Catégorie : Journalisme

  • L’Équilibre : Naviguer entre les structures

    L’Équilibre : Naviguer entre les structures

    L’Équilibre : Naviguer entre les structures

    Les Derniers Tsars, série docufiction sur Netflix (Photo : gracieuseté). Une œuvre à voir.

    Voici ma réflexion inspirée par cette série.

    Il m’est difficile de mettre en mots les structures que je perçois, ce qui, bien sûr, représente un handicap au quotidien. Lorsque je les rencontre, je reçois une multitude d’informations : les attentes, les besoins, les solutions possibles… Le passé, le présent et le futur s’entremêlent. Il me faut énormément de temps pour ordonner mes perceptions. Ainsi, socialement, lorsque tout se déroule en direct et que plusieurs sources « émettent » ou « reflètent » ces structures, je me sens envahi.

    Ce n’est pas qu’une question de prise de décision ou de manipulation. Il existe une profondeur, faite d’éléments explicites et, surtout, implicites. Avec le temps et l’expérience, je reconnais plus aisément les structures fondamentales propres à certaines situations ou perceptions.

    Pour le passé, je déduis le chemin parcouru à travers les difficultés rencontrées. Pour le futur, j’entrevois des avenues possibles ; celles qui ont le plus de sens m’apparaissent plus clairement. Dans le présent, là où tout se joue, certaines structures convergent… ou non. Souvent, les gens font des choix sans conscience de ces croisées des chemins, ignorant où mènent les sentiers qu’ils empruntent.

    Je bâtis mes plans sur ces structures. Quand un plan est juste, je le sais, je le sens. Ce sont les grandes lignes nécessaires pour atteindre un objectif commun : le point de rencontre de plusieurs structures.

    Au quotidien, tout n’est pas planifiable ; les interactions potentielles sont trop nombreuses. Néanmoins, la route principale demeure. C’est elle qui me guide et dicte mes choix jour après jour, orientée vers ce fameux point de rencontre.

    Sur le plan social, cela pose d’importantes difficultés. C’est handicapant. J’aime les gens, je souhaite partager du temps avec eux, mais cela exige un délai d’apprivoisement pour comprendre leurs propres structures et ce qu’elles impliquent, pour eux comme pour moi.

    Ce système n’est pas infaillible, bien que les résultats soient encourageants. Chacun peut faire des choix qui compromettent le plan, à différents niveaux. Cela s’applique autant aux démocraties qu’aux empires. Ce sont des organisations différentes, mais elles partagent théoriquement un but commun : le bien du peuple. Il ne saurait en être autrement.

    L’exception culturelle est aussi une voie à explorer, à travailler de bonne foi. Elle permet à des structures apparemment opposées de se rejoindre, évitant ainsi l’éclatement ou l’effondrement. On y parvient généralement en fixant un objectif commun réaliste. Le compromis, la résilience et la souplesse d’esprit sont alors essentiels — des qualités que l’on pourrait ranger dans la catégorie de l’imagination.

    MAJ 6 mars 2026


    Balance: Navigating the Structures

    The Last Czars, docufiction series on Netflix (Photo: Courtesy). A must-watch.

    Here are my reflections inspired by this series.

    It is difficult for me to put into words the structures I perceive, which naturally creates challenges in my daily life. When I encounter them, I am flooded with information: expectations, needs, possible solutions, and more. Past, present, and future intertwine. It takes me a long time to organize these perceptions. Socially, when everything happens in real-time and multiple sources are « emitting » or « reflecting » these structures, I become overwhelmed.

    It isn’t simply about making a decision, nor is it about manipulation. There is a depth to it, composed of explicit and, especially, implicit elements. Over time and with experience, I have learned to more easily recognize the fundamental structures inherent in certain situations and perceptions.

    Regarding the past, I deduce the path taken based on the difficulties encountered. For the future, I see potential avenues; those that make the most sense appear most clearly to me. In the present—where everything unfolds—certain structures may meet… or they may not. People often make choices without being aware of these potential crossroads, unaware of where each path leads even when it is right before them.

    I develop plans based on these structures. When a plan is good, I know it; I feel it. These are the broad strokes necessary to reach a common goal—the meeting point of several structures.

    On a day-to-day basis, life cannot be fully planned. There are too many potential interactions. Nevertheless, the main road remains. It is what guides me and dictates my daily choices, oriented toward that identified meeting point.

    Admittedly, this poses significant social difficulties. It is a handicap. I like people and wish to spend time with them, but it requires a period of adjustment to understand their structures and what they imply for both them and me.

    This process is not infallible, though the success rate is very encouraging. Anyone can make choices that compromise the plan at various levels. This holds true for both democracies and empires. They are different organizations, yet they share the same common goal: the welfare of the people. It could not be otherwise.

    The « cultural exception » is also a solution worth exploring and working on in good faith. It allows seemingly opposing structures to align, preventing fragmentation or collapse. Usually, this is achieved by setting a realistic common goal. Compromise, resilience, and mental flexibility are required—qualities that could be categorized under the umbrella of imagination.

    Updated March 6, 2026

  • Le combat d’une vie

    Le combat d’une vie

    La Liberté : Le combat d’une vie

    English Version Below

    Avez-vous vu l’excellente série Marco Polo ? (Photo : gracieuseté)

    Je ne me souviens pas de la première fois où je me suis senti libre. Ou peut-être que si… J’avais 22 ou 23 ans. Après des années de lutte pour faire valoir mes droits suite à un accident, j’obtenais enfin gain de cause. On confirmait que ma souffrance était réelle. Pourtant, ce sentiment de liberté, je l’avais déjà connu ; je le vivais même constamment, à l’exception de la pression financière et de la solitude.

    Comme vous pouvez l’imaginer, ma vie a été un combat incessant. Chaque cause pour laquelle je me battais semblait en engendrer mille autres, de manière exponentielle. Le poids du passé, des origines, des traumas, de mes batailles parfois maladroites et de mon autisme non diagnostiqué… Rien ne se réglait, tout s’accumulait.

    Suis-je devenu un guerrier ou suis-je né ainsi ? Puisque mon autisme possède une « structure militaire », comme je le mentionnais la semaine dernière, j’en déduis que je suis un guerrier de naissance. J’ai d’abord cherché à comprendre, puis à aimer. Par naïveté, cet amour est devenu un moyen de défense, puis une arme utilisée à toutes les sauces.

    Avec la maturité, le calme et la patience, et en gardant toujours la liberté comme ligne de mire, j’ai poursuivi mes combats avec plus de discernement. Une fois les obstacles identifiés, je m’y suis attaqué avec une discipline grandissante. J’ai appris que certaines difficultés se contournent, que d’autres exigent des moyens que nous n’avons pas encore, et que certaines sont des pièges artificiels. Enfin, il y a ces batailles qui, tout simplement, ne valent pas la peine d’être menées.

    Il faut toujours se rappeler pourquoi nous faisons la guerre. Dans le feu de l’action, on finit par se laisser prendre au jeu ; on s’immerge tant dans la bataille qu’on en perd de vue l’objectif ultime. C’est humain.

    Une armée est au service du politique ; il ne saurait en être autrement en démocratie. Le politique, lui, est soumis au peuple. Il en va de même pour tous les pouvoirs : ils doivent être indépendants tout en s’assurant un équilibre mutuel. C’est là l’essence d’une saine démocratie. Le but ultime demeure la liberté de chacun, dans l’équilibre.

    MAJ 6 mars 2026


    Freedom: The Battle of a Lifetime

    Have you seen the excellent series Marco Polo? (Photo: Courtesy)

    I don’t remember the first time I felt free. Or perhaps I do… I must have been 22 or 23. After years of fighting for my rights following an accident, I finally won my case. It was finally confirmed that my pain was real. Yet, I had known that feeling of freedom before; in fact, I lived it constantly—except for the weight of financial pressure and loneliness.

