Vivre l’enfance, encore

Vivre l’enfance, encore

English version below


Une fois l’enfant retrouvé, j’ai nécessairement pris connaissance de mes blessures les plus marquantes. C’est ici que l’empathie s’applique. L’empathie pour soi est aussi un apprentissage de l’empathie pour l’autre. Comprendre ce qui m’a blessé me permet de voir ce que l’adulte que je suis devenu peut faire aujourd’hui pour soigner cet enfant intérieur. Je comprends désormais que le mal qui m’habite réside aussi chez l’autre ; différemment, certes, mais de façon tout aussi douloureuse. Ce sont des vies brisées sous divers aspects, des obstacles qui empêchent de grandir adéquatement, naturellement. Jouer n’est pas toujours un jeu, malheureusement.

Le travail commence ! J’aurais pu croire à une finalité, mais non : il me faut maintenant déconstruire les défenses que j’avais érigées tout au long de mon parcours. Il s’agit d’habitudes prises pour me protéger, tant bien que mal, avec les moyens du bord. Je ne sais pas si ces habitudes étaient les meilleures, mais elles n’étaient sûrement pas saines. Car si elles l’étaient, nous ne serions plus blessés. Je pourrais passer mon temps à m’accuser de tous les torts, à regretter de n’avoir pas agi ou réagi correctement. Mais à quoi bon ? De mes erreurs, j’ai appris. Je me réconcilie avec ceux qui le veulent, là où c’est possible. Il y aura sûrement encore des périodes difficiles, mais ce sont celles où je me réconcilie véritablement avec moi-même.

Je comprends qu’il existe un lien étroit entre ce que je vis et ce que je fais. Je me protège à travers mes commentaires ou je me réfugie dans le silence. Je m’isole parce qu’on m’a fait mal, parce que je ne sais pas comment agir ou quoi dire. Je m’inquiète de la façon dont l’autisme sera compris ou perçu, par exemple.

Dans ma petite enfance, il semble que je cherchais à contrôler mon environnement pour obtenir un sentiment de sécurité, pour que l’on comprenne ma différence. À l’adolescence, c’est moi qui change sans le vouloir, et pas toujours à mon avantage. C’est aussi la période où je deviens plus autonome, avec l’aide des autres. L’autre devient soudainement important. Autrement. J’ai besoin de lui, je dois lui plaire, et vice-versa. Je commence à comprendre que l’autre aussi est libre et en cheminement. Tranquillement, j’apprends que l’amour n’est pas toujours inconditionnel, contrairement à celui des parents, généralement.

Dans mon besoin de plaire, dans ce doute de ne pas agir comme on l’attend de moi, je me cherche une place. J’apprends à aimer et à m’aimer. Souvent dans cet ordre ? L’adolescence est une période de rodage. On se découvre à travers l’autre.

Enfin, l’âge adulte ! Bonjour les privilèges… et les responsabilités. C’est le prix de mon autonomie : la responsabilité. Quand je fais du mal, j’en suis responsable. Quand on me fait du mal, je cherche ma part de responsabilité et ce que je peux changer pour que cela ne se reproduise plus, sans pour autant porter le poids de la culpabilité. Personne n’est obligé de me faire du mal. J’apprends à m’aimer, j’apprends aussi à aimer mon image : celle que j’ai de moi-même.

Au bout du compte, dans ma première enfance, je demandais qu’on soit empathique avec moi, qu’on m’aime tel que j’étais, avec mes faiblesses. Retrouver l’enfant en moi change cette perspective. M’accepter comme je suis signifie aussi que j’aime la personne que je vois dans le miroir, celle que je suis lorsque je me représente mentalement.

L’image de soi, celle que l’on a de soi-même, correspond-elle à ce que je suis vraiment ? Pourquoi ?

MAJ 5 mars 2026


Living Childhood, Again

Once the child within was found, I necessarily became aware of my most striking wounds. This is where empathy applies. Empathy for oneself is also a way of learning empathy for the other. Understanding what hurt me allows me to see what the adult I have become can do today to heal that inner child. I now understand that the pain dwelling within me also exists in the other; differently, certainly, but in a way that is just as painful. These are lives shattered in various aspects, obstacles that prevent proper, natural growth. Playing is not always a game, unfortunately.

The work begins! I might have believed in a finality, but no: I must now deconstruct the defenses I had erected throughout my journey. These are habits formed to protect myself, for better or worse, with whatever means were at hand. I do not know if these habits were the best, but they certainly were not healthy. For if they were, we would no longer be hurt. I could spend my time accusing myself of every wrong, regretting not having acted or reacted correctly. But to what end? From my mistakes, I have learned. I reconcile with those who are willing, wherever possible. There will surely be difficult periods ahead, but these are the times when I truly reconcile with myself.

I understand that there is a close link between what I experience and what I do. I protect myself through my comments or I take refuge in silence. I isolate myself because I have been hurt, because I do not know how to act or what to say. I worry about how autism will be understood or perceived, for example.

In my early childhood, it seems I sought to control my environment to gain a sense of security, so that my difference would be understood. In adolescence, it is I who change unintentionally, and not always to my advantage. It is also the period when I become more autonomous, with the help of others. The other suddenly becomes important. In a different way. I need them; I must please them, and vice-versa. I begin to understand that the other is also free and on a journey. Quietly, I learn that love is not always unconditional, unlike that of parents, generally.

In my need to please, in this doubt of not acting as expected of me, I look for my place. I learn to love and to love myself. Often in that order? Adolescence is a breaking-in period. We discover ourselves through the other.

Finally, adulthood! Hello privileges… and responsibilities. This is the price of my autonomy: responsibility. When I cause harm, I am responsible for it. When I am harmed, I look for my share of responsibility and what I can change so that it does not happen again, without necessarily carrying the weight of guilt. No one is forced to harm me. I learn to love myself; I also learn to love my image: the one I have of myself.

Ultimately, in my earliest childhood, I asked for empathy, to be loved as I was, with my weaknesses. Finding the child within me changes this perspective. Accepting myself as I am also means that I love the person I see in the mirror, the one I am when I represent myself mentally.

Does the self-image, the one we have of ourselves, correspond to who I truly am? Why?

Updated March 5, 2026


Commentaire

Laisser un commentaire