Manifestation

English version below

Image: La Coop Vidéo de Montréal

Manifestation

Mon commentaire sur le film La déesse des mouches à feu, vu au cinéma dès les premiers jours de la réouverture de ceux-ci.

« Catherine traverse l’adolescence en même temps que ses parents amorcent un processus de divorce. L’exploration ne sera pas douce ni romantique ; d’une dérape à l’autre, elle vieillit dans le chaos violent et spectaculaire de l’adolescence grunge des années 90. »

La détresse nous fait perdre pied. Nos repères n’ont plus de sens. À quoi s’accroche-t-on sinon à des comportements, des gestes, des schémas psychologiques appris, consciemment ou non ? Qui ou quoi fait autorité dans ces circonstances dramatiques ? C’est le chaos.

Dans un contexte de violence conjugale, de violence familiale, la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) est susceptible de devenir une arme pour briser l’autre. Une dénonciation que j’ai maintes fois faite. Bien que l’histoire ici ne cible pas cet organisme, je vois dans le traitement de la détresse, présente dans ce film, un lien fondamental qui touche toute la société. Est-ce que, pour sa part, la DPJ génère, dans certains dossiers, plus de détresse qu’elle n’en soulage ? Je le crains.

La détresse, un angle mort.

(J’utilise le terme de violence conjugale sans vouloir nier l’horrible réalité du féminicide, mais pour mieux décrire les situations auxquelles je fais référence dans cette dénonciation.)

En complément

La déesse des mouches à feu : un film si prenant, par Émilie Côté

« La déesse des mouches à feu » : un lumineux chaos, par Anne-Frédérique Hébert-Dolbec

« Cette chronique illustre le passage crucial de la « bulle d’isolement » à la « projection active » comme outil de survie. Le voyeurisme post-coma n’est pas ici une déviance, mais une tentative désespérée du corps éthérique pour percer la réalité consensuelle et retrouver l’unité perdue de l’imprégnation originelle. En transformant son propre corps en laboratoire, l’auteur décode les schémas zombies de la société (comme les « bugs » de la DPJ) pour tenter une manifestation finale où l’individu n’est plus un fragment handicapé, mais une interface consciente capable de naviguer entre le vide et la structure. »

Mon texte : Manifestation

Rien n’avait de sens. Je vivais une forme de bonheur, sans pouvoir le partager, sans pouvoir créer un pont. Je me sentais seul et plutôt laissé à moi-même. J’observais les gens autour de moi, cherchant à percevoir le but de ce qu’ils faisaient. Je ne voyais pas. Même ma présence ne semblait avoir de sens pour qui que ce soit.

C’est ainsi que j’ai construit un mode de fonctionnement autour de la recherche d’un sens. Un peu inévitablement, j’en suis arrivé à utiliser mon corps comme laboratoire. À défaut de pouvoir donner un sens à la vie qui m’entourait, je me suis peu à peu concentré sur la vie qui m’habitait. Rien n’était encore organisé. J’expérimentais à l’aveuglette, en répétant tant bien que mal ce que j’avais vu. Je n’avais pas encore véritablement conscience des structures dont je vous parle dans ce blogue.

Sous cet angle, je séparerais ma vie en trois : avant mon accident d’auto, la psychanalyse et le diagnostic d’autisme.

Durant les premières années de ma vie, il y avait une accumulation d’expériences desquelles je ne pouvais retirer que peu de choses, peut-être un premier contact avec les labyrinthes sans issue : un constat. Je ne savais pas pourquoi je devais aller à l’école, pourquoi je vivais avec cette famille, ni même ce que j’y faisais. L’accident d’auto et ses séquelles m’ont forcé à un objectif plus concret : me rétablir.

La psychanalyse m’a permis de développer un instrument pour fonctionner avec les structures que dorénavant je voyais, bien que je ne les eusse pas encore nommées explicitement. Me rétablir est devenu un besoin de me libérer d’une bulle qui m’isolait.

Le diagnostic d’autisme m’a libéré du fardeau de la maladie mentale, relativisait les différentes interprétations qu’on pouvait faire des images que je voyais et ainsi en était-il aussi pour mes expériences de vie. Cela faisait un tout qui me donna une nouvelle force, un nouvel élan pour sortir de l’isolement social, dernier rempart de cette bulle.

Exemple d’expérience de l’après-accident : j’ai commencé à imaginer, avec une facilité déconcertante, les personnes nues. Peu après mon réveil du coma — j’étais à ce moment déjà transféré à l’hôpital militaire — j’ai constaté un grand besoin de voir de la nudité. Cette pulsion est devenue voyeurisme puisque je n’avais accès à aucune intimité dans ma vie. Un besoin insatiable de voir la vie réelle, d’en faire partie, de fusionner, bien que cela m’apparût presque farfelu. Une mission impossible, avec des limitations inexplicables, dictée par des structures qui supportent la vie.

