Auteur : Christian Legault

  • Projet social : La suite

    Projet social : La suite

    Projet social : La suite

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    Mon fonctionnement autistique obtient ses meilleurs résultats lorsque je m’imprègne d’une réalité concrète. « L’infiltration » me permet de mieux ancrer les structures que je perçois dans la réalité quotidienne de chacun. Cette immersion ouvre des perspectives qui, jusque-là, étaient trop floues pour être totalement fiables.

    La découverte de mon propre fonctionnement s’est faite graduellement, sans que je réalise à quel point il différait de celui des autres. Ce n’est qu’en 2018, avec le diagnostic d’autisme (Asperger), que les pièces du casse-tête se sont assemblées.

    Être confiné dans un rôle, dans une image, ou derrière l’écran d’un cellulaire, a été ma seule façon d’échapper aux diagnostics erronés en santé mentale. Bien sûr, comme pour tout le monde, mon équilibre a été mis à l’épreuve, a vacillé et s’est parfois brisé. Je me suis retrouvé prisonnier de mon téléphone, où j’ai fini par me spécialiser dans les réseaux sociaux et la « webréalité ».

    L’isolement et la perte de contact humain étaient à la fois une nécessité et une conséquence inévitable. On aurait pu procéder autrement, certes, mais cela aurait retardé mon projet social de plusieurs mois, voire de plusieurs années. C’est un sacrifice que je n’aurais probablement pas accepté, compte tenu de mon état avant le diagnostic.

    Enfermé dans ce rôle, j’ai vécu l’indifférence et le rejet. Je me sentais observé comme un animal au zoo. J’avais l’impression qu’on me « lançait » des photos pour tester mes réactions. J’étais dans un laboratoire. C’est d’ailleurs ainsi que je me traitais moi-même : comme un sujet d’expérimentation, sans toujours respecter ce que je suis ou comprendre mes propres limites.

    J’ai été mis à l’épreuve pour tester mon endurance, pour servir d’exutoire à la colère et aux frustrations des autres, mais aussi pour consolider ce chemin où j’apprenais à canaliser mes propres jugements sur moi-même. On m’a jugé et condamné pour tous les péchés du monde ; je devais traverser ce purgatoire pour enfin voir la lumière.

    À ma grande surprise, certains s’étonnaient que, tel l’animal en cage, je réagisse à la douleur infligée volontairement ! Je rappelle que j’étais isolé et privé de tout contact humain. Ce mode de vie m’a été imposé, c’est vrai. En même temps, je ne crois pas que j’aurais fait un choix différent, car une décision sans appel devait être prise.

    La boucle est bouclée. J’ai découvert des personnes formidables qui m’ont aidé par leur simple humanité. Je ne pourrais sortir de cet enfermement en jugeant quiconque ; cela n’aurait aucun sens et me maintiendrait prisonnier d’une autre cage. Au contraire, cela clôt le chapitre. Chaque être est humain et doit apprendre à vivre avec son fonctionnement, plus ou moins atypique.

    L’humain en moi — cette partie dont on a fait abstraction tout au long du projet — comment vivra-t-il la suite ? Je l’ignore. C’est une nouvelle réalité que je dois investir. Vous connaissez mon esprit multidimensionnel, militaire et amoureux de l’être humain. Cela ne changera pas et servira de base à la suite de mon projet social.

    À la semaine prochaine ?

    MAJ 6 mars 2026


    Social Project: The Next Phase

    My autistic way of functioning achieves its best results when I am fully immersed in a reality. « Infiltration » allows me to better integrate the structures I see into everyone’s daily lives. Engaging with this reality opens up possibilities that were previously too blurred to be completely reliable.

    The discovery of how I function happened gradually, yet I didn’t realize how much it differed from others. It wasn’t until 2018, when I received an autism (Asperger’s) diagnosis, that everything quickly fell into place.

    Being locked into a role, an image, or a smartphone was the only way for me to escape false mental health diagnoses. Of course, like anyone else, I had moments where my balance was tested, wavered, or even broke. Consequently, I found myself a prisoner of my phone, where I chose to specialize in social media and « web-reality. »

    Isolation and the loss of human contact were both a necessity and an inevitable consequence. We could have proceeded differently, certainly, but it would have delayed my social project by months, if not years. Knowing the state I was in shortly before my diagnosis, it is a sacrifice I likely wouldn’t have accepted.

    Trapped in this role, in this web-reality, I experienced indifference and rejection. I felt like an animal being watched in a zoo. It felt as though photos were being « thrown » at me just to see my reactions. I was in a laboratory. In fact, that is how I treated myself: as an experimental site. I didn’t always respect who I was or understand my own limits.

    I was tested to see my level of endurance—partly as a target for others’ anger and frustration, and partly to solidify a path where I learned to channel my own anger and self-judgment. I was judged and condemned for all the sins of the world; I had to pass through a purgatory to see the light.

    To my surprise, some were shocked that, like an animal in a cage, I would react to intentionally inflicted pain! I remind everyone that I was isolated and deprived of all human contact. This way of functioning was imposed on me, it’s true. At the same time, I don’t believe I would have made a different choice overall, given that a final decision had to be made urgently.

    The circle is complete. I have discovered wonderful people who helped me simply by being human. I cannot leave this confinement by judging anyone. That would make no sense and would only keep me prisoner in a different cage. On the contrary, this brings things full circle. Everyone is human; everyone must learn to live with their own way of functioning, however atypical it may be.

    The human within me—the part that was ignored throughout this project—how will he live what comes next? I don’t know. It is a new reality I must inhabit, a reality that must soak into me. You know my multidimensional, military, and human-loving mind. That will not change, and it will serve as the foundation for the next phase of my social project.

    See you next week?

    Updated March 6, 2026

  • Le Journaliste : Fin d’une immersion, début d’une nouvelle vie

    Le Journaliste : Fin d’une immersion, début d’une nouvelle vie

    Le Journaliste : Fin d’une immersion, début d’une nouvelle vie

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    La première partie de mon projet social se termine avec ce texte.

    Cette « infiltration » fut pour moi l’occasion de découvrir le monde du journalisme et ses interactions avec notre environnement. Ce fut un véritable stage où l’on m’a accordé une liberté d’écriture totale, tout en acceptant quasi pleinement ma présence sur les réseaux sociaux. J’ai eu le sentiment que ma démarche était connue et approuvée. Avec beaucoup de bienveillance, on m’a subtilement offert l’encadrement nécessaire pour me former, tout en sachant que mon style allait bousculer les conventions. C’est une belle preuve de courage.

    Pourtant, au-delà de mon « style militaire », ma participation active sur les réseaux sociaux est essentielle à mon bonheur. C’est un mode de fonctionnement qui me permet de pallier le handicap social lié à mon autisme. Je fais la promotion d’artistes — dont plusieurs sont des amis —, de restaurants, de boutiques ou d’événements parfois partisans. Il m’arrive aussi de conseiller en relations publiques. Tout cela serait incompatible avec la fonction de journaliste.

    Il arrive que les faits ne parlent pas d’eux-mêmes. Un événement majeur peut sembler banal pour un citoyen qui ressent un certain détachement, souvent né d’un sentiment d’impuissance face au flux quotidien de problèmes. J’ai choisi d’ajouter une touche poétique à l’information pour lui donner de la couleur et la rendre plus attrayante, créant un parallèle avec les difficultés vécues par le lecteur pour faciliter l’intégration du message.

    Mes échanges avec les journalistes se sont faits en toute transparence, principalement sur les réseaux sociaux. J’ai aussi suivi des formations offertes par deux associations professionnelles. On m’a encouragé à tenir ce blogue, à suivre des cours de photographie et à sortir de chez moi pour mieux prendre le pouls de la société. Il me reste du travail à faire, sans l’ombre d’un doute.

    Néanmoins, je constate d’ores et déjà que je ne pourrai pas être journaliste, malgré le bonheur que ce stage m’a apporté. Les règles déontologiques qui encadrent la profession m’empêcheraient d’exprimer une partie de ce que j’ai besoin de dire. Ma libération par les mots ne serait plus complète au sein de ce cadre, bien que chaque rôle soit essentiel à la société.

