Catégorie : Journalisme

  • Lettre aux femmes

    Lettre aux femmes

    Lettre aux femmes

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    Je comprends que tout est désormais exposé. J’ai un million d’excuses, mais aucune n’est véritablement bonne. Ma vie était alors d’une difficulté extrême ; je ne comprenais pas ce que je vivais et personne ne pouvait m’aider, car l’incompréhension était totale pour tous. J’avais aussi hérité d’un passé lourd de traumatismes. Je dis « hériter », car j’étais devenu amnésique à la suite de mon accident.

    J’avais consommé après une rencontre avec mon avocate pour mon premier divorce. J’ai paniqué et j’ai consommé. J’ai alors reproduit un geste dont j’avais été témoin enfant, vers l’âge de 7 ans. L’agresseur de l’époque était schizophrène, et j’ai refait ces gestes alors que j’étais moi-même hors de la réalité. Les détails importent peu, dans la mesure où, de toute façon, cela n’aurait jamais dû se produire. La psychanalyse a fini par donner un sens à ces gestes, et j’ai également suivi d’autres thérapies pour traiter mes divers traumas.

    Avec l’aide de ma mère, j’ai écrit une lettre d’excuses à la victime. Son avocate a répondu qu’elle n’y croyait pas.

    Pourtant, j’ai souvent demandé pardon à des femmes qui n’avaient rien à voir avec cette histoire, des femmes que j’ai toujours traitées dignement, car je savais que le mal commis l’était envers toutes les femmes. Plus profondément encore, c’est une blessure faite à l’humain, indistinctement du genre.

    Alors, pour payer ma dette, en plus des procédures judiciaires auxquelles j’ai fait face sans me défiler, j’ai suivi ces thérapies pour comprendre. Aujourd’hui, je supporte la cause des femmes, mais toujours dans une optique d’humanité qui dépasse les genres. À travers mes textes et mes messages sur les réseaux sociaux, je fais aussi de la prévention pour que tous et toutes comprennent mieux l’origine et les mécanismes de cette violence. C’est ma façon de continuer à payer ma dette.

    Honnêtement et personnellement, je commence à considérer que cette dette est payée. J’ai commencé à me pardonner, surtout depuis ce diagnostic d’autisme qui a éclairé la dernière part d’ombre que je ne saisissais pas.

    Je demande pardon à toute la société et je continuerai à faire avancer la cause de l’égalité femme-homme. Je ne suis pas une méchante personne. Je n’ai pas de haine en moi. J’ai été blessé et abusé, tant par des hommes que par des femmes. C’est à travers mes implications constructives que j’arrive à sublimer ce vécu, en plus de la pratique de la pleine conscience et de la verbalisation de mes émotions. La gratitude m’aide aussi.

    Par ailleurs, j’ai été torturé par ma famille qui n’hésitait pas à m’apposer des diagnostics pour expliquer ce qu’elle ne comprenait pas. Cela a nui à mon développement et m’a maintenu dans de fausses théories. Cela a nui, et continue de nuire, à ma réputation. Ça suffit. Cette famille me fera du mal bien après ma mort ; elle est toxique. Parce que je m’exprime autrement, avec une intelligence différente, elle m’accuse encore et toujours de maladie mentale au lieu de remettre en question son propre fonctionnement. Elle corrompt le sens de chacun de mes gestes pour se donner raison.

    Ça suffit. S’il vous plaît. J’ai le droit de commencer à vivre.

    Merci de m’entendre. Merci de trouver l’empathie nécessaire pour comprendre mon cheminement et voir comment je suis devenu une meilleure personne. Concernant d’éventuelles autres allégations dont on m’a fait part, que puis-je dire de plus ? Je suis sincèrement désolé pour les personnes blessées.

    Je pense avoir fait le tour. Les théories du complot m’ont fait beaucoup de mal. Je ne cherche pas la pitié, mais j’aimerais retrouver ma liberté. Je vous le demande, respectueusement.

    MAJ 5 mars 2026


    Letter to Women

    I understand that everything is now exposed. I have a million excuses, but none are truly good. My life was of extreme difficulty then; I did not understand what I was going through, and no one could help me, as the lack of understanding was total for everyone. I had also inherited a past heavy with trauma. I say « inherited » because I had become amnesic following my accident.

    I had consumed substances after a meeting with my lawyer for my first divorce. I panicked and I consumed. I then reproduced an act I had witnessed as a child, around the age of 7. The aggressor at that time was schizophrenic, and I repeated those actions while I was myself out of touch with reality. The details matter little, insofar as, in any case, it should never have happened. Psychoanalysis eventually gave meaning to these actions, and I also underwent other therapies to treat my various traumas.

    With my mother’s help, I wrote a letter of apology to the victim. Her lawyer replied that she did not believe it.

    Yet, I have often asked for forgiveness from women who had nothing to do with this story, women whom I have always treated with dignity, because I knew that the harm committed was toward all women. Even more deeply, it is a wound inflicted upon humanity, regardless of gender.

    So, to pay my debt, in addition to the legal proceedings I faced without evading them, I followed these therapies to understand. Today, I support the cause of women, but always from a perspective of humanity that transcends gender. Through my writings and my messages on social media, I also work on prevention so that everyone can better understand the origin and mechanisms of this violence. It is my way of continuing to pay my debt.

    Honestly and personally, I am beginning to consider this debt paid. I have begun to forgive myself, especially since the autism diagnosis which illuminated the last part of the shadow I did not grasp.

    I ask for forgiveness from all of society, and I will continue to advance the cause of equality between women and men. I am not a bad person. I have no hatred in me. I have been hurt and abused, by both men and women. It is through my constructive involvement that I manage to sublimate this experience, along with the practice of mindfulness and the verbalization of my emotions. Gratitude also helps me.

    Furthermore, I was tortured by my family, who did not hesitate to label me with diagnoses to explain what they did not understand. This hindered my development and kept me trapped in false theories. It has harmed, and continues to harm, my reputation. Enough. This family will hurt me long after my death; it is toxic. Because I express myself differently, with a different intelligence, they accuse me again and again of mental illness instead of questioning their own functioning. They corrupt the meaning of my every gesture to prove themselves right.

    Enough. Please. I have the right to start living.

    Thank you for hearing me. Thank you for finding the empathy necessary to understand my journey and to see how I have become a better person. Regarding any other allegations I have been made aware of, what more can I say? I am sincerely sorry to the people who were hurt.

    I think I have covered it all. Conspiracy theories have caused me a lot of harm. I am not seeking pity, but I would like to regain my freedom. I ask this of you, respectfully.

    Updated March 5, 2026

  • Ensemble

    Ensemble

    Ensemble

    English version below


    Je marchais vers le gymnase où je m’entraîne quand j’ai aperçu une carte d’identité sur le trottoir — vous savez, le genre de carte que l’on porte au cou avec un cordon ou que l’on épingle sur la poitrine. Une employée avait échappé cette carte qui indiquait son nom, son poste et l’organisme communautaire pour lequel elle travaillait. Connaissant ce centre, j’ai décidé d’aller la lui porter. Après avoir fait confirmer sa présence, je l’ai laissée à la réception pour qu’on la lui remette.

    En reprenant ma marche, à la sortie du centre communautaire, une dame m’a abordé. Je ne me souviens plus de ses mots exacts, mais elle me parlait de sa solitude, me racontant qu’elle passait des journées entières sans parler à quiconque. C’était spontané. Je lui ai dit que je comprenais que la vie soit difficile et que la solitude imposée — l’isolement, finalement — est une forme de violence. Elle a semblé soulagée d’un poids.

    Ces petits gestes ordinaires font une réelle différence. Le temps de rapporter cette carte, j’ai fait partie d’une équipe ; j’ai fait don de mon temps. J’ai aussi été un confident le temps de recueillir la souffrance de cette dame, qui m’a fait don de son vécu. C’est d’une grande générosité de sa part que de livrer ainsi ce qui se passe en elle, dans son intériorité.

    La synchronicité de ces deux événements est incroyable. Deux faits distincts, apparemment banals, prennent tout leur sens parce que je les mets bout à bout : le premier où je donne, le deuxième où je reçois. La vie est belle.

    Tous les jours, je lis les gens sur les réseaux sociaux. Je ne cesse de recevoir ces dons de soi, ces cadeaux, et je cherche à redistribuer ce que j’ai reçu. Comme un enfant, je crée des constructions avec ce qui m’est offert. Est-ce que ce bloc pourrait s’agencer avec celui-là ? De quelle façon ? Une négociation s’opère en moi.

    Quand quelqu’un perd quelque chose, je comprends sa panique, sa détresse. C’est vrai aussi dans l’intangible. Si j’ai les moyens d’aider, je le fais ; pour moi, c’est un devoir de citoyen. C’est un bonheur que de me sentir utile, un sentiment heureux pour les deux parties. Quand quelqu’un me confie sa souffrance, je l’accueille pour ce qu’elle est : un don de soi. Dans ces moments-là, la frustration tombe. La sienne comme la mienne.

    Travailler ensemble nous permet d’atteindre nos rêves, qu’ils soient réciproques ou communs. Cela peut demander du temps, des efforts ou de longues discussions, mais le rêve est là, à portée de main. Soyons imaginatifs. Il faut s’écouter soi-même et écouter l’autre, parfois au-delà des mots. Souvent, il est question de besoins de base pour vivre ou de sécurité pour grandir. Cela demande de la flexibilité ; le rêve se réalise sous différentes formes, pas nécessairement celle que j’avais imaginée.

