Catégorie : Journalisme

  • Le pouvoir

    Le pouvoir

    Le pouvoir

    La Matinale

    La Matinale, une excellente série télévisée écoutée sur Apple TV+. « Portrait sans concession des coulisses d’une matinale télé aux États-Unis, alors qu’éclate au grand jour un scandale d’inconduites sexuelles. » Wikipédia.

    Toute personne en relation avec le pouvoir, qu’elle en soit possesseur ou subordonnée, devrait écouter les dix épisodes de cette série. Il est essentiel d’apprendre à vivre judicieusement avec le pouvoir, avec ses différentes facettes, et de comprendre qu’il ne s’agit que d’un aspect de l’être humain.

    En complément :

    Mon texte : Le pouvoir

    Il y a dans l’agression sexuelle, au-delà de toute dénonciation, quelque chose qui me fait sentir pris au piège en tant qu’homme.

    D’un côté, j’ai porté préjudice à une femme en particulier, et à toutes les femmes à travers celle-ci ; alors que de l’autre, on m’a fait subir, avant et après cet événement traumatisant, des agressions à répétition. J’ai été abusé affectivement, physiquement et intellectuellement. Les « justifications » sont passées par le fait que je n’étais pas sexualisé, que j’étais un homme, que je n’étais pas intelligent ou, encore plus facilement, que j’étais un malade mental. Ces hommes et ces femmes m’ont retiré mes droits humains.

    Ce qui m’a conduit à sortir de la réalité, à l’expression inappropriée de mes frustrations, au besoin de dire aux autres que j’existe — peut-être surtout pour me le prouver — est certainement cet isolement malsain découlant de l’autisme, de ma famille humainement malade et, donc, de mon incapacité à me lier adéquatement aux autres. Il est question ici d’apprentissage, d’un vide à combler. Ce mal grandissant m’incitait à me réfugier progressivement dans un autre monde, dans une autre réalité, jusqu’à ce moment fatidique.

    Ceci étant dit, les étapes obligatoires à traverser pour l’agresseur, me semble-t-il, sont l’effondrement de l’image de soi, l’apprentissage à se relever plus sainement, en arriver à demander pardon et à se l’accorder à soi-même. Ainsi, une réhabilitation sociale est possible et plus saine. Il m’apparaît approprié de mentionner que, selon moi, ce cheminement se fera probablement en deux temps. Un premier où il y aura une apparence de justice, c’est-à-dire que le parcours se fera davantage en superficie, puis un deuxième où ce voyage sera plus senti, plus connecté à ce que nous sommes profondément.

    « Accusateur ou victime », quelle est la meilleure désignation ? Je n’ai pas la réponse. Je regarde le vécu : l’effondrement de l’image de soi, de son amour-propre, le besoin de réapprendre à s’aimer, la nécessité de se pardonner et, finalement, l’obligatoire persévérance pour se réhabiliter socialement, amoureusement ou, globalement, pour refaire confiance à l’autre. À la suite de l’agression, on ne se voit plus comme un homme ou comme une femme, mais on est plutôt réduit à l’image que l’agresseur avait de nous, au sentiment laissé par le geste. Nous sommes déshumanisés.

    Dans ce texte, je dis : « La victime se voit à travers les yeux de son agresseur. » C’est bien ce qui est ressorti de ma psychanalyse. Inconsciemment, je portais le même regard que ces personnes avaient sur moi au moment des faits. Donc, deux versions opposées réunies en soi pour comprendre la dépossession de notre identité, son bris. Un pont devra établir les bases pour un nouveau départ, pour se reconstruire humainement.

    Comment nommer ce qui doit être dénoncé ? Sexisme systémique ? Le pouvoir est souvent ciblé comme la cause. Dans une société essentiellement administrée par l’homme, on peut comprendre que gravir les échelons se fasse plus naturellement pour les hommes, puisque les normes ont été établies au fil des siècles par ceux-ci. Bon gré, mal gré, il s’agit de notre héritage commun. Oui, je crois qu’on peut utiliser cette expression « bancale » de sexisme systémique.

    Je préfère lâcher prise sur le concept de pouvoir pour expliquer l’agression sexuelle, sinon j’ai l’impression de mettre l’accent sur un symptôme plutôt que sur une cause, et cela me maintient dans un labyrinthe sans issue où l’autre prend un pouvoir sur moi et me met dans une situation où j’attends qu’il me le redonne. Entre-temps, je suis à sa merci. Un peu par la force des choses, j’en suis venu à devoir verbaliser le monde conceptuel que j’habite, ce que je vis, et à faire des parallèles poétiques avec votre réalité neurotypique, de laquelle j’ai parfaitement conscience, néanmoins.

