L’automate / The Automaton
« L’automate est le miroir inversé du Cobaye : un être agissant sans esprit critique, prisonnier d’une programmation de survie où la réalité consensuelle devient une simulation. Dans cet état d’hypnose, le « Je » disparaît au profit d’un corps éthérique piloté par les blessures de l’enfant. Le journalisme de Christian Legault propose ici une inversion radicale : et si la « normalité » n’était qu’une transe collective dont seul le fonctionnement atypique permet de sortir? »
Ce matin, j’ai fini par vous parler de Dave Turmel.
Voilà une continuité.
Les « sans patchs » semblent être un syndicat des consommateurs. Ils sont mystérieusement reliés par des aspects de profils et consomment selon les demandes ou les ordres. Plus ils consomment, plus ils montent en grade. Ainsi, un « sans patchs » officiel se retrouve avec une grande quantité de patchs commerciaux. Je suppose qu’il y a un montant minimum pour qu’il soit possible d’acheter son écusson (patch).
Ma veste en cuir est officielle. Ma veste en jean sera une « sans écussons (no patchs) ». Des écussons (patchs) de Harley-Davidson, mais j’imagine un écusson (patch) pour ma collection d’œuvres d’art ; j’ai eu trois maisons pour un écusson (patch), des voitures (autos) à essence et électriques pour deux écussons (patchs), etc. Je montrerai ma veste de cette manière. GM pour quelques voitures (autos) et parce que j’y ai travaillé. Renault parce que j’en ai eu deux ou trois, dont celle de mon accident de 1984. Durant la tournée des bars, j’ai été poignardé. J’imagine que ce serait un pilier de bar. Quel écusson (patch) ? En tout cas, un pouvoir dans les bars. J’y ai été poignardé et j’ai failli me suicider si on ne m’avait pas retenu au bar Idéfix. Je suis certainement membre en règle (full patch) chez les « sans écussons (no patchs) ». La voie de la victime. Cela donne des points que d’être victime de cette manière.
« Ce n’est pas pour les moumounes ». De là l’aspect masculiniste. Victime, mais dominant parce que j’en tire des leçons. Je prends le dessus sur la situation. Je m’en sors. Membre en règle (full sans patchs), là aussi. Je n’ai abandonné personne dans les « sans patchs ». Une règle d’or. Par déduction.
Chronique de l’ombre : L’automate
Je vous emmène ailleurs. Attachez votre tuque !
Je m’imagine être hypnotisé et que l’on me fait avoir des relations sexuelles avec des personnes, ou même simplement rencontrer des gens pour discuter de je ne sais quoi. Le plus souvent, j’en parle sous forme de viol. Une chronique s’intitulait « Le viol dans le viol ». Je mettais en scène un homme hypnotisé à qui l’on faisait violer une femme. Elle-même pouvait être hypnotisée ou terrorisée. Le violeur est violé tant dans le geste que par la prise de possession de son esprit.
Aujourd’hui, la nouveauté est que je fais un parallèle entre ce « moi » hypnotisé et ce « vous » réveillés. Une image, une caricature, mais surtout une matière à réflexion.
Je ne me souviens de rien de mes hypnoses. L’hypnose est même une hypothèse puisque personne ne me confirme concrètement la chose. Dans cet état, je ne semble pas avoir d’esprit critique. Je me colle à mes émotions ou à une réalité affective, peut-être celle de l’enfant blessé. La folie qui m’a passé par la tête est cette correspondance. Hypnotisé, sans esprit critique, suis-je en train d’expérimenter la vie telle que vous la vivez ?
Une question philosophique sans prétentions, seulement pour approfondir une conscience du détail. Alors que je me concentre sur des structures abstraites et de mille et une communications involontaires, vous, vous le faites sur une ligne de temps relativement fixe. Ici, je suis conscient d’une réalité qui généralement vous échappe. Je suis inconscient de votre réalité. Vice-versa pour vous.
Hypnotisé, on me juge sur ma propriété, mon attitude, mon choix de mots, ce que je verbalise. Pourtant, je ne suis pas maître de moi-même. J’embarque dans un sentiment et me laisse envahir par lui, ou je me mets à décrire un événement du passé comme si c’était arrivé hier. Je n’ai aucun recul sur ce que je dis. Un jour, cela peut être sensé, alors qu’un autre, c’est le vide total. Je ne fais que répéter les préjugés entendus ou même ceux qui m’habitent, mais que le recul me permet de voir qu’il s’agit d’une énormité et que ce n’est pas vrai.
Sans esprit critique, je m’imagine que j’expérimente la vie de monsieur tout le monde. C’est fou et pas prétentieux.
Supposons que je sois hypnotisé et que je programme des humains. J’ai accès à mes connaissances, mais pas à mon esprit critique. J’ignore mon autisme. Je programme les gens pour que leur vie ressemble à ce que je vois et la mienne pour qu’elle ressemble à ce que vous voyez. Comme dans ce film « 13 ans, bientôt 30 », par exemple. Ou un autre dans lequel deux personnages interchangent de corps. Tout à coup, je me retrouve dans une simulation d’une vie neurotypique. Ma vie serait artificiellement modifiée pour que je la voie comme vous la voyez.