    Notre amitié se poursuit. Tout comme avec les politiciens, je suis parfois « essoufflant » pour les journalistes. Il faut en rire : je ne vise jamais la personne, mais plutôt le propos ou la manière dont il est véhiculé.

    Durant cette expérience, je me suis lié à certaines personnes, à distance, sans contact réel. J’ai pu les entrevoir sous un jour plus intime, avec leurs blessures et leurs aspirations à un monde meilleur. Personne n’est parfait, moi le premier. Au fond, chacun cherche simplement le bonheur.

    Cette dernière année a été salutaire. J’ai découvert mon autisme, quitté un milieu familial toxique et trouvé de nouvelles familles qui m’acceptent tel que je suis. Une nouvelle vie commence. Mon projet social se poursuivra sous d’autres formes. À suivre.

    MAJ 6 mars 2026


    The Journalist: The End of an Immersion, the Start of a New Life

    With this text, the first part of my social project comes to a close.

    This « infiltration » provided an opportunity to discover the world of journalism and its interaction with our environment. It felt more like an internship where I was granted total creative freedom while maintaining near-total acceptance of my social media presence. I felt as though my presence was recognized and approved. With great kindness, I was subtly given the guidance needed to train myself, even while knowing my style would challenge the status quo. That took a great deal of courage.

    Beyond my « military style, » my social media engagement is vital to my happiness. It is a way of life, a mode of functioning that allows me to navigate the social handicap of autism. I promote artists (many of whom are friends), restaurants, shops, and occasionally partisan events. At times, I offer public relations advice. None of this would be possible as a professional journalist.

    Sometimes, facts alone aren’t enough. Even a major event—one that could change a political mandate—can seem mundane to a citizen feeling detached, often overwhelmed by a sense of helplessness or the sheer volume of daily problems. I have added a poetic touch to my writing to provide color, making the information more engaging while drawing parallels to the reader’s own struggles. It makes the information easier to digest.

    My interactions with journalists took place transparently, mostly on social media. I also participated in training sessions given by two journalistic associations. I was encouraged to keep this blog, take photography classes, and step out into the world to better capture the subject matter. Without a doubt, I still have work to do.

    Nevertheless, I can already say that I cannot be a journalist, despite the joy this experience brought me. The rules governing journalism would prevent me from saying everything I need to say. My liberation through words would not be complete within those constraints—even if every role in society is essential.

    Our friendship continues. Just as with politicians, I am sometimes « exhausting » for journalists. We have to laugh about it: I never target the person, but rather the argument or the way it is delivered.

    During this experience, I bonded with several people from a distance, without real contact. I saw them in a more personal, intimate light—with their wounds, their desires, and their aspirations for a better world. No one is perfect, myself included. In the end, everyone is just seeking happiness.

    this past year has been transformative. I discovered my autism, left a toxic family environment, and found several « families » who accept me as I am and support my growth. A new life is beginning. My social project will continue in new forms. To be continued.

    Updated March 6, 2026

  • De la structure à l’identité

    De la structure à l’identité

    La Radicalisation : De la structure à l’identité

    English Version Below

    Radicalisation : action de radicaliser, de rendre plus intransigeant. Radicaliser : rendre un groupe ou son action plus durs, en particulier en matière politique ou sociale.

    Je dois l’admettre : j’ai un côté « artiste radical ». C’est plus fort que moi. Je cherche toujours à simplifier les structures que j’ai sous les yeux. Radicalement. C’est presque une obsession qui, bizarrement, découle de mon handicap. Lorsque la structure est trop complexe, je ne peux plus la gérer ; je ne peux plus construire. L’équilibre se perd, ou du moins, ne peut plus s’articuler au sein d’un ensemble élaboré.

    Comme je l’expliquais précédemment, je perçois le monde à travers des structures. C’est ma réalité. Longtemps, cela a été un handicap, même si son acceptation a apporté ses propres bienfaits. Peu à peu, ce handicap est devenu un don. Pourtant, il y a quelques jours encore, j’ai réalisé que je jugeais toujours cette aptitude négativement. J’étais persuadé que j’allais vivre dans l’isolement toute ma vie. Cette pensée générait une colère sourde, un point de friction qui blesse un peu plus chaque jour.

    On aurait pu canaliser cette colère et lui donner de la force. Elle aurait pu servir à me radicaliser. Nous portons tous en nous cette souffrance incessante qui nous rappelle que nous devons agir, et que cela presse. On se radicalise ainsi : par la souffrance, quelle qu’elle soit. Une fois le mal entendu, une fois qu’on a trouvé une oreille attentive, on accède à un sentiment d’empathie et d’existence. « Enfin ! Je suis un être humain, ma souffrance est réelle. »

    Toutefois, ce n’est que le fondement. Il faut ensuite trouver la motivation d’agir avec constance. On peut nous présenter diverses avenues pour nous révolter, mais cela ne suffit pas. Il faut une cause commune et un intérêt personnel. On y retrouve toujours une vulnérabilité, une limite.

    Jusqu’ici, ce processus peut être sain. Mais il est difficile de distinguer la raison de l’empathie offerte. Comment savoir sur quoi cette empathie s’appuie ? Comprend-on vraiment mon mal ou n’en voit-on qu’une caricature ? Est-ce que la structure de cette empathie a été simplifiée à son essence ou a-t-elle simplement été amputée de ce qui « dérangeait » ?

    Dès qu’il y a des zones floues ou des explications trop abstraites, la manipulation devient possible. Il faut impérativement se questionner ; c’est un devoir humain. C’est par ce questionnement qu’on développe l’esprit critique qui révèle notre liberté.

    « Vive le Québec libre ! » De quoi parlons-nous ? D’une reconnaissance de l’existence du Québec et de sa culture. Il n’est pas question d’origine ethnique, mais de la survie d’une culture commune nécessaire à nos interactions. Dans notre histoire, nous voyons un peuple conquis se battant pour se distinguer tant de la mère patrie française que du conquérant britannique. Nous ne sommes plus Français, mais nous ne serons jamais Britanniques.

    Le souhait profond — la structure la plus simple — est qu’on reconnaisse notre souffrance et l’ampleur du combat pour exister dans une mer anglophone puissante et uniformisante. Une norme universelle qui nie parfois, pour sa propre survie, le droit à la différence.

    Au Québec, nous nous inquiétons aussi pour l’égalité des femmes. Cette sensibilité découle peut-être de notre émancipation religieuse. Les grandes religions sont nées dans un monde patriarcal. La réalité est aujourd’hui autre : l’égalité entre chaque être humain cherche sa place. La femme se bat pour l’égalité de tous et de toutes.

    MAJ 6 mars 2026


    Radicalization: From Structure to Identity

    Radicalization: The action of radicalizing; making something more uncompromising. Radicalize: To make a group or its actions more uncompromising or harsh, particularly in political or social matters.

    I must admit, I have a « radical artist » side. It’s stronger than I am. I am always seeking to simplify the structures before my eyes. Radically. It is almost an obsession. Curiously, I think this stems from my disability. When a structure is too complex, I can no longer manage it; I cannot build. Balance is lost, or at least, it can no longer be maintained within a more elaborate framework.

    I explained in a previous text that I see structures, and therefore, I work with structures. This is my reality. It has been a handicap, despite the benefits that came with accepting it. Gradually, my disability became a gift. Yet, only a few days ago, I realized I was still judging this ability negatively. I was convinced I would live in isolation my entire life. This generated anger—a point of friction that wounds a little more every day.

    That anger could have been channeled and given more power. Ultimately, it could have served to radicalize me. We all carry an incessant suffering that reminds us, more or less consciously, that we must act, and that it is urgent. This is how we radicalize: through suffering, whatever form it takes. Once the pain is heard, once we finally find a listening ear, we gain a sense of empathy and existence. « Finally! I am a human being. I am validated. My suffering is real. »

    However, this is only the foundation. Next, one must find the motivation to act with consistency. We can be presented with various avenues for revolt, but that is not enough. There must be a common cause and a personal interest. Within that, there is always a vulnerability, an end, a limit.