    Ainsi, malgré les difficultés, j’encourage à porter plainte à l’autorité compétente parce qu’il s’agit d’un processus collectif pour trouver l’équilibre en tant que société et, progressivement, pour les individus eux-mêmes, toute différence confondue.

    Chercher le pouvoir est une illusion, ce n’est pas ce qui importe. Ce n’est là qu’un effet secondaire. L’objectif est ailleurs.

    Un texte à développer pour Noël. 🙂

    En complément :

    10 mars 2026


    Power

    The Morning Show

    The Morning Show, an excellent television series watched on Apple TV+. « A candid portrait of the behind-the-scenes of a morning TV show in the United States, as a sexual misconduct scandal comes to light. » Wikipedia.

    Anyone in a relationship with power, whether they possess it or are subordinate to it, should listen to the ten episodes of this series. It is essential to learn to live judiciously with power, with its different facets, and to understand that it is only one aspect of the human being.

    In addition

    My text: Power

    There is in sexual assault, beyond any denunciation, something that makes me feel trapped as a man.

    On one hand, I caused harm to a specific woman, and to all women through her; while on the other, I was subjected, before and after this traumatic event, to repeated assaults. I was abused emotionally, physically, and intellectually. The « justifications » went through the fact that I was not sexualized, that I was a man, that I was not intelligent, or, even more easily, that I was mentally ill. These men and women stripped me of my human rights.

    What led me to drift from reality, to the inappropriate expression of my frustrations, to the need to tell others that I exist—perhaps above all to prove it to myself—is certainly this unhealthy isolation resulting from autism, from my humanly sick family, and therefore, from my inability to relate adequately to others. It is a matter of learning here, of a void to be filled. This growing evil urged me to progressively take refuge in another world, in another reality, until that fateful moment.

    That being said, the mandatory stages for the aggressor to go through, it seems to me, are the collapse of self-image, learning to rise again more healthily, reaching the point of asking for forgiveness and granting it to oneself. Thus, social rehabilitation is possible and healthier. It seems appropriate to mention that, in my view, this journey will probably take place in two stages. A first one where there will be an appearance of justice, meaning the journey will be more superficial, then a second one where this journey will be more felt, more connected to who we are deeply.

    « Accuser or victim, » which is the better designation? I do not have the answer. I look at the experience: the collapse of self-image, of self-esteem, the need to learn to love oneself again, the necessity of forgiving oneself, and finally, the mandatory perseverance to rehabilitate oneself socially, romantically, or, globally, to trust the other again. Following the assault, one no longer sees oneself as a man or a woman, but rather reduced to the image the aggressor had of us, to the feeling left by the act. We are dehumanized.

    In this text, I say: « The victim sees themselves through the eyes of their aggressor. » This is indeed what emerged from my psychoanalysis. Unconsciously, I held the same gaze that these people had on me at the time of the events. So, two opposing versions united within oneself to understand the dispossession of our identity, its breaking. A bridge must establish the bases for a new start, to rebuild oneself humanly.

    How to name what must be denounced? Systemic sexism? Power is often targeted as the cause. In a society essentially administered by men, it is understandable that climbing the ladder happens more naturally for men, since the norms were established over centuries by them. Like it or not, it is our common heritage. Yes, I believe we can use this « wobbly » expression of systemic sexism.

    I prefer to let go of the concept of power to explain sexual assault, otherwise I feel I am emphasizing a symptom rather than a cause, and that keeps me in a labyrinth with no exit where the other takes power over me and puts me in a situation where I wait for them to give it back to me. In the meantime, I am at their mercy. Somewhat by necessity, I have come to have to verbalize the conceptual world I inhabit, what I experience, and to make poetic parallels with your neurotypical reality, of which I am perfectly aware, nevertheless.

    Thus, despite the difficulties, I encourage filing a complaint with the competent authority because it is a collective process to find balance as a society and, progressively, for the individuals themselves, across all differences.

    Seeking power is an illusion; it is not what matters. That is only a side effect. The goal is elsewhere.