    Vivre ensemble, c’est s’entraider à construire nos rêves, de part et d’autre, et en commun.

    MAJ 5 mars 2026


    Together

    I was walking toward the gym where I train when I spotted an ID card on the sidewalk—you know, the kind worn around the neck on a lanyard or pinned to the chest. An employee had dropped this card, which showed her name, position, and the community organization she worked for. Knowing this center, I decided to go and return it to her. After confirming she was there, I left it at the reception desk for it to be handed back to her.

    As I resumed my walk, leaving the community center, a lady approached me. I don’t remember her exact words, but she told me about her loneliness, recounting how she spent entire days without speaking to anyone. It was spontaneous. I told her I understood that life can be difficult and that imposed loneliness—isolation, ultimately—is a form of violence. She seemed relieved of a burden.

    These small, ordinary gestures make a real difference. In the time it took to return that card, I was part of a team; I gave the gift of my time. I also served as a confidant for the moment it took to receive this lady’s suffering, who gave me the gift of her experience. It is an act of great generosity on her part to share what is happening within her, in her inner self.

    The synchronicity of these two events is incredible. Two distinct, seemingly banal occurrences take on their full meaning because I put them end to end: the first where I give, the second where I receive. Life is beautiful.

    Every day, I read people on social media. I never stop receiving these gifts of self, these presents, and I seek to redistribute what I have received. Like a child, I create constructions with what is offered to me. Could this block fit with that one? In what way? A negotiation takes place within me.

    When someone loses something, I understand their panic, their distress. This is also true for the intangible. If I have the means to help, I do so; for me, it is a citizen’s duty. It is a joy to feel useful, a happy feeling for both parties. When someone confides their suffering to me, I welcome it for what it is: a gift of self. In those moments, frustration falls away. Hers as well as mine.

    Working together allows us to reach our dreams, whether they are reciprocal or common. It may require time, effort, or long discussions, but the dream is there, within reach. Let us be imaginative. We must listen to ourselves and listen to the other, sometimes beyond words. Often, it is about basic needs for living or security for growing. This requires flexibility; the dream comes true in different forms, not necessarily the one I had imagined.

    Living together is helping each other build our dreams, on both sides and in common.

    Updated March 5, 2026

  • Lettre à ma mère

    Lettre à ma mère

    Lettre à ma mère

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    J’ai travaillé fort sur moi pour redevenir un enfant, pour me retrouver à cette époque où mes parents représentaient tout. Mes parents, oui, mais toi en particulier, et ce lien affectif, cet amour inconditionnel qui nous unissait. C’était un bonheur.

    En redevenant enfant, j’ai aussi repris contact avec cette période de ma vie où je vivais le moment présent sans avoir les outils pour comprendre la vie qu’on m’imposait. J’étais trop jeune, inexpérimenté et sans références pour me guider vers les meilleurs choix. Je subissais. Qu’il s’agisse de ces moments de joie partagés ou de tes propres incompréhensions face à ta jeunesse, je les subissais. Qu’importe, c’était le bonheur inconditionnel.

    Mais pour redevenir enfant, j’ai dû regarder ma vie avec toute l’expérience acquise au fil des ans, au fil de jours parfois très sombres. J’ai vu des erreurs que tu avais faites avec moi. J’ai aussi regretté le divorce de mes parents, l’éclatement de mon univers. J’ai réalisé à quel point cela avait affecté ma vie entière : mes choix et la façon dont je me suis construit.

    J’ai dû déconstruire des structures en moi parce qu’elles étaient malsaines, inopérantes ou destructrices. Maintenant que j’ai la maturité nécessaire pour affronter la vie imposée, maintenant que je suis équipé pour y faire face, j’ai aussi pu faire la part des choses. J’ai pu comprendre ma responsabilité « actuelle », c’est-à-dire ce sur quoi je peux dorénavant agir. Je ne peux pas changer le passé, mais j’ai un grand pouvoir sur mon présent.

    Plus d’une fois, je me suis retrouvé démuni, sans réel moyen de défense. Au mieux, je réagissais comme cet enfant blessé que j’avais été ; au pire, comme celui pour qui ses parents sont tout. Ou en inversant le pire et le mieux. J’apprenais qui j’étais, je développais mes propres références pour comprendre l’univers qui m’entoure et apprendre à interagir avec lui. J’ai peu à peu pris connaissance du lien entre ce que je fais et les conséquences avec lesquelles je dois vivre. Le passé et ses leçons me permettent désormais de faire les bons choix.

    Ce trajet entre l’adulte que je suis et l’enfant en moi a été parcouru d’innoublables fois. La pierre a été polie encore et encore. Sûrement as-tu fait la même chose depuis que j’ai rompu ma relation avec toi. Peut-être même comprenais-tu tout ce qui se passait et regardais-tu cela avec un regard sage ou démuni. À moins que toi aussi, tu aies compris certaines choses. On verra.

    Je ne sais pas où tu en es puisque je ne t’écoutais plus, que nous ne communiquions plus. Sache que j’ai divorcé, que j’ai compris davantage ce que tu as vécu toi-même. Tu me racontais la méchanceté de ta sœur qui s’est exprimée à cette période de ta vie. Je l’ai vécue aussi. Je te comprends mieux. J’espère que tu as aussi pu faire ces parallèles et que tu les saisis. Quoi qu’il en soit, je reprends contact avec toi.

    J’ai fait mes erreurs durant ce cheminement, je ne peux le nier. Je t’ai aussi blessée, c’est vrai. Tranquillement, reprenons le dialogue, si tu veux bien. Mon vécu me permet de mieux comprendre le tien, et le tien sûrement le mien. Cette souffrance est différente, mais elle est aussi commune au-delà de la forme. L’empathie est la même, toutefois.

    Réapprendre à communiquer ensemble, sur de nouvelles bases, demandera certainement encore beaucoup de travail. Rien n’est joué. Si on s’écoute l’un l’autre, si nous participons ensemble à établir cette nouvelle relation, tout sera possible. La confiance se rebâtira dans le respect de chacun, de ce que nous sommes.

    Bonjour Maman.

    MAJ 5 mars 2026


    Letter to My Mother

    I have worked hard on myself to become a child again, to find myself back in that time when my parents represented everything. My parents, yes, but you in particular, and that emotional bond, that unconditional love that united us. It was happiness.

    By becoming a child again, I also reconnected with that period of my life when I lived in the present moment without having the tools to understand the life being imposed on me. I was too young, inexperienced, and without references to guide me toward the best choices. I was subject to it. Whether it was those shared moments of joy or your own lack of understanding regarding your youth, I was subject to them. No matter, it was unconditional happiness.

    But to become a child again, I had to look at my life with all the experience gained over the years, through days that were sometimes very dark. I saw the mistakes you had made with me. I also regretted my parents’ divorce, the shattering of my universe. I realized how much it had affected my entire life: my choices and the way I built myself.

    I had to deconstruct structures within me because they were unhealthy, inoperative, or destructive. Now that I have the necessary maturity to face the life imposed on me, now that I am equipped to deal with it, I have also been able to put things into perspective. I have been able to understand my « current » responsibility—that is, what I can henceforth act upon. I cannot change the past, but I have great power over my present.

    More than once, I found myself helpless, without any real means of defense. At best, I reacted like the wounded child I had been; at worst, like the one for whom his parents are everything. Or by reversing the worst and the best. I was learning who I was, developing my own references to understand the universe around me and learning to interact with it. I gradually became aware of the link between what I do and the consequences I must live with. The past and its lessons now allow me to make the right choices.

    This journey between the adult I am and the child within me has been traveled countless times. The stone has been polished again and again. Surely you have done the same since I broke off my relationship with you. Perhaps you even understood everything that was happening and watched it with a wise or helpless gaze. Unless you, too, have understood certain things. We shall see.

    I do not know where you stand since I was no longer listening to you, and we were no longer communicating. Know that I have divorced, that I have understood more of what you lived through yourself. You used to tell me about the unkindness of your sister that manifested during that period of your life. I have experienced it too. I understand you better. I hope you have also been able to make these parallels and that you grasp them. Regardless, I am reaching out to you again.

    I made my mistakes during this journey; I cannot deny it. I also hurt you, it’s true. Quietly, let us resume the dialogue, if you are willing. My experience allows me to better understand yours, and yours surely mine. This suffering is different, but it is also common beyond the form. The empathy, however, is the same.

    Relearning to communicate together, on new foundations, will certainly still require a lot of work. Nothing is set in stone. If we listen to one another, if we participate together in establishing this new relationship, anything will be possible. Trust will be rebuilt in the respect of each other, of who we are.

    Hello, Mom.

    Updated March 5, 2026

  • Le «radicalisme tranquille»

    Le «radicalisme tranquille»

    Le « radicalisme tranquille »

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    Je me souviens du moment où j’ai appris que le jambon dans mon assiette était un petit cochon, comme ceux que je voyais à la télévision. Devant ma réaction de dégoût, on me demanda ce que je croyais manger, tout en m’annonçant que le steak était du bœuf (une vache, m’avait-on dit) et le poulet, une poule. J’ai dû finir mon repas malgré tout. Puis, peu à peu, j’ai oublié cette révélation. J’ai sûrement refoulé l’information, car il me semblait mal de manger ces animaux alors que je n’avais aucun autre moyen de me nourrir.

