Catégorie : Journalisme

  • La relation toxique

    La relation toxique

    La relation toxique

    La Servante écarlate

    J’ai commencé à écouter la série La Servante écarlate sur Club Illico, une adaptation du roman de science-fiction de Margaret Atwood. La série est aussi disponible sur d’autres plateformes. Un passé et un futur s’entremêlent, du moins dans les premiers épisodes que j’ai écoutés, où notre réalité quotidienne nous vient à l’esprit en regardant cette fiction. C’est choquant, cette superposition. Elisabeth Moss interprète le rôle principal, elle est excellente.

    Mon texte : La relation toxique

    De toutes les discriminations, celle qui regroupe le plus de personnes est certainement celle qui vise les femmes, les 50 % de l’humanité. Inutile de tout énumérer, chacun sait très bien la plupart des grandes injustices qu’elles vivent.

    Suffit-il de faire accroire qu’on fera des changements pour obtenir un répit de toute revendication, pour qu’elles cessent de réclamer une quelconque égalité ? Les femmes ont une très bonne conscience de la pesanteur qu’on leur fait porter, à tel point que la moindre promesse leur apparaît un avancement inouï, un soulagement total. Pourtant.

    Nous sommes dans un labyrinthe sans issue, dans une relation toxique entre les femmes et les hommes. La moindre tentative d’affirmation d’une femme, de la Femme, fait face à un mur. À chaque tournant, elle est attendue, prise au piège des accusations et des jugements élaborés au fil des siècles. Il n’y a rien à faire, elles sont dépossédées de tout pouvoir. Ultimement, l’excuse est tout simplement qu’on n’a pas les moyens d’offrir l’égalité. Déshumanisation.

    Cette réalité est la même pour les hommes. Toutes tentatives de réalisation profonde, d’avancement ou d’affirmation d’une masculinité passent par la femme, par celle qui est justement privée de son propre pouvoir. L’image qu’elle nous retourne de nous, hommes, s’en trouve nécessairement affectée. C’est frustrant.

    Ainsi nous entrons dans une spirale malsaine, déshumanisante. On l’accuse de nous rabaisser volontairement, de nous priver de notre réalisation. L’équilibre est rompu et il devient facile, simple ou même normal de vouloir remplir, quelquefois presque à tout prix, ce vide laissé en nous.

    Hommes et femmes sont pris au piège. Sous l’apparence de privilèges se cachent des besoins d’égalité, de reconnaissance de l’autre, d’une prise de conscience de l’unité de l’humanité. Détruire l’autre brise le reflet qu’on nous renvoie.

    Le jeu change de forme, bien sûr. Lentement, on adapte les règlements. L’absence de pouvoir n’est plus aussi complète qu’auparavant, bien que rien ne puisse être tenu pour acquis. Dans l’ensemble, la frustration demeure et certains se demandent ou affirment que la solution est dans le passé. Pour d’autres, une stratégie du temps, de l’essoufflement, d’un étranglement lent fait de promesses vides qui ne se réaliseront jamais ou trop tard, est utilisée. La solution finalement adoptée n’aura plus de sens lorsque mise en place, le temps ayant fait son œuvre. Nous serons déjà rendus ailleurs.

    On voit pleurer certains, au nom de tous et chacun présenter des excuses pour le mal causé sciemment par l’inaction, par un laisser-faire, ou carrément par la négation des droits les plus fondamentaux tels l’éducation, les soins de santé ou même l’utilisation de son propre corps. Je ne me demande pas s’il est plus triste d’entendre ces excuses vides que de faire le constat de cette injustice, je le sais.

    Au Canada, un gouvernement pro-femme, pro-choix, pro-égalité, majoritaire, ne fait pas avancer LA cause, sinon de façon cosmétique, de façon théâtrale. Par la suite, il est frustré de ne pas être réélu majoritaire. Nous le savons tous, hommes et femmes, que les dés sont pipés. Il n’y a aucune intention de ne plus maltraiter les femmes, ce 50 % des citoyens sacrifiés. Le système en serait bouleversé.

    Si au bout du compte la pression devient trop forte, il faut diluer la proposition, la solution longuement étudiée, une promesse vide sera à l’ordre du jour. Il faut gagner du temps pour laisser s’épuiser la colère. Je n’y crois plus à cette vie par procuration.

    La crise sanitaire actuelle est une occasion unique pour faire ces modifications, pour mettre en place cette justice réparatrice, pour en finir avec cette toxicité. Nous n’en sommes plus à chercher des façons d’être réélus, à la recherche du pouvoir le plus absolu possible, d’une quelconque suprématie plus ou moins temporaire, mais plutôt à trouver une façon de nous sauver, de permettre à notre humanité de s’exprimer dans nos actions de tous les jours.

    9 mars 2026


    The Toxic Relationship

    The Handmaid’s Tale

    I started watching the series The Handmaid’s Tale on Club Illico, an adaptation of the science fiction novel by Margaret Atwood. The series is also available on other platforms. A past and a future intertwine, at least in the first episodes I watched, where our daily reality comes to mind while watching this fiction. This superposition is shocking. Elisabeth Moss plays the main role; she is excellent.

    My text: The Toxic Relationship

    Of all discriminations, the one that encompasses the most people is certainly the one targeting women, 50% of humanity. There is no need to list everything; everyone knows very well most of the major injustices they experience.

    Is it enough to make people believe that changes will be made to obtain a respite from all demands, so that they stop claiming any kind of equality? Women are very conscious of the weight they are made to carry, to such an extent that the slightest promise appears to them as an unheard-of advancement, a total relief. And yet.

    We are in a dead-end labyrinth, in a toxic relationship between women and men. The slightest attempt at affirmation by a woman, by Woman, faces a wall. At every turn, she is expected, trapped by accusations and judgments developed over centuries. There is nothing to be done; they are stripped of all power. Ultimately, the excuse is simply that we don’t have the means to offer equality. Dehumanization.

    This reality is the same for men. All attempts at deep fulfillment, advancement, or affirmation of masculinity pass through the woman, through the very person who is deprived of her own power. The image she reflects back to us, men, is necessarily affected. It is frustrating.

    Thus we enter a healthy, dehumanizing spiral. We accuse her of intentionally belittling us, of depriving us of our fulfillment. The balance is broken and it becomes easy, simple, or even normal to want to fill, sometimes almost at any cost, this void left within us.

    Men and women are trapped. Under the appearance of privileges hide needs for equality, for recognition of the other, for an awareness of the unity of humanity. Destroying the other breaks the reflection sent back to us.

    The game changes form, of course. Slowly, the rules are adapted. The absence of power is no longer as complete as before, although nothing can be taken for granted. On the whole, frustration remains, and some wonder or assert that the solution lies in the past. For others, a strategy of time, of breathlessness, of a slow strangulation made of empty promises that will never be realized or will be too late, is used. The solution finally adopted will no longer make sense when put in place, time having done its work. We will already be elsewhere.

