Décalage

Réflexions mentales, 2e Journal d'un Ti-Mé. Photo: gracieuseté

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Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé

Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé, de Claude Meunier, publié chez Léméac. « À la manière – absurde, ostentatoire, polémique, burlesque, philosophique, métaphysique, critique – de son premier Journal d’un Ti-Mé (2000), Claude Meunier puise à nouveau, vingt ans plus tard, dans l’imaginaire délirant du Popa de La Petite Vie. »

Voici une réflexion que ce livre m’a inspirée : « Réflexions mentales »*

— Pourquoi pensez-vous que les provinces du ROC** devraient être des États des États-Unis ?

— Christian : Parce qu’elles parlent anglais. Franchement, c’est de base.

En complément :

*« Personnage » du livre.

**« Rest of Canada », une expression populaire dans la politique canadienne qui désigne tous les territoires et provinces excepté le Québec. La politique québécoise a souvent été perçue comme « Québec versus le ROC ». Wikipédia.

(Cette expression même, ROC, démontre le caractère distinct du Québec, caractère nié dans la Constitution canadienne.)

Mon texte : Décalage

Mercredi dernier, je vous entretenais sur cet humour dans lequel j’ai baigné une bonne partie de ma vie. J’en ai été imprégné, assurément. La relation amoureuse est un sujet central dans cet humour. L’amour, le sexe, l’infidélité et, bien sûr, la belle-mère y jouent un rôle central. On pourrait agrandir « la chambre des secrets » d’un faire-valoir avec, me semble-t-il, l’argent et le patron.

Voilà des dynamiques de relation que le Théâtre des Variétés m’a présentées durant près d’un quart de siècle. À cela se sont ajoutées les dénonciations du comportement des hommes par ma mère — comme si je n’en étais pas un — et le point de vue tardif de mon père, déçu et trahi dans ses attentes, sur le mariage et les enfants. Il faut aussi, bien sûr, mentionner le modèle de relation offert par l’Église : le mariage hétérosexuel et la fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare. Tout cela n’était que contradiction avec ce que je voyais de la vie.

En psychanalyse, j’ai travaillé sur le fait que ma mère m’avait fait dormir avec elle alors que mon père avait quitté sa place au lit. J’ai senti cet amour intrusif comme un envahissement et un viol de mon intimité affective. Un degré malsain de fusion, cela va de soi. Cela représentait une perte de repères ou une empreinte qui marqua une bonne partie de ma vie amoureuse et sociale.

Était-ce une suite de malchances, l’autisme, ou simplement les deux combinés à une famille mésadaptée ? En tout cas, il s’agit des racines d’un mal qui m’habite encore alors que je suis isolé dans ma bulle, toujours incapable d’obtenir une saine réciprocité.

Ce vécu m’a fait questionner profondément ma sexualité. Du fait de me retrouver essentiellement seul, j’en ai déduit que j’étais autosexuel. De vivre dans un milieu où « l’amour est de l’amour », mais aussi d’avoir été agressé sexuellement par des hommes et des femmes, m’a amené à me dire pansexuel afin d’intégrer ces expériences. Toutefois, je ne peux nier mon attrait particulier pour les femmes, sans avoir de répulsion pour d’autres types de relations que je vois possibles, bien que cela ne se soit jamais produit sur une base volontaire dans mon quotidien.

Ce fut donc un questionnement philosophique d’abord, devenu expériences forcées par la suite. Ces contradictions se sont reproduites sans cesse durant ma vie. Ce que je retiens de tout cela est que je ne veux pas être sexuellement défini par les autres. Je refuse d’être emprisonné dans une case, bien que l’hétérosexualité soit probablement ce qui se rapproche le plus de mon identité. Il y a certainement un décalage entre mon vécu, la vie que j’avais réfléchie philosophiquement et celle que j’aurais souhaitée ou fantasmée.

