Auteur : Christian Legault

  • Une structure : La spirale

    Une structure : La spirale

    Une structure : La spirale

    English Version Below

    J’ai pris une pause du blogue la semaine dernière et vais continuer pour encore quelques jours. À moins que…

    Je me représente le cheminement de ma vie sous forme de spirale. C’est sans fin. Je refais toujours les mêmes prises de conscience, mais en ajoutant tel ou tel aspect. Ma vision devient plus profonde, plus large, plus ressentie. Plus humaine ?

    À chaque fois, ça se passe de la même façon. À la base de la spirale, il y a moi, ce à quoi je m’identifie. Lorsque tout va mal, lorsque je ne vois plus la fin de mes malheurs, lorsque j’ai l’impression que chaque mouvement que je fais sert à m’enfoncer, comme dans des sables mouvants, je m’isole. Je romps des relations, je prends mes distances avec des lieux et des activités. Je me retrouve face à moi-même à chaque fois, mais différemment à chaque fois, car j’ai acquis de l’expérience.

    Dans les deux dernières années, j’ai mis fin à des situations, à des relations, et j’ai quitté des lieux également. Je me suis isolé, fort de cette nouvelle connaissance de moi qu’est l’autisme. Revoir mon passé, comprendre l’impact de l’autisme dans ma vie sociale et dans mon expérimentation de la vie en général a été une épreuve.

    Une fois que j’ai l’impression d’avoir simplifié ma compréhension au maximum, que je crois avoir une base solide, je repars vers l’extérieur. Je tente de socialiser, je tente de reprendre le chemin de ma vie qui a cette forme de spirale. Si je rencontre encore les mêmes difficultés, j’en déduis qu’il reste du travail de simplification à faire. Je recommence à partir du début et cherche ce que je pourrais changer en moi.

    Tous ces changements en moi modifient mon regard sur la vie à chaque fois. Assurément, ce sont ces différents points de vue qui enrichissent mon vécu. C’est sans fin.

    MAJ 6 mars 2026


    A Structure: The Spiral

    I took a break from the blog last week and will continue for a few more days. Unless…

    I envision the journey of my life in the shape of a spiral. It is endless. I always come back to the same realizations, but by adding this or that aspect. My vision becomes deeper, broader, more felt. More human?

    Every time, it happens the same way. At the base of the spiral, there is me—what I identify with. When everything goes wrong, when I no longer see the end of my misfortunes, when I feel like every move I make only serves to sink me further, as if in quicksand, I isolate myself. I end relationships; I distance myself from places and activities. I face myself every time, yet differently every time, because I have gained experience.

    In the last two years, I have ended situations and relationships, and I have left places as well. I isolated myself, empowered by this new knowledge of myself: autism. Reviewing my past, understanding the impact of autism on my social life and on my experience of life in general, has been an ordeal.

    Once I feel I have simplified my understanding to the maximum, that I believe I have a solid foundation, I head back outward. I try to socialize; I try to resume the path of my life, which has this spiral shape. If I still encounter the same difficulties, I deduce that there is still work of simplification to be done. I start again from the beginning and look for what I could change within myself.

    All these changes within me modify my perspective on life every time. Surely, it is these different points of view that enrich my experience. It is endless.

    Updated March 6, 2026

  • Blue Moon : La prothèse sociale

    Blue Moon : La prothèse sociale

    Blue Moon : La prothèse sociale

    Une autre très bonne série que je regarde est Blue Moon. J’y vois un besoin de recherche d’une vérité, de construire un tout cohérent avec une réalité. Un besoin inlassable qui m’habite. Photo : gracieuseté.

    Je ne saurais nommer le sacré en moi. Je le ressens, je l’intuitionne. Il est partout : dans les structures que je vois, dans mon fonctionnement comme dans mes visions. Quand je prends le temps de toucher un arbre, par exemple, je sens ce sacré, comme une réalité concrètement partagée le temps d’un instant. Une communion.

    Au fil des ans, j’ai remarqué que mon fonctionnement exigeait que tout ait une utilité. Encore aujourd’hui, j’ignore si je peux affirmer que ce but utilitaire est propre à l’autisme en général ou si c’est moi qui l’ai, plus ou moins consciemment, greffé à ma personnalité.

    Je constatais et je jugeais. Est-ce qu’en agissant ainsi, je réduisais l’autre à un objet dépourvu de ses autres caractéristiques humaines ? Étais-je avec quelqu’un simplement parce qu’il m’était utile ? Est-on avec moi parce que je suis utile ? Tout cela m’apparaissait superficiel, me bloquait dans mes relations sociales et amoureuses. Je refusais de ressentir ce sentiment, de vivre sans profondeur. Je ne sais pas ; peut-être que cela découle des dénonciations de ma mère concernant les « femmes-objets », un discours féministe d’une époque. Évidemment, cela s’ajoute à l’autisme et affecte mes relations sociales.

    Néanmoins, je persiste à croire que je peux avoir des relations sociales saines et satisfaisantes. Cela demande des efforts pour les neurotypiques qui veulent construire une relation avec moi, bien sûr. Je pense différemment, je réagis à des choses différentes et mon sens du sacré est particulier. Je le souhaite tout de même. J’y travaille sans relâche. Disons qu’il faut construire une « prothèse » pour arriver à se comprendre, arriver à communier en quelque sorte.

    À tort ou à raison, j’ai toujours tenu pour acquis que chacun voulait communiquer avec les autres, que personne ne voulait être isolé. C’est vrai pour moi, en tout cas. Si je rencontre quelqu’un qui souhaite établir une relation avec moi, je suis partant. Je ne sais pas par où commencer, comment briser la glace, comment présenter ma réalité. L’ampleur du travail que demande la compréhension de mon fonctionnement me gêne. Il faut être motivé.

    Un aspect du présent projet social est donc égoïste, personnellement utilitaire. Je cherche désespérément à sortir de mon isolement. J’utiliserais toute la magie possible, je franchirais tous les obstacles pour y arriver. D’un autre côté, ce qui m’est utile, ce qui est sacré, est une réalité partagée, une communion des objectifs.

    MAJ 6 mars 2026


    Blue Moon: The Social Prosthesis

    Another very good series I am watching is Blue Moon. In it, I see a need to search for a truth, to build a coherent whole with a reality. A restless need that dwells within me. Photo: courtesy.

    I could not name the sacred within me. I feel it; I sense it through intuition. It is everywhere: in the structures I see, in my way of functioning, and in my visions. When I take the time to touch a tree, for example, I feel this sacredness, like a reality concretely shared for a brief moment. A communion.

    Over the years, I have noticed that my functioning demanded that everything have a utility. Even today, I do not know if I can claim that this utilitarian goal is inherent to autism in general or if it is something I have, more or less consciously, grafted onto my personality.

    I would observe and I would judge. By acting this way, was I reducing the other to an object stripped of their other human characteristics? Was I with someone simply because they were useful to me? Are people with me because I am useful? All of this seemed superficial to me, blocking me in my social and romantic relationships. I refused to feel this way, to live without depth. I don’t know; perhaps it stems from my mother’s denunciations of « women-objects, » a feminist discourse of a certain era. Obviously, this adds to the autism and affects my social relations.

    Nevertheless, I persist in believing that I can have healthy and satisfying social relationships. It requires effort from neurotypicals who want to build a relationship with me, of course. I think differently, I react to different things, and my sense of the sacred is unique. I still desire it. I work on it relentlessly. Let’s say that a « prosthesis » must be built to manage to understand each other, to manage a kind of communion.

    Rightly or wrongly, I have always taken it for granted that everyone wanted to communicate with others, that no one wanted to be isolated. It is true for me, at least. If I meet someone who wishes to establish a relationship with me, I am in. I don’t know where to start, how to break the ice, or how to present my reality. The sheer scale of the work required to understand my functioning embarrasses me. One must be motivated.

    One aspect of this social project is therefore selfish, personally utilitarian. I am desperately seeking to escape my isolation. I would use all possible magic; I would cross every obstacle to get there. On the other hand, what is useful to me, what is sacred, is a shared reality, a communion of objectives.

