Catégorie : Journalisme

  • Projection

    Projection

    Projection

    J’ai toujours eu un intérêt pour la projection. Toutefois, ce n’est qu’après mon traumatisme crânien que j’y ai réfléchi plus en profondeur. Après le coma qui a suivi, les gens projetaient sur moi la personne qu’ils croyaient connaître. Étant amnésique, j’ai tenté d’endosser ces personnages projetés sur moi. Je ressentais un besoin urgent d’avoir une identité et, un peu comme un comédien qui finirait par se perdre dans le rôle qu’il incarne, j’intégrais les différentes images que l’on avait de « moi ». Poussé par ce que je sais maintenant être mon autisme, j’analysais les structures de ces personnalités jouées.

    Parallèlement, j’étais imprégné par cette expérience mystique de mort imminente. J’avais des images issues de mon coma, ainsi qu’un puissant sentiment de bien-être. Inévitablement, je voyais en cela Dieu. À mon tour, je me projetais sur l’autre, peu importe qu’il fût Dieu ! Sur cet écran, je pouvais voir la réalisation de mes rêves les plus profonds, de mes espoirs les plus fous.

    À toutes ces expérimentations s’ajoutaient des apparitions sous forme d’images, des « flashbacks » qui n’avaient aucun sens, bien qu’ils fussent possiblement des souvenirs. Tout cela faisait partie de mon univers ; il y avait de quoi être totalement confus. J’essayais d’obtenir de l’aide, mais la complexité de ma réalité rendait la projection sur moi encore plus probable. Un réflexe humain pour privilégier la simplicité, je suppose.

    Afin de faire le lien entre mes projections et celles des autres, je me suis inscrit à une formation en psychologie transpersonnelle. C’est là que j’ai approfondi mon hypothèse sur la projection et mon refus de m’arrêter à une seule interprétation de la réalité. Sans le savoir, je développais un esprit critique.

    C’est à travers la psychanalyse que j’ai finalement pu donner un sens aux structures que je percevais. J’ai élaboré un outil pour mieux les appréhender et mieux les nommer. Grâce à cette démarche psychanalytique, j’ai appris à déconstruire adéquatement ce qui avait été échafaudé sans plan précis au fil des traumas, pour finalement arriver à me rebâtir consciemment, tout en ayant connaissance de ce processus de projection.

    Exemples concrets dans mon texte de vendredi. À suivre.

    8 mars 2026


    Projection

    I have always had an interest in projection. However, it was only after my traumatic brain injury that I reflected on it more deeply. Following the coma that ensued, people projected onto me the person they thought they knew. Being amnesic, I tried to adopt these characters projected upon me. I felt an urgent need for an identity and, much like an actor who ends up losing himself in the role he plays, I integrated the various images people had of « me. » Driven by what I now know to be my autism, I investigated the structures of these performed personalities.

    At the same time, I was permeated by that mystical near-death experience. I had images lingering from my coma, as well as a powerful sense of well-being. Inevitably, I saw God in this. In turn, I projected myself onto the « other, » no matter if that other was God! On that screen, I could see the fulfillment of my deepest dreams and my wildest hopes.

    To all these experiences were added apparitions in the form of images—flashbacks that made no sense, though they were possibly memories. All of this was part of my universe; it was enough to leave anyone completely muddled. I tried to seek help, but the complexity of my reality made projection onto me even more likely. A human reflex for the sake of simplicity, I suppose.

    Partly to bridge the gap between my projections and those of others, I enrolled in a program for transpersonal psychology. It was there that I further developed my hypothesis on projection and my refusal to settle for a single interpretation of reality. Without knowing it, I was developing a critical mind.

    Through psychoanalysis, I was finally able to give meaning to the structures I saw. I developed a tool to better grasp and name them. Thanks to this psychoanalytic process, I learned to properly deconstruct what had been built without a clear plan through years of trauma, ultimately rebuilding myself consciously while remaining aware of this projection process.

    Concrete examples in Friday’s text. To be continued.

    March 8, 2026

  • Les  limites

    Les limites

    Les limites

    Je suis inscrit à des cours universitaires à distance en journalisme. Je croyais naïvement pouvoir les poursuivre sur mon cellulaire durant mon aventure. J’avais fait des tests de chez moi. Mais la concentration nécessaire, en voyage et mal outillé sur le long terme, est énorme, ce qui rend l’opération impossible. Si jeunesse savait…

    Cela me ramène au livre La Révolution Z et à cette naissance éternelle dont je parlais mercredi dernier. Suis-je un Z, un Y, un X ou même un Boomer ? Selon le regard posé, j’appartiens à chacune de ces générations, ou même à toutes à la fois.

    Mes cours portent, entre autres, sur la démocratie et les droits humains, des concepts intimement liés. Bien sûr, je souscris à leurs vertus ; j’en suis un défenseur. Néanmoins, poussés à l’extrême, ils peuvent être perçus comme des dictatures. Effectivement, on peut s’accorder pour dire qu’une chose est bonne, mais tôt ou tard, on en verra les limites, voire des effets secondaires dommageables, sinon carrément néfastes. C’est l’utilisation d’une réalité souhaitable comme une arme.