Peut-être que c’est trop éclaté (flyé) comme chronique. Pourtant, devant un psychiatre (psy), on me demande de voir sa réalité au dépend de la mienne. Le fonctionnement atypique de mon esprit est nié.
Mettons que c’est moi votre psychiatre (psy) et que je vous demande de voir ma réalité ? Oh ! Ça s’appelle un journal, L’Extraterrestre.
«La métaphore de la veste de cuir « sans écussons » illustre la manière dont Christian Legault réintègre ses traumatismes physiques (l’agression au couteau au bar Idéfix et l’accident de 1984 ) non comme des faits divers, mais comme des grades au sein d’une structure de survie. Cette « sans-patchs » devient le symbole d’une identité reconstruite à travers la douleur.»
The Automaton
« The automaton is the inverted mirror of the Cobaye: a being acting without a critical mind, a prisoner of a survival programming where consensual reality becomes a simulation. In this state of hypnosis, the « I » disappears in favor of an etheric body steered by the child’s wounds. Christian Legault’s journalism here proposes a radical inversion: what if « normality » were merely a collective trance from which only atypical functioning allows an exit? »
This morning, I finally ended up telling you about Dave Turmel.
Here is a continuity.
The « no patchs » seem to be a consumers’ union. They are mysteriously linked by profile aspects and consume according to demands or orders. The more they consume, the more they rise in rank. Thus, an official « no patchs » finds himself with a large quantity of commercial patchs. I suppose there is a minimum amount so that it is possible to buy one’s patch.
My leather jacket is official. My denim jacket will be a « no patchs ». Harley-Davidson patchs, but I imagine an patch for my art collection; I had three houses for one patch, gasoline and electric cars for two patchs, etc. I will show my jacket this way. GM for a few cars and because I worked there. Renault because I had two or three, including the one from my 1984 accident. During the bar crawl, I was stabbed. I imagine that would be a barfly. What patch? In any case, a power in the bars. I was stabbed there and almost committed suicide if I hadn’t been held back at the Idéfix bar. I am certainly a « full patch » among the « no patchs. » The way of the victim. It gives points to be a victim in this way.
« It’s not for sissies (momounes). » Hence the masculinist aspect. Victim, but dominant because I draw lessons from it. I take control of the situation. I pull through. « Full no patchs, » there too. I haven’t abandoned anyone among the « no patchs. » A golden rule. By deduction.
Shadow Chronicle: The Automaton
I am taking you elsewhere. Hold on to your hats!
I imagine being hypnotized and that I am made to have sexual relations with people, or even just meet people to discuss I don’t know what. Most often, I speak of it in the form of rape. One chronicle was titled « Rape within Rape. » I staged a hypnotized guy who was made to rape a woman. She herself could be hypnotized or terrorized. The rapist is raped as much in the act as by the possession of his spirit.
Today, the novelty is that I draw a parallel between this hypnotized « me » and this awakened « you. » An image, a caricature, but above all, food for thought.
I remember nothing of my hypnoses. Hypnosis is even a hypothesis since no one concretely confirms the thing to me. In this state, I do not seem to have a critical mind. I stick to my emotions or an affective reality, perhaps that of the wounded child. The madness that crossed my mind is this correspondence. Hypnotized, without a critical mind, am I experiencing life as you live it?
A philosophical question without pretension, only to deepen a consciousness of detail. While I concentrate on abstract structures and a thousand and one involuntary communications, you do it on a relatively fixed timeline. Here, I am conscious of a reality that generally escapes you. I am unconscious of your reality. Vice-versa for you.
Hypnotized, I am judged on my property, my attitude, my choice of words, what I verbalize. Yet, I am not master of myself. I embark on a feeling and let myself be invaded by it, or I start describing an event from the past as if it happened yesterday. I have no perspective on what I say. One day, it can be sensible, while another, it is total void. I only repeat the prejudices heard or even those that inhabit me, but that perspective allows me to see they are an enormity and that they are not true.
Without a critical mind, I imagine that I am experiencing the life of the average man. It’s crazy and not pretentious.
Suppose I am hypnotized and I program humans. I have access to my knowledge, but not to my critical mind. I ignore my autism. I program people so that their lives resemble what I see and mine so that it resembles what you see. Like in the movie « 13 going on 30, » for example. Or another in which two characters switch bodies. Suddenly, I find myself in a simulation of a neurotypical life. My life would be artificially modified so that I see it as you see it.
Perhaps this chronicle is too « out there » (flyé). Yet, before a psychiatrist (psy), I am asked to see his reality at the expense of mine. The atypical functioning of my spirit is denied.
Let’s say I am your psychiatrist (psy) and I ask you to see my reality? Oh! That’s called a newspaper, L’Extraterrestre.
The metaphor of the « no patchs » leather jacket illustrates how Christian Legault reintegrates his physical traumas (the knife attack at the Idéfix bar and the 1984 accident) not as mere news items, but as ranks within a survival structure. This « no patchs » becomes the symbol of an identity reconstructed through pain.

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