    We see some crying, in the name of everyone presenting apologies for the harm caused knowingly by inaction, by a laissez-faire attitude, or outright by the negation of the most fundamental rights such as education, healthcare, or even the use of one’s own body. I do not wonder if it is sadder to hear these empty apologies than to observe this injustice; I know it is.

    In Canada, a pro-woman, pro-choice, pro-equality, majority government does not advance THE cause, except in a cosmetic, theatrical way. Subsequently, it is frustrated not to be re-elected with a majority. We all know, men and women, that the dice are loaded. There is no intention to stop mistreating women, this 50% of sacrificed citizens. The system would be upended.

    If in the end the pressure becomes too strong, the proposal must be diluted, the long-studied solution; an empty promise will be on the agenda. Time must be gained to let the anger exhaust itself. I no longer believe in this life by proxy.

    The current health crisis is a unique opportunity to make these modifications, to put in place this restorative justice, to end this toxicity. We are no longer looking for ways to be re-elected, seeking the most absolute power possible, some more or less temporary supremacy, but rather finding a way to save ourselves, to allow our humanity to express itself in our everyday actions.

    March 9, 2026

  • La famille

    La famille

    La famille

    14 jours, 12 nuits. Un film réalisé par Jean-Philippe Duval, merveilleusement joué par Anne Dorval et Leanna Chea. Une histoire d’adoption qui m’a plu et m’a maintes fois ému jusqu’aux larmes. Que puis-je dire de plus que d’aller voir ce film au cinéma, comme je l’ai fait hier ?

    Mon texte : La famille

    Naître dans une famille est le début d’une quête identitaire. On vient au monde et on cherche inconsciemment la place qu’on peut prendre dans cet environnement familial. Souvent, il me semble, on se faufile dans les espaces laissés vacants par ceux qui nous ont précédés. Assez tôt, on se sent à l’étroit et on tente l’affirmation de soi. C’est le début d’un nouveau combat : qui suis-je ?

    En quoi suis-je différent des autres, unique ? Je tente des explications. La fratrie m’en offre abondamment, bien sûr. Habituellement, ce qui leur convient le mieux. Dans mon cas, je n’étais pas seulement le mouton noir, ou plutôt le « spécial », mais le malade mental qu’on devait enfermer.

    Cette dernière dénomination était payante, très payante. Dans un premier temps, ça permettait de s’accaparer d’un pouvoir sur moi, comme une vengeance ou un exutoire pour une colère indéfinie. Dans un deuxième temps, ça libérait une place qui pouvait aisément être prise par l’une ou l’autre. La vie qui m’habitait, on la voulait ; de mes relations à mon avenir en passant par mes avoirs. On « voulai[t] toute toute toute la vivre, ma vie, pas juste des p’tits boutt’s »*.

    (Dans un prochain texte, durant l’été, je vais sûrement vous parler plus amplement de l’autisme en général, mais aussi spécifiquement de l’Asperger, ma différence. Comme d’habitude, ce sera ma vision, selon mon vécu.)

    Je continue.

    Dans cette recherche identitaire, faite d’essais et d’erreurs, j’apprends qui je suis. Cette même recherche modifie justement aussi la conscience de mon identité, comme l’eau qui polit une pierre par son seul passage constant. J’enlève des parties auxquelles je m’identifiais faussement, je simplifie ma vision de moi-même. L’essentiel prend de plus en plus de place dans mon identification, mon identité se définit de plus en plus clairement.

    À 17 ans, j’ai quitté la maison familiale, si on peut appeler ça de cette façon. Ma mère vivait avec un homme violent, tous les types de violence étaient exprimés, et pas seulement qu’envers ma mère. Elle réagissait aux violences qu’elle subissait avec des chicanes incessantes, des discussions sans fin, des accusations inutiles. Elle était dans une dépendance manifeste, dans une ambiance des plus toxiques. Son labyrinthe sans issue dans lequel j’étais entraîné. Armé de ma vraie carte d’identité que j’avais modifiée pour indiquer 19 ans, j’ai loué un appartement. Seul, sans prévenir. Je mourais déjà à petit feu, alors que je voulais vivre.

    Au Québec, avec notre fond français et des origines multiethniques, nous formons une entité à part entière. On peut certainement voir le Canada comme une famille où le parent serait Ottawa et le Québec un enfant adopté de force, disons-le. Un Canada avec un fond britannique et un enfant adopté avec un fond français.

    La culture multiethnique du Québec se distingue du multiculturalisme canadien fondamentalement à cause du fond britannique sous-entendu dans ce dernier. Cette adoption s’est faite dans une guerre européenne qui n’en finit plus de finir et où le Québec n’est pas accepté comme un enfant égal aux autres. Il y a clairement discrimination avec sa différence niée. Il dérange.

    Chaque affirmation de soi est un obstacle, un élément à soumettre pour le « bien de la famille ». Toutefois, une famille sans lui, sans son essentiel, avec sa différence niée, est-ce vraiment une famille saine ? Lorsqu’un membre de la famille ne peut plus exprimer ce qu’il est au plus profond de lui, il est temps qu’il prenne son envol, qu’il s’émancipe autrement. Une famille aimante va l’aider à prendre un bon départ malgré le deuil à faire.

    *Extrait des paroles chantées par Angèle Arsenault dans « Je veux toute toute toute la vivre ma vie ».

    9 mars 2026


    Family

    14 Days, 12 Nights. A film directed by Jean-Philippe Duval, marvelously acted by Anne Dorval and Leanna Chea. An adoption story that I enjoyed and that moved me to tears many times. What more can I say than to go see this film in the cinema, as I did yesterday?

    My text: Family

    Being born into a family is the beginning of an identity quest. We come into the world and unconsciously seek the place we can take in this family environment. Often, it seems to me, we slip into the spaces left vacant by those who preceded us. Early enough, we feel cramped and attempt self-affirmation. This is the beginning of a new struggle: who am I?

    In what way am I different from others, unique? I attempt explanations. My siblings offer them abundantly, of course. Usually, whatever suits them best. In my case, I wasn’t just the black sheep, or rather the « special » one, but the mental patient who had to be locked up.

    This last label was profitable, very profitable. Firstly, it allowed for the seizing of power over me, like revenge or an outlet for an undefined anger. Secondly, it freed up a space that could easily be taken by one or the other. The life that inhabited me, they wanted it; from my relationships to my future, including my assets. They « wanted to live my whole, whole, whole life, not just little bits »* [voulai(t) toute toute toute la vivre, ma vie, pas juste des p’tits boutt’s].

