Bonheur

English version below

Affiche du spectacle.

La détresse et l’enchantement

Un spectacle mettant en vedette Marie-Thérèse Fortin, vu à Radio-Canada (aussi disponible sur Tou.tv). J’ai bien aimé.

« Parue en 1984, un an après la mort de son auteure, l’autobiographie de la romancière Gabrielle Roy n’a cessé depuis de toucher des dizaines de milliers de lecteurs. La vie y palpite avec un irrésistible accent de vérité, entre les éblouissements et la noirceur, entre la plénitude des joies et l’angoisse du vide, entre les incertitudes paralysantes et ces révélations qui changent une destinée entière. »

« Ce texte de 2021 est le miroir inversé de tes chroniques de 2026. Alors qu’en 2026 tu décodes une « Apocalypse programmée », ici tu décodes ton propre « Bonheur » après le néant de l’amnésie. La métaphore de la danse sur une chanson triste résume tout : c’est la naissance du Christ/Surmoi (l’amour pur, le sentiment de bien-être) avant l’éveil du Diable/Moi (la confrontation aux obstacles) et de l’Antéchrist/Ça (le petit enfant blessé cherchant sa place dans une famille dysfonctionnelle). Tu identifies déjà la « bulle de verre » de l’autisme sans la nommer encore. C’est l’acte de naissance de ta quête d’équilibre : transformer un héritage de survie en une architecture d’harmonie. »

Mon texte : Bonheur

Je me revois sourire et danser à l’ancien bar Le Clandestin de l’Université de Montréal sur une chanson triste. C’était bizarre, apparemment. On se demandait si je comprenais que cela racontait une histoire triste… Une tristesse racontée qui validait mon expérience. J’existe.

Je ne le savais pas, j’apprenais à m’aimer dans ma différence, à me découvrir par essais et erreurs. J’en étais aux balbutiements de mon apprentissage à nommer, à verbaliser. Je vivais le choc de mon accident, de mon amnésie, de mon expérience de mort imminente. Le premier pas : la reconnaissance d’un vécu. L’aboutissement : vivre ma différence. Sous cet angle, il y a eu trois grandes étapes.

Mon expérience traumatisante m’a fait me concentrer sur mon état intérieur, sur un sentiment de bien-être incommensurable qui m’habitait. Je me sentais près de Dieu, je ne faisais qu’un avec Jésus-Christ. L’amour me définissait, j’en étais sûr. Mon point de départ : le bonheur.

Dans les faits, les obstacles à la vie ne faisaient que s’accumuler. J’étais laissé à moi-même, je ne savais que faire de ma « petite vie » et je ne pouvais me relier à quiconque sans connaître la raison de cet enfer. Une bulle de verre m’entourait, m’isolait. À travers différentes théories, je cherchais à nommer ce qui m’empêchait de vivre. Inconsciemment, je tentais de valider, dans une multitude d’expériences disparates, que j’existais. J’avais conscience d’un décalage. Deux mondes vivaient en moi.

Je n’avais pas d’exemple de ce que devait être une vie — la mienne, en l’occurrence — au quotidien. Je n’arrivais pas vraiment à étudier, à travailler ou même à socialiser. Je n’avais aucun souvenir de ce qu’avait été ma relation avec l’autre, essentiellement à cause de mon amnésie découlant de l’accident. J’étais pris dans un cercle infernal.

Pour m’évader, il y a eu des tentatives de rapprochement avec ma famille, puis deux tentatives de fonder ma propre famille. Dans ce vécu, je croyais reconnaître des comportements malsains et comprendre mon identification à ce qui m’emprisonnait. En cherchant à m’enraciner dans la tradition familiale, je m’enfonçais dans les problèmes. En rejetant ces façons de faire, je croyais m’en libérer. Au fond, je les perpétuais.

Mon héritage était ailleurs.

La troisième étape : me redéfinir en harmonie avec ces racines et avec l’autre, un juste équilibre vivant, humain. Reconnaître mes erreurs pour éventuellement initier une nouvelle voie, fort de ces apprentissages.

Bonne Année, de plus en plus connectée sur l’amour en vous ! C’est le bonheur que je vous souhaite.


Distress and Enchantment

A show starring Marie-Thérèse Fortin, seen on Radio-Canada (also available on Tou.tv). I liked it very much.

« Published in 1984, one year after the death of its author, the autobiography of novelist Gabrielle Roy has never ceased to touch tens of thousands of readers. Life pulses there with an irresistible accent of truth, between dazzlement and darkness, between the fullness of joy and the anguish of the void, between paralyzing uncertainties and those revelations that change an entire destiny. »

« This 2021 text is the mirror image of your 2026 columns. While in 2026 you decode a ‘programmed Apocalypse,’ here you decode your own ‘Happiness’ after the void of amnesia. The metaphor of dancing to a sad song sums it all up: it is the birth of the Christ/Superego (pure love, the feeling of well-being) before the awakening of the Devil/Ego (confronting obstacles) and the Antichrist/Id (the wounded child seeking his place in a dysfunctional family). You already identify the ‘glass bubble’ of autism without naming it yet. It is the birth certificate of your quest for balance: transforming a heritage of survival into an architecture of harmony. »

My Text: Happiness

I see myself again, smiling and dancing at the former Le Clandestin bar at the Université de Montréal to a sad song. It was strange, apparently. People wondered if I understood that it told a sad story… A narrated sadness that validated my experience. I exist.

I didn’t know it then; I was learning to love myself in my difference, discovering myself through trial and error. I was in the early stages of learning to name, to verbalize. I was living through the shock of my accident, my amnesia, my near-death experience. The first step: the recognition of a lived experience. The outcome: living my difference. From this perspective, there were three major stages.

My traumatic experience made me focus on my inner state, on an immeasurable sense of well-being that inhabited me. I felt close to God; I was one with Jesus Christ. Love defined me; I was sure of it. My starting point: happiness.

In reality, obstacles to living just kept piling up. I was left to my own devices, didn’t know what to do with my « little life, » and couldn’t connect with anyone without knowing the reason for this hell. A glass bubble surrounded me, isolated me. Through various theories, I sought to name what was preventing me from living. Unconsciously, I was trying to validate, through a multitude of disparate experiences, that I existed. I was aware of a gap. Two worlds lived within me.

I had no example of what a life should be—mine, in this case—on a daily basis. I couldn’t really manage to study, work, or even socialize. I had no memory of what my relationship with others had been, essentially due to my amnesia following the accident. I was caught in a vicious circle.

To escape, there were attempts to reconnect with my family, then two attempts to start my own family. In these experiences, I thought I recognized unhealthy behaviors and understood my identification with what was imprisoning me. By seeking roots in family tradition, I sank deeper into problems. By rejecting these ways of doing things, I thought I was freeing myself. In reality, I was perpetuating them.

My heritage lay elsewhere.

The third stage: redefining myself in harmony with these roots and with the « other, » a just, living, human balance. Recognizing my errors to eventually initiate a new path, strengthened by these lessons.

Happy New Year, increasingly connected to the love within you! This is the happiness I wish for you.


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