Verbalisation

Verbalisation

Projet Ambition Québec: Le manifeste

Projet Ambition Québec : Le manifeste. « À travers ce manifeste hors norme, l’équipe fondatrice du projet Ambition Québec (PAQ) explique pourquoi elle choisit de miser sur le principe de proximité pour amorcer cette démarche. Les régions, les municipalités, les communautés et les différents milieux de vie doivent être au cœur du renouvellement de l’action souverainiste. C’est ainsi que nous pourrons paver la voie vers un pays au sein duquel chaque Québécoise et chaque Québécois pourra s’épanouir pleinement. » PAQ

On s’identifie à quelque chose, à quelqu’un ou à un peuple lorsqu’on peut se projeter dans celui-ci à travers son histoire et ses aspirations. Ainsi, cette projection prend sens et l’identification se fait.

En complément

  • Texte sur l’ouvrage précédent : Le projet Ambition Québec, s’organiser pour l’indépendance, par Catherine Fournier.
  • Texte Projection et sa suite avec mon commentaire sur Devenir afin de continuer la présentation de ma théorie.

Mon texte : Verbalisation

Un autre décalage, vécu dans mon enfance celui-là. On me coupait les ongles et c’était un mélange d’inaction et de pleurs. Qu’on s’occupe de mes ongles était un moment de torture. Par l’autorité, je restais assis à attendre que l’expérience se termine. Si cela m’apparaissait une éternité ? Je ne pourrais même pas le dire. J’étais là et je subissais la condamnation qui me ferait souffrir encore plusieurs jours.

Une bizarrerie pour les autres. Leur premier réflexe était de me convaincre que j’avais besoin de me faire couper les ongles. Ils étaient trop longs, me disait-on. Ensuite, pour donner encore plus de poids à ce qu’ils s’apprêtaient à faire, on m’affirmait qu’on ne ressentait rien lorsqu’un ongle est coupé. Preuve à l’appui ; on s’en coupait un devant moi. Je faisais une crise. Incompréhensible, bien sûr. Finalement, on m’a demandé pourquoi je refusais qu’on me coupe les ongles ! — Parce que ça me fait mal là, répondais-je, en montrant le bout de mon doigt où l’ongle se termine, là où il avait été coupé.

Mes ongles étaient coupés trop court et, pendant les jours suivants, cela me faisait mal parce que le bord de ceux-ci entrait dans la peau de mes doigts, quelquefois jusqu’au sang. La chose était si évidente pour moi que je n’avais jamais eu l’idée de verbaliser, de dénoncer la coupe mal faite. Pour moi, il n’y avait pas d’autre façon de couper les ongles. Ce vécu était tout ce que je connaissais de cette opération. Cette torture imposée « volontairement » de leur part m’apparaissait comme la seule réalité possible.

Il en est de même pour l’identité des Québécois. On en enlève des petits bouts à chaque fois, les Québécois font une crise, puis la blessure guérit. Actuellement, on a été réduit à la langue française, mais avec une nécessité de fond de langue anglaise ! Notre histoire disparaît peu à peu. Nos choix de société passés sont jugés sans la profondeur du vécu d’où nous venons.

Faire disparaître la Nouvelle-France, ça fait mal. Être soi-même n’est plus possible. La coupe est inhumaine : on veut que nous soyons un autre. Il est devenu impossible de verbaliser ce que nous sommes. Ça suffit ! Il serait de mauvaise foi de continuer après cette verbalisation. Nous cessons d’être définis par les autres et commençons à dire ce que nous sommes comme peuple. On ne saurait être réduit à une sorte de langue tolérée dans la mesure où il y a un fond de langue étrangère.

Nous avons une histoire commune, un passé sur lequel nous nous bâtissons différemment. Il est temps qu’on s’accepte tel que nous sommes et qu’on apprenne à s’aimer. C’est la base pour être heureux.

Bien avant l’arrivée des Européens, des peuples occupaient déjà ces territoires. Leurs modes de vie, le partage de l’espace, la spiritualité, leurs langues et même la transmission de leurs histoires différaient de notre façon de faire. Nous avons maintenant le recul nécessaire pour établir une nouvelle relation, une nouvelle entente. Peut-on leur reprocher de ne pas avoir compris d’emblée nos fonctionnements, nos us et coutumes, nos guerres britanno-françaises ? Sûrement pas.