    Updated March 6, 2026

  • L’énigme de la différence: une réflexion inspirée

    L’énigme de la différence: une réflexion inspirée

    L’énigme de la différence: une réflexion inspirée

    Vivre avec soi-même, une série que je commence à regarder sur Netflix. Je ne connais pas tout à fait l’histoire et encore moins la fin, mais je l’aime déjà. Photo : gracieuseté.

    J’ai toujours été fasciné par les films de guerre, surtout durant mon enfance. Il y avait ce héros qui me fascinait, probablement, mais aussi, je suppose, la fin heureuse qui plaisait à mon côté romantique.

    Je ne sais pas comment Hollywood construit ses héros. Il y a certainement une recette ; ça fonctionne. On peut aimer ou détester, néanmoins on le reconnaît, lui ou elle, ainsi que ses aptitudes extraordinaires — quelquefois « extra-ordinaires ». En deux mots, cela prend un autre sens.

    En simplifiant au maximum, on est presque dans le préjugé, dans la caricature, le simplisme : une force herculéenne, une beauté extraordinaire, une capacité hors du commun, etc. En même temps, il y a un vécu qui nous touche, une souffrance à laquelle on s’identifie, quelque chose qui nous rejoint profondément.

    Dans les « films d’Indiens », comme on disait, on voyait des forts, des convois ou des villages attaqués. La plupart du temps, c’étaient des « méchants » qui attaquaient sans raison, qui voulaient prendre des terres, voler ou violer des femmes, prendre des scalps. Je ne sais pas d’où viennent ces représentations, ni pourquoi on en a fait des méchants. Peut-être pour mettre en valeur un héros, pour créer une dynamique, pour répondre au besoin d’avoir une fin heureuse ?

    Je ne sais pas. Personnellement, bien qu’attiré par le héros, je refusais en quelque sorte de m’identifier à celui-ci. Par contre, je tentais d’intégrer les attributs que j’admirais chez lui, chez elle ou chez le groupe présenté. L’identification est pour moi plus indirecte ; cela me donne une distance, un recul.

    Dans ces films d’Indiens, j’y vois maintenant un combat pour protéger un territoire sacré, l’endroit où leur histoire est inscrite, le lieu où les ancêtres ont imprégné le sol. On ne met jamais l’accent sur cet aspect dans ces films, ou alors rarement et inadéquatement. Ce n’est pas l’aspect du film qu’on retient, un peu comme si on le niait, comme s’il y avait une volonté de vider de sens l’existence des réalités autres que celle du héros. Ça fait de bons films, quoique moins intéressants quand vous êtes un Autochtone dont le sens de l’existence est nié.

    Au Québec, on ne peut manquer l’impact du catholicisme dans la construction de notre société. La langue française et la religion catholique sont des repères culturels essentiels à notre existence. L’évolution des mentalités, des points de vue et l’accès à l’éducation ont tout de même changé le regard d’une majorité. Plusieurs enseignements de la religion catholique sont intégrés à notre personnalité, tout en prenant une certaine distance par rapport à la pratique telle qu’elle se faisait auparavant.

    Malgré l’espoir (erroné) de voir un État français tous azimuts, la réalité mondiale et migratoire fait que l’apprentissage de plusieurs langues et dialectes est souhaitable. Néanmoins, le système étatique devrait être français afin de conserver ce repère minimal et donner un droit à l’existence sans avoir à se battre sans cesse pour sa survie. L’énergie pourrait être mise ailleurs, dans ces conditions. Nous devons travailler ensemble.

    Il m’apparaît aussi clair qu’il y a une reconnaissance de la présence de la religion catholique dans notre histoire, bien que nous en prenions une certaine distance. L’amour du prochain, l’entraide, la recherche du compromis sain et paisible, tout en assurant la possibilité de ne plus avoir à se battre pour notre survie, forment un repère pour notre société. Est-ce un tort de l’appeler laïcité ? Selon moi, cela découle d’une bataille sans fin pour notre droit à l’existence constamment menacé, un droit à une différence incomprise.

    Suffirait-il d’un nouveau Canada où ces deux repères, le français et la laïcité, soient protégés pour que cette bataille cesse ? Je le crois. L’existence reconnue et acquise permettrait certainement une ouverture, puisque les inquiétudes de chacun de se voir effacé s’estomperaient peu à peu. C’est le sens de plusieurs de mes interventions sur le sujet. Quelque part, le Canada devrait démontrer en permanence son amour pour le Québec avec une protection distincte pour ces deux repères propres à notre culture.

    Pour les Autochtones, le lien entre le territoire et leurs vies est sacré. Je le disais dans un texte précédent. Pour une partie des musulmans, on pourrait croire que le port d’un signe religieux est aussi sacré. Pour les premiers comme pour les seconds, il s’agit de leurs repères. Il est légitime de vouloir préserver ce qui est sacré pour soi, ce qui est un repère pour notre existence, comme c’est le cas pour la majorité québécoise.

    La loi 21 me semble effectivement un bon compromis. Ce n’est pas parfait, on le voit bien, mais dans des circonstances où notre culture est continuellement niée et menacée, taxée de racisme, une telle loi pour nous protéger est nécessaire. Elle ne vise pas tant les signes religieux qu’une affirmation d’une différence, d’une histoire, d’une demande d’aide et de reconnaissance, d’une nécessité de protection et d’une acceptation.

    Chacun cherche à protéger le sacré en soi. C’est ce qui nous fait nous sentir humains, ce qui nous rattache à la vie. Se rencontrer dans le respect de tous, dans la conscience de ce qui importe pour chacun, est certainement le chemin à suivre.

    MAJ 6 mars 2026


    The Enigma of Difference: An Inspired Reflection

    Living with Yourself, a series I’m starting to watch on Netflix. I don’t quite know the story and even less the ending, but I already love it. Photo: courtesy.

    I have always been fascinated by war movies, especially during my childhood. There was that hero who fascinated me, probably, but also, I suppose, the happy ending that appealed to my romantic side.

    I don’t know how Hollywood constructs its heroes. There is certainly a recipe; it works. One can love it or hate it, yet we recognize them—him or her—and their extraordinary skills, sometimes « extra-ordinary. » In two words, it takes on another meaning.

    To simplify to the maximum, we are almost in prejudice, in caricature, in simplism: Herculean strength, extraordinary beauty, an out-of-the-ordinary capacity, etc. At the same time, there is a life experience that touches us, a suffering with which we identify, something that reaches us deeply.

    In « Indian movies, » as we used to call them, we saw forts, convoys, or villages being attacked. Most of the time, they were « villains » attacking for no reason, wanting to take land, steal or rape women, or take scalps. I don’t know where these representations come from, nor why they were made into villains. Perhaps to highlight a hero, to create a dynamic, to satisfy the need for a happy ending?

    I don’t know. Personally, although attracted to the hero, I somehow refused to identify with him. Instead, I tried to integrate the attributes I admired in him, in her, or in the group presented. Identification is more indirect for me; it gives me a distance, a perspective.

    In these Indian movies, I now see a struggle to protect a sacred territory, the place where their history is inscribed, the place where ancestors permeated the soil. This aspect is never emphasized in these films, or only rarely and inadequately. It is not the aspect of the film that stays with us, almost as if it were denied, as if there were a will to drain the meaning from the existence of realities other than that of the hero. It makes for good movies, though less interesting when you are an Indigenous person whose sense of existence is denied.

    In Quebec, one cannot miss the impact of Catholicism on the construction of our society. The French language and the Catholic religion are cultural landmarks essential to our existence. The evolution of mentalities, viewpoints, and access to education has nonetheless changed the perspective of a majority. Many teachings of the Catholic religion are integrated into our personality, while taking a certain distance from the practice as it was done before.

    Despite the (erroneous) hope of seeing an all-out French state, global and migratory reality means that learning several languages and dialects is desirable. Nonetheless, the state system should be French in order to maintain this minimal landmark and grant a right to existence without having to constantly fight for survival. Energy could be put elsewhere under these conditions. We must work together.

