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  • Le «radicalisme tranquille»

    Le «radicalisme tranquille»

    Le « radicalisme tranquille »

    English version below


    Je me souviens du moment où j’ai appris que le jambon dans mon assiette était un petit cochon, comme ceux que je voyais à la télévision. Devant ma réaction de dégoût, on me demanda ce que je croyais manger, tout en m’annonçant que le steak était du bœuf (une vache, m’avait-on dit) et le poulet, une poule. J’ai dû finir mon repas malgré tout. Puis, peu à peu, j’ai oublié cette révélation. J’ai sûrement refoulé l’information, car il me semblait mal de manger ces animaux alors que je n’avais aucun autre moyen de me nourrir.

    Néanmoins, cela m’a toujours questionné. Je me demandais, par exemple : en mangeant une carotte ou un céleri, est-ce que je tue la vie ? Et le poisson, l’huître ? Lorsque je pose des trappes à souris au chalet ? C’est un labyrinthe sans issue. À partir du moment où je réalise que la vie est en toute chose, je ne peux plus manger ni défendre ma maison contre les rongeurs. N’est-ce pas radical ? Se laisser mourir de faim pour ne pas tuer la vie en l’autre ? C’est l’image qui me vient spontanément. Comment déterminer le moment où l’on peut franchir la ligne ?

    Certains ont résolu le problème en affirmant qu’il ne faut pas que cette vie que l’on enlève possède un système nerveux suffisamment élaboré pour ressentir la douleur. Ainsi, plus la vie serait semblable à celle de l’humain, plus elle aurait de la valeur. Tout serait question de capacité à souffrir.

    Pourtant, l’argument essentiel des défenseurs des animaux est justement qu’il s’agit d’êtres libres qui ne devraient pas vivre sous la domination de l’Homme. J’y vois une contradiction : nous établissons une hiérarchie de la vie, nous leur imposons une vision qui n’est pas égalitaire. Il y a une discrimination du vivant ; plus l’être a la capacité de souffrir, plus il est élevé dans la pyramide.

    Cette forme de raisonnement rencontre beaucoup de résistance. Dans cette vision, je dois accepter de me voir comme un tueur d’êtres sensibles, ce qui m’obligerait à ne plus consommer de viande. J’y perds ma liberté. J’y perds aussi mon droit à l’erreur ou à une évolution différente. Je me retrouve à la merci d’une façon de penser et d’agir dictée par les autres, par la honte qu’ils font naître en moi. La violence est même parfois utilisée pour faire passer le message, ou l’on menace de désobéissance civile. On veut créer un mouvement social par la force.

    On semble oublier que perdre ses revenus ou son emploi est aussi une violence. En fait, la précarité financière imposée est une forme de violence, peu importe son échelle ou sa durée. C’est un interdit de rêver. Le boucher qui voit son commerce vandalisé subit une violence psychologique et économique. Sur quelle base se repose-t-on pour justifier cette agression ? N’est-il pas dangereux qu’un groupe se sente autorisé à faire violence à une personne choisie, en fin de compte, au hasard ?

    Peu à peu, l’Homme s’est extrait de la Nature. C’était sûrement un chemin à parcourir ; en tout cas, nous l’avons fait. Devrait-on chercher à nous reconnecter à la Nature en nous pour mieux la voir en l’autre ? Pourquoi encore hiérarchiser ? Cette reconnaissance que nous faisons partie de la Nature permettrait-elle d’apprendre à respecter la vie en soi et en l’autre ?

    Développer le respect de la vie en moi : c’est ma piste de solution. Je prends conscience graduellement de la souffrance chez l’autre ; je développe mon sens de l’empathie. Je suis en cheminement. Comment puis-je respecter la vie tout en continuant à me nourrir ?

    MAJ 5 mars 2026


    « Quiet Radicalism »

    I remember the moment I learned that the ham on my plate was a little pig, like the ones I saw on television. Faced with my reaction of disgust, I was asked what I thought I was eating, while being told that steak was beef (a cow, I was told) and chicken was a hen. I had to finish my meal regardless. Then, bit by bit, I forgot this revelation. I surely repressed the information, for it seemed wrong to me to eat these animals when I had no other means of feeding myself.

    Nevertheless, this has always questioned me. I wondered, for example: by eating a carrot or a celery stick, am I killing life? And what about fish, oysters? When I set mouse traps at the cottage? It is a dead-end labyrinth. From the moment I realize that life is in everything, I can no longer eat nor defend my home against rodents. Is that not radical? To let oneself starve so as not to kill the life in the other? That is the image that comes to me spontaneously. How do we determine the moment when the line can be crossed?

    Some have solved the problem by asserting that the life we take must not possess a nervous system elaborate enough to feel pain. Thus, the more life resembles human life, the more value it would have. Everything would be a matter of the capacity to suffer.

    Yet, the essential argument of animal rights defenders is precisely that they are free beings who should not live under the domination of Man. I see a contradiction here: we establish a hierarchy of life; we impose a vision on them that is not egalitarian. There is a discrimination of the living; the more a being has the capacity to suffer, the higher it is placed in the pyramid.

    This form of reasoning meets much resistance. In this vision, I must accept seeing myself as a killer of sentient beings, which would force me to stop consuming meat. I lose my freedom. I also lose my right to make mistakes or to follow a different evolution. I find myself at the mercy of a way of thinking and acting dictated by others, through the shame they awaken in me. Violence is even sometimes used to get the message across, or civil disobedience is threatened. There is a desire to create a social movement through force.

    We seem to forget that losing one’s income or job is also a form of violence. In fact, imposed financial precariousness is a form of violence, regardless of its scale or duration. It is a prohibition on dreaming. The butcher who sees his business vandalized suffers psychological and economic violence. On what basis do we justify this aggression? Is it not dangerous for a group to feel authorized to inflict violence on a person chosen, ultimately, at random?

    Bit by bit, Man has extracted himself from Nature. It was surely a path to be traveled; in any case, we have done it. Should we seek to reconnect with the Nature within us to better see it in the other? Why still create hierarchies? Would recognizing that we are part of Nature allow us to learn to respect life in ourselves and in others?

    Developing respect for life within me: that is my lead toward a solution. I am gradually becoming aware of the suffering in the other; I am developing my sense of empathy. I am on a journey. How can I respect life while continuing to feed myself?

    Updated March 5, 2026

Longueuil, mon pays (Québec)

« Pédagogie et philosophie des enjeux de société par le prisme des TI. »