    Up to this point, the process can be healthy. But it is quite difficult to distinguish the reason behind the empathy offered. How do we know what this empathy is based on? Is my pain truly understood, or is it a caricature? Has the structure supporting this empathy been simplified to its purest expression, or merely cut off from everything that was « inconvenient »?

    Where there are grey areas, where explanations are too abstract or far-fetched, there is room for manipulation. We must question everything. It is a human duty. It is through this questioning that we develop the critical thinking that reveals our freedom.

    « Vive le Québec libre! » What are we talking about? Recognition that Quebec and its people exist—that our culture is a distinct entity. In Quebec, this is not about ethnic origin; it is about the survival of a common culture. We do not deny the existence of other cultures.

    In our history, we see an abandoned and conquered people, fighting both to distinguish themselves from France, the motherland, and from the British conqueror. Today, the struggle continues. We are no longer French, but we are not British either. We never will be.

    The deep desire—the simplest structure, in the end—is for our suffering to be recognized; for the world to see the scale of the struggle to simply exist within a powerful and nearly uniform English-speaking sea. A sea that has become a universal norm which, perhaps for its own survival, denies the right to difference.

    In Quebec, we also concern ourselves with the status of women. I do not know if this sensitivity stems from our emancipation from religion. Major religions have their roots in a world where man was master—an exclusively patriarchal world. Reality is different now; equality between every human being is seeking its place. Women are fighting for the equality of each and every one of us.

    Updated March 6, 2026

  • L’Équilibre : Naviguer entre les structures

    L’Équilibre : Naviguer entre les structures

    L’Équilibre : Naviguer entre les structures

    Les Derniers Tsars, série docufiction sur Netflix (Photo : gracieuseté). Une œuvre à voir.

    Voici ma réflexion inspirée par cette série.

    Il m’est difficile de mettre en mots les structures que je perçois, ce qui, bien sûr, représente un handicap au quotidien. Lorsque je les rencontre, je reçois une multitude d’informations : les attentes, les besoins, les solutions possibles… Le passé, le présent et le futur s’entremêlent. Il me faut énormément de temps pour ordonner mes perceptions. Ainsi, socialement, lorsque tout se déroule en direct et que plusieurs sources « émettent » ou « reflètent » ces structures, je me sens envahi.

    Ce n’est pas qu’une question de prise de décision ou de manipulation. Il existe une profondeur, faite d’éléments explicites et, surtout, implicites. Avec le temps et l’expérience, je reconnais plus aisément les structures fondamentales propres à certaines situations ou perceptions.

    Pour le passé, je déduis le chemin parcouru à travers les difficultés rencontrées. Pour le futur, j’entrevois des avenues possibles ; celles qui ont le plus de sens m’apparaissent plus clairement. Dans le présent, là où tout se joue, certaines structures convergent… ou non. Souvent, les gens font des choix sans conscience de ces croisées des chemins, ignorant où mènent les sentiers qu’ils empruntent.

    Je bâtis mes plans sur ces structures. Quand un plan est juste, je le sais, je le sens. Ce sont les grandes lignes nécessaires pour atteindre un objectif commun : le point de rencontre de plusieurs structures.

    Au quotidien, tout n’est pas planifiable ; les interactions potentielles sont trop nombreuses. Néanmoins, la route principale demeure. C’est elle qui me guide et dicte mes choix jour après jour, orientée vers ce fameux point de rencontre.

    Sur le plan social, cela pose d’importantes difficultés. C’est handicapant. J’aime les gens, je souhaite partager du temps avec eux, mais cela exige un délai d’apprivoisement pour comprendre leurs propres structures et ce qu’elles impliquent, pour eux comme pour moi.

    Ce système n’est pas infaillible, bien que les résultats soient encourageants. Chacun peut faire des choix qui compromettent le plan, à différents niveaux. Cela s’applique autant aux démocraties qu’aux empires. Ce sont des organisations différentes, mais elles partagent théoriquement un but commun : le bien du peuple. Il ne saurait en être autrement.

    L’exception culturelle est aussi une voie à explorer, à travailler de bonne foi. Elle permet à des structures apparemment opposées de se rejoindre, évitant ainsi l’éclatement ou l’effondrement. On y parvient généralement en fixant un objectif commun réaliste. Le compromis, la résilience et la souplesse d’esprit sont alors essentiels — des qualités que l’on pourrait ranger dans la catégorie de l’imagination.

    MAJ 6 mars 2026


    Balance: Navigating the Structures

    The Last Czars, docufiction series on Netflix (Photo: Courtesy). A must-watch.

    Here are my reflections inspired by this series.

    It is difficult for me to put into words the structures I perceive, which naturally creates challenges in my daily life. When I encounter them, I am flooded with information: expectations, needs, possible solutions, and more. Past, present, and future intertwine. It takes me a long time to organize these perceptions. Socially, when everything happens in real-time and multiple sources are « emitting » or « reflecting » these structures, I become overwhelmed.

    It isn’t simply about making a decision, nor is it about manipulation. There is a depth to it, composed of explicit and, especially, implicit elements. Over time and with experience, I have learned to more easily recognize the fundamental structures inherent in certain situations and perceptions.

    Regarding the past, I deduce the path taken based on the difficulties encountered. For the future, I see potential avenues; those that make the most sense appear most clearly to me. In the present—where everything unfolds—certain structures may meet… or they may not. People often make choices without being aware of these potential crossroads, unaware of where each path leads even when it is right before them.

    I develop plans based on these structures. When a plan is good, I know it; I feel it. These are the broad strokes necessary to reach a common goal—the meeting point of several structures.

    On a day-to-day basis, life cannot be fully planned. There are too many potential interactions. Nevertheless, the main road remains. It is what guides me and dictates my daily choices, oriented toward that identified meeting point.

    Admittedly, this poses significant social difficulties. It is a handicap. I like people and wish to spend time with them, but it requires a period of adjustment to understand their structures and what they imply for both them and me.

    This process is not infallible, though the success rate is very encouraging. Anyone can make choices that compromise the plan at various levels. This holds true for both democracies and empires. They are different organizations, yet they share the same common goal: the welfare of the people. It could not be otherwise.

    The « cultural exception » is also a solution worth exploring and working on in good faith. It allows seemingly opposing structures to align, preventing fragmentation or collapse. Usually, this is achieved by setting a realistic common goal. Compromise, resilience, and mental flexibility are required—qualities that could be categorized under the umbrella of imagination.

    Updated March 6, 2026

  • Le combat d’une vie

    Le combat d’une vie

    La Liberté : Le combat d’une vie

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    Avez-vous vu l’excellente série Marco Polo ? (Photo : gracieuseté)

    Je ne me souviens pas de la première fois où je me suis senti libre. Ou peut-être que si… J’avais 22 ou 23 ans. Après des années de lutte pour faire valoir mes droits suite à un accident, j’obtenais enfin gain de cause. On confirmait que ma souffrance était réelle. Pourtant, ce sentiment de liberté, je l’avais déjà connu ; je le vivais même constamment, à l’exception de la pression financière et de la solitude.

    Comme vous pouvez l’imaginer, ma vie a été un combat incessant. Chaque cause pour laquelle je me battais semblait en engendrer mille autres, de manière exponentielle. Le poids du passé, des origines, des traumas, de mes batailles parfois maladroites et de mon autisme non diagnostiqué… Rien ne se réglait, tout s’accumulait.

    Suis-je devenu un guerrier ou suis-je né ainsi ? Puisque mon autisme possède une « structure militaire », comme je le mentionnais la semaine dernière, j’en déduis que je suis un guerrier de naissance. J’ai d’abord cherché à comprendre, puis à aimer. Par naïveté, cet amour est devenu un moyen de défense, puis une arme utilisée à toutes les sauces.

    Avec la maturité, le calme et la patience, et en gardant toujours la liberté comme ligne de mire, j’ai poursuivi mes combats avec plus de discernement. Une fois les obstacles identifiés, je m’y suis attaqué avec une discipline grandissante. J’ai appris que certaines difficultés se contournent, que d’autres exigent des moyens que nous n’avons pas encore, et que certaines sont des pièges artificiels. Enfin, il y a ces batailles qui, tout simplement, ne valent pas la peine d’être menées.

