Mieux vaut en rire
Au pic pis à pelle
Au pic pis à pelle, en rodage, avec Sam Breton. J’ai l’impression d’avoir vu ce spectacle il y a plus d’un siècle au Théâtre du cégep de Trois-Rivières.
J’avais une longue route à faire, en plus du stress occasionné par une possible rencontre avec l‘artiste. Je ne me souviens pas comment l’idée d’une discussion m’était venue, mais j’étais terrifié. Je commençais à peine à voir sérieusement la possibilité d’écrire sur les créations que je voyais, tout en constatant que la forme différait de ce qui se faisait habituellement. Bref, je ne me sentais même pas encore en rodage. J’étais en mode découverte, plutôt.
Cette histoire me semble un peu triste parce que j’étais impressionné, apeuré socialement par mon autisme, dans un environnement tout à fait inconnu et, avec l’attente pour lui parler, je ne faisais que « capoter » de plus en plus. Donc, pas de rencontre. Vaut mieux en rire, non ? J’ai vu ce spectacle drôle qui était tout de même déjà assez bien rodé. C’est sûr que je suis à l’aise de le recommander dans sa version « finale » actuelle.
En complément
Il est possible de voir Sam Breton à Ça finit bien la semaine, une émission avec José Gaudet et Julie Bélanger. (7 jours)
Mon texte : Mieux vaut en rire
Voir Sam Breton en spectacle m’a projeté dans le passé. Je le voyais sur scène, avec ses mimiques, sa gestuelle, son image projetée, et je pensais à Gilles Latulippe. J’ai été en lien avec le Théâtre des Variétés durant peut-être 25 ans, je ne sais pas. Mon père y travaillait et j’y allais de temps à autre avant d’y occuper différents postes. En outre, j’ai participé à deux ou trois spectacles en jouant de petits rôles ou en étant figurant.
Pour moi, voir Olivier Guimond et Gilles Latulippe en personne, puis de les revoir quelques jours plus tard à la télévision était normal. Il n’y avait rien de spécial là. Quoique… Plus tard, j’ai été sur scène avec Jean-Louis Millette. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’il s’agissait de Paillasson ou d’Oscar Bellemare. C’était deux mondes séparés par un petit quelque chose.
Il n’y avait rien de spécial là, mais un lien ne se faisait pas complètement. Je savais qu’il s’agissait de la même personne, toutefois le personnage joué demeurait « un autre ». Il y avait un décalage dans ma compréhension. Comme si la magie du théâtre était si grande que je ne pouvais m’en défaire. Inconsciemment, je ne voulais pas briser cette magie. Pas complètement.
Quelques années plus tôt, je disais à d’autres élèves que je connaissais Gilles Latulippe… Incrédulité. On ne me croyait pas ; je ne pouvais pas connaître Symphorien. L’idée était démesurée pour eux. Je suppose que je n’étais personne face au géant qu’était ce comédien.
La Poune disait : « J’aime mon public, et mon public m’aime ! » Sur scène, c’était La Poune, alors que lorsqu’elle me saluait en quittant le théâtre, il s’agissait de Madame Ouellette. Deux personnes différentes, comme s’il ne me suffisait pas de me dire qu’il y avait le personnage et la personne qui le jouait. J’agissais différemment selon la situation, selon la facette que la personne me présentait.
La réciprocité dans la relation — parce que finalement c’est de cela que Rose Ouellette parlait — a aussi été une leçon pour moi. D’emblée, je cherche l’équilibre dans mes liens sociaux. Arrivé à ce point de ma vie, j’ai l’impression d’avoir tout donné de ce que je suis, par exemple à travers ce Projet social ou mes implications sur les réseaux sociaux. N’empêche qu’un grand déséquilibre existe dans ma vie personnelle. Ma vie est presque exclusivement virtuelle. Deux mondes qui ne se touchent pas vraiment, bien que je comprenne qu’il s’agisse de la même personne.
Le rire est une leçon de sagesse. Une belle façon de prendre une distance avec la réalité. Il dédramatise le mal qu’on peut vivre, ce qui nous fait peur, ce qui nous angoisse. Ça nous amusait bien d’entendre notre père dire avec fierté son nom suivi de son titre, « gérant du Théâtre des Variétés », lorsqu’il se présentait au téléphone. Mon père et son rôle faisaient deux pour nous. Sa fierté était tributaire de son rôle social.