    A text to develop for Christmas. 🙂

    In addition

    March 10, 2026

  • L’exemple

    L’exemple

    L’exemple

    Friends

    Friends : une série qui se passe de présentation que j’écoute actuellement en français sur Netflix. Chaque épisode me fait rire et m’apprend un aspect de la vie sociale. J’y retrouve, bizarrement, un exemple de ce que pourrait être l’amitié. Ça ne vaut pas le vécu, mais il s’agit néanmoins d’un exemple de socialisation que je n’ai pas reçu de ma famille. Je n’ai pas d’expériences correspondantes pour m’y projeter, ce qui rend cette série et ses acteurs encore plus attachants, puisqu’ils me permettent d’apprivoiser un vécu encore espéré, de comprendre une réalité à venir. Je recommande, assurément.

    Mon texte : L’exemple

    Autre aspect de mon autisme : la vie sociale. Le handicap principal.

    Comment pourrais-je blâmer quelqu’un pour un handicap qui fait partie de moi ? On pourrait bien se poser très légitimement cette question. Je l’ai moi-même fait durant des années. J’ai trouvé une réponse !

    Le fait de voir la vie autrement, sous un angle atypique, souvent même invisible pour les gens, me conduit face à des situations inédites indéfiniment. Chaque fois que je rencontre une personne, par exemple, il s’agit d’une première fois. J’ai beau la reconnaître, voire être au courant de l’essentiel de son histoire, je ne sais pas à quoi m’attendre. Chaque fois que je rencontre quelqu’un, je me jette dans le vide à la recherche de structures qui supportent cette réalité.

    C’est donc une question de structures, mais aussi, il faut le dire, de ma réserve quant au fait de modifier celles-ci. Comme je l’ai déjà écrit, je les considère comme sacrées. Elles m’apparaissent à la base de la vie. Bref, j’anticipe les rencontres parce que cela implique plus que d’être parachuté dans un autre monde ou d’être confronté à l’inconnu. À chaque fois, je dois redécouvrir les structures en place, vérifier la cohérence et trouver une façon de me comporter ou, avec davantage de travail, identifier la structure suivante — celle qui m’indiquera le chemin à suivre pour bâtir un futur bénéfique. Un travail d’empathie.

    Jusqu’ici, tout m’appartient.

    Ma famille ne pouvait pas connaître ce fonctionnement dès ma naissance. Par contre, j’ai verbalisé. Encore et encore. Plus je m’exprimais, plus cela m’enfonçait dans de faux diagnostics, plus j’étais laissé à moi-même. Je faisais ma part, me semble-t-il.

    Puis, j’ai commencé à dire que j’avais été violé et laissé pour mort lorsque j’avais 6 ou 7 ans. Aucun émoi, aucun accompagnement. On m’a donné, des années après ma révélation, l’adresse où nous demeurions à ce moment-là pour que je puisse aller porter plainte à la police. L’adresse était inexistante, selon les policiers. Je l’ai dit à ma famille et je n’ai jamais eu de retour.

    J’ai dénoncé la violence conjugale dont j’avais été victime. On m’a questionné ; c’était invraisemblable. Après avoir refusé de me croire, on a rajouté à mon fardeau avec de nouveaux faux diagnostics. Je n’étais plus humain, je n’en avais plus les droits. Il n’était même plus question de me laisser avoir un avenir. À aucun prix.

    C’est ainsi que j’ai trouvé la réponse : je peux blâmer ma famille. Si j’ai cherché sans fin une manière d’expliquer leurs comportements, après tout ce que j’avais vécu, après même le diagnostic d’autisme, c’était le grand vide. Ce n’est pas elle qui allait me donner un exemple pour m’apprendre à vivre socialement, pour me démontrer l’utilité d’une relation sociale. La dignité humaine ne m’était pas accessible avec elle.

    Ma petite vie est un concept. Elle se compose d’échanges virtuels et télépathiques, pour ceux qui peuvent croire à un tel phénomène. Pour les autres, je vis dans un monde imaginaire… Le virtuel ne remplace pas la vraie vie. Il ne suffit pas, non plus, de lire un livre ou de regarder une série télévisée pour savoir ce qu’est l’amour ou l’amitié. Cela donne des directives théoriques, mais il n’en demeure pas moins qu’il y a une part de fiction et de réalité « arrangée » qui ne peut s’appliquer dans le quotidien.

    Quelquefois à reculons, quelquefois à contrecœur, j’ai suivi aveuglément les structures, sans fin. À défaut d’exemples et d’accompagnement, j’ai dû apprendre à m’aimer socialement, ou plutôt, malgré la pression sociale, avec l’objectif de rejoindre l’autre envers et contre tous, presque. Dans le consentement, néanmoins. « L’amour altruiste » ? Est-ce bien de cela que parle Matthieu Ricard ? Apprendre par la répétition de l’exemple virtuel et télépathique, sans être en mode d’apprentissage. Apprendre avec l’inconscient. C’est là que j’en suis.