    Néanmoins, cela m’a toujours questionné. Je me demandais, par exemple : en mangeant une carotte ou un céleri, est-ce que je tue la vie ? Et le poisson, l’huître ? Lorsque je pose des trappes à souris au chalet ? C’est un labyrinthe sans issue. À partir du moment où je réalise que la vie est en toute chose, je ne peux plus manger ni défendre ma maison contre les rongeurs. N’est-ce pas radical ? Se laisser mourir de faim pour ne pas tuer la vie en l’autre ? C’est l’image qui me vient spontanément. Comment déterminer le moment où l’on peut franchir la ligne ?

    Certains ont résolu le problème en affirmant qu’il ne faut pas que cette vie que l’on enlève possède un système nerveux suffisamment élaboré pour ressentir la douleur. Ainsi, plus la vie serait semblable à celle de l’humain, plus elle aurait de la valeur. Tout serait question de capacité à souffrir.

    Pourtant, l’argument essentiel des défenseurs des animaux est justement qu’il s’agit d’êtres libres qui ne devraient pas vivre sous la domination de l’Homme. J’y vois une contradiction : nous établissons une hiérarchie de la vie, nous leur imposons une vision qui n’est pas égalitaire. Il y a une discrimination du vivant ; plus l’être a la capacité de souffrir, plus il est élevé dans la pyramide.

    Cette forme de raisonnement rencontre beaucoup de résistance. Dans cette vision, je dois accepter de me voir comme un tueur d’êtres sensibles, ce qui m’obligerait à ne plus consommer de viande. J’y perds ma liberté. J’y perds aussi mon droit à l’erreur ou à une évolution différente. Je me retrouve à la merci d’une façon de penser et d’agir dictée par les autres, par la honte qu’ils font naître en moi. La violence est même parfois utilisée pour faire passer le message, ou l’on menace de désobéissance civile. On veut créer un mouvement social par la force.

    On semble oublier que perdre ses revenus ou son emploi est aussi une violence. En fait, la précarité financière imposée est une forme de violence, peu importe son échelle ou sa durée. C’est un interdit de rêver. Le boucher qui voit son commerce vandalisé subit une violence psychologique et économique. Sur quelle base se repose-t-on pour justifier cette agression ? N’est-il pas dangereux qu’un groupe se sente autorisé à faire violence à une personne choisie, en fin de compte, au hasard ?

    Peu à peu, l’Homme s’est extrait de la Nature. C’était sûrement un chemin à parcourir ; en tout cas, nous l’avons fait. Devrait-on chercher à nous reconnecter à la Nature en nous pour mieux la voir en l’autre ? Pourquoi encore hiérarchiser ? Cette reconnaissance que nous faisons partie de la Nature permettrait-elle d’apprendre à respecter la vie en soi et en l’autre ?

    Développer le respect de la vie en moi : c’est ma piste de solution. Je prends conscience graduellement de la souffrance chez l’autre ; je développe mon sens de l’empathie. Je suis en cheminement. Comment puis-je respecter la vie tout en continuant à me nourrir ?

    MAJ 5 mars 2026


    « Quiet Radicalism »

    I remember the moment I learned that the ham on my plate was a little pig, like the ones I saw on television. Faced with my reaction of disgust, I was asked what I thought I was eating, while being told that steak was beef (a cow, I was told) and chicken was a hen. I had to finish my meal regardless. Then, bit by bit, I forgot this revelation. I surely repressed the information, for it seemed wrong to me to eat these animals when I had no other means of feeding myself.

    Nevertheless, this has always questioned me. I wondered, for example: by eating a carrot or a celery stick, am I killing life? And what about fish, oysters? When I set mouse traps at the cottage? It is a dead-end labyrinth. From the moment I realize that life is in everything, I can no longer eat nor defend my home against rodents. Is that not radical? To let oneself starve so as not to kill the life in the other? That is the image that comes to me spontaneously. How do we determine the moment when the line can be crossed?

    Some have solved the problem by asserting that the life we take must not possess a nervous system elaborate enough to feel pain. Thus, the more life resembles human life, the more value it would have. Everything would be a matter of the capacity to suffer.

    Yet, the essential argument of animal rights defenders is precisely that they are free beings who should not live under the domination of Man. I see a contradiction here: we establish a hierarchy of life; we impose a vision on them that is not egalitarian. There is a discrimination of the living; the more a being has the capacity to suffer, the higher it is placed in the pyramid.

    This form of reasoning meets much resistance. In this vision, I must accept seeing myself as a killer of sentient beings, which would force me to stop consuming meat. I lose my freedom. I also lose my right to make mistakes or to follow a different evolution. I find myself at the mercy of a way of thinking and acting dictated by others, through the shame they awaken in me. Violence is even sometimes used to get the message across, or civil disobedience is threatened. There is a desire to create a social movement through force.

    We seem to forget that losing one’s income or job is also a form of violence. In fact, imposed financial precariousness is a form of violence, regardless of its scale or duration. It is a prohibition on dreaming. The butcher who sees his business vandalized suffers psychological and economic violence. On what basis do we justify this aggression? Is it not dangerous for a group to feel authorized to inflict violence on a person chosen, ultimately, at random?

    Bit by bit, Man has extracted himself from Nature. It was surely a path to be traveled; in any case, we have done it. Should we seek to reconnect with the Nature within us to better see it in the other? Why still create hierarchies? Would recognizing that we are part of Nature allow us to learn to respect life in ourselves and in others?

    Developing respect for life within me: that is my lead toward a solution. I am gradually becoming aware of the suffering in the other; I am developing my sense of empathy. I am on a journey. How can I respect life while continuing to feed myself?

    Updated March 5, 2026

  • Vivre l’enfance, encore

    Vivre l’enfance, encore

    Vivre l’enfance, encore

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    Une fois l’enfant retrouvé, j’ai nécessairement pris connaissance de mes blessures les plus marquantes. C’est ici que l’empathie s’applique. L’empathie pour soi est aussi un apprentissage de l’empathie pour l’autre. Comprendre ce qui m’a blessé me permet de voir ce que l’adulte que je suis devenu peut faire aujourd’hui pour soigner cet enfant intérieur. Je comprends désormais que le mal qui m’habite réside aussi chez l’autre ; différemment, certes, mais de façon tout aussi douloureuse. Ce sont des vies brisées sous divers aspects, des obstacles qui empêchent de grandir adéquatement, naturellement. Jouer n’est pas toujours un jeu, malheureusement.

    Le travail commence ! J’aurais pu croire à une finalité, mais non : il me faut maintenant déconstruire les défenses que j’avais érigées tout au long de mon parcours. Il s’agit d’habitudes prises pour me protéger, tant bien que mal, avec les moyens du bord. Je ne sais pas si ces habitudes étaient les meilleures, mais elles n’étaient sûrement pas saines. Car si elles l’étaient, nous ne serions plus blessés. Je pourrais passer mon temps à m’accuser de tous les torts, à regretter de n’avoir pas agi ou réagi correctement. Mais à quoi bon ? De mes erreurs, j’ai appris. Je me réconcilie avec ceux qui le veulent, là où c’est possible. Il y aura sûrement encore des périodes difficiles, mais ce sont celles où je me réconcilie véritablement avec moi-même.

    Je comprends qu’il existe un lien étroit entre ce que je vis et ce que je fais. Je me protège à travers mes commentaires ou je me réfugie dans le silence. Je m’isole parce qu’on m’a fait mal, parce que je ne sais pas comment agir ou quoi dire. Je m’inquiète de la façon dont l’autisme sera compris ou perçu, par exemple.

    Dans ma petite enfance, il semble que je cherchais à contrôler mon environnement pour obtenir un sentiment de sécurité, pour que l’on comprenne ma différence. À l’adolescence, c’est moi qui change sans le vouloir, et pas toujours à mon avantage. C’est aussi la période où je deviens plus autonome, avec l’aide des autres. L’autre devient soudainement important. Autrement. J’ai besoin de lui, je dois lui plaire, et vice-versa. Je commence à comprendre que l’autre aussi est libre et en cheminement. Tranquillement, j’apprends que l’amour n’est pas toujours inconditionnel, contrairement à celui des parents, généralement.

    Dans mon besoin de plaire, dans ce doute de ne pas agir comme on l’attend de moi, je me cherche une place. J’apprends à aimer et à m’aimer. Souvent dans cet ordre ? L’adolescence est une période de rodage. On se découvre à travers l’autre.

    Enfin, l’âge adulte ! Bonjour les privilèges… et les responsabilités. C’est le prix de mon autonomie : la responsabilité. Quand je fais du mal, j’en suis responsable. Quand on me fait du mal, je cherche ma part de responsabilité et ce que je peux changer pour que cela ne se reproduise plus, sans pour autant porter le poids de la culpabilité. Personne n’est obligé de me faire du mal. J’apprends à m’aimer, j’apprends aussi à aimer mon image : celle que j’ai de moi-même.

    Au bout du compte, dans ma première enfance, je demandais qu’on soit empathique avec moi, qu’on m’aime tel que j’étais, avec mes faiblesses. Retrouver l’enfant en moi change cette perspective. M’accepter comme je suis signifie aussi que j’aime la personne que je vois dans le miroir, celle que je suis lorsque je me représente mentalement.