    As you can imagine, my entire life has been a struggle. It was endless. There were a thousand causes to fight for, each one often leading to an exponential number of others. The weight of my past, my origins, my traumas, my sometimes clumsy battles, and the weight of my undiagnosed autism… Nothing was ever settled; everything just accumulated.

    Did I become a warrior, or was I born one? Since my autism has a « military structure »—as I mentioned last week—I gather that I am a warrior by birth. At first, I sought to understand, then I learned to love. Naively, that love became a defense mechanism, then a weapon used for every purpose.

    With maturity, a certain calm, and patience—always keeping freedom as my target—I pursued my battles with greater discernment. After identifying what stood between me and that sense of freedom, I tackled each obstacle with growing discipline. Some difficulties are better bypassed; others we do not yet have the means to fight; some are artificial—traps. Ultimately, there are battles that are simply not worth fighting.

    We must always remember why we go to war. What is the goal? In the heat of the moment, we get caught up in the game; we become so immersed in the battle that we lose sight of the plan, or even the ultimate objective. That is human nature.

    An army serves the political leadership; it cannot be otherwise in a democracy. The leadership, in turn, is subject to the people. So it goes for all forms of power: they must be independent while remaining mindful of their duty to oversee one another. It is a matter of balance, of a healthy democracy. The ultimate goal is the freedom of each and every individual, held in balance.

    Updated March 5, 2026

  • Le bizarre incident du chien pendant la nuit : l’exception et la norme

    Le bizarre incident du chien pendant la nuit : l’exception et la norme

    English Version Below

    Le bizarre incident du chien pendant la nuit : l’exception et la norme

    Théâtre Gilles-Vigneault. Crédit photo : André Chevrier.

    Cette pièce de théâtre est magnifiquement jouée. On peut y faire l’expérience d’être avec un enfant autiste et apprendre les paradoxes possibles entre les différents aspects de cette personne. Je la recommande. Cela m’a ramené à ma propre enfance.

    Je suis né un 1ᵉʳ juillet, ce qui signifie que tous les Canadiens, d’un océan à l’autre, fêtent mon anniversaire. C’est jour de congé. Enfant plutôt retiré, observateur, sans vraiment de limite avec le toucher — sauf lorsque celui-ci est agressif ou surprenant, ou lorsqu’on me blesse émotionnellement en même temps —, j’ai eu tout de même peu de fortes réactions face au manque de sensibilité envers mon vécu. Ces réactions survenaient essentiellement lorsque j’étais très stressé ET que j’ignorais être autiste. Néanmoins, il y en a eu. Ma bulle d’espace vital est sensible, quelquefois hypersensible.

    Avec le temps, avec le cumul des blessures, j’ai développé une certaine frustration, une colère parfois. D’un côté, tous expliquaient mes malheurs en me culpabilisant. De mon côté, honnêtement, je cherchais ma part de responsabilité, ce que j’avais pu faire qui avait entraîné ce « karma ».

    J’étais conscient de ma différence, bien que je ne pusse pas la nommer. Je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas utiliser mes ressources pour moi-même, mais seulement pour aider les autres. Je cherchais à voir où se situait mon autosabotage à travers toutes sortes d’explications psychologiques, ésotériques ou même religieuses. On tournait en rond. Néanmoins, je faisais le tour de ce que j’étais, j’apprenais à m’aimer. Plus je m’aimais, plus la colère tombait et se transformait en autre chose.

    C’est ainsi que j’en suis venu à intégrer la recherche du compromis, à travers cet amour, à travers une vision bienveillante pour les autres et pour moi. J’ai commencé à me reconstruire ainsi. Ce qui a été déterminant dans ma recherche incessante pour comprendre ma différence est le diagnostic d’autisme : d’abord officieux, puis de façon plus décisive grâce à une expertise qui le confirmait.

    Faire le pas de prendre rendez-vous avec un expert en clinique privée, passer par-dessus mes peurs pour obtenir cette expertise, m’a permis de sortir définitivement d’une réalité malsaine dans laquelle j’étais maintenu et que, bien malgré moi, j’entretenais. J’ai agi.

    Je me dois d’être reconnaissant envers toutes ces personnes qui m’ont parlé de l’autisme, qui m’ont sensibilisé à cette réalité et, bien sûr, envers le médecin spécialiste qui a fait une analyse exhaustive de ma situation. J’ai tout de même appris de tous ces faux diagnostics, de toutes ces attaques subies. J’ai appris qui j’étais et de tout l’amour dont j’étais capable.

    Il était apparemment plus facile de voir ma situation sous l’angle d’un neurotypique, d’expliquer ma réalité à partir d’une norme commune à la majorité. Je suppose que cette facilité explique bon nombre de faux diagnostics en santé mentale. Assurément, je le dis sans gêne : j’ai été affaibli, torturé, culpabilisé et manipulé à travers ceux-ci. Je m’y suis perdu. Je ne peux nier une part de responsabilité, néanmoins cela demande un contexte. Il faut comprendre le caractère distinct de mon fonctionnement qu’est l’autisme.

    Au Canada, la majorité des provinces sont anglophones ; l’État fonctionne en anglais. Leurs citoyens, pratiquement sans exception, parlent anglais. C’est la norme. Dans un contexte où l’anglais n’est nullement menacé, le multiculturalisme n’est pas un problème.

    Au Québec, avec notre héritage français, nous avons adopté un modèle d’interculturalisme, c’est-à-dire une culture de convergence. Cela vise à protéger et à valoriser la langue française et la culture qui en découle. Je me répète sûrement : le fait d’être le cœur de la francophonie en Amérique du Nord, dans une mer anglophone, rend nécessaire la protection de notre exception culturelle et le développement d’une attitude bienveillante face à notre différence.


    Référence : Le bizarre incident du chien pendant la nuitReprise du 26 juin au 10 août 2019 au Théâtre Gilles-Vigneault (Saint-Jérôme).

    MAJ 5 mars 2026


    The Curious Incident of the Dog in the Night-Time: The Exception and the Norm

    Théâtre Gilles-Vigneault. Photo credit: André Chevrier.

    This play is beautifully acted. It allows one to experience being with an autistic child and to learn about the potential paradoxes between the different facets of such a person. I highly recommend it. It brought me back to my own childhood.

    I was born on July 1st, which means that every Canadian, from coast to coast, celebrates my birthday. It is a public holiday. As a child, I was rather withdrawn, an observer, with virtually no boundaries regarding touch—except when it was aggressive or sudden, or when I was being emotionally hurt at the same time. Still, I had few strong reactions to the lack of sensitivity toward my lived experience. Those reactions primarily occurred when I was under extreme stress AND unaware that I was autistic. Nevertheless, they did happen. My « personal space bubble » is sensitive, sometimes hypersensitive.

    Over time, as wounds accumulated, I developed a certain frustration, sometimes anger. On one hand, everyone explained my misfortunes by shifting the guilt onto me. On my end, I was honestly searching for my own share of responsibility, wondering what I might have done to bring about this « karma. »

    I was conscious of my difference, though I could not name it. I didn’t understand why I couldn’t use my resources for myself, but only to help others. I tried to pinpoint where my self-sabotage lay through all sorts of psychological, esoteric, or even religious explanations. We were going in circles. Nonetheless, I was exploring the depths of who I was; I was learning to love myself. The more I loved myself, the more the anger subsided and transformed into something else.

    This is how I came to integrate the search for compromise—through this love, through a benevolent vision for others and for myself. That is how I began to rebuild. The turning point in my relentless quest to understand my difference was the autism diagnosis: first unofficial, then more decisive thanks to a professional assessment that confirmed it.