    (In a future text, during the summer, I will surely talk to you more extensively about autism in general, but also specifically about Asperger’s, my difference. As usual, it will be my vision, according to my experience.)

    I continue.

    In this identity search, made of trial and error, I learn who I am. This same search precisely also modifies the awareness of my identity, like water polishing a stone by its constant passage alone. I remove parts with which I falsely identified, I simplify my vision of myself. The essential takes up more and more space in my identification, my identity defines itself more and more clearly.

    At 17, I left the family home, if one can call it that. My mother lived with a violent man, all types of violence were expressed, and not just toward my mother. She reacted to the violence she suffered with incessant bickering, endless discussions, useless accusations. She was in a manifest dependency, in a most toxic atmosphere. Her dead-end labyrinth into which I was dragged. Armed with my real identity card that I had modified to indicate 19 years old, I rented an apartment. Alone, without warning. I was already dying a slow death, while I wanted to live.

    In Quebec, with our French background and multi-ethnic origins, we form an entity in our own right. One can certainly see Canada as a family where the parent would be Ottawa and Quebec a child adopted by force, let’s say it. A Canada with a British background and an adopted child with a French background.

    The multi-ethnic culture of Quebec distinguishes itself from Canadian multiculturalism fundamentally because of the British background implied in the latter. This adoption took place in a European war that never seems to end and where Quebec is not accepted as a child equal to the others. There is clearly discrimination with its difference denied. It is a nuisance.

    Every self-affirmation is an obstacle, an element to be subdued for the « good of the family. » However, a family without it, without its essence, with its difference denied, is it truly a healthy family? When a member of the family can no longer express what they are deep inside, it is time for them to take flight, to emancipate themselves otherwise. A loving family will help them get a good start despite the mourning to be done.

    *Excerpt from the lyrics sung by Angèle Arsenault in « Je veux toute toute toute la vivre ma vie. »

    March 9, 2026

  • Ensemble: une réflexion inspirée

    Ensemble: une réflexion inspirée

    Ensemble : une réflexion inspirée

    Ensemble

    Le documentaire Ensemble, sur la tournée de l’Orchestre Métropolitain de Montréal qui se prépare à une tournée européenne, à l’hiver 2017. En outre, on apprend comment Yannick Nézet-Séguin conçoit son rôle de chef d’orchestre et la relation qu’il entretient avec les musiciens de l’orchestre. Très intéressant. Je le recommande.

    Mon texte : Ensemble

    Sans vouloir faire de pause sur quelques discriminations vécues dans nos sociétés, il me semble important de m’expliquer sur ma vision des différentes identités canadiennes qui composent cet ensemble qu’on nomme Canada.

    Ça se résume grossièrement comme suit :

    Pour les Européens qui avaient fondé leur économie sur l’exploitation des ressources naturelles, certainement que de voir des Autochtones avoir une autre relation avec la nature et le territoire leur apparaissait rudimentaire. On ne pouvait pas appeler ça une culture, je suppose. En tout cas, c’était assurément facile à dénigrer pour en tirer profit.

    Pourtant, quelques siècles plus tard, on ne cesse de parler d’écologie, du nécessaire équilibre dans notre relation avec la planète et nous réalisons plus que jamais combien l’être humain est indissociable de cette nature exploitée.

    Les Autochtones vivaient dans cette nature, s’en nourrissaient, s’en imprégnaient. Leurs langues, leurs spiritualités et leurs modes de vie transpiraient abondamment de cette communion. Leurs identités découlaient de l’environnement de chacun et du territoire où chaque communauté vivait.

    Mon point de vue.

    Des Européens de différentes origines, mais des Français en bon nombre, sont venus pour refaire leur vie ici. Ils ont eu besoin des Autochtones pour apprendre à vivre dans cet environnement. Les modes de vie se sont mélangés, tentant de prendre le meilleur de chacun.

    Tout ne s’est pas fait sans heurt, évidemment. Mais rapidement, les Français immigrés se sentaient différents de ceux vivant en France. Leur identité avait changé. Selon moi, un nouveau peuple se concevait et on pouvait ressentir une différence sans être capable de la nommer.

    Les Britanniques ont pris de plus en plus d’importance, le commerce grandissait graduellement et le territoire était davantage investi comme une ressource exploitable. La guerre européenne est devenue une réalité et le Canada s’est formé dans cette foulée, tant pour créer un ensemble paisible que pour mieux investir les ressources d’un océan à l’autre. Une stabilité était aussi demandée pour la construction d’un chemin de fer qui traverserait ce grand espace.

    Les grandes lignes de ma compréhension.

    Le pétrole de l’Ouest modifie également l’identité des personnes vivant dans cet environnement. Leur économie et leur mode de vie sont ainsi affectés, voire profondément modifiés. Les Québécois ont plutôt l’eau comme principale démarcation et ont investi dans l’hydroélectricité, ce à quoi nous nous identions volontiers.

    Le Canada doit maintenant prendre conscience de ces différentes identités, corriger les erreurs du passé lorsque c’est possible et permettre à chacune de relever les défis pour leur saine émancipation.

    9 mars 2026


    Together: An Inspired Reflection

    Together

    The documentary Ensemble, about the Montreal Metropolitan Orchestra’s tour as it prepares for a European tour in the winter of 2017. Furthermore, we learn how Yannick Nézet-Séguin conceives his role as conductor and the relationship he maintains with the orchestra’s musicians. Very interesting. I recommend it.

    My Text: Together

    Without wanting to pause on some of the discriminations experienced in our societies, it seems important to me to explain my vision of the different Canadian identities that make up this ensemble we call Canada.

    It can be summarized roughly as follows:

    For the Europeans who had founded their economy on the exploitation of natural resources, certainly seeing Indigenous people having another relationship with nature and the land appeared rudimentary to them. One couldn’t call that a culture, I suppose. In any case, it was certainly easy to denigrate to turn a profit.

    Yet, a few centuries later, we talk incessantly about ecology, the necessary balance in our relationship with the planet, and we realize more than ever how much the human being is inseparable from this exploited nature.

    Indigenous people lived in this nature, fed on it, were imbued by it. Their languages, their spiritualities, and their ways of life breathed abundantly from this communion. Their identities flowed from the environment of each person and the territory where each community lived.

    My point of view.

    Europeans of different origins, but French in great numbers, came to rebuild their lives here. They needed the Indigenous people to learn how to live in this environment. Lifestyles blended, attempting to take the best from each.

    Everything did not happen without friction, obviously. But quickly, the immigrant French felt different from those living in France. Their identity had changed. In my opinion, a new people was being conceived and one could feel a difference without being able to name it.

    The British took on more and more importance, trade grew gradually, and the territory was increasingly invested in as an exploitable resource. European war became a reality and Canada was formed in that wake, both to create a peaceful ensemble and to better invest resources from coast to coast. Stability was also required for the construction of a railway that would cross this vast space.