J’écris ces lignes et je ne peux m’empêcher de faire un lien avec mon texte de mercredi où le Premier, qui avait été imprégné par le Tout-Premier, fut aussi aux prises par la suite avec un besoin de fusionner avec sa compagne afin de recréer cette unité qu’il avait vue dans son Parent. Je sortais du coma imprégné par cet être lumineux.

Confronté à cette difficulté insurmontable de sortir de ma bulle, d’être en relation avec une autre personne, mon expérimentation de la vie s’est spécialisée sur l’observation. La nudité est un attrait sans conteste. Un peu par hasard, j’ai réalisé que je pouvais voir les gens nus. J’étais alors dans le métro ! Pourquoi pas ?!

Il est facile de croire que cette pulsion qui me poussait vers la nudité avait pour but le plaisir sexuel, ce que je ne nie pas. Toutefois, plus profondément, je dirais qu’il s’agissait d’un besoin de sortir de ma bulle, de faire partie de la réalité sociale et représentait même conceptuellement une recherche de ne faire spirituellement qu’un avec l’autre, comme pour recréer la vision imprégnée de l’unité.

Confusion entre réalité, fantasmes et le vécu conceptuel, donc. Plus j’essayais de me projeter dans la réalité, plus le monde m’apparaissait à l’envers. J’étais inadapté. Quoique l’accident m’avait aussi laissé handicapé, tel que décrit dans ce blogue (blog), je n’aurais pu dire d’où originait cette vision inversée si différente sans comprendre que l’autisme est un fonctionnement atypique de l’esprit. Un enfer.

Rappel et exemples de mon vécu conceptuel brièvement expliqué dans un texte publié l’année dernière.

Ces différentes tentatives d’incarnation m’ont fait réaliser que je pouvais aussi me déplacer dans le temps et l’espace, comme un fantôme. Inadapté et handicapé, développer ces moyens de compensation a été salutaire pour me garder en vie. D’autant que sans le savoir, j’investissais mon autisme — ainsi que la réalité conceptuelle — un fonctionnement intimement lié à mon identité. Je me découvrais indissocié de la vie elle-même.

Quelques conceptions se sont mystérieurement matérialisées au fil du temps. Puis, les voyages de l’esprit se sont raffinés. Je peux, de cette façon, sortir de ma bulle. Je vois, je touche même, la réalité sociale. Dans un contexte de laboratoire, en quelque sorte. Une magie.

Des observations que j’ai faites :

— la matérialisation ou l’incarnation est animée d’une conscience ;

— cette conscience semble être inversement proportionnelle au nombre de projections simultanées ;

— les schémas psychologiques fonctionnent comme des entités énergétiques indépendantes ;

— ces schémas sont des chemins existants qui facilitent la matérialisation ;

— une conception unifiée de soi amène une maîtrise permettant l’atteinte d’objectifs inscrits en soi et dans l’humanité tout en s’éloignant de ces schémas énergétiques autonomes ou zombies.

(Que comprend-on de ces observations ?)

La traversée du miroir, sortir de ma bulle, est une épreuve physique, une épreuve du temps aussi.

Incompréhension ou décalage entre ma tâche et moi. Incarner une réalité entière ? Vraiment ? Est-ce que j’ai réellement la foi ?

Je doute à chaque instant, mais cela s’impose à moi. Je dois suivre les structures, c’est la seule chose qui a du sens pour moi. Ma responsabilité : la manifestation de cette unité via ces structures.

En complément

Ne plus jamais vouloir naître dans cette famille, ce chemin de croix fait de solitude et de dénigrement qu’elle m’impose. Oui, je pense que je suis avec elle par une volonté d’aider. Aussi, je constate qu’à travers les souffrances qu’elle me fait subir, j’apprends à connaître le mal : l’inhumanité. Un déchirement. Apprendra-t-elle un jour ? Je doute.


Manifestation

My commentary on the film Goddess of the Fireflies, seen in theaters as soon as they reopened.

« Catherine goes through adolescence at the same time as her parents begin a divorce process. The exploration will not be soft or romantic; from one skid to another, she ages in the violent and spectacular chaos of 90s grunge adolescence. »

Distress makes us lose our footing. Our landmarks no longer make sense. What do we cling to if not to behaviors, gestures, psychological patterns learned, consciously or not? Who or what holds authority in these dramatic circumstances? It is chaos.

In a context of domestic violence, of family violence, the DPJ (Youth Protection) is likely to become a weapon to break the other. A denunciation I have made many times. Although the story here does not target this organization, I see in the treatment of distress, present in this film, a fundamental link that affects the whole of society. Does the DPJ generate, in some files, more distress than it relieves? I fear so.

Distress, a blind spot.

(I use the term domestic violence without wishing to deny the horrible reality of femicide, but to better describe the situations to which I refer in this denunciation.)