    L’image de soi, celle que l’on a de soi-même, correspond-elle à ce que je suis vraiment ? Pourquoi ?

    MAJ 5 mars 2026


    Living Childhood, Again

    Once the child within was found, I necessarily became aware of my most striking wounds. This is where empathy applies. Empathy for oneself is also a way of learning empathy for the other. Understanding what hurt me allows me to see what the adult I have become can do today to heal that inner child. I now understand that the pain dwelling within me also exists in the other; differently, certainly, but in a way that is just as painful. These are lives shattered in various aspects, obstacles that prevent proper, natural growth. Playing is not always a game, unfortunately.

    The work begins! I might have believed in a finality, but no: I must now deconstruct the defenses I had erected throughout my journey. These are habits formed to protect myself, for better or worse, with whatever means were at hand. I do not know if these habits were the best, but they certainly were not healthy. For if they were, we would no longer be hurt. I could spend my time accusing myself of every wrong, regretting not having acted or reacted correctly. But to what end? From my mistakes, I have learned. I reconcile with those who are willing, wherever possible. There will surely be difficult periods ahead, but these are the times when I truly reconcile with myself.

    I understand that there is a close link between what I experience and what I do. I protect myself through my comments or I take refuge in silence. I isolate myself because I have been hurt, because I do not know how to act or what to say. I worry about how autism will be understood or perceived, for example.

    In my early childhood, it seems I sought to control my environment to gain a sense of security, so that my difference would be understood. In adolescence, it is I who change unintentionally, and not always to my advantage. It is also the period when I become more autonomous, with the help of others. The other suddenly becomes important. In a different way. I need them; I must please them, and vice-versa. I begin to understand that the other is also free and on a journey. Quietly, I learn that love is not always unconditional, unlike that of parents, generally.

    In my need to please, in this doubt of not acting as expected of me, I look for my place. I learn to love and to love myself. Often in that order? Adolescence is a breaking-in period. We discover ourselves through the other.

    Finally, adulthood! Hello privileges… and responsibilities. This is the price of my autonomy: responsibility. When I cause harm, I am responsible for it. When I am harmed, I look for my share of responsibility and what I can change so that it does not happen again, without necessarily carrying the weight of guilt. No one is forced to harm me. I learn to love myself; I also learn to love my image: the one I have of myself.

    Ultimately, in my earliest childhood, I asked for empathy, to be loved as I was, with my weaknesses. Finding the child within me changes this perspective. Accepting myself as I am also means that I love the person I see in the mirror, the one I am when I represent myself mentally.

    Does the self-image, the one we have of ourselves, correspond to who I truly am? Why?

    Updated March 5, 2026

  • Une histoire d’enfant

    Une histoire d’enfant

    Une histoire d’enfant

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    Mon histoire est dans cette photo — du moins, une partie significative. Cette cicatrice témoigne de plusieurs opérations au bras pour y poser des plaques, puis pour les retirer deux ans plus tard. Mon bras était en mille morceaux. Les chirurgiens ont dû les replacer et visser le tout, laissant le corps faire son travail de guérison avant de retirer la quincaillerie.

    La plus grosse blessure, malheureusement, siégeait au cerveau : un polytraumatisme crânien sévère avec amnésie. C’est affreux, cette sensation de ne plus savoir qui l’on est, ce que l’on fait là, ni à quoi servira demain.

    Néanmoins, j’étais un homme. Un militaire. J’étais Blanc. Je parlais français, mais désormais avec les mots d’un enfant. L’année précédente, j’avais aussi reçu sept coups de couteau. Un début de carrière brutal.

    Toute ma vie, j’ai cherché à renouer avec l’enfant en moi. Je n’avais pas le sentiment d’être celui qu’on disait que j’étais. On m’imposait un nom, un travail, des responsabilités et, surtout, l’isolement. Personne ne comprenait ce que je vivais, pas même moi. J’étais isolé de moi-même, finalement : coupé en deux.

    D’un autre côté, j’ai tout autant voulu affirmer l’homme que je devais être. J’ai repris l’entraînement et la formation interrompue par l’accident. On essayait de faire semblant que tout était comme avant, qu’il ne suffisait que de quelques ajustements, de quelques efforts. Je manquais de motivation, supposément.

    Mais à quoi devais-je être motivé ? À redevenir un homme, un militaire, un élève doté d’une mémoire et d’une capacité de concentration ? À oublier mes cauchemars qui n’avaient aucun sens pour un amnésique ? À apprendre du vocabulaire ? Même la question « par où commencer ? » était impossible à formuler. C’est tout dire de la désorganisation.

    Quelques semaines plus tôt, le neurochirurgien civil m’avait dit qu’il ignorait si « ça » reviendrait. Il m’expliquait qu’il y a peu, il m’aurait dit non, mais que la science progressait et que les cellules se régénèrent. J’étais seul avec lui. Après, j’étais seul avec moi.

    J’étais un enfant qui devait devenir un homme pour retrouver l’enfant en lui, afin de véritablement être un homme. Gros contrat. Blessé, par-dessus le marché.

    J’ai passé des années dans ce labyrinthe. J’en ai fait le tour : démarches administratives, médicales, psychologiques. Sans fin. Sans avenir. Je racontais sans cesse mon histoire, mes problèmes, mes besoins. Je demandais par écrit un acte humanitaire pour que l’on me sorte de cette impasse. Rien. Ou si peu. Suis-je vraiment le seul dans cette situation ?

    C’est frustrant de voir sa vie s’étioler dans des combats futiles qui n’apportent rien, sinon un progrès d’un millimètre. J’ai fait un bout de chemin par moi-même, mais nous vivons en société… Pourquoi si peu d’empathie ?

    Bref, j’ai commencé à avoir de l’empathie pour moi-même. Les frustrations ont diminué. Enfin, quelqu’un commençait à m’aimer ! Puis, j’ai commencé à offrir cette empathie. J’en avais, alors j’en donnais.

    Et là, surprise : plus j’en donnais, mieux je me sentais. Ma vie n’allait pas forcément mieux, mais moi, oui. Je vivais mieux ma vie.

    Ce labyrinthe, je le vois chez les hommes, bien sûr. Je le vois encore plus chez les femmes. Je le vois chez les Autochtones, il va sans dire. Je le vois chez les francophones du Canada, et donc au Québec aussi. Je le vois chez nos ados, nos enfants, pris dans nos guerres perpétuelles et nos drames sans fin. Quel est l’avenir qu’on leur présente ? Où regardons-nous ? À quoi travaillons-nous ?

    Aujourd’hui est l’héritage de demain.

    MAJ 5 mars 2026


    A Child’s Story

    My story is in this photo—at least, a significant part of it. This scar bears witness to several operations on my arm to insert plates, then to remove them two years later. My arm was in a thousand pieces. Surgeons had to put them back in place and screw it all together, letting the body do its healing work before removing the hardware.

    The biggest injury, unfortunately, was in the brain: a severe traumatic brain injury with amnesia. It is a terrible feeling, no longer knowing who you are, what you are doing there, or what tomorrow is for.

    Nevertheless, I was a man. A soldier. I was White. I spoke French, but henceforth with the words of a child. The previous year, I had also been stabbed seven times. A brutal start to a career.

    My whole life, I sought to reconnect with the child within me. I didn’t feel like the person people said I was. I was imposed a name, a job, responsibilities, and above all, isolation. No one understood what I was going through, not even me. I was isolated from myself, ultimately: split in two.

    On the other hand, I wanted just as much to assert the man I was supposed to be. I resumed training and the schooling interrupted by the accident. We tried to pretend everything was as before, that all it took were a few adjustments, a few efforts. I supposedly « lacked motivation. »

    But what was I supposed to be motivated for? To become a man again, a soldier, a student gifted with memory and the capacity to concentrate? To forget my nightmares that made no sense to an amnesiac? To learn vocabulary? Even the question « where to start? » was impossible to formulate. That says everything about the disorganization.

    A few weeks earlier, the civilian neurosurgeon had told me he didn’t know if « it » would come back. He explained that not long ago, he would have said no, but that science was progressing and cells regenerate. I was alone with him. Afterward, I was alone with myself.

    I was a child who had to become a man to find the child within him, in order to truly be a man. A tall order. Wounded, to top it all off.

    I spent years in this labyrinth. I went all the way around it: administrative, medical, psychological procedures. Endless. Futureless. I constantly told my story, my problems, my needs. I asked in writing for a humanitarian act to get me out of this impasse. Nothing. Or so little. Am I really the only one in this situation?

    It is frustrating to see one’s life wither away in futile battles that bring nothing but a progress of a millimeter. I made it part of the way on my own, but we live in a society… Why so little empathy?

    In short, I started to have empathy for myself. The frustrations diminished. Finally, someone was starting to love me! Then, I started to offer that empathy. I had some, so I gave some.

    And then, surprise: the more I gave, the better I felt. My life wasn’t necessarily going better, but I was. I was living my life better.

    I see this labyrinth in men, of course. I see it even more in women. I see it in Indigenous people, goes without saying. I see it in Francophones in Canada, and therefore in Quebec too. I see it in our teens, our children, caught in our perpetual wars and endless dramas. What is the future we are presenting to them? Where are we looking? What are we working on?

    Today is the legacy of tomorrow.

    Updated March 5, 2026

  • Les hommes ont besoin d’aide !

    Les hommes ont besoin d’aide !

    Les hommes ont besoin d’aide !