    The broad lines of my understanding.

    Oil in the West also modifies the identity of people living in that environment. Their economy and their way of life are thus affected, even deeply modified. Quebecers instead have water as their main demarcation and have invested in hydroelectricity, which we readily identify with.

    Canada must now become aware of these different identities, correct the mistakes of the past whenever possible, and allow each to meet the challenges for their healthy emancipation.

    March 9, 2026

  • La Fête du Canada

    La Fête du Canada

    La Fête du Canada

    Comme je l’ai expliqué ici et là, le premier juillet est une journée compliquée pour moi, indépendantiste. C’est mon anniversaire, ma date de naissance. Toutefois, je vois aussi que ce « plus meilleur pays du monde » est un rêve magnifique que je partage de tout cœur. En outre, à 18 ans, je signais mon serment d’allégeance envers la Reine, serment que je continue d’honorer sincèrement du mieux que je peux. Donc, à tous ceux qui fêtent ce Jour de la Confédération, je souhaite une belle journée.

    En entrant dans l’armée, nous devons signer un tel serment et, finalement, partager un peu ce rêve de pays idéal où la liberté, l’égalité et le respect seraient des valeurs de base, une sorte d’acquis. Pour cet idéal, nous serions prêts à mourir, à donner notre vie, à défendre les êtres humains, leurs droits. Rien n’a changé pour moi quant à ce rêve, bien que je sois indépendantiste, peut-être plus souverainiste il est vrai, mais indépendantiste par dépit. Un dernier retranchement advenant que le rêve ne se réalise pas, advenant le non-respect des droits humains, advenant que ce magnifique rêve devienne un cauchemar.

    J’ai donc signé en 1983 mon serment d’allégeance, comme vous pouvez le voir sur la photo. En 2006, les Forces armées canadiennes reconnaissent rétroactivement une erreur dans le traitement de mon dossier, que la mention « médical » aurait dû apparaître. Ça peut sembler banal, mais cette mention m’aurait donné droit à des soins appropriés et à une pension, sinon à un meilleur soutien de la part de mes frères d’armes. Depuis, malgré la reconnaissance de cette erreur, mon dossier est toujours perdu dans les limbes de la bureaucratie au Ministère des Anciens Combattants ! 14 ans après que l’Armée ait elle-même reconnu son erreur, je reste en attente. On parle d’une erreur ayant été commise il y a plus de 34 ans ! 34 ans !!

    Il faut absolument voir la stratégie ici : la stratégie du temps, de l’épuisement, de l’abandon, celle de casser tout être normalement constitué. Mais je suis autiste.

    En signant ce serment, dans mon esprit je ne signais pas seulement pour entrer dans les Forces, mais pour servir quelque chose de plus grand que mon pays le Canada. Je signifiais à la Reine qu’elle pouvait compter sur moi pour faire valoir son idéal, pas son idéal personnel, mais un idéal pour l’humanité, un monde où la paix serait possible tout en préservant, comme je le disais, la liberté, l’égalité et le respect.

    Par le fait même, on comprend, on nous l’enseigne, que nous sommes signataires de différents traités internationaux, que nous participons à des missions de paix de l’ONU et que, finalement, ce que nous défendons est le droit humain partout dans le monde, partout où nous sommes appelés à servir. Merveilleux. Tout cela correspond à mes valeurs d’amour sain pour mon prochain. Une vie pleine de sens : aider les gens à réaliser leur potentiel, à grandir, à profiter du moment présent.

    Le rêve est « beau, très beau ». La réalité est autre.

    Je vis dans un pays où le racisme est institutionnalisé dans la Loi sur les Indiens, un racisme systémique qu’on refuse de changer, qu’on refuse de corriger sinon que par de belles paroles et de petites compensations financières saupoudrées pour faire taire, pour montrer qu’on fait notre possible. On gagne du temps…

    Je vis dans un pays où ma culture différente, unique au monde, est niée. La moindre tentative de vitalisation est expressément accusée de raciste à tel point qu’il devient honteux de montrer le drapeau de l’État, de notre nation niée, qui tient lieu de cœur à cette culture. Avec le temps, on compte la faire disparaître, la diluer, lui faire perdre de plus en plus de vitalité jusqu’à sa mort complète ou du moins jusqu’à un niveau contrôlable, manipulable. Le temps…

    Nier une culture, l’identité d’un peuple, peut conduire jusqu’à des excès inhumains. Ça peut se faire brutalement ou de façon plus subversive, moins apparente. Le temps est crucial dans les deux cas.

    9 mars 2026


    Canada Day

    As I have explained here and there, July 1st is a complicated day for me, an independentist. It is my birthday, my date of birth. However, I also see that this « best country in the world » is a magnificent dream that I share with all my heart. Furthermore, at 18, I signed my oath of allegiance to the Queen, an oath that I continue to honor sincerely as best I can. So, to all those celebrating this Confederation Day, I wish you a beautiful day.

    Entering the army, we must sign such an oath and, ultimately, share a bit of this dream of an ideal country where freedom, equality, and respect would be basic values, a kind of given. For this ideal, we would be ready to die, to give our lives, to defend human beings, their rights. Nothing has changed for me regarding this dream, even though I am an independentist—perhaps more of a sovereignist, it is true, but an independentist by default. A last stand should the dream not come true, should human rights not be respected, should this magnificent dream become a nightmare.

    So I signed my oath of allegiance in 1983, as you can see in the photo. In 2006, the Canadian Armed Forces retroactively recognized an error in the processing of my file, that the mention « medical » should have appeared. It may seem trivial, but this mention would have entitled me to appropriate care and a pension, or at least better support from my brothers-in-arms. Since then, despite the recognition of this error, my file is still lost in the limbo of the bureaucracy at the Department of Veterans Affairs! 14 years after the Army itself recognized its error, I am still waiting. We are talking about an error committed more than 34 years ago! 34 years!!

    One must absolutely see the strategy here: the strategy of time, of exhaustion, of abandonment, that of breaking any normally constituted being. But I am autistic.

    By signing this oath, in my mind, I was not just signing to join the Forces, but to serve something greater than my country, Canada. I was signifying to the Queen that she could count on me to uphold her ideal—not her personal ideal, but an ideal for humanity, a world where peace would be possible while preserving, as I said, freedom, equality, and respect.

    By that very fact, we understand, we are taught, that we are signatories to various international treaties, that we participate in UN peacekeeping missions, and that, ultimately, what we defend is human rights all over the world, everywhere we are called to serve. Wonderful. All of this corresponds to my values of healthy love for my neighbor. A life full of meaning: helping people realize their potential, grow, and enjoy the present moment.

    The dream is « beautiful, very beautiful. » The reality is different.

