« Mystère et boule de gomme »

English version below

📸 gracieuseté (Audible)

Nouvelle-France : Ce qu’on aurait dû vous enseigner

« Ce n’est pas d’hier que Gilles Proulx sonne l’alarme : les Québécois sont de plus en plus ignorants de leur histoire, oublieux de leurs ancêtres et inconscients du travail colossal que ceux-ci ont accompli pour poser les fondations du Québec d’aujourd’hui. […] Proulx se fait fort de redonner à ses lecteurs, jeunes et moins jeunes, la soif d’apprendre leur histoire. » ©2016 Éditions du Journal (P)2020 Vues et Voix

En complément

« Dans cette chronique, l’auteur lie l’histoire nationale à l’histoire clinique. Il utilise Gilles Proulx pour dénoncer une amnésie collective, miroir de son propre passé sans diagnostic. Le « mystère » de sa vie s’éclaire par la responsabilité (le Moi) plutôt que par la culpabilité (le Ça blessé). L’autisme est ici le Sanctificateur : la pièce qui permet enfin de voir le portrait complet du casse-tête. L’auteur propose une vision politique audacieuse : de même qu’il s’est libéré d’une « programmation inconsciente » par la verbalisation, les Nations (Québécoises et Autochtones) doivent se libérer des programmes coloniaux européens. Le concept des « Deux Gouvernements » est présenté comme une réinitialisation systémique, une sortie de la spirale des malheurs pour entrer dans une reconstruction réciproque. C’est le passage de la victime impuissante à l’être humain responsable de son propre futur. »

Mon texte : « Mystère et boule de gomme »

Identifier la source d’un problème. Qu’est-ce qui ne va pas ? Il me semble qu’il s’agit de la première question à se poser. Grossièrement, la suite se situe à deux niveaux : la culpabilité et la responsabilité. J’y fais une grande différence. Victime et coupable.

La responsabilité demande un recul qui permette d’expliquer logiquement une situation, une suite d’événements conduisant à une conclusion. Elle donne sens à des faits qui pourraient sembler sans rapport les uns avec les autres. Une évidence s’impose par sa cohérence.

Fautif et non responsable.

Puis, il y a l’irresponsabilité. Un schéma de comportement qui prend l’allure de réfuter toute responsabilité dans une situation problématique. On peut supposer qu’on fuit les conséquences que cela engendrerait ou encore que la culpabilité soit trop grande, presque insupportable ; par réflexe de protection, sain ou malsain, il devient impossible d’en prendre acte. Cette fuite a aussi des conséquences dommageables.

Déterminer la responsabilité permet de trouver sa solution parce qu’on a dorénavant les outils en main. Tous les morceaux du casse-tête sont présents. On peut se faire une idée complète de ce qui s’est passé. On a la possibilité d’avoir le portrait de la situation.

Dans mon cas, l’autisme explique le fond. C’est le morceau manquant. À partir du moment où je ne porte pas attention aux mêmes aspects des faits que la majorité, un isolement commence. Si je ne vois pas les mêmes choses, si ce qui importe est différent, nécessairement je ne réagirai pas aux mêmes stimulus. De là, c’est tout simple : mes réactions ne concordent pas avec ce qui est attendu. Ma pensée et son expression sont étranges. Ajoutez à cela différents traumas qui m’ont plongé violemment et de force dans le monde de l’inconscient. Toujours plus profondément.

Il y a nécessité pour la société de bien diagnostiquer les enfants, le plus rapidement possible. Il m’apparaît inadmissible d’avoir passé toute ma vie dans les hôpitaux, chez les psys, dans les écoles, et que personne n’ait pu me suggérer que j’étais autiste. Je passe sous silence la dyslexie sévère… Cela implique, me semble-t-il, qu’on a considéré d’emblée que je n’avais pas un grand potentiel. Autiste*.

Dans les profondeurs de l’humain, parce que l’inconscient est partie intégrante de l’être humain, j’avais conscience d’être sous l’emprise d’un programme. Je ne pouvais toutefois verbaliser la chose qu’en disant que c’était comme un film. Je ne ressentais que peu de culpabilité, sinon celle de la victime que j’étais, tout en me disant non responsable. Rien n’a changé depuis. Néanmoins, j’ai pris mes responsabilités d’être humain pour comprendre ce qui s’était passé, pour bien verbaliser ce qui avait motivé ces gestes, pour bien identifier le programme qui m’avait dicté ce moment.

(Le programme accompli, j’avais senti une libération, comme si cela avait été curatif. J’avais verbalisé ce nouvel état aussi. En fait, j’étais soulagé du poids de cette programmation inconsciente, ce que je ne pouvais pas encore expliquer.)

De retour dans ma coquille d’œuf, isolé, en préparation à une renaissance, il y a eu l’élaboration d’un nouveau programme incluant l’affirmation de soi en harmonie avec l’autre. Toutefois, cela ne peut se faire seul, encore moins isolé. Une sorte de réinitialisation est nécessaire, pour ramener tout le monde dans le futur.

Territoire autochtone, Nouvelle-France. Guerres européennes, guerres autochtones.

