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  • Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

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    Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    J’ai beau refaire le tour de ma vie, je ne vois pas ce que j’aurais pu faire de différent quant à l’essentiel. Je suis autiste, j’ai 53 ans, et cela ne fait que quelques mois que j’ai un diagnostic d’autisme. De la garderie à l’université, en passant par les « professionnels » de la santé de ma famille d’origine — eux-mêmes membres d’ordres professionnels… —, personne n’a vu mon fonctionnement atypique. J’ai également passé une bonne partie de ma vie dans les hôpitaux.

    Les hypothèses sur ce qui me rendait différent n’ont toutefois pas manqué. J’avais beau raconter tout ce que je vivais dans mon quotidien comme dans ma vie psychique, les choses ne faisaient que s’envenimer. Les personnes les plus proches de moi, celles qui sont venues habiter avec moi pour se sauver d’une mère omniprésente, d’un ex-abuseur ou d’une famille dysfonctionnelle, celles à qui je me confiais le plus, sont les personnes qui m’ont fait le plus de mal, qui m’ont trahi le plus gravement et profondément, qui m’ont jugé et condamné sans pitié.

    Je ne peux parler que très peu de l’autisme en général, mais du mien, c’est autre chose. Comme je le disais, l’autisme est un fonctionnement de l’esprit qui est différent de celui de la majorité des gens. Mon esprit militaire, structuré pour le combat, est particulier. Je n’y peux rien, je n’ai même aucun mérite. C’est un don, une chance inouïe. Il aurait pu en être autrement ; il aurait pu empêcher pratiquement toute interaction sociale, toute communication.

    Je suis donc béni des dieux. Néanmoins, ce fonctionnement atypique a nécessité un long apprentissage et ce dernier se poursuit. Je me suis ouvert à d’autres réalités. J’ai appris que je n’étais pas ce que l’on me disait être. J’ai appris à reconnaître comme réelles ces structures que je voyais, à reconnaître là où elles se croisaient aussi. Ces points de convergence offrent chacun un ensemble de possibilités où chacune est plus ou moins porteuse de sens. Il me faut beaucoup de temps pour y réfléchir, méditer ces possibilités, leur donner un sens avant, finalement, de m’y investir entièrement, passionnément.

    À 19 ans, je suis devenu amnésique. J’ai déjà mentionné ce point dans un texte précédent. Ma mémoire du passé, ainsi que l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouveaux faits, étaient clairement déficientes. J’ai appris de cette expérience que la mémoire est une structure fondamentale de l’identité. Pour compenser cette perte du sentiment d’identité, mes intuitions m’orientaient vers l’amour. C’est sur cette base que j’ai commencé à me reconstruire : l’amour des autres et l’amour de soi, un amour perfectible.

    L’amour est une valeur sur laquelle s’appuie la structure de ma personnalité, la structure de mon esprit. Cela donne un sens à la structure. Un sens et une direction.

    Au Québec, la religion catholique, la langue française et la multiethnicité font partie intégrante de la structure de notre société. C’est sur la base de l’amour du prochain que notre culture québécoise s’appuie. Il est vrai aussi que ce sentiment est teinté par une sorte de honte de ce que nous sommes. Peut-être peut-on y voir un héritage de la religion catholique, un héritage judéo-chrétien. Peut-être aussi parce que nous sommes conscients que notre amour est perfectible. Mais est-ce vraiment un tort que d’être humain ?

    La culture québécoise en est une de convergence, d’ouverture. Chacun peut garder sa culture d’origine tant qu’il puisse interagir à travers cette culture de convergence, ce qui maintient la cohésion sociale, ce qui permet à cette société distincte d’être protégée activement et d’évoluer progressivement. Il s’agit donc du devoir de tout citoyen, qu’il soit ancien ou nouveau, que de comprendre cette structure et cette culture, d’avoir une attitude bienveillante envers elles et, finalement, d’ajouter sa présence active au sein de celles-ci.

    De la structure d’une société découle un sentiment d’identité important. À travers lui et par lui, la culture de cette société s’épanouit. Tout cela est intimement lié.

    Il est nécessaire de comprendre, dans un pays comme le Canada, la nécessité d’une exception culturelle pour les Canadiens français en général et pour le Québec en particulier, puisque notre culture baigne dans un environnement canadien-anglais et états-unien. Cette exception bienveillante viserait à protéger notre structure de société afin de conserver notre culture et de permettre son épanouissement.

    MAJ 5 mars 2026


    Inspired by the album La Science du cœur by Pierre Lapointe.

    No matter how much I revisit my life, I cannot see what I could have done differently regarding the essentials. I am autistic, I am 53 years old, and I received my diagnosis only a few months ago. From daycare to university, including the « healthcare professionals » within my family of origin—themselves members of professional orders—no one saw my atypical functioning. I also spent a significant portion of my life in hospitals.

    There was no shortage of hypotheses about what made me different, however. No matter how much I shared about my daily life and my inner psyche, things only worsened. Those closest to me—those who came to live with me to escape an omnipresent mother, an abusive ex, or a dysfunctional family, those in whom I confided the most—are the ones who hurt me the most, who betrayed me most gravely and deeply, who judged and condemned me without mercy.

    I can speak very little about autism in general, but about my autism, that is another matter. As I mentioned, autism is a functioning of the mind that differs from that of the majority. My military mind, structured for combat, is particular. I cannot help it; I deserve no credit for it. It is a gift, an incredible stroke of luck. It could have been otherwise; it could have prevented nearly all social interaction, all communication.

    I am therefore blessed by the gods. Nevertheless, this atypical functioning required a long learning process, and that process continues. I opened myself to other realities. I learned that I was not who I was told I was. I learned to recognize as real those structures I perceived, and to recognize where they intersected as well. These points of convergence each offer a set of possibilities, each more or less imbued with meaning. It takes me a long time to reflect upon them, to meditate on these possibilities, to give them meaning before, finally, investing myself in them entirely and passionately.

    At 19, I became amnesic. I have already mentioned this in a previous text. My memory of the past, as well as my acquisition of new knowledge and facts, was clearly deficient. I learned from this experience that memory is a fundamental structure of identity. To compensate for this loss of the sense of self, my intuitions guided me toward love. It was on this foundation that I began to rebuild: love for others and love for oneself—a perfectible love.

    Love is a value upon which the structure of my personality, the structure of my mind, rests. It gives meaning to the structure. A meaning and a direction.

    In Quebec, the Catholic religion, the French language, and multi-ethnicity are integral parts of the structure of our society. Our Quebec culture is built on the foundation of « loving thy neighbor. » It is also true that this feeling is tinged with a kind of shame for who we are. Perhaps this is a legacy of the Catholic religion, a Judeo-Christian heritage. Perhaps also because we are aware that our love is perfectible. But is it truly a fault to be human?

    Quebec culture is one of convergence, of openness. Everyone can keep their original culture as long as they can interact through this culture of convergence, which maintains social cohesion and allows this distinct society to be actively protected and to evolve progressively. It is therefore the duty of every citizen, whether long-established or new, to understand this structure and this culture, to have a benevolent attitude toward them, and, ultimately, to add their active presence within them.

    From the structure of a society stems an important sense of identity. Through and by it, the culture of that society flourishes. All of this is intimately linked.

    It is necessary to understand, in a country like Canada, the need for a cultural exception for French Canadians in general and for Quebec in particular, since our culture is immersed in a Canadian-English and American environment. This benevolent exception would aim to protect our social structure in order to preserve our culture and allow it to flourish.

    Updated March 5, 2026