    I live in a country where racism is institutionalized in the Indian Act, a systemic racism that we refuse to change, that we refuse to correct except through fine words and small financial compensations sprinkled to silence, to show that we are doing our best. We are gaining time…

    I live in a country where my different culture, unique in the world, is denied. The slightest attempt at vitalization is expressly accused of being racist, to the point that it becomes shameful to show the state flag, the flag of our denied nation, which serves as the heart of this culture. Over time, the plan is to make it disappear, to dilute it, to make it lose more and more vitality until its complete death or at least until a controllable, manipulable level. Time…

    Denying a culture, the identity of a people, can lead to inhuman excesses. It can be done brutally or in a more subversive, less apparent way. Time is crucial in both cases.

    March 9, 2026

  • Décalage

    Décalage

    Décalage

    Je me sens quelquefois déphasé par rapport à la société ou à mon environnement social. Je vois certainement ma différence comme une explication de ce décalage. Puis, peu à peu, j’approfondis ma réflexion, comprends mieux les motivations de chacun et arrive à prendre plus de distance face à ce qui m’affecte.

    Cela me crée un autre problème : l’action. Comment dois-je réagir face à quelqu’un qui me fait du mal bien que je sois empathique à sa situation ? D’un côté, je comprends sa misère, alors que de l’autre je ne peux que constater ma souffrance qui en découle. Passer à l’action n’est pas toujours évident.

    Le pardon seul ne suffit pas à tourner la page, non plus. La personne, par exemple, continue à me faire du mal ou me laisse aux prises avec des conséquences de ses gestes, conséquences qui me rappellent ma fragilité et qui me rendent encore plus vulnérable face à d’autres personnes ou situations, conséquences qui nient mon droit d’existence. Le pardon ne peut être la seule réponse.

    C’est comme si la personne qui me fait du mal, la personne à qui je suis prêt à pardonner, devait de son côté prendre conscience du mal que j’ai, à tel point que l’action de réparer serait inévitable de sa part. Un sentiment de justice semble nécessaire pour un pardon équilibré, comme si l’empathie devait être des deux côtés.

    Aujourd’hui, j’ai l’impression que mon texte est en décalage avec la Fête nationale d’hier.

    D’un côté, j’ai prêté ma maison pour la réalisation d’un grand rêve qui devait inclure le mien, de l’autre je me sens volé, abusé par l’état des lieux, par le manque de respect. Peu importe ma différence, je suis d’abord et avant tout un être humain et je ne peux tout simplement pas accepter un tel comportement. Une action est nécessaire.

    Peut-être que cela paraît abstrait. N’empêche que j’ai besoin de crier mon mal.

    9 mars 2026


    Gap

    I sometimes feel out of step with society or my social environment. I certainly see my difference as an explanation for this gap. Then, little by little, I deepen my reflection, better understand everyone’s motivations, and manage to take more distance from what affects me.

    This creates another problem for me: action. How should I react to someone who hurts me even though I am empathetic to their situation? On one hand, I understand their misery, while on the other I can only observe my suffering that results from it. Taking action is not always obvious.

    Forgiveness alone is not enough to turn the page, either. The person, for example, continues to hurt me or leaves me struggling with the consequences of their actions, consequences that remind me of my fragility and make me even more vulnerable to other people or situations, consequences that deny my right to exist. Forgiveness cannot be the only answer.

    It is as if the person who hurts me, the person I am ready to forgive, had to, on their part, become aware of the pain I have to such an extent that the action of making amends would be inevitable on their part. A sense of justice seems necessary for a balanced forgiveness, as if empathy had to be on both sides.

    Today, I feel like my text is out of step with yesterday’s National Holiday.

    On one hand, I lent my house for the realization of a great dream that was supposed to include mine; on the other, I feel robbed, abused by the state of the premises, by the lack of respect. Regardless of my difference, I am first and foremost a human being and I simply cannot accept such behavior. An action is necessary.

    Perhaps this seems abstract. Nonetheless, I need to cry out my pain.

    March 9, 2026

  • Bonne Fête nationale!

    Bonne Fête nationale!

    Bonne Fête nationale!

    À toutes les Québécoises, à tous les Québécois, je souhaite un heureux moment dans la fierté, le respect et l’amour sain de ce que nous sommes comme peuple, comme société distincte, ainsi que comme collectivité multiethnique, interculturelle et ouverte sur le monde. 💙

    9 mars 2026


    Happy National Holiday!

    To all Quebecers, I wish a happy moment in pride, respect, and healthy love for who we are as a people, as a distinct society, as well as a multi-ethnic, intercultural community open to the world. 💙

    March 9, 2026

  • Islamophobie

    Islamophobie

    Islamophobie

    Antigone

    Réalisé par Sophie Deraspe, j’ai vu ce film au cinéma il y a déjà quelques mois. On y voit le ravage que peut faire dans une famille le poids du passé et les difficultés rencontrées par le personnage principal, joué par Nahéma Ricci, pour se sortir seule de ce labyrinthe. Allez voir le Sprint Gala, Antigone s’y retrouve, du 28 mai au 21 juin 2020.

    Mon texte : Islamophobie

    Comment parler de la discrimination envers l’autisme, envers la santé mentale à travers les faux diagnostics par la même occasion, à travers le besoin de certaines personnes de se décharger de leur fardeau sur les plus vulnérables, comment parler de racisme systémique aussi, sans parler de la discrimination religieuse en général et d’islamophobie en particulier ? Impossible.

    L’idée ici n’est pas tant de définir ce qu’est cette forme de discrimination, mais plutôt de mettre en lumière une conception étrange, inhabituelle, une conception qui ne résulte pas du hasard, mais plutôt d’une réflexion étrange.

    Comme pour le racisme systémique, le concept d’islamophobie ne peut qu’être accepté de par son évidence ; chacun ne peut qu’admettre la discrimination envers les Musulmans, que ce soit par l’habillement, par une « apparence » particulière voulant reproduire le plus fidèlement possible celle du Prophète ou même simplement par le rituel de la prière. Tout cela contraste avec nos façons de faire européennes ou nord-américaines. C’est dérangeant malgré nous. La grande majorité reconnaît cela et cherche une solution pour que les deux univers se rencontrent dans la paix. La première étape de cette conception est la même que pour le racisme systémique.

    La deuxième étape consisterait à ne pas définir davantage le concept, à ne pas l’expliquer, à garder un certain flou sur sa signification. Ainsi, il suffirait de désigner tel comportement ou telle parole pour canaliser la colère que chacun vivrait face à une discrimination envers cette communauté. Je ne peux dire ma peine de voir ce labyrinthe sans issue ; des drames humains, un drame pour l’humanité.

