La fierté

Yvon Deschamps. Photo: Francine Duquette (cliquez sur la photo pour information).

La fierté

Bon 85e Yvon Deschamps

Bon 85e Yvon Deschamps, un spectacle vu sur Yoop. J’étais jeune et ne comprenais pas vraiment cet humour qui valorisait des stéréotypes, des injustices et qui s’en prenait aux femmes. Comment pouvait-on rire de cela ? D’une certaine manière, ça me faisait mal. Remarquez que je suppose que mon autisme joue un rôle dans ce problème de décodage. Je ne sais pas. Je doute de tout ; du sens des mots aux événements qui se produisent devant moi, en passant par ce que je ressens. Disons que cette forme d’humour me donne du fil à retordre.

Chaque phrase me plonge dans une réflexion sans fin. Je cherche le message, ce que l’humoriste voulait transmettre, au-delà du ridicule affiché. J’entre dans un labyrinthe sans issue. Ma compréhension est pratiquement sans fin. Fait-il une caricature de sa relation amoureuse ou en est-ce une description assez réelle de laquelle il s’amuse ? Peut-être même qu’il ne réalise pas vraiment toute l’ampleur de la chose, que son inconscient le dévoile plus qu’il ne le pense ? La découverte d’un univers. Chaque aspect est sujet à enquête.

Ainsi, perdu dans l’infinité de liens possibles, à défaut d’avoir une aide appropriée pour me sortir dudit labyrinthe, je me réfugie dans le doute et laisse cela en suspens. Finalement, je ne fais qu’ajouter une nouvelle couche à ce chemin qui mène nulle part. Deux labyrinthes sans issue connectés l’un à l’autre. En fait, l’humour réfléchi d’Yvon Deschamps dénonce, de façon caricaturale. Il met en relief des aspects ordinaires de notre quotidien, de notre petite vie, des aspects qu’on vit et qu’on ne voit plus. Les phrases ont un sens caché, c’est doublement drôle.

En complément

Yvon Deschamps de retour sur scène pour ses 85 ans (Radio-Canada)

Célébrer l’engagement d’Yvon Deschamps (Stéphanie Vallet, La Presse)

Mon texte : La fierté

Le vide est donc devenu le plein. D’une réalité qui n’avait pratiquement aucun sens la plupart du temps, un vide absolu avait été vécu. Graduellement, je m’y suis investi. Avec amour. Je vivais cet amour en moi, finalement la seule chose qui avait une signification. Ma plus simple expression.

J’ai découvert un nouveau plan de conscience. Pas qu’il n’existait pas avant moi, mais je ne le connaissais pas. Je voyais une planète d’un blanc opaque et lumineux. Les êtres qui habitaient sur cette Terre — pour moi il s’agit bien de l’endroit où nous vivons présentement quoique ailleurs — tout était lié, baigné dans cette sorte de matière lumineuse. L’harmonie régnait, comme vous le supposez sûrement.

Quoi qu’il en soit, parler de cela m’attirait des problèmes. On y voyait, il faut bien en rire, des hallucinations. Pour d’autres, nulle nécessité de nommer précisément cette folie. Pour d’autres encore, il n’y avait aucun doute sur mon imbécilité, que j’étais un simple d’esprit. Je ne savais pas comment définir cette expérience. Il m’apparaissait juste de prendre toutes ces explications, et d’autres aussi, comme valables. Pour le moment, les conséquences étaient surtout néfastes dans le quotidien, aucune explication ne me libérerait. Au contraire. Je me suis donc contenté de vérifier par l’expérimentation chacune d’entre elles.

Un chemin de croix, comme je l’ai déjà décrit sur ce blogue. Plus le temps passait, plus je me demandais si j’avais la bonne approche. Peut-être que je devrais simplement me soumettre à une des explications de maladie mentale, l’accepter comme unique réalité. Toutefois, une force certainement plus forte que moi me poussait à suivre ce que j’appellerai plus tard des structures. Il n’y avait qu’en agissant ainsi que l’amour en moi avait son plein sens. Je suivais mon chemin de croix, aveuglément.