    Il faut toujours se rappeler pourquoi nous faisons la guerre. Dans le feu de l’action, on finit par se laisser prendre au jeu ; on s’immerge tant dans la bataille qu’on en perd de vue l’objectif ultime. C’est humain.

    Une armée est au service du politique ; il ne saurait en être autrement en démocratie. Le politique, lui, est soumis au peuple. Il en va de même pour tous les pouvoirs : ils doivent être indépendants tout en s’assurant un équilibre mutuel. C’est là l’essence d’une saine démocratie. Le but ultime demeure la liberté de chacun, dans l’équilibre.

    MAJ 6 mars 2026


    Freedom: The Battle of a Lifetime

    Have you seen the excellent series Marco Polo? (Photo: Courtesy)

    I don’t remember the first time I felt free. Or perhaps I do… I must have been 22 or 23. After years of fighting for my rights following an accident, I finally won my case. It was finally confirmed that my pain was real. Yet, I had known that feeling of freedom before; in fact, I lived it constantly—except for the weight of financial pressure and loneliness.

    As you can imagine, my entire life has been a struggle. It was endless. There were a thousand causes to fight for, each one often leading to an exponential number of others. The weight of my past, my origins, my traumas, my sometimes clumsy battles, and the weight of my undiagnosed autism… Nothing was ever settled; everything just accumulated.

    Did I become a warrior, or was I born one? Since my autism has a « military structure »—as I mentioned last week—I gather that I am a warrior by birth. At first, I sought to understand, then I learned to love. Naively, that love became a defense mechanism, then a weapon used for every purpose.

    With maturity, a certain calm, and patience—always keeping freedom as my target—I pursued my battles with greater discernment. After identifying what stood between me and that sense of freedom, I tackled each obstacle with growing discipline. Some difficulties are better bypassed; others we do not yet have the means to fight; some are artificial—traps. Ultimately, there are battles that are simply not worth fighting.

    We must always remember why we go to war. What is the goal? In the heat of the moment, we get caught up in the game; we become so immersed in the battle that we lose sight of the plan, or even the ultimate objective. That is human nature.

    An army serves the political leadership; it cannot be otherwise in a democracy. The leadership, in turn, is subject to the people. So it goes for all forms of power: they must be independent while remaining mindful of their duty to oversee one another. It is a matter of balance, of a healthy democracy. The ultimate goal is the freedom of each and every individual, held in balance.

    Updated March 5, 2026

  • Le bizarre incident du chien pendant la nuit : l’exception et la norme

    Le bizarre incident du chien pendant la nuit : l’exception et la norme

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    Le bizarre incident du chien pendant la nuit : l’exception et la norme

    Théâtre Gilles-Vigneault. Crédit photo : André Chevrier.

    Cette pièce de théâtre est magnifiquement jouée. On peut y faire l’expérience d’être avec un enfant autiste et apprendre les paradoxes possibles entre les différents aspects de cette personne. Je la recommande. Cela m’a ramené à ma propre enfance.

    Je suis né un 1ᵉʳ juillet, ce qui signifie que tous les Canadiens, d’un océan à l’autre, fêtent mon anniversaire. C’est jour de congé. Enfant plutôt retiré, observateur, sans vraiment de limite avec le toucher — sauf lorsque celui-ci est agressif ou surprenant, ou lorsqu’on me blesse émotionnellement en même temps —, j’ai eu tout de même peu de fortes réactions face au manque de sensibilité envers mon vécu. Ces réactions survenaient essentiellement lorsque j’étais très stressé ET que j’ignorais être autiste. Néanmoins, il y en a eu. Ma bulle d’espace vital est sensible, quelquefois hypersensible.

    Avec le temps, avec le cumul des blessures, j’ai développé une certaine frustration, une colère parfois. D’un côté, tous expliquaient mes malheurs en me culpabilisant. De mon côté, honnêtement, je cherchais ma part de responsabilité, ce que j’avais pu faire qui avait entraîné ce « karma ».

    J’étais conscient de ma différence, bien que je ne pusse pas la nommer. Je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas utiliser mes ressources pour moi-même, mais seulement pour aider les autres. Je cherchais à voir où se situait mon autosabotage à travers toutes sortes d’explications psychologiques, ésotériques ou même religieuses. On tournait en rond. Néanmoins, je faisais le tour de ce que j’étais, j’apprenais à m’aimer. Plus je m’aimais, plus la colère tombait et se transformait en autre chose.

    C’est ainsi que j’en suis venu à intégrer la recherche du compromis, à travers cet amour, à travers une vision bienveillante pour les autres et pour moi. J’ai commencé à me reconstruire ainsi. Ce qui a été déterminant dans ma recherche incessante pour comprendre ma différence est le diagnostic d’autisme : d’abord officieux, puis de façon plus décisive grâce à une expertise qui le confirmait.

    Faire le pas de prendre rendez-vous avec un expert en clinique privée, passer par-dessus mes peurs pour obtenir cette expertise, m’a permis de sortir définitivement d’une réalité malsaine dans laquelle j’étais maintenu et que, bien malgré moi, j’entretenais. J’ai agi.

    Je me dois d’être reconnaissant envers toutes ces personnes qui m’ont parlé de l’autisme, qui m’ont sensibilisé à cette réalité et, bien sûr, envers le médecin spécialiste qui a fait une analyse exhaustive de ma situation. J’ai tout de même appris de tous ces faux diagnostics, de toutes ces attaques subies. J’ai appris qui j’étais et de tout l’amour dont j’étais capable.

    Il était apparemment plus facile de voir ma situation sous l’angle d’un neurotypique, d’expliquer ma réalité à partir d’une norme commune à la majorité. Je suppose que cette facilité explique bon nombre de faux diagnostics en santé mentale. Assurément, je le dis sans gêne : j’ai été affaibli, torturé, culpabilisé et manipulé à travers ceux-ci. Je m’y suis perdu. Je ne peux nier une part de responsabilité, néanmoins cela demande un contexte. Il faut comprendre le caractère distinct de mon fonctionnement qu’est l’autisme.

    Au Canada, la majorité des provinces sont anglophones ; l’État fonctionne en anglais. Leurs citoyens, pratiquement sans exception, parlent anglais. C’est la norme. Dans un contexte où l’anglais n’est nullement menacé, le multiculturalisme n’est pas un problème.

    Au Québec, avec notre héritage français, nous avons adopté un modèle d’interculturalisme, c’est-à-dire une culture de convergence. Cela vise à protéger et à valoriser la langue française et la culture qui en découle. Je me répète sûrement : le fait d’être le cœur de la francophonie en Amérique du Nord, dans une mer anglophone, rend nécessaire la protection de notre exception culturelle et le développement d’une attitude bienveillante face à notre différence.


    Référence : Le bizarre incident du chien pendant la nuitReprise du 26 juin au 10 août 2019 au Théâtre Gilles-Vigneault (Saint-Jérôme).

    MAJ 5 mars 2026


    The Curious Incident of the Dog in the Night-Time: The Exception and the Norm

    Théâtre Gilles-Vigneault. Photo credit: André Chevrier.

    This play is beautifully acted. It allows one to experience being with an autistic child and to learn about the potential paradoxes between the different facets of such a person. I highly recommend it. It brought me back to my own childhood.

    I was born on July 1st, which means that every Canadian, from coast to coast, celebrates my birthday. It is a public holiday. As a child, I was rather withdrawn, an observer, with virtually no boundaries regarding touch—except when it was aggressive or sudden, or when I was being emotionally hurt at the same time. Still, I had few strong reactions to the lack of sensitivity toward my lived experience. Those reactions primarily occurred when I was under extreme stress AND unaware that I was autistic. Nevertheless, they did happen. My « personal space bubble » is sensitive, sometimes hypersensitive.