    English version below


    Je suis né homme. Mon avenir était tracé : médecin, administrateur d’un hôpital, marié, père, sans oublier la fortune financière. Rien n’empêchait ma mère de croire que ces réalisations étaient possibles pour moi. Moi non plus, d’ailleurs. Si j’avais été une femme, cela eût été différent.

    Pourtant. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 18 mois, puis ils ont divorcé. C’était la période où le divorce commençait à être socialement possible, où la femme pouvait plus ouvertement dénoncer les hommes, où elle pouvait commencer à vivre ses propres rêves. Déjà, mes chances étaient inégales par rapport à ceux qui m’avaient précédé. En plus d’être identifié — plus ou moins consciemment — comme celui qui avait provoqué le divorce des parents, je n’aurais jamais de base sur ce qu’est une famille biologique. Mes sœurs et mon frère m’aimaient, bien sûr, mais concrètement, cela n’impliquait que très peu de temps de présence. C’était un amour senti, sûrement, bien que teinté d’une certaine indifférence.

    Ma mère compensait la perte de mon père par ma présence ; j’étais un objet de substitution d’un côté, et le témoin de ses critiques contre les hommes — et contre mon père — de l’autre. J’étais asexué. Elle ne voyait pas l’homme en moi. Elle ne voyait pas non plus qu’elle me privait d’une identification à mon genre et à mon père. Pour elle, n’étais-je pas « ses » hommes ?

    Mon père aurait pu m’offrir cette identification, tout de même. Mais non. Il voyait en moi trop de ressemblances avec ma mère. À ses yeux, je n’étais pas un homme, j’étais une femme. Plus tard, par exemple, j’avais trop hésité à dire que je voulais me réinscrire au hockey. J’étais comme ma mère, je ne voulais pas faire comme lui. Pour se donner raison, peut-être — je ne le saurai jamais —, il n’a pas insisté pour que je continue. J’aurais aimé qu’il insiste. Mon père aussi critiquait les femmes, toujours avec un parallèle sous-entendu avec ma mère. Je ne pouvais pas aimer ma mère si je voulais aimer mon père. Ça part mal.

    J’ai déjà raconté avoir été violé par deux adolescents lorsque j’avais 6 ou 7 ans, et laissé pour mort. Ces jeunes ont voulu me faire oublier ce qui s’était passé et m’ont frappé à la tête ; le dernier coup fut trop fort et m’a fait perdre connaissance. Je respirais à peine ; ils croyaient que j’étais mort et m’ont transporté dans un bois derrière l’immeuble où j’habitais. Je me suis réveillé dans la soirée, ayant oublié tout ce qui s’était produit. J’ai aussi commencé à avoir des troubles de lecture où le sens des mots se perdait. Je me souviens de la sensation éprouvée lors de la lecture des questions : chaque mot était séparé de l’autre, plus rien ne faisait sens. Ça aussi, ça part mal.

    Quoi qu’il en soit, cela représente la base sur laquelle j’ai dû bâtir ma vie. Récemment, j’ai aussi appris que tout cela se jouait sur un fond d’autisme. L’absence de diagnostic pour un aspect si fondamental de mon fonctionnement est tout simplement inhumaine. En plus de ce questionnement sur ce que je suis sexuellement — ni homme, ni femme —, il y avait toujours cette différence neurologique qui me faisait passer tantôt pour un déficient intellectuel, tantôt pour un malade mental, et très rarement pour un doué. La vie n’a pas été facile.

    Je fais quoi maintenant ? Après une psychanalyse d’environ dix ans, des thérapies diverses et beaucoup de deuils — donc aussi beaucoup de résilience —, j’ai obtenu cette fameuse confirmation sur ma neurodiversité. Ce n’est pas tout. L’enfant asexué en moi occupait encore toute la place et je n’arrivais pas à m’affirmer comme homme. J’ai commencé à m’occuper de cet enfant en prenant la place qui me revient. Je peux maintenant m’occuper de lui, avoir de l’empathie pour lui.

    Justement, c’est quoi, s’affirmer comme homme ? Voilà. Les hommes ont besoin d’aide. Comment s’affirme-t-on en tant qu’homme ? Est-ce en offrant cette empathie ? Est-ce suffisant ?

    MAJ 5 mars 2026


    Men Need Help!

    I was born a man. My future was mapped out: doctor, hospital administrator, married, father, not to mention financial wealth. Nothing stopped my mother from believing these achievements were possible for me. Nor me, for that matter. Had I been a woman, it would have been different.

    Yet. My parents separated when I was 18 months old, then divorced. It was the period when divorce was beginning to be socially possible, when women could more openly denounce men, when they could begin to live their own dreams. Already, my chances were unequal compared to those who had come before me. In addition to being identified—more or less consciously—as the one who had caused the parents’ divorce, I would never have a foundation of what a biological family is. My sisters and my brother loved me, of course, but in concrete terms, this involved very little presence. It was a felt love, surely, though tinged with a certain indifference.

    My mother compensated for the loss of my father with my presence; I was a substitute object on one side, and the witness to her criticisms of men—and of my father—on the other. I was asexual. She did not see the man in me. Nor did she see that she was depriving me of identification with my gender and my father. For her, was I not « her » men?

    My father could have offered me that identification, nonetheless. But no. He saw in me too many resemblances to my mother. In his eyes, I was not a man; I was a woman. Later, for example, I had hesitated too much to say I wanted to re-enroll in hockey. I was like my mother; I didn’t want to do like him. To prove himself right, perhaps—I will never know—he did not insist that I continue. I would have liked him to insist. My father also criticized women, always with an implied parallel to my mother. I could not love my mother if I wanted to love my father. It’s a bad start.

    I have already told of being raped by two teenagers when I was 6 or 7 years old, and left for dead. Those youths wanted to make me forget what had happened and struck me on the head; the last blow was too hard and knocked me unconscious. I was barely breathing; they thought I was dead and carried me to a woods behind the building where I lived. I woke up in the evening, having forgotten everything that had occurred. I also began to have reading troubles where the meaning of words was lost. I remember the sensation felt when reading questions: each word was separated from the other, nothing made sense anymore. That, too, is a bad start.

    Regardless, this represents the foundation on which I had to build my life. Recently, I also learned that all of this was playing out against a backdrop of autism. The absence of a diagnosis for such a fundamental aspect of my functioning is simply inhumane. In addition to this questioning of what I am sexually—neither man nor woman—there was always this neurological difference that made me pass sometimes for intellectually disabled, sometimes for mentally ill, and very rarely for gifted. Life has not been easy.

    What do I do now? After about ten years of psychoanalysis, various therapies, and many bereavements—hence also a lot of resilience—I obtained that famous confirmation regarding my neurodiversity. That’s not all. The asexual child in me still took up all the space, and I could not assert myself as a man. I have started to take care of that child by taking the place that is rightfully mine. I can now care for him, have empathy for him.

    Precisely, what does it mean to assert oneself as a man? There it is. Men need help. How does one assert oneself as a man? Is it by offering this empathy? Is it enough?

    Updated March 5, 2026

  • J’ai infiltré les journalistes au congrès 2018 de la FPJQ

    J’ai infiltré les journalistes au congrès 2018 de la FPJQ

    J’ai infiltré les journalistes au congrès 2018 de la FPJQ

    English version below


    Je suis indépendantiste. Je suis autiste de haut niveau depuis toujours, toutefois je ne le sais que depuis quelques semaines. Je suis pour la souveraineté des Premières Nations. Je suis pour l’indépendance journalistique. Je suis pour la démocratie.

    J’encourage activement le combat pour l’égalité. Je me bats pour l’égalité : hommes, femmes, personnes trans, anglophones, allophones, francophones, Noirs, Bruns, Rouges, Jaunes, Blancs, Basanés, LGBTQ2, hétéros, etc. Égalité = égalité. Je fais la promotion du respect.

    Je ne sais pas comment s’appelle ce que je fais. J’écris sur Twitter : mes opinions, mes analyses, des messages en rafale qui oscillent entre la fiction, les possibilités et les faits. Je sonde « au pif ». J’influence, donc.

    Je n’ai aucune formation journalistique. Je ne sais pas en quoi consiste exactement le travail de journaliste. Je ne saisis pas tout à fait la différence entre un éditorialiste, un chroniqueur et un journaliste. Mais je « twitte ». Je « Facebook » aussi. J’ai bien un compte Instagram, mais pour des projets artistiques. J’ai aussi un compte Pinterest, en reconstruction. Et j’ai ce blogue-ci.

    J’ai une formation en « enseignement avec les technologies de l’information ». J’ai aussi une formation en réseautique. Je suppose qu’on pourrait ajouter que je fais de la formation, quelquefois plus pour moi-même, j’en suis conscient, avec des outils informatiques. Je suis à la fois l’enseignant et l’enseigné.

    Les journalistes ont une formation liée à leur domaine. Ils ont une fédération et aussi un code de conduite à respecter. Ce sont des amoureux des mots et des défenseurs de l’ordre social, de la démocratie. Ce sont, d’abord et avant tout, des êtres humains.

    J’ai milité pour Projet Montréal, pour le PQ et pour le PCC. J’ai des idées libérales, tout de même, et j’ai déjà voté pour le Bloc. Je me suis fait des amis en fêtant et en dansant avec QS. Je suis certainement concerné par l’environnement et j’ai signé « Le Pacte ». J’ai naïvement partagé mon regard sur la situation de tous les partis politiques pour aider la démocratie. J’ai encouragé l’Équipe Denis Coderre à faire une course avec des voitures électriques. Un beau projet, mal géré. Je n’ai obéi qu’à mon jugement.