    Prenons l’exemple du multiculturalisme qui permet le vivre-ensemble. Une approche anglo-saxonne du multiculturalisme devient une faiblesse dans la mesure où, peut-être de bonne foi, elle nie plus ou moins les bases des autres cultures. Il n’y a pas de reconnaissance explicite de la différence distincte de l’impact de la langue, de l’histoire d’un peuple et de son lien avec la spiritualité. Le multiculturalisme ne peut pas être partout le même. Cette faille peut être utilisée à mauvais escient, comme une arme pour briser un peuple — un peuple qui porte une culture spécifique — afin de le faire disparaître ou de le fondre dans un ensemble.

    Ainsi, la démocratie atteint aussi ses limites. La culture et l’histoire d’un peuple doivent être respectées ; il faut prendre conscience de la différence de ses fondements. C’est certainement un défi que de le faire sans bouleversement, pour une intégration graduelle et adaptée des droits humains, ce qui reste un souhait universel. Pourrait-on créer des sortes de plateformes d’échange, des lieux où deux systèmes peuvent interagir dans un respect mutuel ? Le multiculturalisme ne doit pas signifier la disparition des différences culturelles par leur greffe sur le fond d’une culture dominante implicite. Il est sain que les peuples puissent continuer à se reconnaître dans leur culture et à vivre selon leur identité distincte. La diversité est une richesse.

    Autre aspect : la manipulation potentielle des votes via les réseaux sociaux. C’est une faiblesse dévoilée de la démocratie qu’il faut renforcer par l’éducation et par la compréhension du processus de projection de soi dans l’autre. (Comme mentionné dans La Révolution Z, ce processus de projection demande aussi un apprentissage pour les interactions avec tous les médias.)

    À l’inverse, une situation peut paraître mauvaise et se révéler être une grâce. Le désir d’avancement du Canada est miné par des inégalités devenues extrêmes, invivables. Que l’on pense aux Autochtones et à la désorganisation de leur culture ancestrale, ou aux femmes, qui comptent pour la moitié de l’humanité, et à la limitation de leurs droits. On peut voir, dans la négation de la culture québécoise, d’autres problèmes qui perdurent.

    Il y a des conséquences économiques et un coût humain dans ces cas, comme dans d’autres inégalités, qui minent tout le système, et pas seulement au Canada. Il est nécessaire d’humaniser nos façons de faire.

    8 mars 2026


    The Limits

    I am enrolled in distance university courses in journalism. Naively, I believed I could keep up with them on my cell phone during my adventure. I had tested it from home. However, the concentration required—while traveling and poorly equipped for the long term—is enormous, making the operation impossible. If youth only knew…

    This brings me back to the book The Z Revolution and that eternal birth I spoke of last Wednesday. Am I a Z, a Y, an X, or even a Boomer? Depending on the perspective, I belong to each of these generations, or perhaps all of them at once.

    My courses cover, among other things, democracy and human rights—concepts that are intimately linked. Of course, I subscribe to their virtues; I am a defender of them. Nevertheless, pushed to the extreme, they can be perceived as dictatorships. Indeed, we may agree that something is good, but sooner or later we will see its limits or even damaging, if not downright harmful, side effects. This is the use of a desirable reality as a weapon.

    Take, for example, the multiculturalism that enables living together. An Anglo-Saxon approach to multiculturalism becomes a weakness to the extent that, perhaps in good faith, it more or less denies the foundations of other cultures. There is no explicit recognition of the distinct difference of the impact of language, a people’s history, and its link to spirituality. Multiculturalism cannot be the same everywhere. This flaw can be misused as a weapon to break a people—a people that sustains a specific culture—to make them disappear or merge them into a whole.

    Thus, democracy also reaches its limits. A people’s culture and history must be respected; one must be aware of the difference in their foundations. It is certainly a challenge to do so without upheaval, for a gradual and adapted integration of human rights, which remains a universal wish. Could we create types of exchange platforms, places where two systems can interact in mutual respect? Multiculturalism must not mean the disappearance of cultural differences by grafting them onto the backdrop of an implicit dominant culture. It is healthy for peoples to be able to continue recognizing themselves in their culture and living according to their distinct identity. Diversity is a wealth.

    Another aspect: the potential manipulation of votes via social networks. This is a revealed weakness of democracy that must be strengthened through education and an understanding of the process of projecting oneself into the « other. » (As mentioned in The Z Revolution, this process of projection also requires learning for interactions with all media.)

    Conversely, a situation can appear bad and turn out to be a grace. Canada’s desire for advancement is undermined by inequalities that have become extreme and unlivable. Think of Indigenous peoples and the disruption of their ancestral culture, or women, who account for half of humanity, and the limitation of their rights. One can see other lingering problems in the denial of Quebec culture.

    There are economic consequences and a human cost in these cases, and in other inequalities, that undermine the entire system, not just in Canada. There is a necessity to humanize the way we do things.

    March 8, 2026

  • La Révolution Z: une réflexion inspirée

    La Révolution Z: une réflexion inspirée

    La Révolution Z : une réflexion inspirée

    La Révolution Z, une lecture pour les jeunes de toutes les générations. Pour se questionner sur les motivations de notre société, sur la façon de mieux concevoir notre environnement. On pourrait y trouver des messages cachés. Je recommande ce livre.

    Ma réflexion

    À quelle génération j’appartiens ? Cela dépend de mon année de naissance. C’est un problème pour moi !

    Je suis mort à plusieurs reprises à la suite de traumas majeurs. Un peu comme tout le monde, j’ai tenté de refaire ma vie, de repartir à zéro. Cela implique des deuils ; le deuil de mon identité telle que je la percevais.