    Over time, as wounds accumulated, I developed a certain frustration, sometimes anger. On one hand, everyone explained my misfortunes by shifting the guilt onto me. On my end, I was honestly searching for my own share of responsibility, wondering what I might have done to bring about this « karma. »

    I was conscious of my difference, though I could not name it. I didn’t understand why I couldn’t use my resources for myself, but only to help others. I tried to pinpoint where my self-sabotage lay through all sorts of psychological, esoteric, or even religious explanations. We were going in circles. Nonetheless, I was exploring the depths of who I was; I was learning to love myself. The more I loved myself, the more the anger subsided and transformed into something else.

    This is how I came to integrate the search for compromise—through this love, through a benevolent vision for others and for myself. That is how I began to rebuild. The turning point in my relentless quest to understand my difference was the autism diagnosis: first unofficial, then more decisive thanks to a professional assessment that confirmed it.

    Taking the step to make an appointment with an expert in a private clinic, overcoming my fears to obtain that assessment, allowed me to finally break free from a toxic reality in which I was being held and which, despite myself, I was sustaining. I took action.

    I owe a debt of gratitude to all those people who spoke to me about autism, who raised my awareness of this reality, and, of course, to the specialist who conducted a comprehensive analysis of my situation. I still learned from all those misdiagnoses, from all those attacks I endured. I learned who I was and the full extent of the love I was capable of.

    It was apparently easier to view my situation through a neurotypical lens, to explain my reality based on a norm common to the majority. I suppose this convenience explains many misdiagnoses in mental health. I say this without shame: I was weakened, tortured, blamed, and manipulated through them. I lost myself in them. I cannot deny a share of responsibility, yet it requires context. One must understand the distinct nature of my functioning: autism.

    In Canada, the majority of provinces are English-speaking; the State functions in English. Their citizens, almost without exception, speak English. That is the norm. In a context where English is in no way threatened, multiculturalism is not an issue.

    In Quebec, with our French heritage, we have adopted a model of interculturalism—that is, a culture of convergence. This aims to protect and promote the French language and the culture that flows from it. I am likely repeating myself: being the heart of the Francophonie in North America, within an English-speaking sea, makes it necessary to protect our cultural exception and to develop a benevolent attitude toward our difference.


    Reference: The Curious Incident of the Dog in the Night-TimeRevived from June 26 to August 10, 2019, at Théâtre Gilles-Vigneault (Saint-Jérôme).

    Updated March 5, 2026

  • Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    English Version Below

    Ma réflexion inspirée de La Science du cœur de Pierre Lapointe

    J’ai beau refaire le tour de ma vie, je ne vois pas ce que j’aurais pu faire de différent quant à l’essentiel. Je suis autiste, j’ai 53 ans, et cela ne fait que quelques mois que j’ai un diagnostic d’autisme. De la garderie à l’université, en passant par les « professionnels » de la santé de ma famille d’origine — eux-mêmes membres d’ordres professionnels… —, personne n’a vu mon fonctionnement atypique. J’ai également passé une bonne partie de ma vie dans les hôpitaux.

    Les hypothèses sur ce qui me rendait différent n’ont toutefois pas manqué. J’avais beau raconter tout ce que je vivais dans mon quotidien comme dans ma vie psychique, les choses ne faisaient que s’envenimer. Les personnes les plus proches de moi, celles qui sont venues habiter avec moi pour se sauver d’une mère omniprésente, d’un ex-abuseur ou d’une famille dysfonctionnelle, celles à qui je me confiais le plus, sont les personnes qui m’ont fait le plus de mal, qui m’ont trahi le plus gravement et profondément, qui m’ont jugé et condamné sans pitié.

    Je ne peux parler que très peu de l’autisme en général, mais du mien, c’est autre chose. Comme je le disais, l’autisme est un fonctionnement de l’esprit qui est différent de celui de la majorité des gens. Mon esprit militaire, structuré pour le combat, est particulier. Je n’y peux rien, je n’ai même aucun mérite. C’est un don, une chance inouïe. Il aurait pu en être autrement ; il aurait pu empêcher pratiquement toute interaction sociale, toute communication.

    Je suis donc béni des dieux. Néanmoins, ce fonctionnement atypique a nécessité un long apprentissage et ce dernier se poursuit. Je me suis ouvert à d’autres réalités. J’ai appris que je n’étais pas ce que l’on me disait être. J’ai appris à reconnaître comme réelles ces structures que je voyais, à reconnaître là où elles se croisaient aussi. Ces points de convergence offrent chacun un ensemble de possibilités où chacune est plus ou moins porteuse de sens. Il me faut beaucoup de temps pour y réfléchir, méditer ces possibilités, leur donner un sens avant, finalement, de m’y investir entièrement, passionnément.

    À 19 ans, je suis devenu amnésique. J’ai déjà mentionné ce point dans un texte précédent. Ma mémoire du passé, ainsi que l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouveaux faits, étaient clairement déficientes. J’ai appris de cette expérience que la mémoire est une structure fondamentale de l’identité. Pour compenser cette perte du sentiment d’identité, mes intuitions m’orientaient vers l’amour. C’est sur cette base que j’ai commencé à me reconstruire : l’amour des autres et l’amour de soi, un amour perfectible.

    L’amour est une valeur sur laquelle s’appuie la structure de ma personnalité, la structure de mon esprit. Cela donne un sens à la structure. Un sens et une direction.

    Au Québec, la religion catholique, la langue française et la multiethnicité font partie intégrante de la structure de notre société. C’est sur la base de l’amour du prochain que notre culture québécoise s’appuie. Il est vrai aussi que ce sentiment est teinté par une sorte de honte de ce que nous sommes. Peut-être peut-on y voir un héritage de la religion catholique, un héritage judéo-chrétien. Peut-être aussi parce que nous sommes conscients que notre amour est perfectible. Mais est-ce vraiment un tort que d’être humain ?

    La culture québécoise en est une de convergence, d’ouverture. Chacun peut garder sa culture d’origine tant qu’il puisse interagir à travers cette culture de convergence, ce qui maintient la cohésion sociale, ce qui permet à cette société distincte d’être protégée activement et d’évoluer progressivement. Il s’agit donc du devoir de tout citoyen, qu’il soit ancien ou nouveau, que de comprendre cette structure et cette culture, d’avoir une attitude bienveillante envers elles et, finalement, d’ajouter sa présence active au sein de celles-ci.

    De la structure d’une société découle un sentiment d’identité important. À travers lui et par lui, la culture de cette société s’épanouit. Tout cela est intimement lié.

    Il est nécessaire de comprendre, dans un pays comme le Canada, la nécessité d’une exception culturelle pour les Canadiens français en général et pour le Québec en particulier, puisque notre culture baigne dans un environnement canadien-anglais et états-unien. Cette exception bienveillante viserait à protéger notre structure de société afin de conserver notre culture et de permettre son épanouissement.

    MAJ 5 mars 2026


    Inspired by the album La Science du cœur by Pierre Lapointe.

    No matter how much I revisit my life, I cannot see what I could have done differently regarding the essentials. I am autistic, I am 53 years old, and I received my diagnosis only a few months ago. From daycare to university, including the « healthcare professionals » within my family of origin—themselves members of professional orders—no one saw my atypical functioning. I also spent a significant portion of my life in hospitals.

    There was no shortage of hypotheses about what made me different, however. No matter how much I shared about my daily life and my inner psyche, things only worsened. Those closest to me—those who came to live with me to escape an omnipresent mother, an abusive ex, or a dysfunctional family, those in whom I confided the most—are the ones who hurt me the most, who betrayed me most gravely and deeply, who judged and condemned me without mercy.

    I can speak very little about autism in general, but about my autism, that is another matter. As I mentioned, autism is a functioning of the mind that differs from that of the majority. My military mind, structured for combat, is particular. I cannot help it; I deserve no credit for it. It is a gift, an incredible stroke of luck. It could have been otherwise; it could have prevented nearly all social interaction, all communication.

    I am therefore blessed by the gods. Nevertheless, this atypical functioning required a long learning process, and that process continues. I opened myself to other realities. I learned that I was not who I was told I was. I learned to recognize as real those structures I perceived, and to recognize where they intersected as well. These points of convergence each offer a set of possibilities, each more or less imbued with meaning. It takes me a long time to reflect upon them, to meditate on these possibilities, to give them meaning before, finally, investing myself in them entirely and passionately.

