Héritage : De la psychogénéalogie à la liberté
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La semaine dernière, je vous parlais de psychanalyse et des liens que l’on tisse pour recadrer son vécu. Mercredi, j’ai vu une magnifique pièce de théâtre, A Raisin in the Sun, qui m’a poussé vers une autre approche : la psychogénéalogie.
Si ma psychanalyse s’est faite avec un professionnel, ma démarche psychogénéalogique fut plus personnelle, nourrie de lectures et d’analyses de ma famille d’origine. Je cherchais ma place au sein de cette lignée. Je reconnais la rudesse de la vie de mes ancêtres. L’impact de la religion y fut majeur : dans un contexte où l’argent et l’éducation étaient inaccessibles, elle offrait un esprit communautaire, mais aussi des réponses dogmatiques. Il y avait du beau, mais aussi des abus.
Avec l’essor de la psychologie, les thérapeutes ont remplacé les religieux. On ne cherchait plus de réponses dans le divin, mais des explications au mal qui nous habitait. Dans ma famille, la ferveur religieuse obsessionnelle des générations précédentes s’est muée en une recherche maladive de diagnostics. Chaque individu est passé du statut de « pécheur » à celui de « malade ». Les faux diagnostics sont devenus un héritage, une façon d’expliquer ses propres souffrances par la pathologie de l’autre. C’est une reddition : cela donne tout pouvoir à l’autre sur soi.
J’ai choisi de guérir. On dit en psychogénéalogie qu’après trois générations, il est possible de transformer son héritage. De la foi obsessionnelle à la quête effrénée de diagnostics, la lumière s’est enfin posée sur l’autisme. Je suis dorénavant libre.
L’enquête fait partie de mon fonctionnement autistique. Je cherche la vérité au-delà du simple fait, car un fait possède plusieurs dimensions. Pour communiquer cette réalité, je dois construire un tout cohérent et simplifié. Cette simplicité et son équilibre implicite sont au cœur de mon approche artistique conceptuelle. Il faut parfois se battre pour protéger les structures porteuses et assurer leur pérennité.
Ce que je fais n’a pas encore de nom officiel. J’appellerais cela « blogueur d’investigation ». C’est un travail sur les réseaux sociaux pour créer des ponts entre la politique, le journalisme, l’art et le citoyen. Pour moi, ces sphères sont indissociables. Je m’appuie sur le travail journalistique, mais j’y ajoute mes déductions et une certaine « magie ».
Cette « magie » est une révélation qui me faisait peur. Comme je l’ai mentionné, mon autisme m’isole dans une bulle. À l’intérieur, il y a l’intimité, l’amour, la sexualité. À l’extérieur, il y a les connaissances, les figures publiques et ma famille d’origine. L’amitié est pour moi un concept flou ; une intrusion dans ma bulle est souvent vécue comme une agression. Pour minimiser les dégâts, j’analyse les mots et les images des gens, ce que leur inconscient laisse transparaître.
C’est grâce à cette « magie » — cette perception des structures — que je peux sortir de ma bulle et poser un regard intime sur le monde. Cela change radicalement la vision des faits. Une banalité peut devenir majeure, tandis qu’un événement médiatisé peut me sembler futile.
Prenez les feux en Amazonie. Des artistes utilisaient des photos datées pour dénoncer l’inaction mondiale. Journalistiquement, c’est une erreur. Mais pour moi, c’était de la poésie : l’image n’était que le support d’une dénonciation essentielle. L’objectif de sensibilisation était atteint.
Mercredi, j’ai vu cette pièce où une famille, après cinq générations d’esclavage, apprivoise une liberté nouvelle. C’est une œuvre nécessaire pour comprendre le poids du passé que portent les communautés noires.
Mise à jour : 6 mars 2026
Legacy: From Psychogenealogy to Freedom
Last week, I spoke about psychoanalysis and the connections we make to reframe our experiences. On Wednesday, I saw a magnificent play, A Raisin in the Sun, which brought to mind another approach: psychogenealogy.
While I conducted my psychoanalysis with a professional, my journey into psychogenealogy was more self-directed, through reading and analyzing my family of origin. I was searching for my place within that lineage. I recognize the hardship of those who came before me. The impact of religion was massive: in a context where money and education were scarce, religion imposed itself through community spirit and the answers provided by those in power. There was beauty, but there was also abuse.
As psychology evolved, therapists largely replaced the clergy. We no longer sought answers in the divine, but rather explanations for the « evil » or illness within us. In my family, the obsessive religious fervor of previous generations transformed into a pathological search for diagnoses. Each individual went from being a « sinner » to being « sick. » False diagnoses and oppression became a family legacy, where everyone explained their own suffering through someone else’s « illness. » This way of seeing things grants total power to the other, making us subjects to them.
I chose to heal. In psychogenealogy, some suggest that after three generations, it is possible to completely transform one’s heritage. From obsessive faith to the frantic search for a diagnosis to explain an atypical life, the light finally shone on autism. I am now free.
Investigation is inseparable from my autistic functioning. I endlessly seek the truth beyond the simple fact, because there are multiple dimensions to every reality. To communicate this, I must build a coherent, simplified whole. This simplicity and its implicit balance are part of my conceptual artistic approach. One must fight to protect the structures that support us and ensure they evolve healthily.
What I do has no formal name. I would call it « investigative blogger. » It is work conducted primarily on social media, linking politics, journalism, art, and the citizenry. For me, these aspects are inseparable. I use journalistic facts as a foundation, but I mix them with deduction and a certain kind of « magic. »
This « magic »? It’s a revelation that scared me, one I didn’t want to make public. My autism keeps me in a bubble that isolates me from satisfying social interaction. Inside that bubble is intimacy, love, and sexuality. Outside are acquaintances, public figures, and my family of origin. Friendship is a blurry concept for me. When someone enters my bubble, it feels like an assault. To minimize the damage, I analyze people—what I can perceive in their word choices, the images they project, and what their unconscious reveals.
This « magic » allows me to step out of my bubble. It requires courage from those close to me, as I cast an intimate gaze upon them. These journeys into the collective unconscious change my vision of the facts. A banality can become major, while a massive news story might seem disproportionate. Facts are multidimensional.
For example, the fires in the Amazon: international artists used old photos to denounce global inaction. Journalistically, this is a mistake; it misleads the reader. However, to me, it felt poetic. The image of the fire was merely the vehicle for an essential protest. The goal—ecological awareness—was achieved nonetheless.
On Wednesday, I saw that play where a family, surviving five generations of slavery, navigates a new freedom. It is a must-see play to better understand the weight of the past carried by Black communities.
Updated: March 6, 2026

