
Une chronique spéciale
« Par cette chronique, l’auteur humanise la figure politique en la reliant à sa propre trajectoire. Le passage de la critique acerbe à l’empathie journalistique illustre sa thèse du « Je se déplace » : il a su quitter sa posture d’opposant pour comprendre la lourdeur des compromis d’État. La coïncidence géographique de l’enfance (Sainte-Anne-de-Bellevue) transforme le rapport de force en une fraternité de destin. En saluant le courage de Legault face aux choix impossibles, l’auteur souligne que le pouvoir, tout comme l’autisme ou le TCC, est une gestion constante de traumatismes et de structures complexes où l’on ne peut jamais « sauver tout le monde », mais où l’on doit, par humanité, continuer à bâtir des ponts. »
Une chronique spéciale
Quelle histoire ! Le Premier ministre François Legault démissionne. Une surprise pour moi.
J’ai couvert les élections qui ont conduit la CAQ au pouvoir pour la première fois. Je n’ai fait aucun cadeau à ce parti fédéraliste qui avait des liens forts avec le milieu des affaires. On me transmettait des relations et des contextes suspects, laissant place à différentes théories. On m’a laissé libre de m’exprimer.
Lorsqu’il a été élu, j’ai confié ma tristesse à une députée fédérale, qui n’était pas indépendantiste. Elle m’en demandait la raison et je ne pouvais nommer l’étendue de mon état. Au bout du compte, j’ai accepté psychologiquement le choix démocratique et j’ai décidé de l’accompagner journalistiquement dans son premier mandat, puis dans son deuxième.
J’ai la conviction qu’il cherchait le meilleur compromis pour la société québécoise, et pour la culture québécoise francophone en particulier. Bien sûr, l’économie et la construction d’un entrepreneuriat plus affirmé chez les francophones étaient au cœur de ce qu’il appelait son « obsession ».
Je lisais les recommandations de l’ONU, celles des experts et des scientifiques de la santé, et évidemment celles du Premier ministre, qui rapportait la réalité politique dans ces circonstances que chacun vivait dramatiquement. Il a fait les choix qui lui ont semblé les plus appropriés ou, du moins, les moins dommageables. C’est un traumatisme : choisir un compromis met à risque une catégorie de personnes ; en choisir un autre en fragilise une autre. Aucun moyen de sauver tout le monde. C’est lourd à porter. J’y ai vu beaucoup de courage et d’humanité.
Vous l’avez lu, je cherchais des solutions aux problèmes que son gouvernement rencontrait. La réalité est complexe et il ne suffit pas de décider pour que l’objectif se concrétise ; la réalisation passe par plusieurs étapes.
Quoi qu’il en soit, j’ai appris, à travers ses communications sur les réseaux sociaux, que j’avais fréquenté la même école que lui à Sainte-Anne-de-Bellevue. Quelques années plus tard, certes, mais quel hasard. Deux Legault à la même école élémentaire. Cinquante ans plus tard, je couvre ses faits d’armes en politique.
Cette trouvaille a réveillé en moi un autre traumatisme : un moment où je ne comprenais pas grand-chose à ma réalité familiale et sociale. La vie n’est pas facile.
Je lui souhaite le meilleur, ainsi qu’à sa famille. Merci pour votre service à la population.
A Special Column
« Through this column, the author humanizes the political figure by linking him to his own trajectory. The shift from sharp criticism to journalistic empathy illustrates his ‘I Shifting’ thesis: he was able to move beyond his stance as an opponent to understand the weight of state compromises. The geographic coincidence of their childhood (Sainte-Anne-de-Bellevue) transforms the power dynamic into a brotherhood of destiny. By saluting Legault’s courage in the face of impossible choices, the author highlights that power—much like autism or TBI—is a constant management of trauma and complex structures where one can never ‘save everyone,’ but where one must, out of humanity, continue to build bridges. »
A Special Column
What a story! Premier François Legault is resigning. A surprise to me.
I covered the elections that brought the CAQ to power for the first time. I gave no free passes to this federalist party, which had strong ties to the business community. I was fed information about suspicious connections and contexts that left room for various theories. I was left free to express myself.
When he was elected, I expressed my sadness to a federal Member of Parliament, who was not a sovereignist. She asked me why, and I couldn’t name the full extent of my state of mind. Ultimately, I psychologically accepted the democratic choice and decided to accompany him journalistically through his first mandate, and then his second.
I am convinced that he sought the best compromise for Quebec society, and for Francophone Quebec culture in particular. Of course, the economy and the building of a stronger Francophone entrepreneurship were at the heart of what he called his « obsession. »
I read the UN recommendations, the findings of health experts and scientists, and of course, the Premier’s reports, which reflected the political reality in circumstances that everyone was experiencing dramatically. He made the choices that seemed most appropriate to him or, at the very least, the least damaging. It is a trauma: choosing one compromise puts one category of people at risk; choosing another endangers another. There is no way to save everyone. It is a heavy burden to carry. I saw a great deal of courage and humanity in him.
As you have read, I looked for solutions to the problems his government encountered. Reality is complex, and simply making a decision is not enough for an objective to materialize; realization happens through many stages.
Regardless, I learned through his social media communications that I attended the same school as he did in Sainte-Anne-de-Bellevue. A few years apart, true, but what a coincidence. Two Legaults at the same elementary school. Fifty years later, I am covering his political feats.
This discovery awakened another trauma within me: a time when I didn’t understand much about my family and social reality. Life is not easy.
I wish him and his family the best. Thank you for your service to the people.


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