    At 19, I became amnesic. I have already mentioned this in a previous text. My memory of the past, as well as my acquisition of new knowledge and facts, was clearly deficient. I learned from this experience that memory is a fundamental structure of identity. To compensate for this loss of the sense of self, my intuitions guided me toward love. It was on this foundation that I began to rebuild: love for others and love for oneself—a perfectible love.

    Love is a value upon which the structure of my personality, the structure of my mind, rests. It gives meaning to the structure. A meaning and a direction.

    In Quebec, the Catholic religion, the French language, and multi-ethnicity are integral parts of the structure of our society. Our Quebec culture is built on the foundation of « loving thy neighbor. » It is also true that this feeling is tinged with a kind of shame for who we are. Perhaps this is a legacy of the Catholic religion, a Judeo-Christian heritage. Perhaps also because we are aware that our love is perfectible. But is it truly a fault to be human?

    Quebec culture is one of convergence, of openness. Everyone can keep their original culture as long as they can interact through this culture of convergence, which maintains social cohesion and allows this distinct society to be actively protected and to evolve progressively. It is therefore the duty of every citizen, whether long-established or new, to understand this structure and this culture, to have a benevolent attitude toward them, and, ultimately, to add their active presence within them.

    From the structure of a society stems an important sense of identity. Through and by it, the culture of that society flourishes. All of this is intimately linked.

    It is necessary to understand, in a country like Canada, the need for a cultural exception for French Canadians in general and for Quebec in particular, since our culture is immersed in a Canadian-English and American environment. This benevolent exception would aim to protect our social structure in order to preserve our culture and allow it to flourish.

    Updated March 5, 2026


  • Le deuil de la majorité

    Le deuil de la majorité

    English Version Below

    Le deuil de la majorité

    Entrevue expérimentale avec Madonna. Ma réflexion sur Madame X.

    Je suis perdu. Qu’est-ce que je peux dire de plus ? Alors que j’étais déjà dans ma recherche d’identité, de ce que je ferais de ma vie, s’ajoutait à cela la perte de mes repères fragiles.

    J’ai quitté ma ville natale pour aller vivre à Québec, à un peu moins de trois heures de route. J’avais rencontré une femme par Internet, ce qui était inhabituel à l’époque. J’ai loué mon condo à un neveu et migré vers une nouvelle ville que je connaissais très peu, n’en connaissant pratiquement que le nom. J’ignorais que je devais apprendre une nouvelle culture puisque j’étais toujours au Québec, après tout. Je parlais français aussi.

    Je comptais, il faut bien le dire, sur le fait que ma copine était originaire de cette ville et qu’elle m’intégrerait à son milieu, à ses amis. Dans les faits, je me suis retrouvé assez seul. Nous étions souvent ensemble, nous partagions pratiquement toutes nos activités. Je cherchais des contrats ou en exécutais lorsqu’elle était au travail. On passait le reste du temps ensemble. De moins en moins, par contre.

    Mon premier gros contrat obtenu à Québec était pour… Montréal. J’ai donc négocié des conditions pour avoir l’occasion de revenir au moins une fois durant la semaine et toutes les fins de semaine. Puis nous avons eu un enfant, une maison lorsque j’ai vendu mon condo, et un mariage deux ans plus tard. Mais je n’étais toujours pas intégré à la culture de la ville de Québec.

    C’est difficile d’expliquer la différence de culture entre deux villes d’un même État, entre la capitale et la métropole. On pourrait dire, avec un sourire taquin, que l’une est plus urbaine que l’autre, moins champêtre. D’autres diront, pas toujours avec le même humour, que la capitale est plus fermée, par opposition à Montréal qui serait plus ouverte. Qu’est-ce que la fermeture ? Qu’est-ce que l’ouverture ? Un deuil, en tout cas.

    J’ai des ancêtres au Québec depuis 400 ans — j’arrondis. En parallèle, ma grand-mère est Espagnole. Elle a immigré d’Espagne avec ses parents. Je suis donc un petit-fils d’immigrants, un « sang-mêlé », comme on disait dans Harry Potter. Je suis blanc, mais je prends des couleurs rapidement au soleil. Un deuil.

    J’ai grandi comme un homme dans un milieu où les gais étaient très présents. J’étais en contact avec le travail de mon père dans le milieu artistique et cela faisait partie de la normalité. Néanmoins, je me suis toujours perçu comme un homme hétérosexuel. J’avais des questionnements, comme la plupart des ados, mais finalement rien qui ne me faisait moins aimer le sexe opposé.

    Puis, au fil de cette relation avec cette femme de Québec, le questionnement a pris une nouvelle forme. J’ai d’abord commencé à me demander si ce que je ressentais n’était pas de la bisexualité, pour finalement en arriver, quelques années plus tard, à me dire que j’étais autosexuel. Minoritaire dans les minorités, en quelque sorte. La possible bisexualité est devenue une possible pansexualité. Je ne sais pas ; l’amour est plus important que le genre. Je suis ouvert. Un deuil.

    Quoi qu’il en soit, j’ai dû faire le deuil de la majorité plus d’une fois.

    Lorsque j’ai quitté Montréal, je suis devenu un « Montréalais à Québec », bien que je ne me sois jamais questionné sur la chose auparavant. Il me suffisait de me dire Québécois puisque j’habitais l’État du Québec. Je faisais partie de ce beau peuple. Mais tout à coup, je prenais conscience que je ne faisais plus partie de cette majorité, étant désormais identifié à la plus grande ville de cet État. Un deuil.

    Avec le temps, et la réalisation des rêves partagés en début de relation, l’amour disparaissait. Bizarrement. Le couple n’existait plus, si jamais il avait déjà existé. La relation étant devenue extrêmement toxique, nos repères avaient perdu leur sens ; quelquefois, ils avaient été travestis. Je ne me reconnaissais plus dans cette relation. Un deuil.

    Je suis revenu à Montréal. Tout avait changé, même ma famille. Je ne les reconnaissais pas, eux non plus. Nous ne partagions plus la même vision de ce qu’était une famille, l’entraide et le reste. On ne me croyait plus, si jamais on l’avait déjà fait. La reconnaissance de l’autisme par tous, sauf par eux, n’aide en rien, évidemment. Je les ai quittés. Ils refusent de voir qui je suis, qui je suis devenu, qui j’ai découvert être. Ils se sont fait une image de moi et la maintiennent. Peut-être que cela les obligerait à ajuster l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et que cela leur est impossible. Il leur faudrait faire un deuil, eux aussi.

    Madame X, l’album complet

    MAJ 4 mars 2026


    Mourning the Majority

    Experimental Interview with Madonna: Reflections on Madame X

    I am lost. What more can I say? While I was already searching for my identity, for what I would do with my life, the loss of my fragile landmarks was added to the weight.

    I left my hometown to live in Quebec City, just under a three-hour drive away. I had met a woman through the Internet, which was unusual at the time. I rented my condo to a nephew and migrated to a new city I knew very little about, barely knowing its name. I was unaware that I had to learn a new culture; after all, I was still in the province of Quebec. I spoke French, too.

    I was counting, I must admit, on the fact that my girlfriend was from that city and that she would integrate me into her environment and her circle of friends. In reality, I found myself quite alone. We were often together; we shared almost all our activities. I looked for contracts or worked on them while she was at work. We spent the rest of our time together. Less and less so, however.

    My first major contract in Quebec City was for… Montreal. So I negotiated terms to have the opportunity to return at least once during the week and every weekend. Then we had a child, a house when I sold my condo, and a marriage two years later. But I was still not integrated into the culture of Quebec City.

    It is difficult to explain the cultural difference between two cities in the same State—between the capital and the metropolis. One might say, with a teasing smile, that one is more urban than the other, less « country. » Others will say, not always with the same humor, that the capital is more closed-off, as opposed to Montreal, which is seen as more open. What is « closed »? What is « open »? A mourning, in any case.

    I have ancestors in Quebec going back 400 years—roughly speaking. At the same time, my grandmother is Spanish. She immigrated from Spain with her parents. I am therefore a grandson of immigrants, a « half-blood, » as they said in Harry Potter. I am white, but I tan quickly in the sun. A mourning.