    Que ce soit à travers mes expériences de mort imminente ou par ces morts psychologiques, je changeais d’univers. Je me voyais autrement, je regardais différemment et je comprenais distinctement. À chaque fois, je repars sur une nouvelle base qui modifie, à divers degrés, mon monde. Une nouvelle relation cherche dorénavant à s’établir. Une naissance.

    J’ai la particularité de tout oublier, comme si je repassais toujours par cette étape d’amnésie vécue lors des événements traumatiques de mon enfance déjà mentionnés. Autisme ou répétition inconsciente du trauma qu’est la perte de mémoire : une nouvelle vie s’offre à moi. Durant un certain temps, je suis néanmoins entre deux mondes. Je me dois de reconscientiser certaines structures et un cheminement passé. Je simplifie mon histoire pour mieux la comprendre, pour mieux me définir, pour mieux m’ajuster.

    Ma vision de l’humain s’adapte à cette réalité qui se dessine devant moi. L’être humain en moi rejoint peu à peu celui qui est dans l’autre. Par l’intérieur. Cette partie est relativement facile pour moi, quoique exigeante, voire éprouvante dans certaines situations. Un travail est nécessaire. Les limitations imposées par l’autisme, dans mon cas, sont au contraire des forces dans ces univers parallèles : un don.

    La partie extérieure, celle des limitations sociales, celle où mon don est encombrant, nécessite des solutions. C’est mon côté « Z » qui exige des solutions concrètes pour un bel avenir.

    8 mars 2026


    The Z Revolution: An Inspired Reflection

    The Z Revolution is a read for young people of all generations. It invites us to question our society’s motivations and how to better design our environment. Hidden messages might even be found within. I recommend this book.

    My Reflection

    To which generation do I belong? That depends on my birth year. That’s a problem for me!

    I have died several times following major traumas. Much like everyone else, I have tried to rebuild my life, to start over from scratch. This involves grief; grieving my identity as I once perceived it.

    Whether through near-death experiences or these psychological deaths, I would change universes. I saw myself differently, I looked at things differently, and I understood distinctly. Each time, I start on a new foundation that modifies my world to varying degrees. A new relationship now seeks to establish itself. A birth.

    I have the peculiarity of forgetting everything, as if I were always returning to that stage of amnesia experienced during the previously mentioned traumatic events of my childhood. Whether it is autism or an unconscious repetition of the trauma of memory loss, a new life offers itself to me. For a while, I am nonetheless between two worlds. I must re-internalize certain structures and a past journey. I simplify my story to better understand it, to better define myself, and to better adjust.

    My vision of the human adapts to this reality taking shape before me. The human being within me gradually reaches the one within the other. From the inside. This part is relatively easy for me, though demanding—even grueling—in certain situations. Work is required. The limitations imposed by autism, in my case, are instead strengths in these parallel universes: a gift.

    The external part—the one with social limitations, where my gift is cumbersome—requires solutions. It is my « Z » side demanding concrete solutions for a beautiful future.

    March 8, 2026

  • Entre deux mondes

    Entre deux mondes

    Entre deux mondes

    C’est toujours la même chose. Que ce soit parce que j’arrive dans un nouvel endroit ou que j’entame une nouvelle relation, tout repart à zéro. Je ne peux compter ni sur mon expérience, ni sur mes connaissances. Je ne sais pas pourquoi ; l’autisme est une supposition. Quoi qu’il en soit, je suis continuellement face à l’inconnu, dans un monde étrange que je dois découvrir. C’est anxiogène, évidemment. Perdu, abandonné à moi-même et sans accès à mes ressources mnémoniques, il ne peut en être autrement.

    Je suis comme un enfant qui rencontre une situation pour la première fois. Le regard que je porte s’impose à moi et il peut être fort différent d’une fois à l’autre. Même si, de manière abstraite, je saisis rapidement un portrait global, je ne peux rien utiliser avant qu’une certaine somme de réflexions découlant de mes points de vue ne soit effectuée. Est-ce un fonctionnement si atypique ? En tout cas, c’est mon histoire avec les structures et mon choix de ne pas les manipuler, ou le moins possible.

    Le constat est que je suis toujours ramené à l’humain. C’est la seule constante : l’humain. Que je ne connaisse pas la valeur de la monnaie locale — pour reprendre l’exemple de mon dernier texte — ou que la langue me soit étrangère même s’il s’agit de celle de ma grand-mère, que je ne puisse pas reproduire mon mode de vie habituel (un trauma qui se répète sans cesse) : tout cela revient finalement à moi, l’être humain.

    Quelquefois, je mets des mots sur un vécu et je ressens de la colère, celle découlant d’une grande injustice. D’autres fois, j’ai honte d’avoir agi comme un enfant, naïvement ou sans réfléchir. La plupart du temps, j’éprouve tout cela au même moment. Puis vient le besoin de parler de ma dignité humaine, de la mienne comme de celle des autres.

    8 mars 2026


    Between Two Worlds

    It is always the same thing. Whether I arrive in a new place or enter a new relationship, everything starts from scratch. I can rely neither on my experience nor on my knowledge. I do not know why; autism is a possibility. Regardless, I am continuously faced with the unknown, in a strange world that I must discover. It is anxiety-inducing, obviously. Lost, left to my own devices, and without access to my mnemonic resources, it cannot be otherwise.