Laissons-les se définir eux-mêmes comme Premiers Peuples. L’aide pour se reconstruire et l’aide pour faire un pont entre nos modes de vie et nos cultures sont un devoir d’être humain. Il nous faut tenir compte du poids de la domination passée, du manque d’exemples de saines relations et de la perte de repères imposée essentiellement par la Loi sur les Indiens. Il y a beaucoup à faire. Un pont à construire entre nos peuples puisque nous sommes issus du même territoire, mais peut-être encore davantage parce que nous sommes humains.

S’impliquer, s’accompagner, bâtir une saine relation entre nos peuples : voilà le mot d’ordre.

10 mars 2026


Verbalization

Projet Ambition Québec: Le manifeste

Projet Ambition Québec: Le manifeste. « Through this unconventional manifesto, the founding team of Projet Ambition Québec (PAQ) explains why it chooses to focus on the principle of proximity to initiate this process. Regions, municipalities, communities, and different living environments must be at the heart of the renewal of sovereignist action. This is how we can pave the way toward a country in which every Quebecer can fully flourish. » PAQ

We identify with something, someone, or a people when we can project ourselves into them through their history and aspirations. Thus, this projection takes on meaning and identification occurs.

In addition

  • My text on the previous work: Le projet Ambition Québec, s’organiser pour l’indépendance, by Catherine Fournier.
  • My text Projection and its follow-up with my comment on Becoming in order to continue the presentation of my theory.

My text: Verbalization

Another gap, this one experienced in my childhood. My nails were being cut, and it was a mixture of inaction and tears. Having my nails tended to was a moment of torture. Out of authority, I remained seated waiting for the experience to end. Did it seem like an eternity? I couldn’t even say. I was there, and I was undergoing the sentence that would make me suffer for several days more.

An oddity for others. Their first reflex was to convince me that I needed to have my nails cut. They were too long, I was told. Then, to give even more weight to what they were about to do, I was told that one feels nothing when a nail is cut. Proof provided; they cut one in front of me. I had a meltdown. Incomprehensible, of course. Finally, I was asked why I refused to have my nails cut! — Because it hurts right there, I answered, pointing to the tip of my finger where the nail ends, where it had been cut.

My nails were cut too short, and during the following days, it hurt because the edge of them entered the skin of my fingertips, sometimes until they bled. The thing was so obvious to me that I had never had the idea of verbalizing it, of denouncing the poorly done cut. For me, there was no other way to cut nails. This experience was all I knew of this operation. This torture imposed « voluntarily » on their part appeared to me as the only possible reality.

It is the same for the identity of Quebecers. Little pieces are taken away each time, Quebecers have a crisis, and the wound heals. Currently, we have been reduced to the French language, but with an underlying necessity for the English language! Our history is disappearing little by little. Our past societal choices are judged without the depth of the experience from which we come.

Making New France disappear hurts. Being oneself is no longer possible. The cut is inhuman: they want us to be another. It has become impossible to verbalize what we are. That’s enough! It would be in bad faith to continue after this verbalization. We cease to be defined by others and begin to say what we are as a people. We cannot be reduced to a sort of tolerated language as long as there is a background of a foreign language.

We have a common history, a past on which we build ourselves differently. It is time we accept ourselves as we are and learn to love ourselves. It is the basis for being happy.

Long before the arrival of Europeans, peoples already occupied these territories. Their ways of life, the sharing of space, spirituality, their languages, and even the transmission of their histories differed from our way of doing things. We now have the necessary perspective to establish a new relationship, a new agreement. Can we blame them for not having immediately understood our ways of functioning, our habits and customs, our British-French wars? Certainly not.

Let them define themselves as First Peoples. Helping to rebuild and helping to build a bridge between our ways of life and our cultures is a duty of being human. We must take into account the weight of past domination, the lack of examples of healthy relationships, and the loss of reference points imposed essentially by the Indian Act. There is much to do. A bridge to build between our peoples since we come from the same territory, but perhaps even more so because we are human.

Getting involved, accompanying each other, building a healthy relationship between our peoples: that is the order of the day.

March 10, 2026


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