    I grew up as a man in an environment where gay people were very present. I was in contact with my father’s work in the artistic world, and it was part of normality. Nevertheless, I always perceived myself as a heterosexual man. I had questions, like most teenagers, but ultimately nothing that made me love the opposite sex any less.

    Then, through this relationship with this woman from Quebec City, the questioning took a new form. I first began to wonder if what I felt was bisexuality, eventually arriving, a few years later, at the conclusion that I was autosexual. A minority within minorities, in a way. Possible bisexuality became possible pansexuality. I don’t know; love is more important than gender. I am open. A mourning.

    In any case, I had to mourn the majority more than once.

    When I left Montreal, I became a « Montrealer in Quebec City, » although I had never questioned it before. It was enough for me to call myself a Quebecer since I lived in the State of Quebec. I was part of this beautiful people. But suddenly, I realized I was no longer part of that majority, being henceforth identified with the largest city in the State. A mourning.

    With time, and the realization of dreams shared at the start of the relationship, love was disappearing. Strangely. The couple no longer existed, if it ever had. The relationship having become extremely toxic, our landmarks had lost their meaning; sometimes, they had been distorted. I no longer recognized myself in this relationship. A mourning.

    I returned to Montreal. Everything had changed, even my family. I didn’t recognize them, and they didn’t recognize me either. We no longer shared the same vision of what a family was, of mutual aid and the rest. I was no longer believed, if I ever had been. The recognition of autism by everyone except them doesn’t help, obviously. I left them. They refuse to see who I am, who I have become, who I have discovered myself to be. They have created an image of me and they maintain it. Perhaps it would force them to adjust the image they have of themselves, and that is impossible for them. They would have to face a mourning, too.

    Madame X: The Complete Album


    Updated March 4, 2026
  • L’abandon de soi

    L’abandon de soi

    English Version Below

    L’abandon de soi

    On se fait tous une image de l’autre ; c’est nécessaire pour le comprendre, pour avoir une relation. Par le fait même, nous développons une image de nous-mêmes pour se comprendre et pour être en relation avec soi-même. Cette dernière image sera notre référence pour comprendre l’univers qui nous entoure.

    À travers les épreuves, nous apprenons ce que nous sommes. Cet apprentissage se fait en se relevant. À travers lui, nous nous voyons plus clairement, nous devenons plus transparents à nos propres yeux. Nous devenons de plus en plus cohérents avec nous-mêmes, avec ce que l’on est profondément : des êtres humains. C’est sur cette base, sur cet objectif ultime de tous et chacun, que nous pourrons nous relier aux autres, sur notre humanité commune.

    Sur ce chemin, il y aura l’abandon de soi, l’abandon de cette image que l’on a de soi-même. Notre compréhension de nous-mêmes est changeante ; elle doit l’être pour évoluer, pour progresser. Elle demande de se remettre en question, elle demande de douter de soi, mais cela implique aussi de remettre en question l’image de l’autre, de douter de lui.

    Au fil du temps, au fil des épreuves, vous trouverez le courage et la confiance en vous. Inévitablement, vous vous sentirez trahis et blessés. Vous serez confrontés à la petitesse et à la méchanceté de ces abuseurs en évolution. Plus rarement, peut-être de façon exceptionnelle, on vous fera même subir des monstruosités. Votre image de vous-mêmes en sera affectée, voire possiblement détruite. Mais ce n’est qu’une image. Certes, le mal est profond néanmoins.

    Sans image pour se relier à soi-même et aux autres, l’isolement social s’installe. Mais c’est d’être coupé de ce à quoi nous nous reconnaissions qui est la plus grande coupure, la plus grande souffrance. Nous sommes abandonnés, sans ressources, face à la mort sous différentes formes.

    Bizarrement et contre toute attente — paradoxalement, donc —, c’est par l’abandon de soi que nous pourrons traverser cette épreuve. Avec un courage et une confiance grandissante, nous nous relèverons et deviendrons plus humains, avec une nouvelle image encore plus belle. Une nouvelle relation s’établira, avec soi-même et avec l’autre. L’entourage sera modifié pour mieux connecter avec ce que nous sommes devenus : une sorte de sélection naturelle.

    MAJ 4 mars 2026


    Surrender of the Self

    We all create an image of the other; it is necessary to understand them, to have a relationship. By the same token, we develop an image of ourselves to understand and be in relation with ourselves. This latter image becomes our reference point for understanding the universe around us.

    Through hardships, we learn who we are. This learning happens by picking ourselves back up. Through it, we see ourselves more clearly; we become more transparent to our own eyes. We become increasingly coherent with ourselves, with who we profoundly are: human beings. It is on this foundation—this ultimate objective for each and every one of us—that we can connect with others, based on our common humanity.

    On this path, there will be the surrender of the self, the letting go of this image we hold of ourselves. Our understanding of ourselves is shifting; it must be so in order to evolve, to progress. It requires questioning oneself, it requires self-doubt—but this also implies questioning the image of the other, and doubting them.

    Over time, through trials, you will find courage and self-confidence. Inevitably, you will feel betrayed and wounded. You will be confronted with the smallness and malice of those « abusers in evolution. » More rarely, perhaps in exceptional cases, you may even be subjected to monstrosities. Your image of yourself will be affected, perhaps even destroyed. But it is only an image. Granted, the pain is deep nonetheless.

    Without an image to relate to oneself and others, social isolation sets in. But being severed from that which we recognized as ourselves is the greatest severance, the greatest suffering. We are abandoned, without resources, facing death in its various forms.

    Strangely and against all odds—paradoxically, then—it is through the surrender of the self that we can cross this ordeal. With growing courage and confidence, we will rise again and become more human, with a new image that is even more beautiful. A new relationship will be established, with oneself and with the other. One’s surroundings will be modified to better connect with what we have become: a kind of natural selection.

    Updated March 4, 2026

  • La transparence

    La transparence

    English Version Below

    La transparence

    J’ai toujours vu le fait de montrer sa vulnérabilité comme un préambule à une intimité, une porte vers les profondeurs de ce que nous sommes. Pour soi-même et pour l’autre. Habituellement, nous cherchons à la camoufler pour éviter d’avoir l’air faible, mais aussi afin d’éviter de potentielles blessures terribles en la mettant à découvert, sans défense.

    Je faisais le tour de moi-même, ce qui me donnait un sentiment d’identité, ce qui conditionnait également mon regard et motivait mes gestes. Je me suis reconstruit à partir de rien parce que j’étais amnésique à 19 ans. À partir de rien de conscient, devrais-je dire. J’étais submergé d’images, pour la plupart des symboles qui me mettaient dans un état de bonheur. Mais…

    Mais j’avais aussi des images inexplicables, beaucoup plus concrètes, que je tentais de comprendre comme des symboles, comme le reste de tout ce que je voyais. Je ne dirais pas que c’était une erreur, plutôt un apprentissage à acquérir.

    Lorsque je parlais de ces symboles qui me rendaient heureux, de cet univers que je créais en moi, de ma vie que je donnais, on me diagnostiquait une maladie mentale. Les psys comprenaient cela comme des hallucinations. Au mieux, certaines personnes y voyaient une imagination débordante, un peu spéciale : « C’est un artiste… » Personne n’a vérifié mon fonctionnement ; personne n’admettait que je réfléchissais avec des images, des symboles et des structures.

    Et j’avais ces images discordantes que je ne savais pas interpréter. Elles me déstabilisaient, par moments, davantage sous un stress plus intense. Ces images étaient intrusives ; elles brisaient mon bien-être. Elles influençaient aussi mes gestes et mes paroles, rendant le tout discordant, sans aucun rapport avec l’amour qui m’habitait, en complète dissonance avec les symboles que je voyais. Elles me faisaient questionner mon sentiment d’identité.