    It also appears clear to me that there is recognition of the presence of the Catholic religion in our history, although we take a certain distance from it. Love for one’s neighbor, mutual aid, the search for healthy and peaceful compromise, while ensuring the possibility of no longer having to fight for our survival, form a landmark for our society. Is it wrong to call it secularism (laïcité)? In my opinion, it stems from an endless battle for our right to existence, which is constantly threatened—a right to a misunderstood difference.

    Would a new Canada suffice, where these two landmarks—French and secularism—are protected so that this battle might cease? I believe so. A recognized and established existence would certainly allow for openness, as each person’s worries about being erased would gradually fade. This is the meaning of several of my interventions on the subject. In some way, Canada should permanently demonstrate its love for Quebec with distinct protection for these two landmarks unique to our culture.

    For Indigenous people, the link between the land and their lives is sacred. I said this in a previous text. For a portion of Muslims, one might believe that wearing a religious symbol is also sacred. For the former as for the latter, these are their landmarks. It is legitimate to want to preserve what is sacred to oneself, what is a landmark for our existence, as is the case for the Quebec majority.

    Bill 21 seems to me to be a good compromise. It’s not perfect, we can clearly see that, but in circumstances where our culture is continually denied and threatened, labeled as racist, such a law to protect us is necessary. It is not aimed so much at religious symbols as it is an affirmation of a difference, a history, a request for help and recognition, a necessity for protection, and an acceptance.

    Each of us seeks to protect the sacred within ourselves. It is what makes us feel human, what binds us to life. Meeting each other in respect for all, in awareness of what matters to each, is certainly the path to follow.

    Updated March 6, 2026

  • Ruptures : Briser le cercle de la domination

    Ruptures : Briser le cercle de la domination

    Ruptures : Briser le cercle de la domination

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    Quelques réflexions inspirées de la très bonne série Ruptures. À voir. Photo : gracieuseté.

    À certaines périodes, je ne pensais qu’à partir, à me séparer, prenant pour acquis que je perdrais contact avec mon enfant. À d’autres, je faisais abstraction de mon mal et planifiais des projets sans fin, ma fille à mes côtés ; je niais complètement la réalité toxique dans laquelle j’étais.

    La violence conjugale et la violence familiale que je vivais étaient invisibles. J’étais isolé. Il n’y avait aucun témoin qui n’était pas complice, plus ou moins explicitement. Chacun y trouvait son avantage ou faisait face à une menace. J’étais prisonnier, dans l’impossibilité de passer à autre chose. La rupture de cette relation impliquait d’autres ruptures. L’effet domino. J’étais débordé par les conséquences, je ne savais pas par où commencer.

    C’est là que le personnage principal de cette série, Ruptures, entre souvent en jeu. L’avocate s’investit dans ses dossiers, bien sûr, mais avec empathie, avec humanité. Comme dans la vraie vie, son rôle est d’identifier l’endroit où briser légalement le cercle vicieux, de trouver l’angle sous lequel aborder la situation devant la Cour.

    Sortir de cette domination qui s’est installée peu à peu est extrêmement difficile. Dans les ruptures, ce comportement est renforcé. Les peurs du conjoint deviennent omniprésentes pour lui, pour elle. Les tentatives de contrôle des peurs passent par la domination de l’autre, par la nécessité d’enfin lui donner une leçon, de lui montrer qui on est. La gestion des désirs et de l’amour est chaotique, voire inexistante. Les peurs ont pris le dessus sur tout raisonnement, la colère est immense. L’autre va « payer » pour ce qu’il ou elle a osé faire.

    Il semble y avoir une impossibilité de faire ses deuils. Face à la fin, certaines personnes ont le réflexe de dominer, de tenter de limiter, voire d’empêcher la perte. Elles sont incapables d’accepter de faire face à la fin : c’est trop douloureux, le vide fait trop mal. Pourtant, c’est bien dans ce vide que se trouve la liberté, le passage vers une nouvelle réalité.

    Cette dynamique de domination est aussi très humaine. C’est plutôt lorsqu’elle devient chronique, lorsqu’elle devient la réalité principale de quelqu’un, qu’on la remarque. Sous l’emprise d’une personne qui cherche à tout dominer, à tout contrôler, l’atmosphère devient irrespirable, l’amour impossible. Sous l’emprise d’une personne animée par cette dynamique, nous devenons un objet servant les desseins des désirs du dominant. Il y a déshumanisation, manque d’empathie.

    Dans les ruptures, ces problèmes de domination sont exacerbés. Il faut apprendre à composer avec ce jeu de pouvoir, apprendre à faire ses deuils, procéder méthodiquement, et petit à petit, une nouvelle réalité s’installera. Reprendre le contrôle de nos vies est possible.

    MAJ 6 mars 2026


    Ruptures: Breaking the Cycle of Dominance

    A few reflections inspired by the excellent series Ruptures. A must-watch. Photo: courtesy.

    At certain times, I thought of nothing but leaving, of separating, taking for granted that I would lose contact with my child. At others, I ignored my pain and planned endless projects, my daughter by my side; I completely denied the toxic reality I was in.

    The domestic and family violence I was experiencing was invisible. I was isolated. There was no witness who was not a more or less explicit accomplice. Everyone found their advantage or faced a threat. I was a prisoner, unable to move on. Breaking this relationship implied other breakups. The domino effect. I was overwhelmed by the consequences; I didn’t know where to start.

    This is where the main character of the series Ruptures often comes in. The lawyer invests herself in her cases, of course, but with empathy, with humanity. As in real life, her role is to identify where to legally break the vicious circle, to find the angle from which to approach the situation before the Court.

    Escaping the dominance that has gradually set in is extremely difficult. In breakups, this behavior is reinforced. The spouse’s fears become omnipresent for him, for her. Attempts to control those fears manifest through the dominance of the other, through the need to finally « teach them a lesson, » to show them who one is. The management of desires and love is chaotic, even non-existent. Fears have taken over all reasoning; the anger is immense. The other is going to « pay » for what he or she dared to do.

    There seems to be an inability to grieve. Faced with the end, some people have the reflex to dominate, to try to limit, or even prevent, the loss. They are unable to accept facing the end; it is too painful, the void hurts too much. Yet, it is precisely in this void that freedom is found, the passage to a new reality.

    This dynamic of dominance is also very human. It is rather when it becomes chronic, when it becomes someone’s primary reality, that it is noticed. Under the sway of a person who seeks to dominate everything, to control everything, the atmosphere becomes unbreathable, love impossible. Under the sway of a person driven by this dynamic, we become an object serving the designs of the dominant person’s desires. There is dehumanization, a lack of empathy.

    In breakups, these problems of dominance are exacerbated. One must learn to deal with this power play, learn to grieve, proceed methodically, and bit by bit, a new reality will take hold. Taking back control of our lives is possible.

    Updated March 6, 2026


  • Le Monstre : Anatomie d’une emprise

    Le Monstre : Anatomie d’une emprise

    Le Monstre : Anatomie d’une emprise

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    Basée sur une histoire vraie, cette série nous montre comment un rêve devient un cauchemar.

    J’ai d’abord écouté les quatre premiers épisodes plus ou moins en rafale. J’avais besoin de ventiler ce que les images me faisaient revivre. Puis, après plusieurs semaines, j’ai repris l’écoute afin de terminer la série.

    Je me représente la domination comme un Monstre, une entité autonome, plutôt que comme une personne. Je vois en cette entité un schéma de fonctionnement qui peut être utilisé plus ou moins consciemment, qui peut être intégré à une personnalité à différents degrés ; un schéma qui ne se limite pas à un individu type.

    Au début, on peut se sentir fier d’être aux côtés d’une personne, pour différentes raisons. Quoi de plus normal que de valoriser la présence de l’autre qu’on aime, qu’on apprécie ? L’image que nous avons de nous-mêmes à ce moment précis est plus rayonnante, plus riche.

    Cette valorisation devient peu à peu une nécessité, une assise. La protection de l’image devient un prérequis pour ressentir ce sentiment merveilleux. À mon sens, tout le monde passe par cette étape où une sorte de codépendance s’installe, où chacun partage son bagage avec l’autre jusqu’à ne plus savoir à qui appartient quoi. Chacun s’est approprié une dimension de la relation, une dimension de l’autre. Notre estime de soi est gonflée à bloc. C’est l’amour fou.

