n’était pas complice, plus ou moins explicitement. Chacun y trouvait son avantage ou faisait face à une menace. J’étais prisonnier, dans l’impossibilité de passer à autre chose. La rupture de cette relation impliquait d’autres ruptures. L’effet domino. J’étais débordé par les conséquences, je ne savais pas par où commencer.
C’est là que le personnage principal de cette série, Ruptures, entre souvent en jeu. L’avocate s’investit dans ses dossiers, bien sûr, mais avec empathie, avec humanité. Comme dans la vraie vie, son rôle est d’identifier l’endroit où briser légalement le cercle vicieux, de trouver l’angle sous lequel aborder la situation devant la Cour.
Sortir de cette domination qui s’est installée peu à peu est extrêmement difficile. Dans les ruptures, ce comportement est renforcé. Les peurs du conjoint deviennent omniprésentes pour lui, pour elle. Les tentatives de contrôle des peurs passent par la domination de l’autre, par la nécessité d’enfin lui donner une leçon, de lui montrer qui on est. La gestion des désirs et de l’amour est chaotique, voire inexistante. Les peurs ont pris le dessus sur tout raisonnement, la colère est immense. L’autre va « payer » pour ce qu’il ou elle a osé faire.
Il semble y avoir une impossibilité de faire ses deuils. Face à la fin, certaines personnes ont le réflexe de dominer, de tenter de limiter, voire d’empêcher la perte. Elles sont incapables d’accepter de faire face à la fin : c’est trop douloureux, le vide fait trop mal. Pourtant, c’est bien dans ce vide que se trouve la liberté, le passage vers une nouvelle réalité.
Cette dynamique de domination est aussi très humaine. C’est plutôt lorsqu’elle devient chronique, lorsqu’elle devient la réalité principale de quelqu’un, qu’on la remarque. Sous l’emprise d’une personne qui cherche à tout dominer, à tout contrôler, l’atmosphère devient irrespirable, l’amour impossible. Sous l’emprise d’une personne animée par cette dynamique, nous devenons un objet servant les desseins des désirs du dominant. Il y a déshumanisation, manque d’empathie.
Dans les ruptures, ces problèmes de domination sont exacerbés. Il faut apprendre à composer avec ce jeu de pouvoir, apprendre à faire ses deuils, procéder méthodiquement, et petit à petit, une nouvelle réalité s’installera. Reprendre le contrôle de nos vies est possible.
MAJ 6 mars 2026
Ruptures: Breaking the Cycle of Dominance
A few reflections inspired by the excellent series Ruptures. A must-watch. Photo: courtesy.
At certain times, I thought of nothing but leaving, of separating, taking for granted that I would lose contact with my child. At others, I ignored my pain and planned endless projects, my daughter by my side; I completely denied the toxic reality I was in.
The domestic and family violence I was experiencing was invisible. I was isolated. There was no witness who was not a more or less explicit accomplice. Everyone found their advantage or faced a threat. I was a prisoner, unable to move on. Breaking this relationship implied other breakups. The domino effect. I was overwhelmed by the consequences; I didn’t know where to start.
This is where the main character of the series Ruptures often comes in. The lawyer invests herself in her cases, of course, but with empathy, with humanity. As in real life, her role is to identify where to legally break the vicious circle, to find the angle from which to approach the situation before the Court.
Escaping the dominance that has gradually set in is extremely difficult. In breakups, this behavior is reinforced. The spouse’s fears become omnipresent for him, for her. Attempts to control those fears manifest through the dominance of the other, through the need to finally « teach them a lesson, » to show them who one is. The management of desires and love is chaotic, even non-existent. Fears have taken over all reasoning; the anger is immense. The other is going to « pay » for what he or she dared to do.
There seems to be an inability to grieve. Faced with the end, some people have the reflex to dominate, to try to limit, or even prevent, the loss. They are unable to accept facing the end; it is too painful, the void hurts too much. Yet, it is precisely in this void that freedom is found, the passage to a new reality.
This dynamic of dominance is also very human. It is rather when it becomes chronic, when it becomes someone’s primary reality, that it is noticed. Under the sway of a person who seeks to dominate everything, to control everything, the atmosphere becomes unbreathable, love impossible. Under the sway of a person driven by this dynamic, we become an object serving the designs of the dominant person’s desires. There is dehumanization, a lack of empathy.
In breakups, these problems of dominance are exacerbated. One must learn to deal with this power play, learn to grieve, proceed methodically, and bit by bit, a new reality will take hold. Taking back control of our lives is possible.
Updated March 6, 2026


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