    Ici et là, j’ai bien rencontré des professionnels de la santé qui m’ont aidé. Néanmoins, lorsqu’on acceptait de voir l’importance de l’impact du TCC (traumatisme crânien cérébral) sur ma vie et de l’agression au couteau, cela n’expliquait pas tout. Puis, j’avais cette gêne par rapport aux images intrusives, peut-être la peur qu’elles soient une révélation de mes désirs profonds. Quant aux symboles, je n’en parlais que très peu, de façon extrêmement partielle. C’était quelque chose de sacré pour moi. Il y avait tellement d’amour, de compassion. Tout était si simple, si beau. Alors qu’on les voyait comme nocives, comme des preuves de maladie, je ne pouvais pas accepter ces jugements de valeur.

    Ces deux types d’images m’ont déchiré de plus en plus. Mon lien avec la réalité est devenu de plus en plus vacillant jusqu’à cette sortie de la réalité que j’ai mentionnée il y a déjà quelques semaines.

    La psychanalyse m’a permis de remettre de l’ordre dans tout ça. J’avais déjà commencé, mais rien de structuré. On s’est attaqué surtout aux images qui ne voulaient rien dire pour moi. J’ai pu rattacher à ma vie d’avant mon coma ce qui se voulait être des souvenirs précédant mon amnésie, les remettre en contexte. Les agressions sexuelles que j’avais subies s’exprimaient, remontaient à la surface. S’agissait-il de désirs profonds, de fantasmes en opposition avec ce que je pensais être ? La nuit, on me poursuivait, souvent avec des couteaux, mais pas toujours. Étais-je l’agresseur ou l’agressé, finalement ? D’autres fois, je me jetais contre un mur de béton, ou en bas d’un pont, toujours en auto. Était-ce une pulsion suicidaire ? Ces traumas passés me dictaient ma nouvelle vie sans même que je me souvienne d’eux tout à fait, sans même que je comprenne ce qui me faisait perdre ma liberté de choix. J’étais continuellement agressé de l’intérieur sans savoir tout à fait qu’il s’agissait de souvenirs, sans être sûr que ce n’était pas ce que je désirais inconsciemment.

    Mon apprentissage à interpréter ces images ne s’est pas fait sans heurt. J’ai fait des erreurs, malheureusement. La culpabilité d’être victime n’a pas aidé, bien sûr. J’ai aussi développé une drôle de relation avec ma mémoire. Cela m’a pris beaucoup d’efforts pour bâtir une confiance en elle. L’idée est d’apprendre, de se relever, d’avancer et de tendre la main vers cet autre en soi. Aider son prochain aussi.

    Durant cette période, ma vie a été un combat incessant. Mon goût de vivre s’est limité à la survie. Ma joie était d’être encore en vie, de pouvoir être en appartement ou dans mon condo, même si cela impliquait de manger moins. J’étais fier de survivre aux épreuves et de ne pas perdre l’esprit. J’avais une base sur laquelle m’appuyer, quelque chose de tangible : un chez-soi.

    Outre cette vie difficile, le fonctionnement des gens et de la société était très insécurisant. Rien ne fonctionnait comme cela aurait dû, comme je l’anticipais. J’étais un extraterrestre. Je devais comprendre comment cela fonctionnait ici, je devais apprendre. Mais comment ? Qui allait m’enseigner à vivre avec les neurotypiques ?

    Quoi qu’il en soit, avoir fait un tout assez cohérent avec moi-même est certainement une grande force. La transparence m’a demandé beaucoup d’humilité parce que j’ai dévoilé mes faiblesses, révélé aussi mes erreurs à tout le monde. C’est gênant. Je ne suis pas fier de mes faux pas ; j’aurais voulu faire autrement. Mais j’assume, j’apprends de ces échecs, je répare ce qui est possible et compense ce qui ne l’est pas. La transparence me permet aussi de m’améliorer, de passer sous la loupe des coins sombres où il y a encore des choses à apprendre, des endroits où faire la lumière.

    Pour ce qui est des symboles ou de ce que j’appelle des structures, j’ai appris à mieux interagir avec elles. Quelquefois, cela se présente sous forme d’images symboliques, d’autres fois de façon tellement plus abstraite que je ne peux pas les décrire. Ce fonctionnement est de l’autisme, une intelligence différente. Mais ça, c’est une autre histoire.

    MAJ 4 mars 2026


    Transparency

    I have always seen the act of showing one’s vulnerability as a preamble to intimacy, a door to the depths of who we are. For oneself and for the other. Usually, we seek to hide it to avoid appearing weak, but also to prevent potential and terrible wounds by leaving it exposed and defenseless.

    I was exploring the contours of my being, which gave me a sense of identity; it also conditioned my perspective and motivated my actions. I rebuilt myself from nothing because I was amnesic at age 19. From nothing conscious, I should say. I was submerged in images—mostly symbols that put me in a state of happiness. But…

    But I also had inexplicable images, much more concrete, which I tried to understand as symbols, like everything else I saw. I wouldn’t call it a mistake, but rather a lesson to be learned.

    When I spoke of these symbols that made me happy, of this universe I was creating within myself, of the life I was giving, I was diagnosed with mental illness. Psychiatrists understood this as hallucinations. At best, some saw it as an overflowing, somewhat « special » imagination: « He’s an artist… » No one verified how I functioned; no one admitted that I thought in images, symbols, and structures.

    And I had these discordant images that I didn’t know how to interpret. They destabilized me at times, especially under intense stress. These images were intrusive; they shattered my well-being. They also influenced my actions and words, making everything discordant, completely unrelated to the love within me, in total dissonance with the symbols I saw. They made me question my sense of identity.

    Here and there, I did meet health professionals who helped me. However, even when they accepted the impact of the TBI (traumatic brain injury) and the knife attack on my life, it didn’t explain everything. Then, I felt shame regarding those intrusive images—perhaps a fear that they were a revelation of my deepest desires. As for the symbols, I spoke of them very little, and only in a very partial way. They were sacred to me. There was so much love, so much compassion. Everything was so simple, so beautiful. While others saw them as harmful, as evidence of illness, I could not accept those value judgments.

    These two types of images tore me apart more and more. My link to reality became increasingly flickering until that « departure from reality » I mentioned a few weeks ago.

    Psychoanalysis allowed me to put all of this back in order. I had already started, but nothing was structured. We focused primarily on the images that meant nothing to me. I was able to reconnect what were meant to be memories preceding my amnesia to my life before the coma, and put them back into context. The sexual assaults I had suffered were expressing themselves, rising to the surface. Were they deep desires, fantasies in opposition to who I thought I was? At night, I was being chased, often with knives, but not always. Was I the aggressor or the victim, in the end? Other times, I would throw myself against a concrete wall, or off a bridge, always in a car. Was it a suicidal urge? These past traumas were dictating my new life without me even fully remembering them, without me even understanding what was causing me to lose my freedom of choice. I was continually assaulted from within without fully knowing they were memories, without being sure they weren’t what I unconsciously desired.

    My learning process in interpreting these images was not without its hardships. I made mistakes, unfortunately. The guilt of being a victim didn’t help, of course. I also developed a strange relationship with my memory. It took a great deal of effort to build trust in it. The idea is to learn, to stand back up, to move forward, and to reach out to that « other » within oneself. To help one’s neighbor as well.

    During this period, my life was an incessant struggle. My will to live was limited to survival. My joy was simply being alive, being able to have an apartment or my condo, even if it meant eating less. I was proud to survive the trials and not lose my mind. I had a foundation to lean on, something tangible: a home.

    Beyond this difficult life, the way people and society functioned was very unsettling. Nothing worked as it should, as I anticipated. I was an alien. I had to understand how things worked here; I had to learn. But how? Who was going to teach me how to live with neurotypicals?

    Regardless, having created a fairly coherent whole within myself is certainly a great strength. Transparency required a lot of humility because I unveiled my weaknesses and revealed my mistakes to everyone. It is embarrassing. I am not proud of my missteps; I wish I had done things differently. But I own them; I learn from these failures; I repair what can be repaired and compensate for what cannot. Transparency also allows me to improve, to place under the magnifying glass those dark corners where there is still something to learn, places where light needs to be shed.

    As for the symbols or what I call structures, I have learned to interact with them better. Sometimes, they present themselves as symbolic images; other times, in a way so abstract that I cannot describe them. This functioning is autism—a different kind of intelligence. But that is another story.

    Updated March 4, 2026