    I am like a child encountering a situation for the very first time. The gaze I cast upon it is forced upon me, and it can differ greatly from one time to the next. Even if I quickly grasp a global picture abstractly, I can utilize nothing until a certain amount of reflection, stemming from various perspectives, has been completed. Is such a way of functioning so atypical? In any case, this is my story with structures and my choice not to manipulate them—or to do so as little as possible.

    The conclusion is that I am always brought back to the human element. It is the only constant: the human. Whether I am ignorant of the value of the local currency—to use the example from my last text—or the language is foreign to me even though it was my grandmother’s, or I am unable to reproduce my usual way of life (a trauma that repeats incessantly): it all ultimately comes back to me, the human being.

    Sometimes, I put words to an experience and feel anger—the kind that stems from a great injustice. Other times, I feel ashamed for having acted like a child, naively or without thinking. Most of the time, I feel all of this at once. Then comes the need to speak of my human dignity—both my own and that of others.

    8 mars 2026

  • Kukum: une réflexion inspirée

    Kukum: une réflexion inspirée

    Kukum : une réflexion inspirée

    J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait découvrir un peu plus le mode de vie traditionnel des Innus et les difficultés rencontrées par ce peuple à la suite de l’arrivée de nos ancêtres. L’étrangeté que l’on peut ressentir lorsqu’on se retrouve entre deux mondes.

    Ma réflexion.

    Ça y est ! Mon aventure est commencée. Une autre. Différente.

    Je ne sais pas où je vais, sinon ailleurs. À quelques reprises, je suis allé à Riviera Maya où j’ai fait des excursions touristiques. Pour la première fois, j’ai habité Cancún, la ville. J’avais des craintes, puisque plusieurs reportages et séries télévisées montraient une violence et une pauvreté insoutenables. Finalement, je n’ai été témoin de rien de violent… sinon, bien sûr, d’une pauvreté occidentale. Une grande violence où l’on ne cesse de vous rappeler ce que pourrait être votre vie « si ».

    De Cancún, j’ai pris un billet d’avion pour le Guatemala où je passerai un certain temps. C’est la première fois que je visite ce pays. Après m’être plus ou moins adapté au peso mexicain, c’était la confusion totale quand j’ai dû payer le taxi à mon arrivée à l’hôtel. Je ne connaissais pas la valeur du quetzal, ni son équivalent en dollars canadiens. Sûrement le stress, car je n’ai pas pensé à faire une règle de trois avec le prix de la chambre. De plus, j’ai demandé à passer par un guichet automatique pour retirer de la monnaie locale. Là encore, je n’avais aucune idée de ce que je retirais : Q1000*. Un sentiment bizarre.

    Mon espagnol se limite à quelques mots. J’ai perdu l’essentiel du peu que j’avais acquis durant mes voyages et mes cours. Quant à ma grand-mère espagnole, il n’y a eu aucune transmission de sa langue. Mon père, lui, me disait que cela ne servait à rien, que c’était l’anglais qu’il fallait apprendre.

    Mais bon, le chauffeur de taxi et moi avons fini par nous comprendre, bien qu’il s’agisse là d’une autre perte de repères. J’assume cette incompréhension, peut-être avec un sentiment d’impuissance. J’ai toutefois la chance de comprendre le système économique ; il me reste des repères essentiels. Heureusement. Il y a de l’espoir pour la suite.


    *Q1000 correspond à environ 173 $ canadiens. Mais que peut-on faire au Guatemala avec cette somme ?

    8 mars 2026


    Kukum: An Inspired Reflection

    I truly enjoyed this book, which allowed me to discover more about the traditional lifestyle of the Innu people and the challenges they faced following the arrival of our ancestors. It evokes the strangeness one feels when caught between two worlds.

    My reflection.

    This is it! My adventure has begun. Another one. Different.

    I don’t know where I am going, other than « elsewhere. » On a few occasions, I visited Riviera Maya for tourist excursions. But for the first time, I lived in Cancún, the city. I had fears, as many reports and TV series depicted unsustainable violence and poverty. In the end, I witnessed nothing violent… except, of course, a Western kind of poverty. A profound violence where you are constantly reminded of what your life « could be » if only.

    From Cancún, I flew to Guatemala, where I will stay for a while. It is my first time visiting this country. After more or less adapting to Mexican pesos, it was total confusion when I had to pay the taxi upon reaching my new hotel. I didn’t know the value of the quetzal or its Canadian dollar equivalent. It was likely the stress, as I didn’t think to use the room price to calculate the exchange. Furthermore, I asked to stop at an ATM to withdraw local currency. Even then, I had no idea how much I was taking out: Q1000*. A bizarre feeling.

    My Spanish is limited to a few words. I have lost most of the little I learned during past travels and classes. As for my Spanish grandmother, there was no transmission of her language. My father told me it was useless—that English was the language one had to learn.

    Regardless, the taxi driver and I eventually understood each other, though it was yet another loss of bearings. I accept this lack of understanding, perhaps with a sense of helplessness. However, I am fortunate enough to understand the economic system; essential markers remain. Thankfully. There is hope for what comes next.


    *Q1000 is approximately 173 Canadian dollars. But what can one do in Guatemala with such a sum?

    8 mars 2026

  • Corde sensible: l’individu cache le peuple

    Corde sensible: l’individu cache le peuple

    Corde sensible : l’individu cache le peuple

    Corde sensible fait un bref survol du phénomène de l’indignation. C’est intéressant ; un bon point de départ pour se questionner sur ce sujet.