    Taking the step to make an appointment with an expert in a private clinic, overcoming my fears to obtain that assessment, allowed me to finally break free from a toxic reality in which I was being held and which, despite myself, I was sustaining. I took action.

    I owe a debt of gratitude to all those people who spoke to me about autism, who raised my awareness of this reality, and, of course, to the specialist who conducted a comprehensive analysis of my situation. I still learned from all those misdiagnoses, from all those attacks I endured. I learned who I was and the full extent of the love I was capable of.

    It was apparently easier to view my situation through a neurotypical lens, to explain my reality based on a norm common to the majority. I suppose this convenience explains many misdiagnoses in mental health. I say this without shame: I was weakened, tortured, blamed, and manipulated through them. I lost myself in them. I cannot deny a share of responsibility, yet it requires context. One must understand the distinct nature of my functioning: autism.

    In Canada, the majority of provinces are English-speaking; the State functions in English. Their citizens, almost without exception, speak English. That is the norm. In a context where English is in no way threatened, multiculturalism is not an issue.

    In Quebec, with our French heritage, we have adopted a model of interculturalism—that is, a culture of convergence. This aims to protect and promote the French language and the culture that flows from it. I am likely repeating myself: being the heart of the Francophonie in North America, within an English-speaking sea, makes it necessary to protect our cultural exception and to develop a benevolent attitude toward our difference.


    Reference: The Curious Incident of the Dog in the Night-TimeRevived from June 26 to August 10, 2019, at Théâtre Gilles-Vigneault (Saint-Jérôme).

    Updated March 5, 2026

  • Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    English Version Below

    Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    J’ai beau refaire le tour de ma vie, je ne vois pas ce que j’aurais pu faire de différent quant à l’essentiel. Je suis autiste, j’ai 53 ans, et cela ne fait que quelques mois que j’ai un diagnostic d’autisme. De la garderie à l’université, en passant par les « professionnels » de la santé de ma famille d’origine — eux-mêmes membres d’ordres professionnels… —, personne n’a vu mon fonctionnement atypique. J’ai également passé une bonne partie de ma vie dans les hôpitaux.

    Les hypothèses sur ce qui me rendait différent n’ont toutefois pas manqué. J’avais beau raconter tout ce que je vivais dans mon quotidien comme dans ma vie psychique, les choses ne faisaient que s’envenimer. Les personnes les plus proches de moi, celles qui sont venues habiter avec moi pour se sauver d’une mère omniprésente, d’un ex-abuseur ou d’une famille dysfonctionnelle, celles à qui je me confiais le plus, sont les personnes qui m’ont fait le plus de mal, qui m’ont trahi le plus gravement et profondément, qui m’ont jugé et condamné sans pitié.

    Je ne peux parler que très peu de l’autisme en général, mais du mien, c’est autre chose. Comme je le disais, l’autisme est un fonctionnement de l’esprit qui est différent de celui de la majorité des gens. Mon esprit militaire, structuré pour le combat, est particulier. Je n’y peux rien, je n’ai même aucun mérite. C’est un don, une chance inouïe. Il aurait pu en être autrement ; il aurait pu empêcher pratiquement toute interaction sociale, toute communication.

    Je suis donc béni des dieux. Néanmoins, ce fonctionnement atypique a nécessité un long apprentissage et ce dernier se poursuit. Je me suis ouvert à d’autres réalités. J’ai appris que je n’étais pas ce que l’on me disait être. J’ai appris à reconnaître comme réelles ces structures que je voyais, à reconnaître là où elles se croisaient aussi. Ces points de convergence offrent chacun un ensemble de possibilités où chacune est plus ou moins porteuse de sens. Il me faut beaucoup de temps pour y réfléchir, méditer ces possibilités, leur donner un sens avant, finalement, de m’y investir entièrement, passionnément.

    À 19 ans, je suis devenu amnésique. J’ai déjà mentionné ce point dans un texte précédent. Ma mémoire du passé, ainsi que l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouveaux faits, étaient clairement déficientes. J’ai appris de cette expérience que la mémoire est une structure fondamentale de l’identité. Pour compenser cette perte du sentiment d’identité, mes intuitions m’orientaient vers l’amour. C’est sur cette base que j’ai commencé à me reconstruire : l’amour des autres et l’amour de soi, un amour perfectible.

    L’amour est une valeur sur laquelle s’appuie la structure de ma personnalité, la structure de mon esprit. Cela donne un sens à la structure. Un sens et une direction.

    Au Québec, la religion catholique, la langue française et la multiethnicité font partie intégrante de la structure de notre société. C’est sur la base de l’amour du prochain que notre culture québécoise s’appuie. Il est vrai aussi que ce sentiment est teinté par une sorte de honte de ce que nous sommes. Peut-être peut-on y voir un héritage de la religion catholique, un héritage judéo-chrétien. Peut-être aussi parce que nous sommes conscients que notre amour est perfectible. Mais est-ce vraiment un tort que d’être humain ?

    La culture québécoise en est une de convergence, d’ouverture. Chacun peut garder sa culture d’origine tant qu’il puisse interagir à travers cette culture de convergence, ce qui maintient la cohésion sociale, ce qui permet à cette société distincte d’être protégée activement et d’évoluer progressivement. Il s’agit donc du devoir de tout citoyen, qu’il soit ancien ou nouveau, que de comprendre cette structure et cette culture, d’avoir une attitude bienveillante envers elles et, finalement, d’ajouter sa présence active au sein de celles-ci.

    De la structure d’une société découle un sentiment d’identité important. À travers lui et par lui, la culture de cette société s’épanouit. Tout cela est intimement lié.

    Il est nécessaire de comprendre, dans un pays comme le Canada, la nécessité d’une exception culturelle pour les Canadiens français en général et pour le Québec en particulier, puisque notre culture baigne dans un environnement canadien-anglais et états-unien. Cette exception bienveillante viserait à protéger notre structure de société afin de conserver notre culture et de permettre son épanouissement.

    MAJ 5 mars 2026


    Inspired by the album La Science du cœur by Pierre Lapointe.

    No matter how much I revisit my life, I cannot see what I could have done differently regarding the essentials. I am autistic, I am 53 years old, and I received my diagnosis only a few months ago. From daycare to university, including the « healthcare professionals » within my family of origin—themselves members of professional orders—no one saw my atypical functioning. I also spent a significant portion of my life in hospitals.

    There was no shortage of hypotheses about what made me different, however. No matter how much I shared about my daily life and my inner psyche, things only worsened. Those closest to me—those who came to live with me to escape an omnipresent mother, an abusive ex, or a dysfunctional family, those in whom I confided the most—are the ones who hurt me the most, who betrayed me most gravely and deeply, who judged and condemned me without mercy.

    I can speak very little about autism in general, but about my autism, that is another matter. As I mentioned, autism is a functioning of the mind that differs from that of the majority. My military mind, structured for combat, is particular. I cannot help it; I deserve no credit for it. It is a gift, an incredible stroke of luck. It could have been otherwise; it could have prevented nearly all social interaction, all communication.

    I am therefore blessed by the gods. Nevertheless, this atypical functioning required a long learning process, and that process continues. I opened myself to other realities. I learned that I was not who I was told I was. I learned to recognize as real those structures I perceived, and to recognize where they intersected as well. These points of convergence each offer a set of possibilities, each more or less imbued with meaning. It takes me a long time to reflect upon them, to meditate on these possibilities, to give them meaning before, finally, investing myself in them entirely and passionately.

    At 19, I became amnesic. I have already mentioned this in a previous text. My memory of the past, as well as my acquisition of new knowledge and facts, was clearly deficient. I learned from this experience that memory is a fundamental structure of identity. To compensate for this loss of the sense of self, my intuitions guided me toward love. It was on this foundation that I began to rebuild: love for others and love for oneself—a perfectible love.