    Puis, on s’y perd. L’autre devient un repère ; enfin de la sécurité, quelque chose de tangible. La relation est entièrement intégrée ; nous ne faisons plus qu’un avec elle, mais pas avec l’autre. C’est le dilemme. Comment garder les attributs de la relation sans cet autre qui nous renvoie à notre dépendance, à nos limites, à notre incapacité de reproduire ce sentiment ? Certains pourraient y voir une autre dynamique s’installer, celle de l’amour-haine. On pourrait aussi croire que cette relation avec l’autre vient compenser une faible estime de soi.

    Il n’est plus question de perdre ces avantages qui font que l’on se sent important pour soi, pour quelqu’un et pour la terre entière. Il n’est plus question de perdre ce repère qui lie à la vie, qui emplit tout l’être. C’est tellement valorisant ! Tous les moyens seront utilisés pour garder vivant ce sentiment.

    L’exercice du pouvoir démontre le besoin de se prouver à soi-même et aux autres la nécessité de se convaincre que les attributs de la relation font partie de soi, et non de l’autre. Le dominant tentera d’intégrer ce qui le fait se sentir si bien. L’imitation laissera néanmoins un certain vide, un manque de sens, une absence de repère.

    L’autre renvoie inévitablement le dominant à ses propres limites, ce qui fait mal à son image. « Il faut le rabaisser, cet autre qui fait mal, qui brise mon image. » « De quoi ai-je l’air, moi ? » L’autorité sur l’autre personne ne suffit plus à contrôler cette douleur, à la contrer.

    Pour cesser de se sentir menacé par l’autre, pour faire cesser la douleur occasionnée par la perte de ce sentiment si précieux, la violence démontrera ultimement la capacité de protéger l’image de soi. La preuve ultime. De plus en plus ultime…

    Toujours à travers mon regard sur cette dynamique du Monstre, je ne peux qu’y trouver l’incapacité du bourreau de faire un deuil, l’impossibilité d’apprendre à s’aimer sans l’autre. Jamais l’autre — la victime, finalement — ne saurait s’aimer sans lui. Son amour est tellement grand…


    The Monster: Anatomy of a Stranglehold

    Based on a true story, this series shows us how a dream becomes a nightmare.

    I first watched the first four episodes more or less back-to-back. I needed to vent what the images were making me relive. Then, after several weeks, I resumed watching to finish the series.

    I envision dominance as a Monster, an autonomous entity, rather than a person. I see in this entity a functional pattern that can be used more or less consciously, which can be integrated into a personality to varying degrees; a pattern that is not limited to a specific type of individual.

    At first, one may feel proud to be by someone’s side for various reasons. What could be more normal than valuing the presence of the one we love or appreciate? The image we have of ourselves at that precise moment is more radiant, richer.

    This validation gradually becomes a necessity, a foundation. Protecting that image becomes a prerequisite for feeling that wonderful sentiment. In my view, everyone goes through this stage where a kind of codependency sets in, where each person shares their baggage with the other until they no longer know what belongs to whom. Each has appropriated a dimension of the relation, a dimension of the other. Our self-esteem is fully pumped up. It is « mad love. »

    Then, we lose ourselves in it. The other becomes a landmark; finally, there is security, something tangible. The relationship is entirely integrated; we become one with it, but not with the other. This is the dilemma. How can we keep the attributes of the relationship without this other who reflects back our dependence, our limits, and our inability to reproduce that feeling? Some might see another dynamic taking hold: love-hate. One might also believe that this relationship with the other compensates for low self-esteem.

    There is no longer any question of losing these advantages that make one feel important to oneself, to someone, and to the whole world. There is no longer any question of losing this landmark that binds one to life, that fills one’s entire being. It is so validating! Every means will be used to keep that feeling alive.

    The exercise of power demonstrates the need to prove to oneself and to others the necessity of being convinced that the attributes of the relationship belong to oneself, not the other. The dominant person will attempt to integrate what makes them feel so good. Yet, the imitation will leave a certain void, a lack of meaning, an absence of a landmark.

    The other inevitably reflects the dominant’s own limits back to them, which hurts their image. « I must belittle this other who causes pain, who shatters my image. » « What do I look like? » Authority over the other person is no longer enough to control or counter this pain.

    To stop feeling threatened by the other, to end the pain caused by the loss of this precious feeling, violence will ultimately demonstrate the capacity to protect one’s self-image. The ultimate proof. More and more ultimate…

    Always through my perspective on this Monster dynamic, I can only find the executioner’s inability to grieve, the impossibility of learning to love oneself without the other. Never could the other—the victim, in the end—love themselves without them. Their love is so great…

    Updated March 6, 2026

  • Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés – une réflexion inspirée

    Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés – une réflexion inspirée

    Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés – une réflexion inspirée

    Exposition au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Il faut aller voir cette exposition et prendre le temps d’en comprendre la portée.

    Il y a moins d’années qui nous séparent de la vie de Cléopâtre que son existence de la construction des grandes pyramides d’Égypte. Environ 2 500 ans avant la naissance de Cléopâtre, les grandes pyramides étaient construites. Elle a vécu il y a environ 2 100 ans, soit durant la conquête romaine de l’Égypte.

    Je me souviens d’une question de ma fille lorsqu’elle était jeune enfant : « Est-ce qu’il y avait des dinosaures lorsque tu étais petit ? » Pareille situation vous est sûrement arrivée. À un moment donné, le nombre d’années sort de notre entendement. Cléopâtre vivait 33 ans avant la naissance de Jésus.

    Au Québec, nous retrouvons des traces de la présence autochtone d’il y a 10 000 ans. Contrairement aux Égyptiens, les Autochtones n’ont pas développé un système d’écriture pour consigner leur histoire. Je me suis toujours imaginé leurs vies en harmonie avec la nature, leurs spiritualités en phase avec leur environnement. Le lien entre le territoire et leurs vies est sacré. J’ai aussi tenu pour acquis une sagesse humaine transmise verbalement. D’ailleurs, la nature nous raconte son histoire, notre histoire, lorsqu’on l’écoute.

    Quoi qu’il en soit, lorsque les Européens sont arrivés ici, ils ont été confrontés à une culture différente, quasiment invisible à leur regard et qui a fini par être complètement niée. « Pourquoi ne travaillent-ils pas ? Pourquoi ne parlent-ils pas français ? Anglais ? » Voilà des paroles entendues ou lues. Pas d’écriture, pas d’histoire, pas d’existence propre.

    Pourtant, la fin de semaine dernière, nous faisions une marche historique à Montréal ; 500 000 personnes rassemblées pour dénoncer l’inaction face à la destruction progressive de la planète et de la diversité de la vie sur Terre, ainsi que pour crier l’urgence de cesser de polluer outrageusement Dame Nature. Nous sommes rendus à ce point où nos enfants s’inquiètent pour leur qualité de vie future ou même s’ils pourront avoir des descendants.

    Nature vs Culture : gros débat philosophique, complètement absent de la réalité de la population en général. Nous effleurons la culture et commençons à peine à regarder la nature que nous piétinons. On rêve de la sauvegarde de l’une comme de l’autre. Le premier pas est certainement de cesser de nier le droit à l’existence et de mettre en place des comportements qui permettent un développement sain et harmonieux, quelque chose qui soit en équilibre entre les leçons du passé et les promesses du futur. Le présent est un lieu de réconciliation, un lieu d’action.

    L’abonnement VIP du Musée des Beaux-Arts de Montréal permet d’assister sans frais supplémentaires à des visites guidées. Comme souvent, j’ai fait les choses à l’envers. J’ai d’abord visité l’exposition et ensuite fait la visite guidée. Une phrase de la guide m’a frappé : « Une momie est un être humain décédé. » On revient toujours à ça, finalement : au sens du sacré.

    MAJ 6 mars 2026


    Egyptian Mummies: Restoring the Past, Unveiling MysteriesAn Inspired Reflection

    Exhibition at the Montreal Museum of Fine Arts. One must go see this exhibition and take the time to understand its scope.