    J’ai eu la vie facile sur Internet. Je débats naturellement ; un atout certain. De plus, je me remets constamment en question. Je doute toujours de la réalité. Je suis seul, mais je « travaille en coalition », en ce sens que je cherche toujours le dénominateur le plus simple et la solution la plus équilibrée. Seul et en société.

    Au Québec, le PQ est le parti avec le plus grand nombre de militants. Ceux-ci sont des passionnés. Moi aussi, je le suis. Ces personnes ont l’habitude de dire tout haut ce qu’elles pensent, de faire part de leurs hypothèses, de chercher des solutions. Il est impossible d’en être le chef, ni de leur commander une marche à suivre. Évidemment, elles sont foncièrement indépendantes. C’est ça, l’idée. Ça fait partie de notre identité, cette indépendance. Paradoxalement, être indépendant n’est pas un choix, c’est une part de notre identité.

    On pourrait se demander comment un autiste a pu militer avec le PQ sans être membre. On pourrait aussi se demander comment il a réussi à encadrer ce groupe, à les diriger. On serait nécessairement tenté de croire à de la manipulation. Par quelle technique obscure influence-t-il ces passionnés indépendantistes humains ? On pourrait aussi croire à un cerveau surdimensionné, à une quantité de connexions bizarres ou à une bibliothèque ambulante. Assurément, je suis inspiré. Quelque chose prend possession de moi. Aucun doute. La légende, la réalité. Comme pour cette pression de toutes parts. Cela prend-il un ego, un gros ? Pourtant, la solution est ailleurs.

    Ma mère a déjà animé à la télévision une émission pour enfants. La rumeur veut que mon père fût vendeur de chapeaux, vendeur itinérant de batteries de cuisine, vendeur de publicité. La rumeur veut aussi qu’il eût du succès. La rumeur veut que ma mère ait présenté mon père à un humoriste de l’ancien temps. On disait un « comique ». Mon père a commencé à vendre de la publicité pour le théâtre de cet artiste. L’administrateur du théâtre est décédé et mon père fut nommé à ce poste. J’ai grandi dans ce théâtre, avec des parents divorcés : une artiste et un artiste s’étant rencontrés, possiblement, dans un cours de dessin.

    Ainsi va la vie. Mon père aide ma mère à sortir de son milieu. Ma mère en fait autant pour mon père. Je suis le cinquième et dernier enfant de cette union. Ma mère me voulait, mon père ne me voulait pas. De l’aveu de chacun, fait face à face. Je suis l’enfant du divorce.

    Cela prend de l’intelligence pour comprendre, du courage pour demander et vérifier, cela prend un gros ego. Ou peut-être est-ce simplement la vie qui m’a conduit et que j’ai simplement suivie ? Qui peut le dire ? Cela prend de la résilience, je le confirme.

    La rumeur, les hypothèses, les complots et quoi encore ? C’est sans fin. Les possibilités sont infinies. On peut y croire, on peut se questionner, on peut y adhérer. Quelle est la différence entre la rumeur et la vérité ? Comment peut-on trancher s’il s’agit d’une rumeur ou d’une vérité ? À partir de quand un être humain doit-il assumer le poids de la rumeur ? À partir de quand doit-il assumer la vérité ? Pendant combien de temps ? Quand un papa devient-il un pourri et quand redeviendra-t-il un papa ? Quand ?

    De toutes les questions bizarres que je me suis posées, celle-ci est certainement en haut de la liste, autant par sa pertinence que par le nombre de fois où elle a repassé dans mon esprit : suis-je dans la réalité ? Ce n’est pas banal. D’un côté, j’ai bénéficié de mille et un diagnostics de santé mentale durant toute ma vie. De l’autre, j’apprends que ma différence est l’autisme. C’est en contradiction.

    La santé mentale est certainement plus difficile à trouver et à maintenir lorsqu’on est différent. Toutefois, l’autisme — le mien — est un fonctionnement singulier de la pensée. Ce n’est pas un problème de santé mentale, ce n’est pas quelque chose à guérir. Cette façon de penser se base sur des structures. D’une façon complexe, des structures se construisent en moi.

    Au début, il y a souvent plusieurs structures en même temps. Quelquefois, des structures contradictoires, voire extrêmement opposées. Je ne sais pas laquelle sera gagnante ou si plusieurs seront à la ligne d’arrivée. Certaines structures n’aboutissent tout simplement pas à une réalité. Elles s’effondrent. D’autres restent en suspens. Au fond, c’est une question de logique, peut-être aussi de regard.

    La façon dont on regarde est fondamentale. Est-ce que ce que je vois prend un sens, forme un tout cohérent ? Est-ce harmonieux avec les certitudes acquises par la réflexion, est-ce équilibré ? Parce qu’au fond, c’est comme ça que les structures finissent par tomber : par un manque d’équilibre. Est-ce que ça se tient ensemble ?

    « Ça regarde mal ». C’est vrai. Mais puis-je conclure pour autant que mon hypothèse est la seule possibilité ? Quels sont les autres possibles ? Qu’est-ce qui m’empêche de faire le prochain pas ? Puis-je m’y attaquer, le questionner, le faire parler ? Est-ce que ce pas à faire me fait réfléchir suffisamment ?

    Tout est là, dans la réflexion sur soi, dans le regard qu’on porte sur soi. Est-ce que le mal que je vois est le mien ? Pourquoi dois-je condamner cette personne ? En quoi me ressemble-t-elle ? Pourquoi n’aurais-je pas pu faire ce mal ? Pourquoi l’ai-je fait ? Aurais-je pu me faire prendre ? Suis-je responsable de ce que j’ai fait ? Suis-je affranchi de ce que j’ai fait ?

    Il y a une multitude de réalités. Le mal est subi. Est-ce souhaité que d’être victime ? Ai-je une responsabilité dans ce que j’ai subi ? Étais-je mal habillé ? Suis-je né de la mauvaise couleur ? Ai-je hérité d’une mauvaise religion ?

    Les religions enseignent, c’est une vérité. Les religions nous apprennent-elles à croire ? Elles développent en nous l’espérance qu’une vie meilleure nous attend. Elles façonnent notre identité. Bon gré, mal gré, les religions sont identitaires.

    Qui suis-je, finalement ? Je suis né d’une femme et d’un homme. Également. Les deux ont façonné ce que je suis. Eux et la religion héritée. Dans leur enfance, la religion dictait les comportements, le nombre d’enfants que la femme devait avoir, son habillement.

    Fut un temps où aller à l’église le dimanche était une obligation. L’église, c’était notre école. Ni tout à fait gratuite, ni tout à fait libre. Si on manquait un dimanche, le village bannissait notre famille, nous isolait. Ça non plus, ce n’est pas banal.

    Mais les temps changent. Pas toujours pour le mieux, pas toujours pour le pire. Il y a un contact avec la réalité qui doit se faire. La réalité, c’est ce que nous sommes finalement. Nous la changeons continuellement. Elle nous façonne à chaque instant.

    Pour moi, autiste, homme autiste ; pour moi indépendantiste, péquiste, libéral, solidaire et, ma foi, conservateur, j’affectionne le travail en coalition. La réalité est une coalition. Pas nécessairement caquiste, mais une coalition. C’est nous qui façonnons la réalité et c’est elle qui nous façonne. Cette réalité a hérité de structures, elle est construite avec ces structures, elle repose sur elles. Il faut faire attention de ne pas ébranler certaines structures, sans quoi la réalité s’effondrerait. D’un autre côté, la réalité affronte mes structures internes. La réalité nous menace aussi, par tous ces changements. Tout le monde protège ses structures, son identité.

    Je suis ce que je fais. Mon désir le plus cher est de faire de moins en moins de grosses erreurs. Je serai toujours humain…

    Mais encore ? Je suis un ancien militaire. Pour servir mon pays, bien sûr, mais surtout prêt à mourir pour la démocratie, pour le bien commun. Je suis aussi une sorte d’enquêteur. Je ne cherche pas des coupables. Le système judiciaire est là pour exercer ce pouvoir. Ce n’est pas non plus une qualification à moi que de lever le drapeau sur ces personnes à la frontière de la loi. Il y en a qui ont toutes les compétences requises pour cela. Ma force, ce sont les structures. Je les vois facilement, je les intègre. C’est un apprentissage profond alors que je suis imprégné par l’expérience.

    Enfin, je suis une sorte de journaliste d’enquête. Peut-être. Entre autres.

    J’ai beaucoup d’admiration pour les Autochtones, de l’affection aussi. Je pense aux batailles menées, à la résistance face à un ami qui s’est avéré être aussi un envahisseur. Ils n’ont pas choisi de disparaître, ils se sont battus pour survivre. Des Braves, c’est clair.

    Se battent-ils contre des colonisateurs ? Sont-ils victimes de racisme ? Malheureusement. Mais est-ce la solution que de combattre ces personnes qui ont hérité de cette partie de leur identité ? Je ne le crois pas.