    L’étrangeté est dans la ressemblance des deux points : l’évidence de discrimination et terme accusatoire flou et culpabilisant. Autre fait troublant, le concept structuré est utilisé pour une minorité vulnérable, mais la rend encore plus sujette à des attaques surtout de la part d’autres minorités. Une forme de compétition autodestructrice entre elles suscitée par ces deux concepts : le racisme systémique et l’islamophobie.

    9 mars 2026


    Islamophobia

    Antigone

    Directed by Sophie Deraspe, I saw this film in the cinema a few months ago already. We see the devastation that the weight of the past can cause in a family and the difficulties encountered by the main character, played by Nahéma Ricci, to get out of this labyrinth alone. Go see the Sprint Gala, Antigone is part of it, from May 28 to June 21, 2020.

    My text: Islamophobia

    How to speak of discrimination toward autism, toward mental health through false diagnoses at the same time, through the need of certain people to offload their burden onto the most vulnerable, how to speak of systemic racism as well, without speaking of religious discrimination in general and of Islamophobia in particular? Impossible.

    The idea here is not so much to define what this form of discrimination is, but rather to highlight a strange, unusual conception, a conception that does not result from chance, but rather from a strange reflection.

    As with systemic racism, the concept of Islamophobia can only be accepted by its evidence; everyone can only admit discrimination toward Muslims, whether through clothing, through a particular « appearance » intended to reproduce as faithfully as possible that of the Prophet, or even simply through the ritual of prayer. All of this contrasts with our European or North American ways of doing things. It is disturbing despite ourselves. The vast majority recognizes this and seeks a solution so that the two universes meet in peace. The first step of this conception is the same as for systemic racism.

    The second step would consist of not defining the concept further, not explaining it, keeping a certain vagueness about its meaning. Thus, it would be enough to point out such behavior or such words to channel the anger that everyone would experience in the face of discrimination toward this community. I cannot tell my pain at seeing this dead-end labyrinth; human tragedies, a tragedy for humanity.

    The strangeness lies in the similarity of the two points: the evidence of discrimination and a vague and guilt-inducing accusatory term. Another troubling fact, the structured concept is used for a vulnerable minority, but makes it even more subject to attacks, especially from other minorities. A form of self-destructive competition between them sparked by these two concepts: systemic racism and Islamophobia.

    March 9, 2026

  • Racisme systémique

    Racisme systémique

    Racisme systémique

    Qui a tué Malcolm X ? Une série réalisée par Spike Lee, écoutée sur Netflix. Je commence à peine son visionnement, mais déjà, avec le récent meurtre de George Floyd, elle résonne fort en moi. « L’historien, militant et journaliste Abdur-Rahman Muhammad dirige cette enquête sur le meurtre de Malcolm X. »

    Mon texte : Racisme systémique

    Je me souviens de m’être opposé à cette dénomination pour identifier cette forme de discrimination, axée à la fois sur une distinction raciale, ce qui m’apparaissait justement raciste, et mettant l’accent sur un système fautif en place, ce qui en soi était culpabilisant. Personne ne voudrait porter en lui un tel système déshumanisant, personne ne voudrait en être complice.

    Il y avait aussi une autre raison à mon opposition passée. Une fois le terme accepté avec un certain flou calculé, il devient tellement facile d’accuser tout aspect de la société et de mettre en branle un mouvement pour le détruire. Que ce soit une politique ou une personne, il suffirait de cibler. Une manipulation simple de la population où chacun canaliserait sa colère selon n’importe quelle dénonciation faite par une quelconque autorité. Rapidement, on perdrait tout contrôle et l’anarchie serait la règle.

    J’étais donc contre cette dénomination, pas pour la nier, au contraire, mais pour protéger justement les plus vulnérables, les moins avantagés par le système existant. C’est paradoxal, je le comprends bien.

    Face à une telle attaque, invisible, venue de nulle part et de partout, ce sont ceux qui ont le moins d’argent pour se payer une protection, ceux-là qui n’ont pas pu se payer une éducation et des soins de santé minimaux, ce sont eux qui en feraient encore les frais. Ça ne saurait en être autrement.

    Voilà pourquoi je m’y opposais : par humanisme. Le système est bâti pour que les gagnants gagnent, même en cas d’effondrement, comme on a pu le voir avec la COVID-19 et ses conséquences.

    Néanmoins, il faut sortir de ce racisme, en particulier, et de toutes ces discriminations, en général.

    Je regarde une finalité, par exemple les Noirs et les Autochtones sont surreprésentés dans la population carcérale. Ce que je vois, c’est que notre société a identifié une mésadaptation chez ces communautés et sévit plus facilement. C’est triste, dramatique. Au lieu de rajouter une oppression au système qui ne leur convient pas, on se doit de trouver comment adapter le système aux humains en général, et à ces humains en particulier. C’est le système qui n’est pas adapté !

    Ça prend des soins de santé adéquats et appropriés, un système d’éducation performant, accessible et universel, des policiers qui comprennent et qui peuvent interagir de façon à réduire le poids de leur réalité historique individuelle et collective. Ces personnes portent en elles un traumatisme terrible ; leurs parents étaient traités de façon indigne, lorsqu’on ne voulait tout simplement pas les faire disparaître. Qui ne se rebellerait pas de cela ? Qui pourrait avoir une vie saine et équilibrée avec un tel trauma en soi ? Voilà ce qu’on veut dire en dénonçant les chances inégales, en dénonçant une souffrance niée.

    9 mars 2026


    Systemic Racism

    Who Killed Malcolm X? A series directed by Spike Lee, watched on Netflix. I am just beginning to watch it, but already, with the recent murder of George Floyd, it resonates strongly within me. « Historian, activist, and journalist Abdur-Rahman Muhammad leads this investigation into the murder of Malcolm X. »

    My text: Systemic Racism

    I remember opposing this naming to identify this form of discrimination, focused both on a racial distinction, which appeared precisely racist to me, and emphasizing a faulty system in place, which in itself was guilt-inducing. No one would want to carry such a dehumanizing system within them, no one would want to be complicit in it.

    There was also another reason for my past opposition. Once the term is accepted with a certain calculated vagueness, it becomes so easy to accuse any aspect of society and set a movement in motion to destroy it. Whether it be a policy or a person, it would be enough to target them. A simple manipulation of the population where everyone would channel their anger according to any denunciation made by any authority. Quickly, all control would be lost and anarchy would be the rule.

    I was therefore against this naming, not to deny it, on the contrary, but to protect precisely the most vulnerable, those least advantaged by the existing system. It is paradoxical, I understand it well.

    Faced with such an attack, invisible, coming from nowhere and everywhere, it is those who have the least money to pay for protection, those who could not pay for an education and minimal healthcare, they are the ones who would again pay the price. It could not be otherwise.

    That is why I opposed it: out of humanism. The system is built so that winners win, even in the event of a collapse, as we have seen with COVID-19 and its consequences.

