La discrimination

Le diable en canot d'écorce, Un conte revisité par Michel Tremblay, raconté par Laurent Paquin. Musique de l'OSM.

La discrimination

Le Diable en canot d’écorce, sur TOU.TV. À la Maison symphonique de Montréal, le son et l’ambiance sont incroyables. C’est certain que ma télévision ne me rend pas toute cette réalité. Néanmoins, j’ai pu apprécier la musique de l’Orchestre symphonique de Montréal qui accompagne le conte de Noël revisité par Michel Tremblay et raconté par Laurent Paquin. J’ai bien aimé l’ensemble. C’était aussi l’occasion de me plonger dans les histoires de nos ancêtres qui nous habitent encore.

Mon texte

Laissez-moi vous parler encore un peu de moi, de mon vécu, de la façon dont la discrimination s’est présentée dans ma vie.

Dès ma naissance, j’ai été identifié comme différent ; ça se savait. L’un de mes plus vieux souvenirs est celui où j’ai cassé une plante d’une seule main alors que ma mère m’invitait à la rejoindre à la fenêtre pour voir mon père revenir à la maison. Je ne sais pas comment j’ai su qu’il s’agissait d’un mensonge, que mon père ne reviendrait pas ; c’était une certitude en moi, simplement. Mes parents ont divorcé lorsque j’avais 18 mois. Ma mère s’est référée à cette colère toute ma vie : j’étais « le colérique ». Les autres suppositions de maladie mentale ne m’étaient pas dites ; j’ai réalisé beaucoup plus tard leur présence, et encore plus tard leurs impacts à travers les lourdes répercussions sur ma vie et mon bien-être.

Avec mon accident de voiture, le polytraumatisme crânien et l’amnésie, la « machine » est partie. Aux théories secrètes de ma famille se sont ajoutées celles des médecins, de l’Armée, de la SAAQ* et d’autres encore. Chacun expliquait pourquoi j’étais comme ça, pourquoi j’étais différent. Personne n’avait de solution, personne ne me demandait si j’étais d’accord, si cela me faisait du bien ou si cela me permettait de vivre. Rien. Nada. Niet. Même après avoir été indemnisé ! On disait qu’on m’avait donné cet argent pour me faire taire.

J’ai vu mon isolement grandir, tout comme ma souffrance, de plus en plus vécue dans le silence. Chaque mot que j’utilisais servait à justifier une maladie mentale : mon labyrinthe sans issue.

Je ne demande à personne de comprendre comment mon esprit fonctionne. Je ne sais même pas s’il est possible que cela se fasse. Il suffirait que l’on puisse reconnaître et accepter que je fonctionne différemment, que j’analyse et expérimente la vie différemment. Ce que je demande, par contre, c’est d’être aimé et respecté pour ce que je suis, avec ma différence. Je n’en peux plus des fausses théories sur ce que je suis, sur cette « maladie » qui m’habiterait au point que je serais intégralement elle — au point que je ne serais plus un être humain, mais plutôt une petite chose à caser, à traiter, à éliminer. Un poids pour ma famille et pour cette société, comme si ma disparition allait enfin soulager l’une et l’autre. Ça suffit.

Ça suffit. Je me suis séparé, puis j’ai divorcé. Peu à peu, les contacts avec ma famille ont aussi diminué pour finalement ne plus exister. Je ne vois plus de médecin pour m’expliquer ma différence, mais j’ai fait des démarches avec mon médecin de famille pour « diffuser » autant que possible dans le système de santé le fait que je suis autiste, afin de mettre en perspective les faux diagnostics. Je fais la paix avec mon passé en comprenant d’où venaient ces erreurs, les avantages que certains tiraient de ces faussetés, et ce qui poussait ma famille à se décharger en projetant maladivement sur moi ses propres problèmes. Ces agissements inhumains envers moi sont maintenant derrière moi. Je me doute toutefois que je devrai sans cesse rester vigilant pour me protéger, en démontrant tout ce que je peux réussir sans le poids de la discrimination.

*Société de l’assurance automobile du Québec

10 mars 2026


Discrimination

Le Diable en canot d’écorce (The Devil in a Bark Canoe), on TOU.TV. At the Maison symphonique de Montréal, the sound and atmosphere are incredible. Of course, my television cannot fully capture that reality. Nevertheless, I was able to appreciate the music of the Orchestre symphonique de Montréal accompanying the Christmas tale revisited by Michel Tremblay and narrated by Laurent Paquin. I enjoyed the whole experience. It was also an opportunity to immerse myself in the stories of our ancestors that still dwell within us.

My Text

Let me tell you a bit more about myself, my experience, and how discrimination has manifested in my life.

From birth, I was identified as different; it was known. One of my oldest memories is breaking a plant with one hand while my mother invited me to the window to watch my father return home. I don’t know how I knew it was a lie, that my father would not be coming back; it was simply a certainty within me. My parents divorced when I was 18 months old. My mother referred to that anger my whole life: I was « the angry one. » Other assumptions of mental illness were not told to me; I realized their presence much later, and even later, their impact through the massive repercussions on my life and well-being.

With my car accident, the multiple head trauma, and the amnesia, the « machine » started up. To my family’s secret theories were added those of doctors, the Army, the SAAQ*, and others. Everyone explained why I was this way, why I was different. No one had a solution, no one asked if I agreed, if it did me any good, or if it allowed me to live. Nothing. Nada. Niet. Even after being compensated! It was said that the money had been given to me to keep me quiet.

I saw my isolation grow along with my suffering, more and more in silence. Every word I used was used to justify a mental illness: my dead-end labyrinth.

I don’t ask anyone to understand how my mind works. I don’t even know if that is possible. It would be enough if people could acknowledge and accept that I function differently, that I analyze and experience life differently. What I do ask for, however, is to be loved and respected for who I am, with my difference. I am done with false theories about who I am, about the « illness » that supposedly inhabits me to the point where I am entirely defined by it—to the point where I would no longer be a human being, but rather a small thing to be pigeonholed, treated, or eliminated. A nuisance for my family and this society, as if my disappearance would finally relieve both. Enough is enough.

Enough. I separated, then divorced. Gradually, contact with my family also diminished until it eventually ceased to exist. I no longer see doctors to explain my difference, but I have taken steps with my family physician to « broadcast » as much as possible within the healthcare system the fact that I am autistic, in order to put the false diagnoses into perspective. I am making peace with my past by understanding where those false diagnoses came from, the advantages some gained from those falsehoods, and what pushed my family to offload their own problems by unhealthily projecting them onto me. These inhuman actions toward me are now at a much lower level than ever before. However, I suspect I will always have to be careful to protect myself—by demonstrating everything I can achieve without the weight of discrimination.

*Quebec’s automobile insurance board (Société de l’assurance automobile du Québec)

March 10, 2026


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