    En l’absence de famille ou de famille intégrée, comment faire partie de cette réalité sociale ? Comment se construire une vie sociale saine ? Franchir le portail. L’amour est une expérience vivante. Il implique une présence, une réciprocité, une conscience de nos actes. L’amour permet de grandir, de s’émanciper.

    La famille du Canada et le Love-in (Wikipédia). Qu’attend le Canada du Québec ? Qu’on devienne comme lui ? Qu’on perde notre identité propre ? Un Love-in (JdQ) bien particulier alors, si la condition est de devenir quelqu’un d’autre, de disparaître. Tiens, cela me fait penser à mes textes Islamophobie et Racisme systémique ; j’y vois un lien avec la discrimination subie par mon peuple, un modus operandi similaire.

    En complément

    • Tit-Coq, un film qui « raconte l’histoire d’amour douce-amère et la difficile intégration sociale d’un jeune soldat né de parents inconnus qui rêve d’épouser sa bien-aimée, Marie-Ange, dès son retour de la Deuxième Guerre mondiale. »
    • Texte La famille. À lire pour comprendre et marquer une dimension de mon texte Révélation, mais aussi pour approfondir le présent texte.

    Ouf ! Je l’ai fait. Prends-moi par la main, s’il te plaît. Fais-moi vivre ton univers.

    10 mars 2026


    The Example

    Friends

    Friends: a series that needs no introduction, which I am currently watching in French on Netflix. Each episode makes me laugh and teaches me an aspect of social life. I find there, strangely, an example of what friendship could be. It is not equal to lived experience, but it is nonetheless an example of socialization that I did not receive from my family. I have no corresponding experiences to project myself into, which makes this series and its actors even more endearing since they allow me to tame a still-hoped-for experience, to understand a future reality. I recommend it, certainly.

    My text: The Example

    Another aspect of my autism: social life. The main handicap.

    How could I blame someone for a handicap that is part of me? One might very legitimately ask this question. I did it myself for years. I found an answer!

    The fact of seeing life differently, from an atypical angle, often even invisible to people, leads me to unprecedented situations indefinitely. Every time I meet a person, for example, it is a first. Even if I recognize them, or am aware of the essentials of their story, I do not know what to expect. Every time I meet someone, I throw myself into the void in search of structures that support this reality.

    It is therefore a question of structures, but also, it must be said, of my reserve regarding the fact of modifying them. As I have already written, I consider them sacred. They appear to me at the base of life. In short, I anticipate encounters because it involves more than being parachuted into another world, or being confronted with the unknown. Each time, I must re-discover the structures in place, check for consistency, and find a way to behave or, with more work, identify the next structure—the one that will point the way to follow to build a beneficial future. A work of empathy.

    Until now, everything belongs to me.

    My family could not have known this functioning from my birth. On the other hand, I verbalized it. Again and again. The more I expressed myself, the more it sank me into false diagnoses, the more I was left to my own devices. I was doing my part, it seems to me.

    Then, I began to say that I had been raped and left for dead when I was 6 or 7 years old. No stir, no accompaniment. I was given, years after my revelation, the address where we lived at that time so that I could go file a complaint with the police. The address was non-existent, according to the police. I told my family and I never had any follow-up.

    I denounced the domestic violence of which I had been a victim. I was questioned; it was implausible. After refusing to believe me, they added to my burden with new false diagnoses. I was no longer human; I no longer had rights. It was no longer even a question of letting me have a future. At any price.

    This is how I found the answer: I can blame my family. If I sought endlessly for a way to explain their behaviors, after everything I had lived through, even after the diagnosis of autism, it was a great void. It was not going to give me an example to teach me how to live socially, to demonstrate the utility of a social relationship. Human dignity was not accessible to me with them.

    My small life is a concept. It consists of virtual and telepathic exchanges, for those who can believe in such a phenomenon. For others, I live in an imaginary world… The virtual does not replace real life. It is not enough, either, to read a book or watch a TV series to know what love or friendship is. It gives theoretical guidelines, but the fact remains that there is a part of fiction and « arranged » reality that cannot apply in daily life.