    Dans une société où l’individu prend de plus en plus de place, où chacun cherche l’humain en soi, il semble naturel de ressentir le besoin de se regrouper pour compenser la solitude qui en découle. Quels critères attirent vers un tel groupe ? Qu’est-ce qu’on tente d’exprimer ? Que demande-t-on, finalement ?

    On choisit de rejoindre un groupe parce qu’un ami y participe, parce qu’on se reconnaît dans certains membres, ou parce que l’objectif nous rejoint. Souvent, notre jugement de la situation s’arrête là, car on a l’impression d’enfin appartenir à un regroupement et de se battre pour une cause. Avec le temps, les irritants apparaissent de plus en plus, quelquefois à tel point qu’on finit par écouter ceux qui ont l’opinion opposée. C’est la confusion. Bien qu’on partage la raison officielle du rassemblement, on s’y sent de moins en moins à l’aise. La cause nous touche, nous y sommes sensibles, on s’identifie facilement à celle-ci, mais…

    Le groupe contient plusieurs sous-groupes menés par un leader ayant sa propre vision de la situation et ses propres objectifs personnels. La discipline du groupe est essentielle pour progresser vers l’objectif commun officiel ; autrement, un éventail de réactions apparaît : colère, jeux de provocation, indignation mal placée ou mal exprimée, etc. C’est le chaos.

    Au Québec, de par notre langue, notre histoire et notre relation particulière avec la religion, nous sommes conscients de vivre dans une société distincte de celle du Canada, sans pour autant abandonner l’idée de vivre ensemble. Effectivement, ce n’est pas la diversité qui fait peur aux Québécois, le Québec étant depuis son origine multiethnique. Il s’agit plutôt d’un besoin vital, une réaction diffuse et énergique, une forme de seconde nature résultant de siècles de batailles pour défendre son droit d’exister — pour se défendre, entre autres, contre des attaques portant sur un racisme qui serait spécifiquement québécois.

    Vivre-ensemble (Source : L’Internaute) « Concept qui exprime les liens pacifiques, de bonne entente qu’entretiennent des personnes, des peuples ou des ethnies avec d’autres, dans leur environnement de vie ou leur territoire. »

    Pour l’UNESCO « Vivre ensemble en paix, c’est accepter les différences, être à l’écoute, faire preuve d’estime, de respect et de reconnaissance envers autrui et vivre dans un esprit de paix et d’harmonie. »

    Le Canada fait fortement la promotion du multiculturalisme, ce qui est conforme à la Déclaration universelle des droits de l’homme. En soi, cela n’est pas un problème pour le Québec, malgré tous les mots échangés. Selon moi, le véritable enjeu est celui de la protection de la culture québécoise et de la reconnaissance du peuple qui la maintient vivante. Une menace bien réelle existe par le simple fait que son existence distincte est niée. Il s’agirait donc d’un « multiculturalisme québécois » où, en raison du besoin de préservation de son unicité, la culture québécoise serait considérée comme un élément de cohésion et de paix, un lieu de convergence.

    8 mars 2026


    Sensitive Nerve: The Individual Conceals the People

    Corde sensible (Sensitive Nerve) provides a brief overview of the phenomenon of indignation. It is interesting—a solid starting point for questioning the subject.

    In a society where the individual occupies more and more space, where everyone seeks the « human » within themselves, it seems natural to feel the need to group together to compensate for the resulting loneliness. What criteria attract someone to such a group? What are we trying to express? What are we ultimately asking for?

    We choose to join a group because a friend is involved, because we recognize ourselves in certain members, or because the goal resonates with us. Often, our judgment of the situation stops there because we feel we finally belong to a group and are fighting for a cause. Over time, irritants increasingly surface, sometimes to the point where we begin to listen to those with opposing opinions. This leads to confusion. Although we share the official reason for the gathering, we feel less and less at ease. The cause touches us; we are sensitive to it and identify with it easily, but…

    The group contains several sub-groups led by leaders with their own visions of the situation and their own personal objectives. Group discipline is essential for moving toward the official common goal; otherwise, a range of reactions appears: anger, provocative games, misplaced or poorly expressed indignation, and so on. It is chaos.

    In Quebec, through our language, our history, and our unique relationship with religion, we are aware of living in a society distinct from that of Canada, without abandoning the idea of living together. Indeed, it is not diversity that scares Quebecers, as Quebec has been multiethnic since its inception. Rather, it is a vital need, a diffuse and energetic reaction—a sort of second nature resulting from centuries of battling to defend its right to exist; to defend itself, among other things, against attacks regarding a racism that is claimed to be specifically Quebecois.

    Living Together (Source: L’Internaute) « A concept expressing the peaceful bonds and good understanding maintained by individuals, peoples, or ethnic groups with others, within their living environment or territory. »

    According to UNESCO « Living together in peace is about accepting differences, being a good listener, showing esteem, respect, and appreciation toward others, and living in a spirit of peace and harmony. »

    Canada strongly promotes multiculturalism, which is consistent with the Universal Declaration of Human Rights. In itself, this is not a problem for Quebec, despite all the rhetoric exchanged. In my view, the real issue is the protection of Quebec culture and the recognition of the people who keep it alive. A very real threat exists simply because its distinct existence is denied. It would therefore be a « Quebec-style multiculturalism » where, due to the need to preserve its uniqueness, Quebec culture would be considered an element of cohesion and peace—a point of convergence.