    Love is a value upon which the structure of my personality, the structure of my mind, rests. It gives meaning to the structure. A meaning and a direction.

    In Quebec, the Catholic religion, the French language, and multi-ethnicity are integral parts of the structure of our society. Our Quebec culture is built on the foundation of « loving thy neighbor. » It is also true that this feeling is tinged with a kind of shame for who we are. Perhaps this is a legacy of the Catholic religion, a Judeo-Christian heritage. Perhaps also because we are aware that our love is perfectible. But is it truly a fault to be human?

    Quebec culture is one of convergence, of openness. Everyone can keep their original culture as long as they can interact through this culture of convergence, which maintains social cohesion and allows this distinct society to be actively protected and to evolve progressively. It is therefore the duty of every citizen, whether long-established or new, to understand this structure and this culture, to have a benevolent attitude toward them, and, ultimately, to add their active presence within them.

    From the structure of a society stems an important sense of identity. Through and by it, the culture of that society flourishes. All of this is intimately linked.

    It is necessary to understand, in a country like Canada, the need for a cultural exception for French Canadians in general and for Quebec in particular, since our culture is immersed in a Canadian-English and American environment. This benevolent exception would aim to protect our social structure in order to preserve our culture and allow it to flourish.

    Updated March 5, 2026


  • Le deuil de la majorité

    Le deuil de la majorité

    English Version Below

    Le deuil de la majorité

    Entrevue expérimentale avec Madonna. Ma réflexion sur Madame X.

    Je suis perdu. Qu’est-ce que je peux dire de plus ? Alors que j’étais déjà dans ma recherche d’identité, de ce que je ferais de ma vie, s’ajoutait à cela la perte de mes repères fragiles.

    J’ai quitté ma ville natale pour aller vivre à Québec, à un peu moins de trois heures de route. J’avais rencontré une femme par Internet, ce qui était inhabituel à l’époque. J’ai loué mon condo à un neveu et migré vers une nouvelle ville que je connaissais très peu, n’en connaissant pratiquement que le nom. J’ignorais que je devais apprendre une nouvelle culture puisque j’étais toujours au Québec, après tout. Je parlais français aussi.

    Je comptais, il faut bien le dire, sur le fait que ma copine était originaire de cette ville et qu’elle m’intégrerait à son milieu, à ses amis. Dans les faits, je me suis retrouvé assez seul. Nous étions souvent ensemble, nous partagions pratiquement toutes nos activités. Je cherchais des contrats ou en exécutais lorsqu’elle était au travail. On passait le reste du temps ensemble. De moins en moins, par contre.

    Mon premier gros contrat obtenu à Québec était pour… Montréal. J’ai donc négocié des conditions pour avoir l’occasion de revenir au moins une fois durant la semaine et toutes les fins de semaine. Puis nous avons eu un enfant, une maison lorsque j’ai vendu mon condo, et un mariage deux ans plus tard. Mais je n’étais toujours pas intégré à la culture de la ville de Québec.

    C’est difficile d’expliquer la différence de culture entre deux villes d’un même État, entre la capitale et la métropole. On pourrait dire, avec un sourire taquin, que l’une est plus urbaine que l’autre, moins champêtre. D’autres diront, pas toujours avec le même humour, que la capitale est plus fermée, par opposition à Montréal qui serait plus ouverte. Qu’est-ce que la fermeture ? Qu’est-ce que l’ouverture ? Un deuil, en tout cas.

    J’ai des ancêtres au Québec depuis 400 ans — j’arrondis. En parallèle, ma grand-mère est Espagnole. Elle a immigré d’Espagne avec ses parents. Je suis donc un petit-fils d’immigrants, un « sang-mêlé », comme on disait dans Harry Potter. Je suis blanc, mais je prends des couleurs rapidement au soleil. Un deuil.

    J’ai grandi comme un homme dans un milieu où les gais étaient très présents. J’étais en contact avec le travail de mon père dans le milieu artistique et cela faisait partie de la normalité. Néanmoins, je me suis toujours perçu comme un homme hétérosexuel. J’avais des questionnements, comme la plupart des ados, mais finalement rien qui ne me faisait moins aimer le sexe opposé.

    Puis, au fil de cette relation avec cette femme de Québec, le questionnement a pris une nouvelle forme. J’ai d’abord commencé à me demander si ce que je ressentais n’était pas de la bisexualité, pour finalement en arriver, quelques années plus tard, à me dire que j’étais autosexuel. Minoritaire dans les minorités, en quelque sorte. La possible bisexualité est devenue une possible pansexualité. Je ne sais pas ; l’amour est plus important que le genre. Je suis ouvert. Un deuil.

    Quoi qu’il en soit, j’ai dû faire le deuil de la majorité plus d’une fois.

    Lorsque j’ai quitté Montréal, je suis devenu un « Montréalais à Québec », bien que je ne me sois jamais questionné sur la chose auparavant. Il me suffisait de me dire Québécois puisque j’habitais l’État du Québec. Je faisais partie de ce beau peuple. Mais tout à coup, je prenais conscience que je ne faisais plus partie de cette majorité, étant désormais identifié à la plus grande ville de cet État. Un deuil.

    Avec le temps, et la réalisation des rêves partagés en début de relation, l’amour disparaissait. Bizarrement. Le couple n’existait plus, si jamais il avait déjà existé. La relation étant devenue extrêmement toxique, nos repères avaient perdu leur sens ; quelquefois, ils avaient été travestis. Je ne me reconnaissais plus dans cette relation. Un deuil.

    Je suis revenu à Montréal. Tout avait changé, même ma famille. Je ne les reconnaissais pas, eux non plus. Nous ne partagions plus la même vision de ce qu’était une famille, l’entraide et le reste. On ne me croyait plus, si jamais on l’avait déjà fait. La reconnaissance de l’autisme par tous, sauf par eux, n’aide en rien, évidemment. Je les ai quittés. Ils refusent de voir qui je suis, qui je suis devenu, qui j’ai découvert être. Ils se sont fait une image de moi et la maintiennent. Peut-être que cela les obligerait à ajuster l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et que cela leur est impossible. Il leur faudrait faire un deuil, eux aussi.

    Madame X, l’album complet

    MAJ 4 mars 2026


    Mourning the Majority

    Experimental Interview with Madonna: Reflections on Madame X

    I am lost. What more can I say? While I was already searching for my identity, for what I would do with my life, the loss of my fragile landmarks was added to the weight.

    I left my hometown to live in Quebec City, just under a three-hour drive away. I had met a woman through the Internet, which was unusual at the time. I rented my condo to a nephew and migrated to a new city I knew very little about, barely knowing its name. I was unaware that I had to learn a new culture; after all, I was still in the province of Quebec. I spoke French, too.

    I was counting, I must admit, on the fact that my girlfriend was from that city and that she would integrate me into her environment and her circle of friends. In reality, I found myself quite alone. We were often together; we shared almost all our activities. I looked for contracts or worked on them while she was at work. We spent the rest of our time together. Less and less so, however.

    My first major contract in Quebec City was for… Montreal. So I negotiated terms to have the opportunity to return at least once during the week and every weekend. Then we had a child, a house when I sold my condo, and a marriage two years later. But I was still not integrated into the culture of Quebec City.

    It is difficult to explain the cultural difference between two cities in the same State—between the capital and the metropolis. One might say, with a teasing smile, that one is more urban than the other, less « country. » Others will say, not always with the same humor, that the capital is more closed-off, as opposed to Montreal, which is seen as more open. What is « closed »? What is « open »? A mourning, in any case.

    I have ancestors in Quebec going back 400 years—roughly speaking. At the same time, my grandmother is Spanish. She immigrated from Spain with her parents. I am therefore a grandson of immigrants, a « half-blood, » as they said in Harry Potter. I am white, but I tan quickly in the sun. A mourning.