    Fewer years separate us from the life of Cleopatra than separated her existence from the construction of the Great Pyramids of Egypt. The Great Pyramids were built approximately 2,500 years before Cleopatra’s birth. She lived about 2,100 years ago, during the Roman conquest of Egypt.

    I remember a question my daughter asked when she was a young child: « Were there dinosaurs when you were little? » You have likely experienced a similar situation. At a certain point, the number of years escapes our understanding. Cleopatra lived 33 years before the birth of Jesus.

    In Quebec, we find traces of Indigenous presence dating back 10,000 years. Unlike the Egyptians, Indigenous peoples did not develop a writing system to record their history. I have always imagined their lives in harmony with nature, their spiritualities in phase with their environment. The bond between the land and their lives is sacred. I have also taken for granted a human wisdom transmitted orally. In fact, nature tells us its story—our story—when we listen to it.

    Regardless, when Europeans arrived here, they were confronted with a different culture, almost invisible to their eyes, and one that ended up being completely denied. « Why don’t they work? Why don’t they speak French? English? » These are words heard or read. No writing, no history, no distinct existence.

    Yet, last weekend, we took part in a historic march in Montreal; 500,000 people gathered to denounce the inaction toward the progressive destruction of the planet and the diversity of life on Earth, as well as to shout the urgency of ceasing the outrageous pollution of Mother Nature. We have reached the point where our children worry about their future quality of life or even if they will be able to have descendants.

    Nature vs. Culture: a major philosophical debate, completely absent from the reality of the general population. We touch upon culture and are only beginning to look at the nature we trample. We dream of saving both. The first step is certainly to stop denying the right to existence and to implement behaviors that allow for healthy and harmonious development—something in balance between the lessons of the past and the promises of the future. The present is a place for reconciliation, a place for action.

    The VIP membership at the Montreal Museum of Fine Arts allows for guided tours at no extra cost. As I often do, I did things backward. I visited the exhibition first and then took the guided tour. A phrase from the guide struck me: « A mummy is a deceased human being. » We always come back to that, in the end: the sense of the sacred.

    Updated March 6, 2026

  • 30 ans de carrière, ça se fête !

    30 ans de carrière, ça se fête !

    30 ans de carrière, ça se fête !

    English Version Below

    Spectacle d’humour à la Casa d’Italia. Photo : gracieuseté.

    Mon premier spectacle d’humour italien. J’ai bien aimé et j’ai ri.

    Depuis un peu plus d’une année, j’habite la Petite-Italie. J’aime beaucoup ce quartier dynamique où je peux me rendre à pied un peu partout, en commençant par le Marché Jean-Talon. L’environnement est accueillant et les gens sont chaleureux. Il y a plusieurs restaurants, commerces, bars et cafés.

    Le spectacle faisait des analogies humoristiques entre la culture italienne et la culture québécoise. Cela m’a ramené à mes premiers contacts avec l’Italie. Outre les films comme Le Parrain — les trois volets —, Gladiateur ou des films religieux comme Ben-Hur, sans oublier les Astérix et bien d’autres, il y a dans ceux-ci l’esprit militaire qui me rejoint, qui rejoint mon autisme.

    J’ai suivi des cours de civilisation romaine au collège que j’ai fréquenté durant quelques années au secondaire. Puis, j’ai terminé ma dernière année à l’école publique où j’ai rencontré Olga et Mario, deux Romains. Je devais apprendre l’italien, mais je n’en ai rien fait. Par contre, j’ai pris goût à la mode italienne. C’est aussi en soupant chez cette amie que j’ai appris à cuisiner les pâtes différemment.

    Des années plus tard, j’ai fait quelques voyages en Italie de plusieurs semaines chacun. En plus du Limoncello, j’ai découvert le Prosecco et quelques vins italiens. Je me souviens particulièrement de la première fois que la Rome antique est apparue « en vrai » sous mes yeux. Je n’y croyais pas. J’étais plus ou moins perdu dans Rome à la recherche de cet endroit historique et, après une très longue marche, j’ai levé la tête pour constater la présence de ce sujet d’étude. Marcher dans le Colisée, sur les mêmes routes que César, se tenir debout là où il a été assassiné par le Sénat et tout le reste représente, encore aujourd’hui, une expérience bouleversante pour moi.

    Il y avait dans ce cours de civilisation romaine beaucoup de monuments et de références grecques. Les Romains ont investi la Grèce antique et intégré à leur culture des fondements de la culture grecque. Ils ont ajouté.

    Ainsi, en habitant et en parcourant la Petite-Italie, tout en m’investissant virtuellement dans mon quartier, il est apparu dans mon fil Twitter une offre de cours d’italien au centre culturel Casa d’Italia. J’ai depuis assisté à des concerts, des expositions et à ce spectacle d’humour à ce même endroit. L’accueil y est toujours agréable.

    Je suis familier avec les spectacles d’humour. Mon défunt père était administrateur du Théâtre des Variétés. Dès mon jeune âge, j’y ai vu des spectacles ; essentiellement des comédies musicales et des revues. Le burlesque, l’humour en général, est aussi une philosophie de vie, une façon de voir la vie crûment tout en la dédramatisant. Un bon moyen d’intégrer des expériences difficiles.

    Hier matin, en fermant le radio-réveil, le bouton s’est brisé. En me levant, j’ouvre la lumière et l’interrupteur brise. Je m’habille, le bouton du pantalon m’est resté dans les mains. Toute la journée, j’ai eu peur d’aller faire pipi.

    MAJ 6 mars 2026


    30 Years of Career, That’s Worth Celebrating!

    Comedy show at the Casa d’Italia. Photo: courtesy.

    My first Italian comedy show. I really enjoyed it and laughed a lot.

    For a little over a year, I have been living in Little Italy. I love this dynamic neighborhood where I can walk almost everywhere, starting with the Jean-Talon Market. The environment is welcoming, and the people are warm. There are several restaurants, shops, bars, and cafés.

    The show made humorous analogies between Italian culture and Quebec culture. It brought me back to my first contacts with Italy. Aside from films like The Godfather (all three parts), Gladiator, or religious films like Ben-Hur, not to mention Asterix and many more, there is a military spirit in them that resonates with me—that resonates with my autism.

    I took courses in Roman civilization at the college I attended for a few years during high school. Then, I finished my last year at public school, where I met Olga and Mario, two Romans. I was supposed to learn Italian, but I never did. However, I developed a taste for Italian fashion. It was also while having dinner at this friend’s house that I learned to cook pasta differently.

    Years later, I took several trips to Italy, each lasting several weeks. In addition to Limoncello, I discovered Prosecco and some Italian wines. I particularly remember the first time ancient Rome appeared « for real » before my eyes. I couldn’t believe it. I was more or less lost in Rome searching for this historical site and, after a very long walk, I looked up to see the presence of my subject of study. Walking through the Colosseum, on the same roads as Caesar, standing where he was assassinated by the Senate and everything else remains, even today, a staggering experience for me.

    In that Roman civilization course, there were many monuments and other Greek references. The Romans occupied ancient Greece and integrated foundations of Greek culture into their own. They added to it.

    Thus, by living in and exploring Little Italy, while also engaging virtually with my neighborhood, an offer for Italian classes at the Casa d’Italia cultural center appeared in my Twitter feed. Since then, I have attended concerts, exhibitions, and this comedy show at that same location. The welcome is always pleasant.

    I am familiar with comedy shows. My late father was an administrator for the Théâtre des Variétés. From a young age, I saw shows there—mainly musicals and revues. Burlesque, and humor in general, is also a philosophy of life, a way of seeing life rawly while de-dramatizing it. It’s a good way to integrate difficult experiences.

    Yesterday morning, while turning off the clock radio, the button broke. When I got up, I turned on the light and the switch broke. I got dressed, and the button on my pants stayed in my hands. All day long, I was afraid to go pee.

    Updated March 6, 2026

  • Le Chardonneret: une réflexion inspirée

    Le Chardonneret: une réflexion inspirée

    Le Chardonneret : une réflexion inspirée

    Il y a quelques années, j’ai lu ce livre et j’en avais gardé un bon souvenir, malgré l’oubli de plusieurs détails. Je suis très content d’avoir vu au cinéma, cette semaine, ce film qui, finalement, m’a fait verser des larmes à la toute fin.