    March 8, 2026

  • Sabrina: la fille de Lucifer

    Sabrina: la fille de Lucifer

    Sabrina : la fille de Lucifer

    La troisième saison des Nouvelles Aventures de Sabrina est marquée par le chaos. Une série amusante. Comme vous vous en doutez, ce troisième volet m’a permis d’écrire encore sur l’identité et l’identitaire.

    Même s’il semble a priori simple de définir l’identité d’un individu, les choses se compliquent dès que l’on approfondit la recherche. Qu’il s’agisse de la couleur de peau, de l’origine ethnique, des croyances religieuses, de l’orientation sexuelle ou même du genre, tout demande des nuances. J’ai aussi souvent fait référence à la psychologie, qui sert à certaines personnes à définir autrui. Bref, nous nous sentons tous, tôt ou tard, limités à un seul aspect : homme, Blanc, autiste, etc.

    Ces différentes facettes de nous-mêmes se combattent, s’allient, se fusionnent, se détestent ou se rejettent. Par moments, c’est le chaos intérieur et un travail de réconciliation est nécessaire pour rester un minimum fonctionnel et pour, autant que possible, atteindre un équilibre. Assurément, des deuils sont à faire. De nouveaux aspects apparaissent, d’autres se modifient. Le tout vise à s’adapter à notre environnement changeant tout en restant cohérent avec soi-même, malgré des périodes de désorganisation totale inévitables.

    J’aime percevoir les collectivités de la même façon : comme un individu complexe sur lequel on ne jetterait un regard que sur un seul aspect de son identité. On peut décider de regrouper des gens par leur couleur de peau, par leur genre ou par leur religion. Ce sont différents points communs auxquels des personnes peuvent s’identifier et selon lesquels elles décident de se regrouper. L’identification peut se faire plus ou moins consciemment, bien que certains groupes présentent une affinité évidente. Quelquefois, aller au-delà de la première impression peut conduire à des découvertes insoupçonnées.

    Que ce soit pour un individu ou une collectivité, identifier les sources du conflit interne est une étape essentielle. Ces sources donnent un sens à de nombreux agissements. Les nommer apporte un apaisement, une compréhension. Du chaos naît une nouvelle organisation.

    Dans ce troisième volet de Sabrina, il est question de l’harmonisation des royaumes. C’est une vérité qui s’applique tant à l’individu qu’à la collectivité.

    8 mars 2026


    Sabrina: Lucifer’s Daughter

    The third season of Chilling Adventures of Sabrina is marked by chaos. An entertaining series. As you might expect, this third installment allowed me to write further on identity and the self.

    Even if defining an individual’s identity seems simple on the surface, things become complicated as soon as one digs deeper. Whether we speak of skin color, ethnic origin, religious beliefs, sexual orientation, or even gender, everything requires nuance. I have also frequently referred to psychology, which some use to define others. In short, we all, sooner or later, feel limited to a single aspect: man, White, autistic, and so on.

    These different parts of ourselves fight, ally, merge, hate, or reject one another. At times, there is internal chaos, and a work of reconciliation is necessary to remain somewhat functional and to reach, as much as possible, a state of balance. Undoubtedly, there are griefs to be processed. New aspects emerge; others are modified. The goal of it all is to adapt to our changing environment while remaining consistent with ourselves, despite inevitable periods of total disorganization.

    I like to view communities in the same way: as a complex individual upon whom we cast a gaze focused on only one aspect of their identity. We may choose to group people by skin color, gender, or religion. These are various common traits with which people can identify and decide to cluster accordingly. This identification can happen more or less consciously, though some groups have an obvious commonality. Sometimes, going beyond the first impression can lead to unexpected discoveries.

    Whether for an individual or a collective, identifying the sources of internal conflict is an essential step. These sources give meaning to many actions. Naming them brings peace and understanding. Out of chaos, a new organization is born.

    In the third part of Sabrina, there is talk of the « harmonization of the realms. » This is as true for the individual as it is for the collective.

    March 8, 2026

  • Vikings : un peuple

    Vikings : un peuple

    Vikings : un peuple

    J’ai bien apprécié les deux premières saisons de la série Vikings sur Netflix. Elle semble également disponible sur d’autres services de diffusion. Outre les intrigues propres à cette œuvre, j’ai plongé dans une réflexion sur l’organisation des sociétés, sur la concertation et la coopération des individus, sur les croyances qui les unissent et sur l’équilibre entre l’individualisme et le communautarisme.

    La collectivité

    Dans les sociétés où l’individu est priorisé — plus ou moins volontiers selon les situations — il apparaît que l’on cherche l’humain à l’intérieur de chacun. C’est une quête menée avec une conscience inégale selon les personnes ou les périodes de la vie. J’en parlais dans mon texte précédent : il s’agit d’un idéal vers lequel nous nous dirigeons, un objectif auquel nous souhaitons participer.

    Dans d’autres sociétés, le groupe prime sur toute autre considération. L’humain est plutôt recherché dans sa manifestation globale et commune. L’individu y est perçu comme une simple partie de cette unité formée par l’ensemble. La représentation de l’idéal est donc à l’opposé, et la participation à cet objectif tout aussi différente.

    Trouver l’humain en nous aux dépens de la société, ou trouver l’humain dans la société aux dépens de l’individu : pourrait-on résumer ainsi ces deux approches ?