Encore une fois, je vous ramène à ce moment spécial, bizarre et flou. Une période que je souhaite comprendre davantage, mais que je dois pour l’instant résumer en un diagnostic d’autisme. Celui-ci m’a permis de nommer ce que je voyais : des structures. Ça m’a libéré. Une famille m’a adopté, a fait confiance en mon cheminement avec mes visions et, enfin, j’ai pu commencer à profiter du travail fait sur moi. Avouer ouvertement que j’étais un artiste conceptuel, que je parlais la langue du « concept », a été un ancrage. Tout comme le fait d’accepter que ma façon de m’exprimer était de la poésie, une forme adaptée pour transmettre les concepts. Voilà la base pour une nouvelle vie.

Les souffrances que je racontais, les injustices que je dénonçais, les murs rencontrés que je décrivais n’étaient plus de la victimisation, mais une source de fierté. J’ai traversé tout ça. J’affiche mon chemin de croix, comme une médaille de bravoure, avec honneur. Je commence à m’amuser de ces faux diagnostics qui m’ont tant fait souffrir.

9 mars 2026


Pride

Bon 85e Yvon Deschamps

Bon 85e Yvon Deschamps, a show seen on Yoop. I was young and did not really understand this humor that valued stereotypes, injustices, and that targeted women. How could one laugh at that? In a way, it hurt me. Mind you, I suspect my autism plays a role in this decoding problem. I do not know. I doubt everything; from the meaning of words to the events happening before me, including what I feel. Let’s just say this form of humor gives me a hard time.

Every sentence plunges me into an endless reflection. I look for the message, what the comedian wanted to convey, beyond the displayed ridicule. I enter a dead-end labyrinth. My understanding is practically infinite. Is he making a caricature of his romantic relationship or is it a fairly real description he is amusing himself with? Perhaps he doesn’t even realize the full extent of it, that his unconscious reveals him more than he thinks? The discovery of a universe. Every aspect is subject to investigation.

Thus, lost in the infinity of possible links, for lack of appropriate help to get me out of said labyrinth, I take refuge in doubt and leave it in suspense. Ultimately, I am only adding a new layer to this path that leads nowhere. Two dead-end labyrinths connected to each other. In fact, Yvon Deschamps’ thoughtful humor denounces things in a caricatured way. It highlights ordinary aspects of our daily life, of our little lives, aspects that we experience and no longer see. The sentences have a hidden meaning; it is doubly funny.

In addition: Yvon Deschamps back on stage for his 85th birthday Also in addition: Celebrating the commitment of Yvon Deschamps

My text: Pride

The void has thus become full. From a reality that had practically no meaning most of the time, an absolute void had been experienced. Gradually, I invested myself in it. With love. I lived this love within me, ultimately the only thing that had meaning. My simplest expression.

I discovered a new plane of consciousness. Not that it didn’t exist before me, but I did not know it. I saw a planet of an opaque and luminous white. The beings who inhabited this Earth — for me it is indeed the place where we live presently, albeit elsewhere — everything was linked, bathed in this sort of luminous matter. Harmony reigned, as you surely suppose.

In any case, talking about it brought me trouble. Some saw it — one must laugh about it — as hallucinations. For others, there was no need to precisely name this madness. For still others, there was no doubt about my imbecility, that I was a simpleton. I did not know how to define this experience. It seemed right to take all these explanations, and others too, as valid. For the moment, the consequences were mostly harmful in daily life; no explanation would free me. On the contrary. I therefore contented myself with verifying each of them through experimentation.

A stations of the cross, as I have already described on this blog. The more time passed, the more I wondered if I had the right approach. Perhaps I should simply submit to one of the explanations of mental illness, accept it as the sole reality. However, a force certainly stronger than I pushed me to follow what I would later call structures. It was only by acting this way that the love within me had its full meaning. I followed my stations of the cross, blindly.

Once again, I bring you back to this special, bizarre, and blurred moment. A period I wish to understand more, but which I must for now summarize in a diagnosis of autism. This allowed me to name what I was seeing: structures. It freed me. A family adopted me, trusted in my journey with my visions and, finally, I was able to start benefiting from the work done on myself. Openly admitting that I was a conceptual artist, that I spoke the language of the « concept, » was an anchoring. Just like accepting that my way of expressing myself was poetry, a form adapted to transmit concepts. That is the basis for a new life.

The sufferings I recounted, the injustices I denounced, the walls encountered that I described were no longer victimization, but a source of pride. I went through all of that. I display my stations of the cross like a medal of bravery, with honor. I am beginning to be amused by these false diagnoses that caused me so much suffering.

March 9, 2026


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