    Cette histoire, pour une raison ou une autre, m’a ramené un peu à l’expérience que j’ai faite de la réalité après avoir reçu des coups de couteau et, l’année suivante, avoir subi un accident d’auto.

    J’ai commencé à faire des cauchemars où je me faisais poursuivre par une ou plusieurs personnes ayant de mauvaises intentions à mon égard. Je me retrouvais soit dans un bois, soit dans une maison ; je fuyais et cherchais à me cacher sans comprendre pourquoi on s’en prenait à moi. Je suis devenu plus susceptible et, à la vue d’un couteau, surtout s’il était pointé vers moi, nerveux. Des images de coups de couteau m’envahissaient sans que je puisse les contrôler. Quelquefois, c’étaient même des images de moi qui me poignardais ! Tout cela se passait un peu tous les jours.

    L’année suivante, suite à l’accident d’auto, j’avais plus ou moins oublié l’agression au couteau. Plus ou moins, parce que mon corps s’en souvenait, parce que les gens me le racontaient, parce que mon inconscient me le rappelait à travers ces cauchemars et ces images intrusives. J’avais aussi des flashs de mon accident d’auto. Lui aussi, on me le racontait : lui et la crainte de me perdre, l’impuissance de me voir dans cet état comateux. J’avais peur, moi aussi, de me voir comme ça dans le regard de l’autre. Cela a aussi engendré des cauchemars, des images intrusives et des suggestions incontrôlables de me tuer avec l’auto. Tout cela se passait aussi un peu tous les jours. On additionne.

    Cette expérience indésirable de la réalité m’encourageait certainement à chercher un bien-être ailleurs. C’est ainsi que je me suis de plus en plus réfugié dans un univers distinct de celui qu’on me présentait. Sans que je puisse la nommer, cette réalité conceptuelle me semblait plus réelle, plus harmonieuse avec moi, avec ce que je vivais.

    Les différents traumas mentionnés précédemment dans mes textes, en plus de ces deux derniers plus élaborés rapportés ici, ont été recadrés dans une histoire cohérente et structurée. On pourrait croire que cela marquait la fin de ma psychanalyse, d’autant que j’ai ajouté la psychogénéalogie pour la compléter. Malheureusement, ce n’était pas suffisant. L’autisme était passé inaperçu.

    L’autisme est pour moi un handicap social qui me fait mal paraître. Je fais des liens simples, mais en grande quantité, ce qui rend le processus difficile à suivre, particulièrement pour les neurotypiques. Il y a, ou avait, un manque dans ma façon de m’exprimer. Je me limitais à dire certaines conclusions sans faire explicitement les liens. Les gens ne me comprenaient pas et je n’avais aucune idée de la raison. Je constatais par contre le décalage entre nous.

    Ainsi, en partant d’un point très ancré dans la réalité, compréhensible et entendu par tous, j’aboutissais à un autre point sans rapport apparent, complètement déconnecté de celui du départ puisque le raisonnement était manquant. L’expression de ma pensée était « borderline » ou limite. Je suppose que si on se restreint à ce symptôme, on pourrait diagnostiquer plusieurs maladies ou troubles de la personnalité. Peut-être que cela explique même les faux diagnostics maintes fois dénoncés.

    Je ne prétends pas expliquer ce qu’est une dissociation ; je n’ai pas cette compétence, surtout en ne le faisant qu’en quelques phrases. Voici tout de même ce que j’en comprends, ce que j’ai pu tant bien que mal observer. Une personne dans un état limite chevauche la ligne de la réalité, de telle sorte qu’elle est quelquefois dans la réalité alors que d’autres fois, sous le coup d’un grand stress par exemple, elle est hors de la réalité. Le glissement se fait tout seul, de façon « logique » pour cette personne. Les liens sont étonnants ; quelquefois tirés par les cheveux, d’autres fois complètement absurdes. On n’arrive pas à faire un lien, finalement. La pensée s’exprime correctement — nuance — et on y voit les dissociations, les sorties de la réalité.

    Or, après mon coma de plus d’une semaine, je me suis réveillé amnésique. Je ne me reconnaissais plus dans le miroir et j’ai dû réapprendre à parler et à marcher. Je n’avais plus les mots pour m’exprimer ou même pour entretenir un discours intérieur. Même leur sens m’était souvent étranger. Néanmoins, je réfléchissais. J’utilisais des images, des symboles, des concepts abstraits que j’appelle dorénavant des structures. L’autisme à l’état pur ? En tout cas, j’étais incapable de communiquer socialement, inapte à transmettre les liens que je faisais. Je n’avais pas une personnalité limite pour autant. Tranquillement, au fil des ans, je me suis enfermé dans ce monde.

    Je vis dans une bulle, je ne le nie pas. J’essayais d’en sortir, de briser la paroi qui me sépare du monde extérieur, de la réalité sociale. Sans succès. Je suppose cette expérience semblable à un état limite, à l’exception que je vivais dans une béatitude. Je n’étais ni drogué, ni souffrant. Mon mal, s’il en est un, était de ne pas accepter d’être différent des autres, de refuser d’être moi-même malgré l’amour que j’avais pour ce monde que j’avais créé, découvert.

    Le mal que j’avais provenait de la lucidité quant au regard qu’on portait sur moi, une vision diamétralement opposée à la mienne. Je me voyais isolé, privé de contact humain, essentiellement à cause des théories de maladies mentales qu’on m’apposait, parce qu’on ne comprenait pas les liens que je faisais. Ceux-ci apparaissaient hors de la réalité, limites ou imaginaires. Je doutais de moi, des structures que je voyais, du monde que j’habitais. Mon équilibre toujours remis en cause vacillait sans cesse face aux explications des autres. Mon monde m’apparaissait soudainement irréel.

    Il y avait donc un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et cet état permanent de chevauchement entre deux réalités : la mienne et celle des autres. L’autisme me donne accès facilement à l’inconscient, un peu comme les personnes avec une personnalité limite. Par contre, lorsque j’accède à l’inconscient, je suis des structures invisibles aux neurotypiques. Je garde mes repères.

    La psychanalyse, qui explore l’inconscient, est pour moi plus qu’une psychothérapie ; elle est également un outil que j’ai développé et personnalisé sur une dizaine d’années, outil que je continue de perfectionner jusque dans les dimensions sociales infinies.

    MAJ 6 mars 2026


    The Goldfinch: An Inspired Reflection

    A few years ago, I read this book and had kept a good memory of it, despite forgetting several details. I am very happy to have seen the film at the cinema this week, which, in the end, made me shed tears at the very finish.

    This story, for one reason or another, brought me back a bit to the experience I had of reality after being stabbed and, the following year, undergoing a car accident.

    I started having nightmares where I was being chased by one or more people with bad intentions toward me. I would find myself either in a woods or in a house; I fled and sought to hide without understanding why I was being targeted. I became more sensitive and, at the sight of a knife—especially if it was pointed at me—nervous. Images of stabbings invaded me without my being able to control them. Sometimes, they were even images of me stabbing myself! All of this happened a little bit every day.

    The following year, after the car accident, I had more or less forgotten the knife attack. More or less, because my body remembered it, because people told me about it, because my unconscious reminded me of it through those nightmares and intrusive images. I also had flashes of my car accident. That, too, people told me about: it and the fear of losing me, the helplessness of seeing me in that comatose state. I was afraid, too, of seeing myself like that through the eyes of others. This also generated nightmares, intrusive images, and uncontrollable suggestions of killing myself with the car. All of this also happened a little bit every day. It adds up.

    This undesirable experience of reality certainly encouraged me to seek well-being elsewhere. Thus, I increasingly took refuge in a universe distinct from the one being presented to me. Without being able to name it, this conceptual reality seemed more real to me, more harmonious with me and what I was living.

    The various traumas mentioned previously in my texts, in addition to these last two more elaborate ones reported here, were reframed into a coherent and structured story. One might believe that this marked the end of my psychoanalysis, especially since I added psychogenealogy to complete it. Unfortunately, it was not enough. Autism had gone unnoticed.