    Il y a certainement là un défi de concertation et de coopération. Une fois la différence identifiée et nommée, il reste à établir un pont, une sorte de traducteur qui nous permettra de nous enrichir les uns des autres, plutôt que de diaboliser ce qui nous était encore incompréhensible hier.

    8 mars 2026


    Vikings: A People

    I thoroughly enjoyed the first two seasons of the series Vikings on Netflix. It also appears to be available on other streaming services. Beyond the plotlines specific to the show, I found myself reflecting on the organization of societies, the dialogue and cooperation between individuals, the beliefs that unite them, and the balance between individualism and communitarianism.

    The Collective

    In societies where the individual is prioritized—more or less willingly depending on the situation—it seems that we look for the « human » within each person. This quest is carried out with varying levels of awareness depending on the individual or the stage of their life. I mentioned this in my previous text: it is an ideal toward which we move, an objective in which we wish to take part.

    In other societies, the group takes precedence over all other considerations. The « human » is instead sought in its global, collective manifestation. The individual is seen as a part of this unity formed by the whole. The representation of the ideal is therefore the polar opposite, and the participation in this objective is just as different.

    Finding the human within ourselves at the expense of society, or finding the human within society at the expense of the individual: could these two approaches be summarized this way?

    There is certainly a challenge of dialogue and cooperation here. Once the difference is identified and named, what remains is to build a bridge—a kind of translator that allows us to enrich one another, rather than demonizing what was incomprehensible to us only yesterday.

    March 8, 2026

  • Katherine Levac: l’individu dans le peuple

    Katherine Levac: l’individu dans le peuple

    Katherine Levac : l’individu dans le peuple

    Le spectacle de vendredi dernier de Katherine Levac au Théâtre Desjardins. Elle raconte avec humour et légèreté certains passages de sa vie de Franco-Ontarienne. Une belle soirée très agréable au cours de laquelle j’ai ri quelques fois, mais j’ai surtout souri du début à la fin. Le spectacle nous a beaucoup plu.

    L’individu

    Ma vie s’est construite dans la souffrance, les peines, les rejets et l’abandon. Il y a en moi une sorte de sentiment de « laissé-pour-compte ». Il est inutile de revenir sur les traumatismes et les moments difficiles déjà mentionnés dans plusieurs textes précédents. J’ai eu, bien sûr, une chance inouïe de traverser ces épreuves et j’en suis reconnaissant.

    Ce qui me semble important de souligner est l’universalité de ces expériences humaines. Je suis conscient que chacun les a vécues sous une forme ou une autre, et sûrement à des degrés divers. C’est le fait d’être humain qui nous permet de nous rejoindre dans ce vécu. Il s’agit de notre nature, un lieu commun.

    Tout au long de notre vie, nous tentons de prouver notre valeur, de faire valoir notre droit d’exister et, plus particulièrement, d’essayer de nous faire aimer pour ce que nous sommes. Nos blessures et nos réalisations définiront en partie l’image que nous avons de nous-mêmes ; une représentation de soi avec laquelle nous chercherons, plus ou moins adroitement, à nous relier aux autres. Nous finissons par être esclaves de cette vision.

    Il est possible de se libérer de ces contraintes, imposées le plus souvent par l’environnement. Prendre conscience de ce qui affecte l’image que nous avons de nous-mêmes est certainement un premier pas. Cette conscientisation permettra éventuellement de nous libérer et de mieux nous connecter à notre nature profonde, sans pour autant renier ce qui nous distingue les uns des autres. Nous serons alors en mesure de déterminer consciemment nos réactions, plutôt que de les laisser dictées par les blessures, les peines, la colère ou les frustrations.

    8 mars 2026


    Katherine Levac: The Individual Within the People

    Last Friday’s show by Katherine Levac at Théâtre Desjardins. With humor and levity, she recounts certain chapters of her life as a Franco-Ontarian. It was a lovely, pleasant evening during which I laughed a few times, but above all, I smiled from beginning to end. We enjoyed the performance very much.

    The Individual

    My life has been forged through suffering, sorrow, rejection, and abandonment. There is a sort of feeling of being « left behind » within me. There is no need to revisit the traumas and difficult moments already mentioned in several previous texts. I have, of course, been incredibly fortunate to make it through these difficulties, and for that, I am grateful.

    What seems important to specify is the universality of these human experiences. I am aware that everyone has lived through them in one form or another, and surely to varying degrees. It is the very fact of being human that allows us to find common ground in these experiences. This is our nature—a common thread.

    Throughout our lives, we strive to prove our worth, to assert our right to exist, and more specifically, to try to be loved for who we are. Our wounds and our achievements will partly define the image we have of ourselves; a self-representation through which we seek, more or less skillfully, to connect with others. Ultimately, we become slaves to this vision.

    It is possible to free oneself from these constraints, which are most often imposed by our environment. Becoming aware of what affects our self-image is certainly a first step. This realization will eventually allow us to liberate ourselves and better connect with our deep nature, without denying what distinguishes us from one another. We will then be able to consciously determine our reactions, rather than having them dictated by wounds, sorrows, anger, or frustrations.