    I grew up as a man in an environment where gay people were very present. I was in contact with my father’s work in the artistic world, and it was part of normality. Nevertheless, I always perceived myself as a heterosexual man. I had questions, like most teenagers, but ultimately nothing that made me love the opposite sex any less.

    Then, through this relationship with this woman from Quebec City, the questioning took a new form. I first began to wonder if what I felt was bisexuality, eventually arriving, a few years later, at the conclusion that I was autosexual. A minority within minorities, in a way. Possible bisexuality became possible pansexuality. I don’t know; love is more important than gender. I am open. A mourning.

    In any case, I had to mourn the majority more than once.

    When I left Montreal, I became a « Montrealer in Quebec City, » although I had never questioned it before. It was enough for me to call myself a Quebecer since I lived in the State of Quebec. I was part of this beautiful people. But suddenly, I realized I was no longer part of that majority, being henceforth identified with the largest city in the State. A mourning.

    With time, and the realization of dreams shared at the start of the relationship, love was disappearing. Strangely. The couple no longer existed, if it ever had. The relationship having become extremely toxic, our landmarks had lost their meaning; sometimes, they had been distorted. I no longer recognized myself in this relationship. A mourning.

    I returned to Montreal. Everything had changed, even my family. I didn’t recognize them, and they didn’t recognize me either. We no longer shared the same vision of what a family was, of mutual aid and the rest. I was no longer believed, if I ever had been. The recognition of autism by everyone except them doesn’t help, obviously. I left them. They refuse to see who I am, who I have become, who I have discovered myself to be. They have created an image of me and they maintain it. Perhaps it would force them to adjust the image they have of themselves, and that is impossible for them. They would have to face a mourning, too.

    Madame X: The Complete Album


    Updated March 4, 2026
  • L’abandon de soi

    L’abandon de soi

    English Version Below

    L’abandon de soi

    On se fait tous une image de l’autre ; c’est nécessaire pour le comprendre, pour avoir une relation. Par le fait même, nous développons une image de nous-mêmes pour se comprendre et pour être en relation avec soi-même. Cette dernière image sera notre référence pour comprendre l’univers qui nous entoure.

    À travers les épreuves, nous apprenons ce que nous sommes. Cet apprentissage se fait en se relevant. À travers lui, nous nous voyons plus clairement, nous devenons plus transparents à nos propres yeux. Nous devenons de plus en plus cohérents avec nous-mêmes, avec ce que l’on est profondément : des êtres humains. C’est sur cette base, sur cet objectif ultime de tous et chacun, que nous pourrons nous relier aux autres, sur notre humanité commune.

    Sur ce chemin, il y aura l’abandon de soi, l’abandon de cette image que l’on a de soi-même. Notre compréhension de nous-mêmes est changeante ; elle doit l’être pour évoluer, pour progresser. Elle demande de se remettre en question, elle demande de douter de soi, mais cela implique aussi de remettre en question l’image de l’autre, de douter de lui.

    Au fil du temps, au fil des épreuves, vous trouverez le courage et la confiance en vous. Inévitablement, vous vous sentirez trahis et blessés. Vous serez confrontés à la petitesse et à la méchanceté de ces abuseurs en évolution. Plus rarement, peut-être de façon exceptionnelle, on vous fera même subir des monstruosités. Votre image de vous-mêmes en sera affectée, voire possiblement détruite. Mais ce n’est qu’une image. Certes, le mal est profond néanmoins.

    Sans image pour se relier à soi-même et aux autres, l’isolement social s’installe. Mais c’est d’être coupé de ce à quoi nous nous reconnaissions qui est la plus grande coupure, la plus grande souffrance. Nous sommes abandonnés, sans ressources, face à la mort sous différentes formes.

    Bizarrement et contre toute attente — paradoxalement, donc —, c’est par l’abandon de soi que nous pourrons traverser cette épreuve. Avec un courage et une confiance grandissante, nous nous relèverons et deviendrons plus humains, avec une nouvelle image encore plus belle. Une nouvelle relation s’établira, avec soi-même et avec l’autre. L’entourage sera modifié pour mieux connecter avec ce que nous sommes devenus : une sorte de sélection naturelle.

    MAJ 4 mars 2026


    Surrender of the Self

    We all create an image of the other; it is necessary to understand them, to have a relationship. By the same token, we develop an image of ourselves to understand and be in relation with ourselves. This latter image becomes our reference point for understanding the universe around us.

    Through hardships, we learn who we are. This learning happens by picking ourselves back up. Through it, we see ourselves more clearly; we become more transparent to our own eyes. We become increasingly coherent with ourselves, with who we profoundly are: human beings. It is on this foundation—this ultimate objective for each and every one of us—that we can connect with others, based on our common humanity.

    On this path, there will be the surrender of the self, the letting go of this image we hold of ourselves. Our understanding of ourselves is shifting; it must be so in order to evolve, to progress. It requires questioning oneself, it requires self-doubt—but this also implies questioning the image of the other, and doubting them.

    Over time, through trials, you will find courage and self-confidence. Inevitably, you will feel betrayed and wounded. You will be confronted with the smallness and malice of those « abusers in evolution. » More rarely, perhaps in exceptional cases, you may even be subjected to monstrosities. Your image of yourself will be affected, perhaps even destroyed. But it is only an image. Granted, the pain is deep nonetheless.

    Without an image to relate to oneself and others, social isolation sets in. But being severed from that which we recognized as ourselves is the greatest severance, the greatest suffering. We are abandoned, without resources, facing death in its various forms.

    Strangely and against all odds—paradoxically, then—it is through the surrender of the self that we can cross this ordeal. With growing courage and confidence, we will rise again and become more human, with a new image that is even more beautiful. A new relationship will be established, with oneself and with the other. One’s surroundings will be modified to better connect with what we have become: a kind of natural selection.

    Updated March 4, 2026

  • La transparence

    La transparence

    English Version Below

    La transparence

    J’ai toujours vu le fait de montrer sa vulnérabilité comme un préambule à une intimité, une porte vers les profondeurs de ce que nous sommes. Pour soi-même et pour l’autre. Habituellement, nous cherchons à la camoufler pour éviter d’avoir l’air faible, mais aussi afin d’éviter de potentielles blessures terribles en la mettant à découvert, sans défense.

    Je faisais le tour de moi-même, ce qui me donnait un sentiment d’identité, ce qui conditionnait également mon regard et motivait mes gestes. Je me suis reconstruit à partir de rien parce que j’étais amnésique à 19 ans. À partir de rien de conscient, devrais-je dire. J’étais submergé d’images, pour la plupart des symboles qui me mettaient dans un état de bonheur. Mais…

    Mais j’avais aussi des images inexplicables, beaucoup plus concrètes, que je tentais de comprendre comme des symboles, comme le reste de tout ce que je voyais. Je ne dirais pas que c’était une erreur, plutôt un apprentissage à acquérir.

    Lorsque je parlais de ces symboles qui me rendaient heureux, de cet univers que je créais en moi, de ma vie que je donnais, on me diagnostiquait une maladie mentale. Les psys comprenaient cela comme des hallucinations. Au mieux, certaines personnes y voyaient une imagination débordante, un peu spéciale : « C’est un artiste… » Personne n’a vérifié mon fonctionnement ; personne n’admettait que je réfléchissais avec des images, des symboles et des structures.

    Et j’avais ces images discordantes que je ne savais pas interpréter. Elles me déstabilisaient, par moments, davantage sous un stress plus intense. Ces images étaient intrusives ; elles brisaient mon bien-être. Elles influençaient aussi mes gestes et mes paroles, rendant le tout discordant, sans aucun rapport avec l’amour qui m’habitait, en complète dissonance avec les symboles que je voyais. Elles me faisaient questionner mon sentiment d’identité.