    Autism is, for me, a social handicap that makes me look bad. I make simple connections, but in great quantity, which makes the process difficult to follow, particularly for neurotypicals. There is, or was, a lack in my way of expressing myself. I limited myself to stating certain conclusions without explicitly making the links. People did not understand me, and I had no idea why. I noticed, however, the gap between us.

    Thus, starting from a point deeply rooted in reality, understandable and heard by all, I would arrive at another point with no apparent connection, completely disconnected from the starting point because the reasoning was missing. The expression of my thought was « borderline » or on the edge. I suppose that if one restricts oneself to this symptom, one could diagnose several illnesses or personality disorders. Perhaps this even explains the false diagnoses so often denounced.

    I do not pretend to explain what dissociation is; I do not have that competence, especially since I would only do so in a few sentences. Here is nonetheless what I understand of it, what I have been able to observe as best I could. A person in a borderline state straddles the line of reality such that they are sometimes in reality while other times, under great stress for example, out of reality. The slip happens on its own, in a « logical » way for that person. The links are surprising; sometimes far-fetched, others completely absurd. One cannot manage to make a connection, finally. Thought expresses itself correctly—nuance—and one sees there the dissociations, the departures from reality.

    Now, after my coma of more than a week, I woke up amnesic. I no longer recognized myself in the mirror and had to relearn how to speak and walk. I no longer had the words to express myself or even to maintain an internal discourse. Even their meaning was often foreign to me. Nevertheless, I was thinking. I used images, symbols, and abstract concepts that I now call structures. Autism in its pure state? In any case, I was incapable of communicating socially, unfit to transmit the links I was making. I did not have a borderline personality for all that. Quietly over the years, I locked myself into this world.

    I live in a bubble, I do not deny it. I tried to get out of it, to break the wall that separates me from the outside world, from social reality. Without success. I suppose this experience is similar to a borderline state, with the exception that I lived in a state of bliss. I was neither drugged nor suffering. My pain, if it is one, was not accepting being different from others, refusing to be myself despite the love I had for this world I had created, discovered.

    The pain I had came from the lucidity regarding the way people looked at me, a vision diametrically opposed to my own. I saw myself isolated, deprived of human contact, essentially because of the mental illness theories being applied to me, because people did not understand the links I was making. These appeared out of reality, borderline, or imaginary. I doubted myself, the structures I saw, the world I inhabited. My balance, always called into question, wavered constantly in the face of others’ explanations. My world suddenly appeared unreal to me.

    There was therefore Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) and this permanent state of overlapping between two realities: mine and that of others. Autism gives me easy access to the unconscious, somewhat like people with a borderline personality. On the other hand, when I access the unconscious, I follow structures invisible to neurotypicals. I keep my bearings.

    Psychoanalysis, which explores the unconscious, is for me more than a psychotherapy; it is also a tool I have developed and personalized over a decade, a tool I continue to perfect even into infinite social dimensions.

    Updated March 6, 2026

  • Héritage : De la psychogénéalogie à la liberté

    Héritage : De la psychogénéalogie à la liberté

    Héritage : De la psychogénéalogie à la liberté

    English Version Below

    La semaine dernière, je vous parlais de psychanalyse et des liens que l’on tisse pour recadrer son vécu. Mercredi, j’ai vu une magnifique pièce de théâtre, A Raisin in the Sun, qui m’a poussé vers une autre approche : la psychogénéalogie.

    Si ma psychanalyse s’est faite avec un professionnel, ma démarche psychogénéalogique fut plus personnelle, nourrie de lectures et d’analyses de ma famille d’origine. Je cherchais ma place au sein de cette lignée. Je reconnais la rudesse de la vie de mes ancêtres. L’impact de la religion y fut majeur : dans un contexte où l’argent et l’éducation étaient inaccessibles, elle offrait un esprit communautaire, mais aussi des réponses dogmatiques. Il y avait du beau, mais aussi des abus.

    Avec l’essor de la psychologie, les thérapeutes ont remplacé les religieux. On ne cherchait plus de réponses dans le divin, mais des explications au mal qui nous habitait. Dans ma famille, la ferveur religieuse obsessionnelle des générations précédentes s’est muée en une recherche maladive de diagnostics. Chaque individu est passé du statut de « pécheur » à celui de « malade ». Les faux diagnostics sont devenus un héritage, une façon d’expliquer ses propres souffrances par la pathologie de l’autre. C’est une reddition : cela donne tout pouvoir à l’autre sur soi.

    J’ai choisi de guérir. On dit en psychogénéalogie qu’après trois générations, il est possible de transformer son héritage. De la foi obsessionnelle à la quête effrénée de diagnostics, la lumière s’est enfin posée sur l’autisme. Je suis dorénavant libre.

    L’enquête fait partie de mon fonctionnement autistique. Je cherche la vérité au-delà du simple fait, car un fait possède plusieurs dimensions. Pour communiquer cette réalité, je dois construire un tout cohérent et simplifié. Cette simplicité et son équilibre implicite sont au cœur de mon approche artistique conceptuelle. Il faut parfois se battre pour protéger les structures porteuses et assurer leur pérennité.

    Ce que je fais n’a pas encore de nom officiel. J’appellerais cela « blogueur d’investigation ». C’est un travail sur les réseaux sociaux pour créer des ponts entre la politique, le journalisme, l’art et le citoyen. Pour moi, ces sphères sont indissociables. Je m’appuie sur le travail journalistique, mais j’y ajoute mes déductions et une certaine « magie ».

    Cette « magie » est une révélation qui me faisait peur. Comme je l’ai mentionné, mon autisme m’isole dans une bulle. À l’intérieur, il y a l’intimité, l’amour, la sexualité. À l’extérieur, il y a les connaissances, les figures publiques et ma famille d’origine. L’amitié est pour moi un concept flou ; une intrusion dans ma bulle est souvent vécue comme une agression. Pour minimiser les dégâts, j’analyse les mots et les images des gens, ce que leur inconscient laisse transparaître.

    C’est grâce à cette « magie » — cette perception des structures — que je peux sortir de ma bulle et poser un regard intime sur le monde. Cela change radicalement la vision des faits. Une banalité peut devenir majeure, tandis qu’un événement médiatisé peut me sembler futile.

    Prenez les feux en Amazonie. Des artistes utilisaient des photos datées pour dénoncer l’inaction mondiale. Journalistiquement, c’est une erreur. Mais pour moi, c’était de la poésie : l’image n’était que le support d’une dénonciation essentielle. L’objectif de sensibilisation était atteint.

    Mercredi, j’ai vu cette pièce où une famille, après cinq générations d’esclavage, apprivoise une liberté nouvelle. C’est une œuvre nécessaire pour comprendre le poids du passé que portent les communautés noires.

    Mise à jour : 6 mars 2026


    Legacy: From Psychogenealogy to Freedom

    Last week, I spoke about psychoanalysis and the connections we make to reframe our experiences. On Wednesday, I saw a magnificent play, A Raisin in the Sun, which brought to mind another approach: psychogenealogy.

    While I conducted my psychoanalysis with a professional, my journey into psychogenealogy was more self-directed, through reading and analyzing my family of origin. I was searching for my place within that lineage. I recognize the hardship of those who came before me. The impact of religion was massive: in a context where money and education were scarce, religion imposed itself through community spirit and the answers provided by those in power. There was beauty, but there was also abuse.

    As psychology evolved, therapists largely replaced the clergy. We no longer sought answers in the divine, but rather explanations for the « evil » or illness within us. In my family, the obsessive religious fervor of previous generations transformed into a pathological search for diagnoses. Each individual went from being a « sinner » to being « sick. » False diagnoses and oppression became a family legacy, where everyone explained their own suffering through someone else’s « illness. » This way of seeing things grants total power to the other, making us subjects to them.

    I chose to heal. In psychogenealogy, some suggest that after three generations, it is possible to completely transform one’s heritage. From obsessive faith to the frantic search for a diagnosis to explain an atypical life, the light finally shone on autism. I am now free.