Être soi-même est souvent le conseil qu’on entend dans le milieu artistique. D’accord, mais que fait-on lorsqu’on nous refuse comme personne ? Quelles sont les possibilités de se sortir de cet isolement anxiogène, voire toxique ? J’attends la réciprocité dans ma petite vie. Mieux vaut en rire.
En complément
Texte sur cet humour qui a fait partie de ma vie si longtemps.
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9 mars 2026
Better to Laugh About It
Au pic pis à pelle
Au pic pis à pelle, in development, with Sam Breton. I feel like I saw this show more than a century ago at the Théâtre du cégep de Trois-Rivières.
I had a long road ahead of me, plus the stress caused by a possible meeting with the artist. I don’t remember how the idea of a discussion came to me, but I was terrified. I was just starting to seriously consider the possibility of writing about the creations I saw, while noting that the form differed from what was usually done. In short, I didn’t even feel like I was « in development » yet. I was in discovery mode, rather.
This story seems a bit sad to me because I was impressed, socially afraid due to my autism, in a completely unknown environment, and, with the wait to speak to him, I was just « freaking out » more and more. So, no meeting. Better to laugh about it, right? I saw this funny show which was already quite well-polished anyway. I am certainly comfortable recommending it in its current « final » version.
In addition
It is possible to see Sam Breton on Ça finit bien la semaine, a show with José Gaudet and Julie Bélanger. (7 jours)
On Salut Bonjour.
My text: Better to Laugh About It
Seeing Sam Breton perform projected me into the past. I saw him on stage, with his facial expressions, his gestures, his projected image, and I thought of Gilles Latulippe. I was connected with the Théâtre des Variétés for perhaps 25 years, I don’t know. My father worked there, and I went there from time to time before holding various positions. Furthermore, I participated in two or three shows playing small roles or being an extra.
For me, seeing Olivier Guimond and Gilles Latulippe in person, then seeing them again a few days later on television, was normal. There was nothing special there. Although… Later, I was on stage with Jean-Louis Millette. I couldn’t get used to the idea that he was Paillasson or Oscar Bellemare. They were two worlds separated by a little something.
There was nothing special there, but a link wasn’t completely being made. I knew it was the same person, yet the character played remained « another. » There was a gap in my understanding. As if the magic of theater was so great that I couldn’t break free from it. Unconsciously, I didn’t want to break that magic. Not completely.
A few years earlier, I told other students that I knew Gilles Latulippe… Incredulity. They didn’t believe me; I couldn’t know Symphorien. The idea was disproportionate for them. I suppose I was nobody compared to the giant that this actor was.
La Poune used to say, « I love my public, and my public loves me! » On stage she was La Poune, whereas when she greeted me while leaving the theater, she was Madame Ouellette. Two different people, as if it weren’t enough for me to tell myself that there was the character and the person playing it. I acted differently according to the situation, according to the facet that the person presented to me.
Reciprocity in the relationship—because ultimately that is what Rose Ouellette was talking about—was also a lesson for me. From the start, I seek balance in my social ties. Arrived at this point in my life, I feel like I have given everything of who I am, for example through this Social Project or my involvements on social networks. Nevertheless, a great imbalance exists in my personal life. My life is almost exclusively virtual. Two worlds that don’t really touch, although I understand that it is the same person.
Laughter is a lesson in wisdom. A beautiful way to distance oneself from reality. It downplays the pain we may experience, what scares us, what makes us anxious. It amused us to hear our father proudly state his name followed by his title, « manager of the Théâtre des Variétés, » when he introduced himself on the phone. My father and his role were two separate things for us. His pride was dependent on his social role.
« Be yourself » is often the advice heard in the artistic world. Fine, but what do we do when we are rejected as a person? What are the possibilities for getting out of this anxiety-inducing, even toxic, isolation? I am waiting for reciprocity in my little life. Better to laugh about it.
In addition
Text on this humor that has been part of my life for so long.
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March 9, 2026