    Ici et là, j’ai bien rencontré des professionnels de la santé qui m’ont aidé. Néanmoins, lorsqu’on acceptait de voir l’importance de l’impact du TCC (traumatisme crânien cérébral) sur ma vie et de l’agression au couteau, cela n’expliquait pas tout. Puis, j’avais cette gêne par rapport aux images intrusives, peut-être la peur qu’elles soient une révélation de mes désirs profonds. Quant aux symboles, je n’en parlais que très peu, de façon extrêmement partielle. C’était quelque chose de sacré pour moi. Il y avait tellement d’amour, de compassion. Tout était si simple, si beau. Alors qu’on les voyait comme nocives, comme des preuves de maladie, je ne pouvais pas accepter ces jugements de valeur.

    Ces deux types d’images m’ont déchiré de plus en plus. Mon lien avec la réalité est devenu de plus en plus vacillant jusqu’à cette sortie de la réalité que j’ai mentionnée il y a déjà quelques semaines.

    La psychanalyse m’a permis de remettre de l’ordre dans tout ça. J’avais déjà commencé, mais rien de structuré. On s’est attaqué surtout aux images qui ne voulaient rien dire pour moi. J’ai pu rattacher à ma vie d’avant mon coma ce qui se voulait être des souvenirs précédant mon amnésie, les remettre en contexte. Les agressions sexuelles que j’avais subies s’exprimaient, remontaient à la surface. S’agissait-il de désirs profonds, de fantasmes en opposition avec ce que je pensais être ? La nuit, on me poursuivait, souvent avec des couteaux, mais pas toujours. Étais-je l’agresseur ou l’agressé, finalement ? D’autres fois, je me jetais contre un mur de béton, ou en bas d’un pont, toujours en auto. Était-ce une pulsion suicidaire ? Ces traumas passés me dictaient ma nouvelle vie sans même que je me souvienne d’eux tout à fait, sans même que je comprenne ce qui me faisait perdre ma liberté de choix. J’étais continuellement agressé de l’intérieur sans savoir tout à fait qu’il s’agissait de souvenirs, sans être sûr que ce n’était pas ce que je désirais inconsciemment.

    Mon apprentissage à interpréter ces images ne s’est pas fait sans heurt. J’ai fait des erreurs, malheureusement. La culpabilité d’être victime n’a pas aidé, bien sûr. J’ai aussi développé une drôle de relation avec ma mémoire. Cela m’a pris beaucoup d’efforts pour bâtir une confiance en elle. L’idée est d’apprendre, de se relever, d’avancer et de tendre la main vers cet autre en soi. Aider son prochain aussi.

    Durant cette période, ma vie a été un combat incessant. Mon goût de vivre s’est limité à la survie. Ma joie était d’être encore en vie, de pouvoir être en appartement ou dans mon condo, même si cela impliquait de manger moins. J’étais fier de survivre aux épreuves et de ne pas perdre l’esprit. J’avais une base sur laquelle m’appuyer, quelque chose de tangible : un chez-soi.

    Outre cette vie difficile, le fonctionnement des gens et de la société était très insécurisant. Rien ne fonctionnait comme cela aurait dû, comme je l’anticipais. J’étais un extraterrestre. Je devais comprendre comment cela fonctionnait ici, je devais apprendre. Mais comment ? Qui allait m’enseigner à vivre avec les neurotypiques ?

    Quoi qu’il en soit, avoir fait un tout assez cohérent avec moi-même est certainement une grande force. La transparence m’a demandé beaucoup d’humilité parce que j’ai dévoilé mes faiblesses, révélé aussi mes erreurs à tout le monde. C’est gênant. Je ne suis pas fier de mes faux pas ; j’aurais voulu faire autrement. Mais j’assume, j’apprends de ces échecs, je répare ce qui est possible et compense ce qui ne l’est pas. La transparence me permet aussi de m’améliorer, de passer sous la loupe des coins sombres où il y a encore des choses à apprendre, des endroits où faire la lumière.

    Pour ce qui est des symboles ou de ce que j’appelle des structures, j’ai appris à mieux interagir avec elles. Quelquefois, cela se présente sous forme d’images symboliques, d’autres fois de façon tellement plus abstraite que je ne peux pas les décrire. Ce fonctionnement est de l’autisme, une intelligence différente. Mais ça, c’est une autre histoire.

    MAJ 4 mars 2026


    Transparency

    I have always seen the act of showing one’s vulnerability as a preamble to intimacy, a door to the depths of who we are. For oneself and for the other. Usually, we seek to hide it to avoid appearing weak, but also to prevent potential and terrible wounds by leaving it exposed and defenseless.

    I was exploring the contours of my being, which gave me a sense of identity; it also conditioned my perspective and motivated my actions. I rebuilt myself from nothing because I was amnesic at age 19. From nothing conscious, I should say. I was submerged in images—mostly symbols that put me in a state of happiness. But…

    But I also had inexplicable images, much more concrete, which I tried to understand as symbols, like everything else I saw. I wouldn’t call it a mistake, but rather a lesson to be learned.

    When I spoke of these symbols that made me happy, of this universe I was creating within myself, of the life I was giving, I was diagnosed with mental illness. Psychiatrists understood this as hallucinations. At best, some saw it as an overflowing, somewhat « special » imagination: « He’s an artist… » No one verified how I functioned; no one admitted that I thought in images, symbols, and structures.

    And I had these discordant images that I didn’t know how to interpret. They destabilized me at times, especially under intense stress. These images were intrusive; they shattered my well-being. They also influenced my actions and words, making everything discordant, completely unrelated to the love within me, in total dissonance with the symbols I saw. They made me question my sense of identity.

    Here and there, I did meet health professionals who helped me. However, even when they accepted the impact of the TBI (traumatic brain injury) and the knife attack on my life, it didn’t explain everything. Then, I felt shame regarding those intrusive images—perhaps a fear that they were a revelation of my deepest desires. As for the symbols, I spoke of them very little, and only in a very partial way. They were sacred to me. There was so much love, so much compassion. Everything was so simple, so beautiful. While others saw them as harmful, as evidence of illness, I could not accept those value judgments.

    These two types of images tore me apart more and more. My link to reality became increasingly flickering until that « departure from reality » I mentioned a few weeks ago.

    Psychoanalysis allowed me to put all of this back in order. I had already started, but nothing was structured. We focused primarily on the images that meant nothing to me. I was able to reconnect what were meant to be memories preceding my amnesia to my life before the coma, and put them back into context. The sexual assaults I had suffered were expressing themselves, rising to the surface. Were they deep desires, fantasies in opposition to who I thought I was? At night, I was being chased, often with knives, but not always. Was I the aggressor or the victim, in the end? Other times, I would throw myself against a concrete wall, or off a bridge, always in a car. Was it a suicidal urge? These past traumas were dictating my new life without me even fully remembering them, without me even understanding what was causing me to lose my freedom of choice. I was continually assaulted from within without fully knowing they were memories, without being sure they weren’t what I unconsciously desired.

    My learning process in interpreting these images was not without its hardships. I made mistakes, unfortunately. The guilt of being a victim didn’t help, of course. I also developed a strange relationship with my memory. It took a great deal of effort to build trust in it. The idea is to learn, to stand back up, to move forward, and to reach out to that « other » within oneself. To help one’s neighbor as well.

    During this period, my life was an incessant struggle. My will to live was limited to survival. My joy was simply being alive, being able to have an apartment or my condo, even if it meant eating less. I was proud to survive the trials and not lose my mind. I had a foundation to lean on, something tangible: a home.

    Beyond this difficult life, the way people and society functioned was very unsettling. Nothing worked as it should, as I anticipated. I was an alien. I had to understand how things worked here; I had to learn. But how? Who was going to teach me how to live with neurotypicals?