    Investigation is inseparable from my autistic functioning. I endlessly seek the truth beyond the simple fact, because there are multiple dimensions to every reality. To communicate this, I must build a coherent, simplified whole. This simplicity and its implicit balance are part of my conceptual artistic approach. One must fight to protect the structures that support us and ensure they evolve healthily.

    What I do has no formal name. I would call it « investigative blogger. » It is work conducted primarily on social media, linking politics, journalism, art, and the citizenry. For me, these aspects are inseparable. I use journalistic facts as a foundation, but I mix them with deduction and a certain kind of « magic. »

    This « magic »? It’s a revelation that scared me, one I didn’t want to make public. My autism keeps me in a bubble that isolates me from satisfying social interaction. Inside that bubble is intimacy, love, and sexuality. Outside are acquaintances, public figures, and my family of origin. Friendship is a blurry concept for me. When someone enters my bubble, it feels like an assault. To minimize the damage, I analyze people—what I can perceive in their word choices, the images they project, and what their unconscious reveals.

    This « magic » allows me to step out of my bubble. It requires courage from those close to me, as I cast an intimate gaze upon them. These journeys into the collective unconscious change my vision of the facts. A banality can become major, while a massive news story might seem disproportionate. Facts are multidimensional.

    For example, the fires in the Amazon: international artists used old photos to denounce global inaction. Journalistically, this is a mistake; it misleads the reader. However, to me, it felt poetic. The image of the fire was merely the vehicle for an essential protest. The goal—ecological awareness—was achieved nonetheless.

    On Wednesday, I saw that play where a family, surviving five generations of slavery, navigates a new freedom. It is a must-see play to better understand the weight of the past carried by Black communities.

    Updated: March 6, 2026

  • L’amour multidimensionnel : Sortir du sommeil

    L’amour multidimensionnel : Sortir du sommeil

    L’amour multidimensionnel : Sortir du sommeil

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    La relation amoureuse est mon point faible. Toute ma vie s’est déroulée dans l’isolement, habitée par la quête d’une relation qui me libérerait. Je me souviens d’une image qui me revenait chaque soir, vers l’âge de huit ans : je me voyais embrasser une jeune fille endormie, la réveiller par mon amour et être enfin aimé en retour de ce sauvetage. Cela ressemble, finalement, à La Belle au bois dormant.

    On peut y voir plusieurs sens. D’abord, que je suis à la fois la Belle et le Prince libérateur. La part de moi qui dort et cherche passivement à être réveillée appelle à l’aide suite à une agression, un « empoisonnement » maléfique. De fait, à sept ans, un homme s’était introduit chez nous ; ma belle-mère avait dû négocier la sortie de cet homme en crise de schizophrénie. À l’époque, on ne se souciait guère des traumas qu’un tel événement pouvait infliger à un enfant. Ce fut mon poison : celui qui condamnerait une partie de moi au sommeil pendant des années, cette part qui criait silencieusement à l’aide.

    Une autre interprétation est possible. Mon père a quitté ma mère et ses enfants quand j’avais 18 mois. Pour me consoler — ou l’inverse —, ma mère me faisait dormir avec elle. Je prenais la place du père disparu, symboliquement mort. Un sentiment incestueux et désagréable s’est installé. Dans ce trauma répétitif, je devenais le prince offrant son amour à la femme endormie, à celle qui « crie tout bas ». Par le fait même, je devenais aussi celui qui resterait prisonnier d’un schéma de sauveur et d’un triangle amoureux.

    Ces traumatismes se sont combinés à d’autres. À six ans, j’ai subi un viol par deux adolescents. L’un d’eux m’a laissé pour mort. À cause d’un coup violent à la tête, j’avais occulté cet événement, pour ne m’en souvenir que des décennies plus tard. On y retrouve encore cette notion de « Belle au bois dormant ».

    Ce trauma fait écho à un autre, vécu à 18 ans : j’ai reçu sept coups de couteau, une agression gratuite de la part de trois jeunes. On peut voir dans les lames qui pénètrent mon corps le symbole d’une pénétration forcée. Ce lien peut sembler ténu, mais la notion d’intrusion est centrale. L’année suivante, un grave accident d’auto m’a plongé dans un coma de neuf jours. Réveil amnésique, réapprentissage total, perte d’identité… Le coup à la tête, la perte de connaissance et la modification de mon être sont autant de rappels de mes traumas d’enfance. Mon autisme me rend hypersensible aux intrusions dans ma bulle ; on ne peut y pénétrer sans provoquer une intimité forcée et profonde.

    Voilà un aperçu de ma psychanalyse. On peut critiquer cette pratique, mais pour moi qui fonctionne par structures, il n’y avait pas de thérapie plus adaptée. Mes appels à l’aide et mes « cris tout bas » ont enfin permis à ma partie inconsciente de s’éveiller.

    Paradoxalement, j’étais en relation pendant ces années de psychanalyse. J’étais drogué à mon insu, oubliant ce qu’on me faisait subir. Ma guérison ne pouvait être entière, car on me faisait revivre sciemment mes traumas d’enfance.

    La semaine dernière, je parlais de webréalité et d’emprisonnement. Ce texte-ci répète le même principe : un versant pénible, l’autre libérateur. Cette dernière année fut une guérison. J’ai pu conscientiser ces traumas en les vivant en pleine conscience. Cet emprisonnement n’a pas été agréable, mais il fut nécessaire.

    Je suis maintenant pleinement un être humain, pour moi et pour vous. Je l’assume. Je le dis tout haut.

    MAJ 6 mars 2026


    Multidimensional Love: Waking from the Sleep

    Romantic relationships are my weakness. My entire life has been spent in isolation, searching for a relationship that would set me free. I remember an image that came to me every night when I was about eight years old: I saw myself kissing a sleeping girl, waking her with my love, and finally being loved in return for my rescue. It has shades of Sleeping Beauty, after all.

    One can see several meanings here. First, that I am both the Beauty and the liberating Prince. The part of me that sleeps, passively seeking to be awakened, is a cry for help following an assault—a « malignant poisoning. » Indeed, when I was seven, a man broke into our home; my stepmother had to negotiate the exit of this man in the midst of a schizophrenic crisis. In those days, people didn’t worry about the trauma such an event could cause a small child. Yet, it was my poison—the one that would put a part of me to sleep for years, the part that screamed silently for help.

    Another interpretation is possible. My father left my mother and his children when I was 18 months old. To comfort me—or perhaps the other way around—my mother had me sleep in her bed. I took the place of the missing father, symbolically dead. A sense of unwanted, uncomfortable enmeshment set in. In this repetitive trauma, I became the prince giving his love to the sleeping woman, to the woman « screaming softly. » At the same time, I became the one wounded for life, a prisoner of a savior complex and a romantic triangle.

    These traumas combined with others. At age six, I was raped by two teenagers. One of them left me for dead. Because of a violent blow to the head, I suppressed the event, only remembering it decades later. Again, the theme of « Sleeping Beauty » appears.

    This trauma links to another at age 18, when I was stabbed seven times in a random act of violence. One can see the knives penetrating my body as a symbol of forced penetration. While the link may seem abstract, the theme of intrusion in both traumas is undeniable. The following year, a car accident left me in a coma for nine days. I woke up with amnesia and had to relearn everything, even recognizing myself in the mirror. The blow to the head, the loss of consciousness, and the profound shift in my identity were all echoes of my childhood traumas. My autism makes me hyper-sensitive to intrusions into my bubble; no one can enter my space without forcing me into an intense, raw intimacy.

    This is a partial but significant glimpse into my psychoanalysis. Some may oppose this practice, but for someone like me who functions through structures, there was no therapy better suited. My passive cries for help and the awakening of my unconscious self have finally begun to live.

    Paradoxically, I was in a relationship during those years of psychoanalysis. I was being drugged without my knowledge, forgetting what was being done to me. My healing could not be complete because I was being forced to relive my childhood traumas consciously and unconsciously.

    Last week, I spoke of web-reality and imprisonment. This text repeats that same principle: one side painful, the other liberating. This past year has proven to be a healing process. I was able to bring these traumas to light by living them with full awareness. I cannot say this imprisonment was pleasant, though it was necessary.

    I am now fully a human being, for myself and for you. I own it. I say it out loud.

    Updated March 6, 2026