    Nevertheless, we must get out of this racism, in particular, and all these discriminations, in general.

    I look at an outcome, for example Black and Indigenous people are overrepresented in the prison population. What I see is that our society has identified a maladaptation in these communities and strikes more easily. It is sad, dramatic. Instead of adding oppression to the system that does not suit them, we must find how to adapt the system to humans in general, and to these humans in particular. It is the system that is not adapted!

    It takes adequate and appropriate healthcare, a high-performing, accessible and universal education system, police officers who understand and who can interact in a way that reduces the weight of their individual and collective historical reality. These people carry a terrible trauma within them; their parents were treated in an undignified manner, when they didn’t simply want to make them disappear. Who would not rebel against that? Who could have a healthy and balanced life with such a trauma within? This is what we mean by denouncing unequal chances, by denouncing a denied suffering.

    March 9, 2026

  • Ensemble

    Ensemble

    Ensemble

    J’ai découvert, il y a déjà plusieurs mois, cette série sur Netflix. Au début, je me rappelle avoir été intrigué, malgré une certaine désorientation. Vite, par contre, le goût irrésistible de poursuivre s’est installé. Croyez-vous à une telle télépathie, à une sorte de communion ?

    Mon texte

    Tout était bizarre, je ne sais pas. Un sentiment de déjà-vu mélangé à quelque chose d’étrange que je ne pouvais pas nommer. J’étais rempli d’un grand bien-être face à une nouvelle réalité, non menaçante, mais se présentant comme un film, avec une distance semblable. Je sortais du coma, amnésique.

    J’ai déjà raconté ma vulnérabilité et ses conséquences. En regardant en arrière, je réalise que j’attendais qu’on me dise qui j’étais et qu’on m’apprenne comment agir. Un enfant dans un corps d’adulte. Il s’est avéré que personne ne me connaissait vraiment ; chacun avait son histoire à raconter, sa petite version et, comme je l’ai appris plus tard, sa propre théorie sur ma différence.

    Laissé plus ou moins à moi-même, je devais tout apprendre de la vie. J’ai vagabondé dans les hôpitaux pour finalement baisser les bras. Après les électroencéphalogrammes et le rendez-vous médical qui suivait, j’étais seul face à l’un et à l’autre, puis je retournais chez moi. Il n’y avait personne pour m’expliquer ce qui se passait vraiment ou pour faire un lien avec quoi que ce soit qui ait pu avoir du sens pour moi. Ma mémoire était très fragmentée, de telle sorte que je pouvais me souvenir d’un repas d’il y a quelques jours, mais ne pas savoir si je m’étais nourri le jour même. J’étais perdu dans un nouveau monde.

    Pour faire fonctionner mon cerveau, je me suis inscrit à des cours dans le civil. Bien sûr, la mémoire est encore plus importante à l’école. C’est donc sans grande surprise que les résultats étaient représentatifs de cette difficulté. Là encore, j’avais toute ma liberté. Tant que je pouvais m’inscrire à un cours ou à un programme, et que j’en avais le goût, tout allait bien, je pouvais procéder. Je me servais de ces cours comme d’une réhabilitation. Une réhabilitation prescrite par moi-même.

    Évidemment, vivre isolé face à une infinité de problèmes quotidiens, sans personne pour me prendre en charge, m’a amené à consulter des psys. De cela aussi, je vous en ai parlé. Plus le temps avançait, plus ma situation se compliquait, et moins j’avais d’aide appropriée. Au contraire, on m’enfonçait en rajoutant un poids sur mes épaules à chaque nouvelle personne ou chaque nouvel événement le moindrement bruyant. Je ne pouvais plus parler sans qu’on en rajoute. J’étais vidé de mon essence. Je n’étais plus une personne, mais un dossier à traiter — même pas une bouche à nourrir ou un membre de la famille à aimer.

    Bon, peut-être que la colère me fait oublier un soutien reçu çà et là.

    Je me suis éventuellement retrouvé chez un psychanalyste. Pourquoi pas ? En plus, il était curieux du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) qui était « la théorie » à mon sujet à ce moment-là. On a fini par se chicaner sur je ne sais quel sujet — peut-être un rendez-vous manqué — puis il est décédé peu après. La psychanalyse a repris avec un autre médecin. Il me fallait recommencer à zéro, mais plus rapidement, fort de certains acquis. J’ai ainsi fini par faire une psychanalyse complète grâce à ce dernier. J’avais développé un outil incroyable : je pouvais dorénavant travailler efficacement avec les structures que je voyais ! En théorie.

    J’avais l’outil, mais tout restait à faire. Selon ce médecin, je devais simplement laisser le temps faire son œuvre. Le temps… mais le poids du passé demeurait. Isolé, j’ai commencé à chercher un équilibre extérieur différent en changeant d’entourage. Le diagnostic d’autisme est très récent dans ma vie — environ deux ans — bien que j’aie passé le plus clair de mon temps dans les hôpitaux et les écoles. C’est inacceptable pour une société comme la nôtre.

    Au Québec, aujourd’hui, on parle de rénover les structures en place pour évoluer plus rapidement et éliminer graduellement les inégalités. On veut améliorer le système d’éducation, ajouter des centres de soins pour les aînés et les personnes handicapées ; les policiers veulent une formation sur la réalité des personnes souvent discriminées ; les gouvernements tentent un virage vert en minimisant les impacts économiques. Il existe plusieurs études sur la façon de rendre l’économie plus humaine, plus axée sur le bien-être. Tout cela converge. À nous de rendre ces changements durables et de passer à l’action.

    9 mars 2026


    Together

    I discovered this series on Netflix several months ago. At first, I remember being intrigued, despite a certain sense of disorientation. Soon, however, an irresistible urge to continue took hold. Do you believe in such telepathy, in a kind of communion?

    My Text

    Everything was bizarre, I don’t know. A feeling of déjà vu mixed with something strange I couldn’t name. I was filled with a great sense of well-being facing a new reality—one that wasn’t threatening, but presented itself like a film, with a similar distance. I was coming out of a coma, an amnesiac.

    I have already spoken of my vulnerability and its consequences. Looking back, I realize I was waiting for someone to tell me who I was and to teach me how to act. A child in an adult’s body. It turned out that no one really knew me; everyone had their own story to tell, their own little version, and, as I learned later, their own theory about my difference.

    Left more or less to my own devices, I had to learn everything about life. I wandered through hospitals, eventually giving up. After the EEGs and the subsequent medical appointments, I was alone in both, and then I would return home. There was no one to explain what was really happening or to make a connection with anything that might have made sense to me. My memory was very fragmented, so much so that I could remember a meal from a few days ago but not know if I had eaten that very day. I was lost in a new world.