    Regardless, having created a fairly coherent whole within myself is certainly a great strength. Transparency required a lot of humility because I unveiled my weaknesses and revealed my mistakes to everyone. It is embarrassing. I am not proud of my missteps; I wish I had done things differently. But I own them; I learn from these failures; I repair what can be repaired and compensate for what cannot. Transparency also allows me to improve, to place under the magnifying glass those dark corners where there is still something to learn, places where light needs to be shed.

    As for the symbols or what I call structures, I have learned to interact with them better. Sometimes, they present themselves as symbolic images; other times, in a way so abstract that I cannot describe them. This functioning is autism—a different kind of intelligence. But that is another story.

    Updated March 4, 2026

  • Repartir à zéro

    Repartir à zéro

    English Version Below

    Repartir à zéro

    Combien de fois avez-vous essayé de recommencer votre vie ? Ou avez-vous changé de domaine d’études ? D’emploi ? Un divorce, peut-être ?

    Si vous avez fait le choix de partir, vous aviez probablement débuté votre deuil du quotidien, de vos habitudes. À moins que l’on ne vous ait imposé une nouvelle réalité ou encore que le choix ait été fait sur un coup de tête, sans préparation, sans même une anticipation du deuil. Alors, vous avez été surpris par l’ampleur de la vague.

    Quoi qu’il en soit, tôt ou tard, vous avez réalisé que vous étiez confronté à des problèmes similaires, que la fuite a été inutile. Ce que nous fuyons nous rattrape. C’est une réalité universelle. La forme du problème peut changer, mais le fond demeure jusqu’à ce qu’on trouve une solution, jusqu’à ce que le deuil soit finalisé. On dit aussi : « jusqu’à ce que la leçon soit apprise ».

    Qu’on le veuille ou non, la nouveauté s’enracine toujours dans le passé qui sert de fondation. Les étapes du deuil seront vécues ; toutefois, l’essence demeurera. La nouveauté naîtra du deuil tout en conservant l’essentiel. Il s’agit d’un processus profondément humain.

    C’est une illusion que de penser repartir à zéro ou même que l’on s’est bâti seul. Cette nouvelle vie a certes demandé de grands efforts, mais la transition a sollicité tant le passé que le futur, tant la solitude qu’un nouvel entourage.

    Vous avez déterminé des objectifs, regardé les chemins possibles. La réussite demande d’être réaliste et de ne viser que quelques cibles cohérentes entre elles, à partir desquelles nous pourrons construire. Rêver, oui, mais se structurer, se discipliner. L’objectif est indissociable de son chemin.

    Peut-on rêver d’un monde plus écologique, par exemple, d’un mode de vie plus près de la nature ? Il faut planifier la transition après avoir conscientisé ce que l’on voulait modifier au départ, ce que l’on voulait quitter, ce qui nous causait du tort ou ce qui nous empêchait d’évoluer sainement.

    Jeune, je rêvais de la fin du capitalisme sans vraiment connaître son système rival, le communisme. Au fond, j’espérais un système plus humain, plus sensible à ma réalité. Comment est-il possible de rendre le système capitaliste plus humain, plus respectueux de la nature humaine ?

    Avec les années, j’ai appris à fonctionner dans ce système, ce qui ne m’empêche pas de militer pour qu’il devienne plus humain.

    MAJ 4 mars 2026


    Starting from scratch

    How many times have you tried to start your life over? Or have you changed your field of study? Your job? A divorce, perhaps?

    If you made the choice to leave, you had probably already begun the mourning of your daily life, of your habits. Unless a new reality was imposed upon you, or the choice was made on a whim, without preparation, without even anticipating the grief. In that case, you were caught off guard by the magnitude of the wave.

    Regardless, sooner or later, you realized that you were facing similar problems—that running away was futile. What we flee from catches up to us. It is a universal reality. The form of the problem may change, but the core remains until a solution is found, until the mourning is finalized. As they say: « until the lesson is learned. »

    Whether we like it or not, novelty is always rooted in the past, which serves as its foundation. The stages of grief will be lived through; however, the essence will remain. Newness is born from mourning while preserving what is essential. This is a profoundly human process.

    It is an illusion to think one can start from zero, or even that one has built oneself alone. This new life certainly required great effort, but the transition called upon both the past and the future, both solitude and a new inner circle.

    You determined objectives; you looked at possible paths. Success requires being realistic and aiming only for a few coherent targets upon which to build. To dream, yes—but to structure oneself, to remain disciplined. The objective is inseparable from the path taken to reach it.

    Can we dream of a more ecological world, for example, of a lifestyle closer to nature? We must plan the transition after becoming conscious of what we wanted to change in the first place, what we wanted to leave behind, what was harming us or preventing us from evolving in a healthy way.

    When I was young, I dreamed of the end of capitalism without really knowing its rival system, communism. Deep down, I was hoping for a more human system, one more sensitive to my reality. How is it possible to make the capitalist system more human, more respectful of human nature?

    Over the years, I have learned to function within this system, which does not stop me from advocating for it to become more human.

    Updated March 4, 2026

  • L’image

    L’image

    English Version Below

    L’image

    Comment élabore-t-on l’image que l’on a d’une personne, d’une communauté, d’une société ? Tout se jouerait dans la première impression. Il semble que notre cerveau capte un ensemble d’informations au sujet de notre nouveau contact : l’apparence physique, l’habillement, le comportement, la façon de communiquer, le propos, l’environnement, etc. Dans ce lot de données reçues plus ou moins consciemment, nous filtrons celles avec lesquelles nous sommes le plus habitués, me semble-t-il, celles pour lesquelles il y a déjà eu un traitement auparavant. Cette image peut aussi découler d’une éducation où le chemin a été répété à maintes reprises.

    Nous faisons une sorte de généralisation pour nous situer dans cette nouvelle relation, cette nouvelle réalité. Nous cherchons des repères. L’incompréhension n’est pas vraiment permise, sinon en termes de « spécial » ou de maladie mentale. L’incompréhension doit être jugée, apparemment. Il faut la justifier. Auparavant, pour diaboliser l’Autre — l’Ennemi, puisque nous étions au temps des conquêtes —, nous disions « les Barbares », « les Sauvages », « les Sorcières », pour nous différencier de celui qu’on cherchait à soumettre. L’interprétation était dictée par une volonté de supériorité. Pourrait-on vraiment soumettre quelqu’un que l’on considère comme notre égal, notre ami ?

    C’est ainsi qu’on démonise l’ennemi, qu’on l’affaiblit à nos yeux et aux siens, qu’on lui enlève de la valeur. On lui refuse une distinction hors de notre cadre, hors de ce qu’on lui a permis dans notre esprit. L’Autre n’est plus un humain à proprement parler. Il n’a pas la même valeur que soi ; il vaut moins. C’est une première blessure, et pas la moindre, puisque c’est elle qui permettra d’affaiblir psychologiquement l’ennemi tout en donnant le courage aux troupes de combattre ces « moins que rien ».

    Le préjugé devient une arme de guerre, une arme de destruction massive. Détruire la force mentale de l’adversaire pour miner son courage.

    Quelle réponse peut-on avoir face à une telle attaque ? Spontanément, on se défend. On nie être un minable, on affirme notre valeur. Quelquefois, cela sonne creux, simplement parce que nous entretenons tous un doute sur nous-mêmes. Personne n’est parfait et chacun croit que tous voient notre faiblesse ou notre différence comme si l’on se limitait à cet aspect. Au fond, nous sommes divisés en nous-mêmes et l’attaque sème un doute qui fera son chemin.

    Il faudra retourner à nos sources, redevenir un enfant — comme je le disais dans des textes précédents — et se relever à force d’amour pour soi. La colère fera place à la fierté. La réflexion sur qui nous sommes, sur nos motivations et sur notre façon d’exprimer nos intentions permettra de dépasser et de combattre ces préjugés. La réflexion donne de la profondeur.