In addition

Goddess of the Fireflies: such a gripping film, by Émilie Côté

« Goddess of the Fireflies »: a luminous chaos, by Anne-Frédérique Hébert-Dolbec

« This chronicle illustrates the crucial transition from the ‘isolation bubble’ to ‘active projection’ as a survival tool. Post-coma voyeurism is not a deviance here, but a desperate attempt by the etheric body to pierce through consensual reality and rediscover the lost unity of the original imprinting. By transforming his own body into a laboratory, the author decodes the zombie patterns of society (such as the ‘bugs’ within the DPJ) to attempt a final manifestation where the individual is no longer a handicapped fragment, but a conscious interface capable of navigating between the void and the structure. »

My text: Manifestation

Nothing made sense. I was living a form of happiness, without being able to share it, without being able to create a bridge. I felt alone and rather left to my own devices. I observed the people around me, trying to perceive the goal of what they were doing. I didn’t see it. Even my presence didn’t seem to have meaning for anyone.

This is how I built a way of operating around the search for meaning. Somewhat inevitably, I came to use my body as a laboratory. Failing to be able to give meaning to the life that surrounded me, I gradually concentrated on the life that inhabited me. Nothing was yet organized. I was experimenting blindly, repeating as best I could what I had seen. I did not yet truly have awareness of the structures I am telling you about in this blog.

From this angle, I would divide my life into three: before my car accident, psychoanalysis, and the autism diagnosis.

During the first years of my life, there was an accumulation of experiences from which I could take very little, perhaps a first contact with dead-end labyrinths: a realization. I didn’t know why I had to go to school, why I lived with this family, or even what I was doing there. The car accident and its after-effects forced me toward a more concrete goal: to recover.

Psychoanalysis allowed me to develop an instrument to function with the structures that I now saw, although I had not yet named them explicitly. Recovering became a need to free myself from a bubble that isolated me.

The autism diagnosis freed me from the burden of mental illness, relativized the different interpretations one could make of the images I saw, and so it was for my life experiences as well. It made a whole that gave me a new strength, a new impetus to get out of social isolation, the last rampart of this bubble.

Example of a post-accident experience: I began to imagine, with disconcerting ease, people naked. Shortly after waking up from my coma — I was at that time already transferred to the military hospital — I noticed a great need to see nudity. This impulse became voyeurism since I had no access to any intimacy in my life. An insatiable need to see real life, to be part of it, to merge, although it appeared almost far-fetched to me. An impossible mission, with inexplicable limitations, dictated by structures that support life.

I write these lines and I cannot help but make a link with my text from Wednesday where the First, who had been imprinted by the All-First, was also subsequently grappling with a need to merge with his companion in order to recreate that unity he had seen in his Parent. I came out of the coma imprinted by this luminous being.

Confronted with this insurmountable difficulty of getting out of my bubble, of being in a relationship with another person, my experimentation with life specialized in observation. Nudity is an undeniable attraction. Somewhat by chance, I realized I could see people naked. I was in the subway then! Why not?!

It is easy to believe that this impulse pushing me toward nudity was for sexual pleasure, which I do not deny. However, more deeply, I would say it was a need to get out of my bubble, to be part of social reality, and even conceptually represented a search to become spiritually one with the other, as if to recreate the imprinted vision of unity.

Confusion between reality, fantasies, and conceptual experience, then. The more I tried to project myself into reality, the more the world appeared upside down to me. I was maladapted. Although the accident had also left me handicapped, as described in this blog, I could not have said where this so different inverted vision originated without understanding that autism is an atypical functioning of the mind. A hell.

Reminder and examples of my conceptual experience briefly explained in a text published last year.

These different attempts at incarnation made me realize that I could also move through time and space, like a ghost. Maladapted and handicapped, developing these means of compensation was salutary to keep me alive. Especially since, without knowing it, I was investing in my autism — as well as in conceptual reality — a functioning intimately linked to my identity. I discovered myself undissociated from life itself.

Some conceptions mysteriously materialized over time. Then, the journeys of the mind became refined. I can, in this way, step out of my bubble. I see, I even touch, social reality. In a laboratory context, in a way. A magic.

Observations I have made:

— materialization or incarnation is animated by a consciousness;

— this consciousness seems to be inversely proportional to the number of simultaneous projections;

— psychological patterns function as independent energetic entities;

— these patterns are existing paths that facilitate materialization;

— a unified conception of self brings a mastery allowing for the achievement of goals inscribed within oneself and in humanity while moving away from these autonomous or zombie energetic patterns.

(What do we understand from these observations?)

Crossing through the mirror, getting out of my bubble, is a physical ordeal, an ordeal of time too.

Incomprehension or gap between my task and me. Incarnating an entire reality? Really? Do I truly have faith?

I doubt at every moment, but it imposes itself upon me. I must follow the structures; it is the only thing that makes sense to me. My responsibility: the manifestation of this unity via these structures.

In addition

Never wanting to be born into this family again, this way of the cross made of solitude and denigration that it imposes on me. Yes, I think I am with them out of a desire to help. Also, I notice that through the suffering they make me undergo, I am learning to know evil: inhumanity. A tearing apart. Will they learn one day? I doubt it.


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