    March 8, 2026

  • « We Shall Overcome »: un regard sur l’identité

    « We Shall Overcome »: un regard sur l’identité

    « We Shall Overcome » : un regard sur l’identité

    Mercredi, j’ai lu le discours de Martin Luther King dans l’ouvrage Les 100 discours qui ont marqué le XXe siècle. On y trouve également un court texte qui brosse un portrait de la situation à l’époque où celui-ci a été prononcé. Jeudi, je suis allé voir le spectacle We Shall Overcome, qui porte le même nom qu’un des discours de Martin Luther King.

    L’image et l’identité.

    Comme la majorité, je connaissais « I have a dream »… J’ai aussi entendu parler du célèbre rêve américain. Moi-même, j’ai pris une photo de New York que j’ai intitulée Enfin !. Je tente, de temps à autre, d’en faire une représentation en peinture que j’appellerai Le Rêve.

    Quel est ce rêve ? De quoi rêvons-nous, finalement ? De liberté, bien sûr. De paix, probablement. De prospérité économique et humaine, assurément. A-t-on déjà vu quelqu’un espérer être enchaîné, pauvre ou victime de discrimination ? Chacun souhaite surmonter les obstacles pour réaliser son potentiel, améliorer son sort et posséder une belle image de soi-même. Il en est de même pour les collectivités.

    Qu’il s’agisse d’un individu ou d’un peuple, il est tout à fait normal de vouloir triompher et vaincre une injustice. Il ne s’agit pas d’inverser les rôles pour que le dominé devienne le dominant. Il est ici question d’égalité, de compréhension et d’empathie. On peut bien écouter la souffrance de quelqu’un, l’entendre au point de répéter ses mots ou de pouvoir raconter son histoire, mais la recevons-nous véritablement ?

    Au-delà de l’espoir de liberté et d’accès à une certaine justice, il y a le poids du passé qui doit être porté : l’héritage. C’est un devoir que d’aider les gens à retrouver leurs racines et de prendre notre part de responsabilité : un autre héritage. En reconnaissant l’injustice passée et en se pardonnant, l’un à l’autre et à soi-même, une réconciliation devient possible.

    Peut-être que tout cela est une question d’image ; celle que nos ancêtres projetaient sur la culture et sur la réalité. Nous brisions cette image de l’autre à nos yeux, et la victoire à la guerre imposait également notre vision aux vaincus. Cela n’a pas changé. En temps de guerre, on brise le moral de l’ennemi et, ce faisant, on se motive en vantant la supériorité de notre propre image. C’est nécessaire pour se faire la guerre.

    Ensuite, les gagnants imposent leur culture, leurs lois et leur vision de la réalité. C’est automatique, il n’y a aucun doute là-dessus. Quant aux perdants, ils entament une longue reconstruction. Ils doivent se relever et se forger une nouvelle image d’eux-mêmes. Plus ou moins consciemment, chacun cherche l’égalité avec les vainqueurs. Les tensions reprennent donc tôt ou tard car, pour obtenir cette égalité, le prix à payer est souvent la perte de son identité, ce qui s’avère dysfonctionnel.

    Quelque part, il y a aussi un prix à payer pour le gagnant : adapter son image à une nouvelle réalité et à un nouvel équilibre sain, à travers l’égalité avec celui qu’il détruisait encore hier.

    8 mars 2026


    « We Shall Overcome »: A Look at Identity

    On Wednesday, I read Martin Luther King’s speech in the book The 100 Speeches That Marked the 20th Century. It also includes a short text outlining the situation at the time it was delivered. On Thursday, I went to see the show We Shall Overcome, named after one of Martin Luther King’s speeches.

    Image and identity.

    Like most people, I was familiar with « I have a dream »… I have also heard of the famous American Dream. I even took a photograph of New York myself, which I titled Finally!. From time to time, I attempt to paint a representation of it that I will call The Dream.

    What is this dream? What do we ultimately dream of? Of freedom, of course. Of peace, probably. Of economic and human prosperity, certainly. Have we ever seen anyone hope to be shackled, impoverished, or a victim of discrimination? Everyone wishes to overcome obstacles to realize their potential, improve their lot, and maintain a positive self-image. The same applies to communities.

    Whether we speak of an individual or a people, it is only natural to want to triumph and overcome injustice. It is not about reversing roles so that the oppressed becomes the oppressor. It is about equality, understanding, and empathy. We may listen to someone’s suffering, hear it well enough to repeat the words or retell their story, but do we truly receive it?

    Beyond the hope for freedom and access to a measure of justice, there is the weight of the past that must be carried: heritage. It is a duty to help people find their roots and to take our share of responsibility: another form of heritage. By acknowledging past injustice and forgiving one another and ourselves, reconciliation becomes possible.

    Perhaps all of this is a question of image—the image our ancestors held of culture and reality. We would shatter the image of the « other » in our eyes, and victory in war would impose our vision upon the vanquished. This hasn’t changed. In times of war, we break the enemy’s morale, and in doing so, we motivate ourselves by boasting of the superiority of our own image. This is necessary to wage war.

    Afterward, the winners impose their culture, their laws, and their vision of reality. It is automatic; there is no doubt about it. As for the losers, they begin a long process of reconstruction. They must pick themselves up and rebuild their self-image. More or less consciously, everyone seeks equality with the victors. Tensions thus resurface sooner or later because, to achieve this equality, the price to pay is often the loss of one’s identity, which proves to be dysfunctional.

    In a way, there is also a price for the winner to pay: adapting their image to a new reality and a new, healthy balance through equality with the very person they were destroying only yesterday.

    March 8, 2026