    Quelle image est-ce que je laisse à quelqu’un lorsque je le rencontre pour la première fois ? Est-ce que je me présente comme lui étant supérieur ? Est-ce que je lui impose ma vision supérieure ? Pourquoi me sentirais-je inférieur ? Comment un être humain peut-il avoir moins de valeur qu’un autre ? Il y a encore tant de questions à se poser.

    Lectures complémentaires 

    Première impression

    Généralisation

    Stéréotype

    MAJ 4 mars 2026


    The Image

    How do we develop the image we have of a person, a community, or a society? It seems everything is decided in the first impression. Our brain appears to capture a set of information about our new contact: physical appearance, clothing, behavior, communication style, speech, environment, etc. Within this batch of data received more or less consciously, we seem to filter for what we are most accustomed to—those elements for which there has already been prior processing. This image can also stem from an upbringing where the path has been repeated time and again.

    We engage in a kind of generalization to orient ourselves within this new relationship, this new reality. We seek landmarks. Incomprehension is not truly permitted, except in terms of being « special » or « mentally ill. » Incomprehension must be judged, apparently. It must be justified. In the past, to demonize the Other—the Enemy, since we were in an era of conquest—we said « Barbarians, » « Savages, » « Witches, » to differentiate ourselves from those we sought to subdue. Interpretation was dictated by a will for superiority. Could one truly subdue someone considered an equal, a friend?

    This is how the enemy is demonized, weakened in our eyes and their own, stripped of value. We deny them a distinction outside of our framework, outside of what we have allowed them within our minds. The Other is no longer a human being, strictly speaking. They do not have the same value as oneself; they are worth less. This is a first wound, and a significant one, as it is what allows for the psychological weakening of the enemy while giving troops the courage to fight these « good-for-nothings. »

    Prejudice becomes a weapon of war, a weapon of mass destruction. To destroy the opponent’s mental strength to undermine their courage.

    What response can one have to such an attack? Spontaneously, we defend ourselves. We deny being pathetic; we assert our worth. Sometimes, this rings hollow, simply because we all harbor doubts about ourselves. No one is perfect, and everyone believes that others see our weakness or our difference as if we were limited to that single aspect. Deep down, we are divided within ourselves, and the attack sows a doubt that will find its way.

    We must return to our sources, become a child again—as I mentioned in previous texts—and rise through self-love. Anger will give way to pride. Reflection on who we are, our motivations, and how we express our intentions will allow us to transcend and combat these prejudices. Reflection provides depth.

    What image do I leave with someone when I meet them for the first time? Do I present myself as superior? Do I impose my superior vision? Why would I feel inferior? How can one human being have less value than another? There are still so many questions to ask.

    Updated March 4, 2026

  • Se relever

    Se relever

    English Version Below

    Se relever

    Ce film est un documentaire uniquement en anglais ; pas de traduction n’est disponible sur Netflix. On y voit Beyoncé en spectacle dans des chorégraphies incroyables, incluant l’orchestre. Les costumes ne sont pas en reste. On découvre les circonstances de sa production et on y communique le cheminement nécessaire, la discipline, pour sa réalisation. D’emblée, je dis que j’ai adoré ce film. Voici la réflexion qu’il m’a inspirée.

    On fait notre petite vie et, dans l’ensemble, tout va bien jusqu’à ce qu’une tempête arrive. Notre univers est renversé. Peu à peu, on se rend compte que nos rêves et nos croyances sont confrontés à une nouvelle réalité où ils n’ont plus de sens. La panique s’installe au fur et à mesure que l’on voit disparaître nos espoirs, notre raison de vivre.

    Un processus de deuil s’enclenchera. Cela peut prendre du temps. La tempête doit se calmer d’abord. Il faut prendre conscience de notre désespoir, de la raison de notre colère aussi. Que ce soit pour une personne, une communauté ou une société, ce vécu et cette réaction sont légitimes, même si on peut ne pas s’y reconnaître. Notre univers a changé et nous a mis face à notre impuissance.

    C’est le temps de faire le tour de notre nouvelle réalité. C’est le temps aussi de se connecter à nos origines, de connaître d’où l’on vient et de comprendre les changements survenus.

    À nouveau, on peut vivre beaucoup de colère. C’est sain d’en prendre conscience, de nommer les injustices et les séquelles. Peu à peu, on apprendra à mieux communiquer notre parcours, nos erreurs, les injustices subies et les sacrifices concédés. La colère fera place à autre chose. Tout n’est pas négatif.

    Ultimement, on apprend à s’aimer dans ce processus de réappropriation de notre histoire. Qu’est-ce qui me ressemble, qu’est-ce qui est différent de moi ? Qu’est-ce qui fait partie de moi, bon gré mal gré, de mon peuple, de ma culture ?

    La colère aura fait place à l’amour de soi, puis une fierté en découlera éventuellement. La fierté d’avoir fait face à la tempête, d’être encore en vie, d’avoir assumé cette perte de nos espoirs, d’avoir eu le courage de traverser ce qui est souvent horrible.

    Un nouveau bilan devra se faire. Qui suis-je devenu ? Comment puis-je me consolider ? Comment puis-je vivre en paix avec moi-même et avec ma nouvelle réalité ? Sainement.

    C’est un temps nouveau. Il faut regarder vers l’avenir, avoir une nouvelle vision. Cela ne peut être la même que celle de nos ancêtres ; tout a changé. La tempête, voire les orages successifs, a établi une nouvelle réalité. Mais on peut être en harmonie avec nos origines tout en étant différent. Il faut trouver l’essentiel.

    En fait, c’est le temps de se consolider, de se rebâtir. Différemment.

    MAJ 4 mars 2026


    Rising Up

    This film is a documentary available only in English; no translation is available on Netflix (Homecoming). We see Beyoncé performing with incredible choreography, including a full orchestra. The costumes are equally impressive. We discover the circumstances of its production, and it communicates the necessary journey—the discipline—required for its realization. From the start, I must say I loved this film. Here is the reflection it inspired in me.

    We go about our little lives and, for the most part, everything is fine until a storm arrives. Our universe is overturned. Little by little, we realize that our dreams and beliefs are confronted with a new reality where they no longer make sense. Panic sets in as we watch our hopes and our reason for living disappear.

    A mourning process will begin. This can take time. The storm must first subside. We must become aware of our despair, and the reason for our anger as well. Whether for an individual, a community, or a society, this experience and this reaction are legitimate, even if we might not recognize ourselves in them. Our universe has changed and brought us face-to-face with our helplessness.

    It is time to take stock of our new reality. It is also time to connect with our origins, to know where we come from and to understand the changes that have occurred.

    Once again, we may experience a great deal of anger. It is healthy to be aware of it, to name the injustices and the after-effects. Gradually, we will learn to better communicate our journey, our mistakes, the injustices endured, and the sacrifices made. Anger will give way to something else. Not everything is negative.

    Ultimately, we learn to love ourselves through this process of reclaiming our story. What resembles me, what is different from me? What is part of me, for better or worse—of my people, of my culture?

    Anger will have given way to self-love, and then pride will eventually follow. The pride of having faced the storm, of still being alive, of having accepted the loss of our hopes, of having had the courage to go through what is often horrific.

    A new assessment must be made. Who have I become? How can I consolidate myself? How can I live in peace with myself and with my new reality? Healthily.

    It is a new time. We must look toward the future, have a new vision. It cannot be the same as that of our ancestors; everything has changed. The storm—even successive storms—has established a new reality. But we can be in harmony with our origins while being different. We must find the essential.

    In fact, it is time to consolidate, to rebuild. Differently.

    Updated March 4, 2026