    Comme pour le combat des femmes, il fallait bien cibler ce qui causait le mal. Il fallait bien casser la glace. Mais peut-on s’en tenir au brise-glace pour faire tout le travail ? Assurément pas. Il faut comprendre comment cette glace devient problématique, comment elle devient toxique. On ne peut pas non plus se contenter d’attendre l’été, bien que le temps soit nécessaire. Les femmes sont aussi des combattantes, certaines sont des Braves. Ce n’est pas normal, ce n’est pas acceptable, ce n’est pas dans l’ordre des choses. Cette structure malsaine doit se déconstruire, peu à peu, chez chacun et dans la société.

    C’est dans ce sens que j’ai voulu infiltrer les journalistes. Pas pour les dénoncer, pas vraiment non plus parce que je doutais de la structure du pouvoir journalistique. J’ai voulu les infiltrer pour devenir l’un d’entre eux, aussi bref que ce moment puisse être, aussi longtemps que cela me sera possible. J’ai infiltré les journalistes pour, comme eux, défendre le bien commun.

    Christian Legault Humain.

    1. Congrès 2018 de la FPJQ

    N.B. : Je ne suis pas membre de la FPJQ.

    MAJ 5 mars 2026


    I Infiltrated the Journalists at the 2018 FPJQ Convention

    I am a sovereignist. I have always been a high-functioning autistic, though I have only known it for a few weeks. I am for First Nations sovereignty. I am for journalistic independence. I am for democracy.

    I actively encourage the fight for equality. I fight for equality: men, women, trans people, Anglophones, Allophones, Francophones, Black, Brown, Red, Yellow, White, Tan, LGBTQ2, straight, etc. Equality = equality. I promote respect.

    I don’t know what to call what I do. I write on Twitter: my opinions, my analyses, rapid-fire messages that oscillate between fiction, possibilities, and facts. I probe « by instinct. » I influence, therefore.

    I have no journalistic training. I don’t know exactly what a journalist’s job consists of. I don’t quite grasp the difference between an editorialist, a columnist, and a journalist. But I « tweet. » I « Facebook » too. I do have an Instagram account, but for artistic projects. I also have a Pinterest account, under reconstruction. And I have this blog.

    I have training in « teaching with information technology. » I also have training in networking. I suppose one could add that I provide training, sometimes more for myself, I am aware, with computer tools. I am both the teacher and the taught.

    Journalists have training related to their field. They have a federation and also a code of conduct to respect. They are lovers of words and defenders of social order and democracy. They are, first and foremost, human beings.

    I have campaigned for Projet Montréal, for the PQ, and for the CPC. I have liberal ideas, nonetheless, and I have voted for the Bloc. I made friends while partying and dancing with QS. I am certainly concerned about the environment and I signed « The Pact. » I naively shared my perspective on the situation of all political parties to help democracy. I encouraged Denis Coderre’s team to hold a race with electric cars. A beautiful project, poorly managed. I obeyed only my judgment.

    I’ve had an easy life on the Internet. I debate naturally; a definite asset. Moreover, I constantly question myself. I always doubt reality. I am alone, but I « work in coalition, » in the sense that I always look for the simplest denominator and the most balanced solution. Alone and in society.

    In Quebec, the PQ is the party with the largest number of activists. They are passionate. I am too. These people are used to saying out loud what they think, sharing their hypotheses, seeking solutions. It is impossible to be their leader, nor to order them a course of action. Obviously, they are fundamentally independent. That’s the idea. It’s part of our identity, this independence. Paradoxically, being independent is not a choice; it is part of our identity.

    One might wonder how an autistic person could campaign with the PQ without being a member. One might also wonder how he managed to frame this group, to lead them. One would necessarily be tempted to believe in manipulation. By what obscure technique does he influence these human independentist enthusiasts? One might also believe in an oversized brain, a quantity of strange connections, or a walking library. Assuredly, I am inspired. Something takes possession of me. No doubt. Legend, reality. As with this pressure from all sides. Does it take an ego, a big one? Yet, the solution lies elsewhere.

    My mother once hosted a children’s television show. Rumor has it that my father was a hat salesman, an itinerant cookware salesman, an advertising salesman. Rumor also has it that he was successful. Rumor has it that my mother introduced my father to an old-time comedian. They called them « comics. » My father started selling advertising for that artist’s theater. The theater administrator passed away and my father was appointed to the position. I grew up in that theater, with divorced parents: an artist and an artist who had met, possibly, in a drawing class.

    Such is life. My father helped my mother out of her environment. My mother did the same for my father. I am the fifth and last child of this union. My mother wanted me; my father did not. By each one’s admission, made face to face. I am the child of divorce.

    It takes intelligence to understand, courage to ask and verify, it takes a big ego. Or perhaps it is simply life that led me and I simply followed? Who can say? It takes resilience, I confirm it.

    Rumors, hypotheses, conspiracies, and what else? It’s endless. The possibilities are infinite. One can believe in them, one can question them, one can adhere to them. What is the difference between rumor and truth? How can we decide if it’s a rumor or a truth? At what point must a human being assume the weight of rumor? At what point must he assume the truth? For how long? When does a daddy become a scoundrel and when will he become a daddy again? When?

    Of all the strange questions I have asked myself, this one is certainly at the top of the list, as much for its relevance as for the number of times it has replayed in my mind: am I in reality? It’s not trivial. On one hand, I have benefited from a thousand and one mental health diagnoses throughout my life. On the other, I learn that my difference is autism. It’s in contradiction.

    Mental health is certainly harder to find and maintain when one is different. However, autism—mine—is a unique functioning of thought. It is not a mental health problem; it is not something to be cured. This way of thinking is based on structures. In a complex way, structures build themselves within me.

    At the beginning, there are often several structures at the same time. Sometimes, contradictory structures, even extremely opposed. I don’t know which one will win or if several will be at the finish line. Some structures simply don’t lead to a reality. They collapse. Others remain in suspense. Ultimately, it’s a question of logic, perhaps also of perspective.

    The way we look is fundamental. Does what I see make sense, form a coherent whole? Is it harmonious with the certainties acquired through reflection, is it balanced? Because fundamentally, that’s how structures end up falling: through a lack of balance. Does it hold together?

    « It looks bad. » It’s true. But can I therefore conclude that my hypothesis is the only possibility? What are the other possibles? What stops me from taking the next step? Can I tackle it, question it, make it talk? Does this step to be taken make me reflect enough?

    Everything is there, in self-reflection, in the gaze one casts on oneself. Is the evil I see mine? Why must I condemn this person? In what way do they resemble me? Why couldn’t I have done this evil? Why did I do it? Could I have been caught? Am I responsible for what I did? Am I freed from what I did?

    There are a multitude of realities. Evil is suffered. Is it desired to be a victim? Do I have a responsibility in what I suffered? Was I poorly dressed? Was I born the wrong color? Did I inherit a wrong religion?

    Religions teach; that is a truth. Do religions teach us to believe? They develop in us the hope that a better life awaits us. They shape our identity. Like it or not, religions are identity-based.

    Who am I, ultimately? I was born of a woman and a man. Equally. Both shaped who I am. They and the inherited religion. In their childhood, religion dictated behaviors, the number of children a woman should have, her clothing.

    There was a time when going to church on Sunday was an obligation. The church was our school. Neither entirely free of charge, nor entirely free. If one missed a Sunday, the village banished our family, isolated us. That too is not trivial.

    But times change. Not always for the better, not always for the worse. There is a contact with reality that must be made. Reality is what we ultimately are. We are constantly changing it. It shapes us at every moment.

    For me, an autistic man; for me, a sovereignist, Péquiste, Liberal, Solidariste and, my word, Conservative, I am fond of coalition work. Reality is a coalition. Not necessarily CAQ-ist, but a coalition. We shape reality and it shapes us. This reality has inherited structures, it is built with these structures, it rests on them. One must be careful not to shake certain structures, otherwise reality would collapse. On the other hand, reality confronts my internal structures. Reality also threatens us, with all these changes. Everyone protects their structures, their identity.

    I am what I do. My dearest wish is to make fewer and fewer big mistakes. I will always be human…

    But what else? I am a former soldier. To serve my country, of course, but above all ready to die for democracy, for the common good. I am also a kind of investigator. I don’t look for culprits. The judicial system is there to exercise that power. It is not my qualification either to raise the flag on those people at the edge of the law. There are those who have all the skills required for that. My strength is structures. I see them easily, I integrate them. It is deep learning as I am permeated by experience.

    Finally, I am a kind of investigative journalist. Perhaps. Among other things.

    I have a lot of admiration for Indigenous people, affection too. I think of the battles fought, the resistance against a friend who turned out to be an invader. They did not choose to disappear; they fought to survive. Braves, clearly.

    Are they fighting against colonizers? Are they victims of racism? Unfortunately. But is it the solution to fight those people who inherited this part of their identity? I don’t believe so.

    As for the women’s struggle, it was necessary to target what caused the harm. It was necessary to break the ice. But can we stick to the icebreaker to do all the work? Certainly not. One must understand how this ice becomes problematic, how it becomes toxic. Nor can we just wait for summer, although time is necessary. Women are also fighters, some are Braves. It is not normal, it is not acceptable, it is not in the order of things. This unhealthy structure must be deconstructed, bit by bit, in everyone and in society.

    It is in this sense that I wanted to infiltrate the journalists. Not to denounce them, not really because I doubted the structure of journalistic power either. I wanted to infiltrate them to become one of them, as brief as that moment might be, as long as possible. I infiltrated the journalists to, like them, defend the common good.

    Christian Legault Human.