Un autre modèle que j‘ai idéalisé est celui qui se base sur une magie. Peut-être plus conceptualisé qu’idéalisé, un modèle qui émerge de mon cœur. J’ai à cet endroit métaphysique ce que j’appelle mon royaume. J’y suis un grand magicien doté d’un pouvoir qui ressemble à une forme de télépathie. Cela me permet de me lier aux autres. À travers cette relation, je vois l’ensemble de ce qu’ils sont, incluant inexorablement leur inconscient. C’est un don qui m’a valu beaucoup de faux diagnostics. Il y a donc, à la base de ce modèle de relation amoureuse et, je le crains aussi, à la base de mes relations sociales, cette magie que l‘autre doit vouloir développer sainement. Cette transparence est magique et bien réelle.

Il y aura une suite à cette description du décalage que j’expérimente, de ce qui me sépare du monde qui m’entoure.

En complément

– Prisoner (Miley Cyrus et Dua Lipa) – Paroles et traduction

– Seul (Garou)

9 mars 2026


Gap

Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé

Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé, by Claude Meunier, published by Léméac. « In the manner – absurd, ostentatious, polemical, burlesque, philosophical, metaphysical, critical – of his first Journal d’un Ti-Mé (2000), Claude Meunier draws again, twenty years later, from the delusional imagination of Popa from La Petite Vie. »

Here is a reflection that this book inspired in me: « Mental Reflections »*

— Why do you think the provinces of the ROC** should be states of the United States?

— Christian: Because they speak English. Honestly, it’s basic.

In addition:

* « Character » from the book.

** « Rest of Canada, » a popular expression in Canadian politics that designates all territories and provinces except Quebec. Quebec politics has often been perceived as « Quebec versus the ROC. » Wikipedia.

(This very expression, ROC, demonstrates the distinct character of Quebec, a character denied in the Canadian Constitution.)

My text: Gap (Décalage)

Last Wednesday, I was telling you about this humor in which I was immersed for a good part of my life. I was certainly permeated by it. The romantic relationship is a central theme in this humor. Love, sex, infidelity, and, of course, the mother-in-law play a central role. One could expand the « chamber of secrets » of a foil with, it seems to me, money and the boss.

These are the relationship dynamics that the Théâtre des Variétés presented to me for nearly a quarter of a century. Added to this were my mother’s denunciations of men’s behavior—as if I weren’t one—and the belated point of view of my father, disappointed and betrayed in his expectations, on marriage and children. One must also, of course, mention the relationship model offered by the Church: heterosexual marriage and fidelity until death do us part. All of that was nothing but a contradiction with what I saw of life.

In psychoanalysis, I worked on the fact that my mother had made me sleep with her after my father had left his place in the bed. I felt this intrusive love as an invasion and a rape of my affective intimacy. An unhealthy degree of fusion, it goes without saying. This represented a loss of reference points or an imprint that marked a good part of my romantic and social life.

Was it a streak of bad luck, or autism, or simply the two combined with a maladapted family? In any case, these are the roots of an evil that still inhabits me while I am isolated in my bubble, still unable to obtain a healthy reciprocity.

This experience made me deeply question my sexuality. From finding myself essentially alone, I deduced that I was autosexual. Living in an environment where « love is love, » but also having been sexually assaulted by men and women, led me to call myself pansexual in order to integrate these experiences. However, I cannot deny my particular attraction to women, without having a repulsion for other types of relationships that I see as possible, although it has never happened on a voluntary basis in my daily life.

It was therefore a philosophical questioning first, which became forced experiences afterward. These contradictions reproduced themselves constantly throughout my life. What I take away from all this is that I do not want to be sexually defined by others. I refuse to be imprisoned in a box, although heterosexuality is probably what comes closest to my identity. There is certainly a gap between my lived experience, the life I had reflected on philosophically, and the one I would have wished for or fantasized about.

Another model I idealized is one based on magic. Perhaps more conceptualized than idealized, a model that emerges from my heart. I have in this metaphysical place what I call my kingdom. I am a great magician there, endowed with a power that resembles a form of telepathy. It allows me to link with others. Through this relationship, I see the entirety of what they are, inexorably including their unconscious. It is a gift that earned me many false diagnoses. There is therefore at the base of this model of romantic relationship, and, I fear also, at the base of my social relationships, this magic that the other must want to develop healthily. This transparency is magical and very real.

There will be a follow-up to this description of the gap I experience, of what separates me from the world around me.

In addition

– Prisoner (Miley Cyrus et Dua Lipa)

– Seul (Garou)

March 9, 2026


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