  • Un chassé-croisé où chacun voyait dans l’autre un moyen de gagner sa guerre personnelle. Des alliances destructrices.
  • Les conflits tribaux exacerbés par les conflits européens, pour une ampleur dépassant toutes attentes. Une spirale des malheurs grandissant sans fin.
  • D’où ma suggestion passée de sortir les Autochtones de nos guerres européennes, de les laisser faire la paix entre eux, hors du conflit franco-britannique.

Pour conclure, nous sommes responsables de trouver la source de la guerre, de comprendre que cette catastrophe pour l’humanité est une réplique, en fin de compte, d’un conflit individuel non résolu. (Le livre ci-haut regorge de ce genre d’exemples.)

Un pays, deux gouvernements. Un nouveau départ possible dans l’entraide de nos reconstructions réciproques. Voici un véritable programme sain de réconciliation.

*Autiste et fier de mon fonctionnement atypique, de mon cheminement, de ce que je suis. Fier de mon mystère.


New France: What you should have been taught

« It is not just yesterday that Gilles Proulx began sounding the alarm: Quebecers are increasingly ignorant of their history, forgetful of their ancestors, and unaware of the colossal work they accomplished to lay the foundations of today’s Quebec. […] Proulx makes a point of giving back to his readers, young and old, the thirst to learn their history. » ©2016 Éditions du Journal (P)2020 Vues et Voix

In addition

« In this column, the author links national history to clinical history. He uses Gilles Proulx to denounce a collective amnesia, a mirror of his own past without a diagnosis. The ‘mystery’ of his life is illuminated by responsibility (the Ego) rather than guilt (the wounded Id). Autism is here the Sanctifier: the piece that finally allows the full picture of the puzzle to be seen. The author proposes a bold political vision: just as he freed himself from an ‘unconscious programming’ through verbalization, Nations (Quebec and Indigenous) must free themselves from European colonial programs. The ‘Two Governments’ concept is presented as a systemic reset, an exit from the spiral of misfortune to enter into reciprocal reconstruction. It is the transition from the helpless victim to the human being responsible for his own future. »

My text: « Mystery and Gumdrops »

Identify the source of a problem. What is wrong? It seems to me this is the first question to ask. Broadly, what follows is situated at two levels: guilt and responsibility. I make a great distinction between them. Victim and culprit.

Responsibility requires a perspective that allows for a logical explanation of a situation, a sequence of events leading to a conclusion. It gives meaning to facts that might seem unrelated to one another. An obviousness imposes itself through its coherence. At fault and non-responsible.

Then, there is irresponsibility. A behavioral pattern that takes the form of refuting any responsibility in a problematic situation. One can assume that consequences are being fled, or perhaps the guilt is too great, almost unbearable, and as a protective reflex—healthy or unhealthy—it becomes impossible to acknowledge it. This flight also has damaging consequences.

Determining responsibility allows one to find a solution because one now has the tools in hand. All the pieces of the puzzle are present. One can form a complete idea of what happened. One has the possibility of having a full picture of the situation.

In my case, autism explains the foundation. It is the missing piece. From the moment I do not pay attention to the same aspects of the facts as the majority, an isolation begins. If I do not see the same things, if what is important is different, I will necessarily not react to the same stimuli. From there, it is quite simple: my reactions do not match what is expected. My thought and its expression are strange. Add to that various traumas that violently and forcibly plunged me into the world of the unconscious. Deeper and deeper.

There is a necessity for society to properly diagnose children, as quickly as possible. It seems inadmissible to me to have spent my whole life in hospitals, at shrinks’ offices, in schools, and that no one was able to suggest that I was autistic. I will pass over the severe dyslexia in silence… This implies, it seems to me, that it was assumed from the start that I did not have great potential. Autistic*.

In the depths of the human experience, because the unconscious is an integral part of being human, I was aware of being under the grip of a program. However, I could only verbalize it by saying it was like a movie. I felt little guilt, other than that of the victim I was, while telling myself I was non-responsible. Nothing has changed since. Nevertheless, I took my responsibilities as a human being to understand what had happened, to properly verbalize what had motivated those actions, to clearly identify the program that had dictated that moment.

(The program accomplished, I felt a liberation, as if it had been curative. I verbalized this new state as well. In fact, I was relieved of the weight of this unconscious programming, which I could not yet explain.)

Back in my eggshell, isolated, preparing for a rebirth, there was the elaboration of a new program including self-assertion in harmony with the other. However, this cannot be done alone, let alone isolated. A sort of reset is necessary to bring everyone back into the future.

Indigenous territory, New France. European wars, Indigenous wars.

  • A crossover where each saw in the other a means to win their personal war. Destructive alliances.
  • Tribal conflicts exacerbated by European conflicts, reaching a scale beyond all expectations. A spiraling of endlessly growing misfortunes.
  • Hence my past suggestion to take Indigenous peoples out of our European wars, to let them make peace among themselves, outside the Franco-British conflict.

To conclude, we are responsible for finding the source of war, for understanding that this catastrophe for humanity is a replica, in the end, of an unresolved individual conflict. (The book above is full of such examples.)

One country, two governments. A possible new start in the mutual support of our reciprocal reconstructions. Here is a truly healthy program for reconciliation.

*Autistic and proud of my atypical functioning, of my journey, of who I am. Proud of my mystery.


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