    To get my brain working, I enrolled in civilian courses. Of course, memory is even more important in school. So, it was no surprise that the results reflected this difficulty. Even then, I had total freedom. As long as I could sign up for a course or a program and felt like it, everything was fine; I could proceed. I used these courses as rehabilitation. A rehabilitation self-prescribed.

    Of course, living isolated, facing an infinity of daily problems without anyone to take charge of me, led me to consult therapists. I’ve told you about that as well. As time went on, my situation grew more complicated, and the appropriate help grew scarcer. On the contrary, I was being dragged down, with a new weight added to my shoulders by every new person or every slightly noisy event. I couldn’t speak without someone adding to it. I was drained of my essence. I was no longer a person, but a file to be processed—not even a mouth to feed or a family member to love.

    Well, perhaps anger makes me forget a bit of support received here and there.

    I eventually found myself with a psychoanalyst. Why not? Moreover, he was curious about Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD), which was « the theory » about me at the time. We ended up arguing over some subject—perhaps a missed appointment—and he passed away shortly after. Psychoanalysis resumed with another doctor. I had to start from scratch, but faster, building on certain gains. I eventually completed a full psychoanalysis thanks to the latter. I had developed an incredible tool: I could now work effectively with the structures I saw! In theory.

    I had the tool, but everything remained to be done. According to this doctor, I just had to let time do its work. Time… but the weight of the past remained. Isolated, I began to seek a different external balance by changing my surroundings. The autism diagnosis is very recent in my life—about two years—even though I spent most of my life in hospitals and schools. This is unacceptable for a society like ours.

    In Quebec today, there is talk of renovating existing structures to evolve more quickly and gradually eliminate inequalities. We want to improve the education system, add care centers for the elderly and people with disabilities; the police want training on the reality of those often discriminated against; governments are attempting a green shift while minimizing economic impacts. There are several studies available on how to make the economy more human, more focused on well-being. All of this converges. It is up to us to make these changes sustainable and to take action.

    March 9, 2026

  • La plénitude

    La plénitude

    La plénitude

    Les voyages me rendent heureux, surtout parce que j’y rencontre des personnes qui se dévoilent à travers leur façon d’être et leur culture. En toute simplicité.

    Mon texte

    Avec cette discrimination, et tout le travail que cela me demandait pour la conscientiser et la verbaliser, je me suis mis à rêver, graduellement et beaucoup trop lentement, d’un espace où je pourrais vivre libre tout en étant moi-même.

    J’ignorais à ce moment-là que j’étais autiste. Je ne pouvais pas nommer ma différence, mais je la percevais dans les réactions des autres, dans leur façon d’agir avec moi. Je cherchais dans mes explications un équilibre : quelque chose qui puisse à la fois expliquer ces réactions et ma propre singularité.

    Lorsque je tentais d’expliquer mes découvertes, mes prises de conscience ou mes suppositions sur cette réalité et ses conséquences pour moi, je voyais beaucoup de culpabilité chez les personnes à qui je me dévoilais. On me disait accusateur ; on prétendait que je cherchais à me déresponsabiliser, que je devais « me retrousser les manches ».

    J’étais face à moi-même, coincé dans ce labyrinthe sans issue. Je me sentais coupable, moi aussi, et cela générait un grand sentiment d’injustice. Ma vie perdait de son éclat et, plus le temps avançait, moins je voyais la possibilité de me réaliser. Mes rêves m’apparaissaient de plus en plus inaccessibles. Ici et là, j’ai tenté de reprendre le pouvoir sur ma vie, emporté tant par ce sentiment d’injustice que par ma volonté de sortir une fois pour toutes de ce piège dans lequel on me maintenait.

    Prisonnier, une image me revenait : je me voyais enfermé dans une bulle, une coquille d’œuf faite tantôt de pierre, tantôt de verre. Parfois, j’étais équipé pour sortir de ce cocon ; parfois, seul le bris énergique du verre s’imposait. Je ne savais pas comment interpréter cela. Mais en fin de compte, rien ne m’avantageait. Je retournais mon besoin impératif de justice contre moi-même. Je cherchais le pouvoir pour fuir ma condition. Malgré le soulagement momentané que cette libération m’apportait, la solution se trouvait clairement ailleurs.

    Tout briser pour recommencer sans cesse ma vie ne m’apportait, au bout du compte, que frustrations et malheurs. Je me sentais plus fort, certes, mais aussi plus vide. L’amour en moi disparaissait. J’aurais eu beau prier, tenter de faire le bien ou tout partager, le vide restait immense et insatisfaisant. Ce n’était jamais assez beau, jamais assez bien. Je courais après une illusion. La justice n’était pas là ; c’était un mirage, ce n’était jamais suffisant.

    C’est ainsi que j’ai commencé à donner ma vie, avec amour et respect.

    12 mars 2026


    Wholeness

    Traveling makes me happy, mainly because I meet people who reveal themselves through their way of being and their culture. In all simplicity.

    My Text

    With this discrimination, and all the work it required to become conscious of it and verbalize it, I began to dream—gradually and much too slowly—of a space where I could live freely while being myself.

    I didn’t know at the time that I was autistic. I couldn’t name my difference, but I saw it in the reactions of others, in the way they dealt with me. I searched for a balance in my explanations: something that could explain both those reactions and my own difference.

    When I tried to explain my discoveries, my realizations, or my assumptions about this reality and its consequences for me, I saw a lot of guilt in the people to whom I revealed myself. I was called accusatory; I was told I was trying to avoid responsibility, that I needed to « roll up my sleeves. »

    I was facing myself while being in this dead-end labyrinth. I felt guilty, too, and it generated a great sense of injustice. My life was losing its luster and, as time went on, the possibility of self-fulfillment seemed to dwindle. My dreams appeared increasingly inaccessible. Here and there, I tried to take back power over my life, driven both by this sense of injustice and by my will to escape once and for all from the trap in which I was being held.

    As a prisoner, an image kept returning to me: I saw myself enclosed in a bubble, an eggshell made sometimes of stone, sometimes of glass. Sometimes I was equipped to crawl out of this cocoon; other times, only the forceful shattering of the glass would do. I didn’t know how to interpret this. But ultimately, nothing worked in my favor. I turned my imperative need for justice against myself. I sought power to flee my situation. Despite the momentary relief this liberation brought, the solution clearly lay elsewhere.

    Breaking everything to constantly restart my life only brought me frustration and misery in the end. I felt stronger, yes, but also emptier. The love within me was vanishing. No matter how much I prayed, tried to do good, or shared everything, the void remained immense and unsatisfying. It was never beautiful enough, never good enough. I was chasing an illusion. Justice wasn’t there; it was a mirage, it was never enough.

    That is how I began to give my life, with love and respect.

    March 12, 2026

Longueuil, mon pays (Québec)

« Pédagogie et philosophie des enjeux de société par le prisme des TI. »