Les limites

Vers le cratère d’Azul, Guatemala

Les limites

Je suis inscrit à des cours universitaires à distance en journalisme. Je croyais naïvement pouvoir les poursuivre sur mon cellulaire durant mon aventure. J’avais fait des tests de chez moi. Mais la concentration nécessaire, en voyage et mal outillé sur le long terme, est énorme, ce qui rend l’opération impossible. Si jeunesse savait…

Cela me ramène au livre La Révolution Z et à cette naissance éternelle dont je parlais mercredi dernier. Suis-je un Z, un Y, un X ou même un Boomer ? Selon le regard posé, j’appartiens à chacune de ces générations, ou même à toutes à la fois.

Mes cours portent, entre autres, sur la démocratie et les droits humains, des concepts intimement liés. Bien sûr, je souscris à leurs vertus ; j’en suis un défenseur. Néanmoins, poussés à l’extrême, ils peuvent être perçus comme des dictatures. Effectivement, on peut s’accorder pour dire qu’une chose est bonne, mais tôt ou tard, on en verra les limites, voire des effets secondaires dommageables, sinon carrément néfastes. C’est l’utilisation d’une réalité souhaitable comme une arme.

Prenons l’exemple du multiculturalisme qui permet le vivre-ensemble. Une approche anglo-saxonne du multiculturalisme devient une faiblesse dans la mesure où, peut-être de bonne foi, elle nie plus ou moins les bases des autres cultures. Il n’y a pas de reconnaissance explicite de la différence distincte de l’impact de la langue, de l’histoire d’un peuple et de son lien avec la spiritualité. Le multiculturalisme ne peut pas être partout le même. Cette faille peut être utilisée à mauvais escient, comme une arme pour briser un peuple — un peuple qui porte une culture spécifique — afin de le faire disparaître ou de le fondre dans un ensemble.

Ainsi, la démocratie atteint aussi ses limites. La culture et l’histoire d’un peuple doivent être respectées ; il faut prendre conscience de la différence de ses fondements. C’est certainement un défi que de le faire sans bouleversement, pour une intégration graduelle et adaptée des droits humains, ce qui reste un souhait universel. Pourrait-on créer des sortes de plateformes d’échange, des lieux où deux systèmes peuvent interagir dans un respect mutuel ? Le multiculturalisme ne doit pas signifier la disparition des différences culturelles par leur greffe sur le fond d’une culture dominante implicite. Il est sain que les peuples puissent continuer à se reconnaître dans leur culture et à vivre selon leur identité distincte. La diversité est une richesse.

Autre aspect : la manipulation potentielle des votes via les réseaux sociaux. C’est une faiblesse dévoilée de la démocratie qu’il faut renforcer par l’éducation et par la compréhension du processus de projection de soi dans l’autre. (Comme mentionné dans La Révolution Z, ce processus de projection demande aussi un apprentissage pour les interactions avec tous les médias.)

À l’inverse, une situation peut paraître mauvaise et se révéler être une grâce. Le désir d’avancement du Canada est miné par des inégalités devenues extrêmes, invivables. Que l’on pense aux Autochtones et à la désorganisation de leur culture ancestrale, ou aux femmes, qui comptent pour la moitié de l’humanité, et à la limitation de leurs droits. On peut voir, dans la négation de la culture québécoise, d’autres problèmes qui perdurent.

Il y a des conséquences économiques et un coût humain dans ces cas, comme dans d’autres inégalités, qui minent tout le système, et pas seulement au Canada. Il est nécessaire d’humaniser nos façons de faire.

8 mars 2026


The Limits

I am enrolled in distance university courses in journalism. Naively, I believed I could keep up with them on my cell phone during my adventure. I had tested it from home. However, the concentration required—while traveling and poorly equipped for the long term—is enormous, making the operation impossible. If youth only knew…

This brings me back to the book The Z Revolution and that eternal birth I spoke of last Wednesday. Am I a Z, a Y, an X, or even a Boomer? Depending on the perspective, I belong to each of these generations, or perhaps all of them at once.

My courses cover, among other things, democracy and human rights—concepts that are intimately linked. Of course, I subscribe to their virtues; I am a defender of them. Nevertheless, pushed to the extreme, they can be perceived as dictatorships. Indeed, we may agree that something is good, but sooner or later we will see its limits or even damaging, if not downright harmful, side effects. This is the use of a desirable reality as a weapon.

Take, for example, the multiculturalism that enables living together. An Anglo-Saxon approach to multiculturalism becomes a weakness to the extent that, perhaps in good faith, it more or less denies the foundations of other cultures. There is no explicit recognition of the distinct difference of the impact of language, a people’s history, and its link to spirituality. Multiculturalism cannot be the same everywhere. This flaw can be misused as a weapon to break a people—a people that sustains a specific culture—to make them disappear or merge them into a whole.

Thus, democracy also reaches its limits. A people’s culture and history must be respected; one must be aware of the difference in their foundations. It is certainly a challenge to do so without upheaval, for a gradual and adapted integration of human rights, which remains a universal wish. Could we create types of exchange platforms, places where two systems can interact in mutual respect? Multiculturalism must not mean the disappearance of cultural differences by grafting them onto the backdrop of an implicit dominant culture. It is healthy for peoples to be able to continue recognizing themselves in their culture and living according to their distinct identity. Diversity is a wealth.

Another aspect: the potential manipulation of votes via social networks. This is a revealed weakness of democracy that must be strengthened through education and an understanding of the process of projecting oneself into the « other. » (As mentioned in The Z Revolution, this process of projection also requires learning for interactions with all media.)

Conversely, a situation can appear bad and turn out to be a grace. Canada’s desire for advancement is undermined by inequalities that have become extreme and unlivable. Think of Indigenous peoples and the disruption of their ancestral culture, or women, who account for half of humanity, and the limitation of their rights. One can see other lingering problems in the denial of Quebec culture.

There are economic consequences and a human cost in these cases, and in other inequalities, that undermine the entire system, not just in Canada. There is a necessity to humanize the way we do things.

March 8, 2026


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