    1. 2018 FPJQ Convention

    N.B.: I am not a member of the FPJQ

    Updated March 5, 2026

  • Procure m’a donné

    Procure m’a donné

    Ça y est, j’ai participé. J’ai traversé le miroir.

    English Version Below

    Procure m’a donné

    Mon cœur battait dans ma poitrine comme si j’avais couru cinq kilomètres en 30 minutes — un objectif que je vise. Pourtant, j’étais étendu sur mon lit. Je paniquais. La peur de recevoir toutes ces informations en même temps, la peur de ne pas survivre intellectuellement à ce tsunami, la peur de rester sans mots, la peur de devoir m’isoler pour me protéger, pour survivre.

    Je voulais vraiment voir mes vedettes préférées, leur parler, leur dire que je veux être près d’elles, avec elles. Mais avoir des désirs n’aide en rien. Le flot d’informations est encore plus grand, il frappe encore plus fort, plus violemment.

    Est-ce de l’amour ? Oui, un amour violent, décuplé par le désir. Je n’ai pas le temps de traiter l’information ; je ne reconnais plus les visages, tout en les reconnaissant malgré tout. Je suis dans l’incertitude de voir tout le monde, mais dans la conviction de bien les voir globalement.

    Ce drôle de barman, que fait-il là ? Et elle, avec ses yeux brillants, elle qui s’empêche de rire en me versant un verre de vin rouge… je la connais. Je vois bien qu’elle me reconnaît aussi. Pourtant, je ne suis sûr de rien. L’information entre. Le traitement se fait. Les résultats arriveront plus tard. Trop tard.

    Je suis en famille. Une amie m’accompagne. Elle ne reconnaît personne, me dit-elle. Je doute de cela aussi. Mais sans elle, je serais encore sur mon lit, avec le cœur qui bat trop fort contre la réalité.

    Les peurs.

    J’ai peur et je ne sais pas quel personnage incarner. Peu importe lequel, au fond : il n’en demeure pas moins que c’est le même artiste qui lui donne vie. Et cet artiste, lui, il voit des structures, pas des visages. Il traite cette information abondante jusqu’à se retrouver sans aucune ressource pour discuter, pour entreprendre une conversation.

    On pourrait croire que c’est la peur qui me rend démuni, mais c’est le tsunami d’informations à traiter. Encore une fois, me retrouver sans ressource. Sûrement. La peur ne fait que suivre l’incapacité de traitement. Ce n’est pas imaginaire.

    Je me calme tranquillement. Le vin rouge aide. On grignote aussi. C’est bon. Je trouve des coins pour me sentir en sécurité. C’est beaucoup dire, « en sécurité ». Disons plutôt : moins entouré de toutes parts. Cela limite le flot d’informations.


    Double vision.

    Me reconnaît-on vraiment ? Je ne suis que quelqu’un parmi tant d’autres sur les réseaux sociaux. Je me mêle des conversations, c’est vrai, mais tout de même. En même temps, à bien y penser… Je travaille pour eux, pour la culture, avec eux. Je me donne. Différemment. Avec mes blessures et contre mon amour. Ou l’inverse.

    D’un côté, par quel procédé me reconnaissent-ils ? Je ne sais pas ; c’est étrange pour moi. Ils sont tous « des différents » à mes yeux. Pourquoi cette différence ? Par quelle magie m’a-t-elle imprégné ? Suis-je moi-même ?

    Enfin. (Le rêve. New York.)

    Le don de soi est la meilleure façon d’être soi-même. Donner, c’est découvrir l’autre : ses besoins, ses souffrances, mais son bonheur aussi. Participer au bien commun, c’est aussi se découvrir, se réaliser et se créer.

    Justement, cette soirée en famille était un don de soi pour une noble cause sociale. PROCURE vise, entre autres, à amasser des fonds pour soutenir la lutte contre le cancer de la prostate. Au total, 125 000 $ont été amassés lors de cette soirée*. Plus globalement, la campagne Nœudvembre 2018 fut un réel succès avec un record de 550 000$ récoltés et 6 500 nœuds papillon vendus*.

    Il y a un peu de moi dans ce succès. J’ai participé à ce bien commun et je me découvre à travers ces résultats. Mais ce n’est pas tout.

    J’ai surtout renoué avec ma famille. Durant la tempête, je les avais quittés ; je n’y croyais plus. Les années ont passé, j’ai marché seul contre vents et marées, effectuant un travail sans relâche sur moi-même. J’ai douté, je suis tombé. Mais malgré tout, j’ai aimé. Jusqu’à me perdre, jusqu’à en oublier ma propre vie, à lui tourner le dos. Puis, ma famille m’a retrouvé, m’a reconnu. J’ai été accueilli, entouré, aimé.

    Oui, j’ai donné à cette belle cause, à l’Affaire Papillon et à PROCURE. Mais au final, c’est moi qui ai le plus reçu. Quel paradoxe !

    Je suis reconnaissant. Vraiment. Merci !

    Christian Legault

    *Informations obtenues par les communications officielles de PROCURE. »

    MAJ 4 mars 2026


    PROCURE gave to me

    My heart was pounding in my chest as if I’d run five kilometers in 30 minutes — a goal I’m aiming for. Yet, I was lying on my bed. I was panicking. The fear of receiving all this information at once, the fear of not intellectually surviving this tsunami, the fear of being left speechless, the fear of having to isolate myself to protect myself, to survive.

    I truly wanted to see my favorite stars, to talk to them, to tell them that I want to be near them, with them. But having desires doesn’t help. The flow of information is even greater; it hits even harder, more violently.

    Is it love? Yes, a violent love, amplified by desire. I don’t have the time to process the information; I no longer recognize the faces, yet I recognize them all the same. I am in the uncertainty of seeing everyone, but in the conviction of seeing them clearly as a whole.

    That strange bartender, what is he doing there? And her, with her sparkling eyes, holding back a laugh as she pours me a glass of red wine… I know her. I can see she recognizes me too. And yet, I am sure of nothing. The information comes in. The processing happens. The results will arrive later. Too late.

    I am with family. A friend is with me. She tells me she doesn’t recognize anyone. I doubt that, too. But without her, I would still be on my bed, with my heart beating too hard against reality.

    I am afraid, and I don’t know which character to embody. Ultimately, it doesn’t matter: the fact remains that it is the same artist who brings them to life. And that artist, he sees structures, not faces. He processes this abundant information until he is left with no resources to engage, to start a conversation.

    One might think it’s fear that leaves me helpless, but it’s the tsunami of information to be processed. Once again, finding myself without resources. Surely. Fear only follows the inability to process. It is not imaginary.

    I am slowly calming down. The red wine helps. We are snacking, too. It’s good. I find corners to feel safe. « Safe » is a strong word. Let’s say instead: less surrounded on all sides. It limits the flow of information.

    Do they really recognize me? I’m just one of many on social media. I join in the conversations, it’s true, but still. At the same time, thinking about it… I work for them, for culture, with them. I give of myself. Differently. With my wounds and against my love. Or the other way around.

    On one hand, by what process do they recognize me? I don’t know; it’s strange to me. They are all « different ones » in my eyes. Why this difference? By what magic has it permeated me? Am I myself?

    Giving of oneself is the best way to be oneself. To give is to discover the other: their needs, their suffering, but their happiness as well. Participating in the common good is also about discovering, fulfilling, and creating oneself.

    Precisely, that evening with family was an act of giving for a noble social cause. PROCURE aims, among other things, to raise funds to support the fight against prostate cancer. A total of $125,000 was raised during that evening*. More broadly, the 2018 Nœudvembre campaign was a true success, with a record $550,000 collected and 6,500 bow ties sold*.

    There is a bit of me in that success. I participated in this common good, and I discover myself through these results. But that’s not all.

    Above all, I reconnected with my family. During the storm, I had left them; I no longer believed. Years passed, I walked alone against the wind and tide, working relentlessly on myself. I doubted, I fell. But despite everything, I loved. To the point of losing myself, to the point of forgetting my own life, of turning my back on it. Then, my family found me again, recognized me. I was welcomed, surrounded, loved.

    Yes, I gave to this beautiful cause, to the Affaire Papillon and to PROCURE. But in the end, I am the one who received the most. What a paradox!

    I am grateful. Truly. Thank you!

    Christian Legault

    *Information obtained through official PROCURE communications. Updated March 4, 2026

    Updated March 5, 2026

  • Le projet social

    Le projet social

    English Version below

    Je pose un regard différent sur la vie en général, mais plus particulièrement sur la politique et la culture. Depuis quelque temps, je partage ces réflexions originales avec vous sur les réseaux sociaux.

    Aujourd’hui, j’établis officiellement ma « maison » ici, sur ChristianLegault.com. Ce projet se bâtit petit à petit ; je vous remercie de votre patience. Au fil de notre progression, je serai en mesure de vous détailler davantage l’évolution de ce blogue.

    Mille mercis de me lire ! C’est un véritable honneur.

    MAJ : 4 mars 2026


    « I take a different look at life in general, and more specifically at politics and culture. For some time now, I have been sharing these original reflections with you on social media.

    Today, I am officially establishing my ‘home’ here, at ChristianLegault.com. This project is being built piece by piece; thank you for your patience. As we move forward, I will be able to share more details with you regarding the evolution of this blog.

    A thousand thanks for reading! It is a true honor. »

    Updated: March 4, 2026