    Sometimes reluctantly, sometimes grudgingly, I followed the structures blindly, endlessly. For lack of examples and accompaniment, I had to learn to love myself socially, or rather, despite social pressure, with the goal of reaching the other against all odds, almost. In consent, nevertheless. « Altruistic love »? Is that what Matthieu Ricard is talking about? Learning through the repetition of the virtual and telepathic example, without being in a learning mode. Learning with the unconscious. That is where I am.

    In the absence of a family or an integrated family, how to be part of this social reality? How to build a healthy social life? Cross the portal. Love is a living experience. It implies a presence, a reciprocity, an awareness of our acts. Love allows one to grow, to emancipate.

    The family of Canada and the Love-in (Wikipedia). What does Canada expect from Quebec? That we become like it? That we lose our own identity? A very particular Love-in (JdQ) then, if the condition is to become someone else, to disappear. Look, that reminds me of my texts Islamophobia and Systemic Racism; I see a link with the discrimination suffered by my people, a similar modus operandi.

    In addition

    • Tit-Coq, a film that « tells the bittersweet love story and difficult social integration of a young soldier born of unknown parents who dreams of marrying his beloved, Marie-Ange, upon his return from the Second World War. »
    • Text La famille. To be read to understand and mark a dimension of my text Revelation, but also to deepen the present text.

    Whew! I did it. Take me by the hand, please. Make me live your universe.

    March 10, 2026

  • Verbalisation

    Verbalisation

    Verbalisation

    Projet Ambition Québec: Le manifeste

    Projet Ambition Québec : Le manifeste. « À travers ce manifeste hors norme, l’équipe fondatrice du projet Ambition Québec (PAQ) explique pourquoi elle choisit de miser sur le principe de proximité pour amorcer cette démarche. Les régions, les municipalités, les communautés et les différents milieux de vie doivent être au cœur du renouvellement de l’action souverainiste. C’est ainsi que nous pourrons paver la voie vers un pays au sein duquel chaque Québécoise et chaque Québécois pourra s’épanouir pleinement. » PAQ

    On s’identifie à quelque chose, à quelqu’un ou à un peuple lorsqu’on peut se projeter dans celui-ci à travers son histoire et ses aspirations. Ainsi, cette projection prend sens et l’identification se fait.

    En complément

    • Texte sur l’ouvrage précédent : Le projet Ambition Québec, s’organiser pour l’indépendance, par Catherine Fournier.
    • Texte Projection et sa suite avec mon commentaire sur Devenir afin de continuer la présentation de ma théorie.

    Mon texte : Verbalisation

    Un autre décalage, vécu dans mon enfance celui-là. On me coupait les ongles et c’était un mélange d’inaction et de pleurs. Qu’on s’occupe de mes ongles était un moment de torture. Par l’autorité, je restais assis à attendre que l’expérience se termine. Si cela m’apparaissait une éternité ? Je ne pourrais même pas le dire. J’étais là et je subissais la condamnation qui me ferait souffrir encore plusieurs jours.

    Une bizarrerie pour les autres. Leur premier réflexe était de me convaincre que j’avais besoin de me faire couper les ongles. Ils étaient trop longs, me disait-on. Ensuite, pour donner encore plus de poids à ce qu’ils s’apprêtaient à faire, on m’affirmait qu’on ne ressentait rien lorsqu’un ongle est coupé. Preuve à l’appui ; on s’en coupait un devant moi. Je faisais une crise. Incompréhensible, bien sûr. Finalement, on m’a demandé pourquoi je refusais qu’on me coupe les ongles ! — Parce que ça me fait mal là, répondais-je, en montrant le bout de mon doigt où l’ongle se termine, là où il avait été coupé.

    Mes ongles étaient coupés trop court et, pendant les jours suivants, cela me faisait mal parce que le bord de ceux-ci entrait dans la peau de mes doigts, quelquefois jusqu’au sang. La chose était si évidente pour moi que je n’avais jamais eu l’idée de verbaliser, de dénoncer la coupe mal faite. Pour moi, il n’y avait pas d’autre façon de couper les ongles. Ce vécu était tout ce que je connaissais de cette opération. Cette torture imposée « volontairement » de leur part m’apparaissait comme la seule réalité possible.

    Il en est de même pour l’identité des Québécois. On en enlève des petits bouts à chaque fois, les Québécois font une crise, puis la blessure guérit. Actuellement, on a été réduit à la langue française, mais avec une nécessité de fond de langue anglaise ! Notre histoire disparaît peu à peu. Nos choix de société passés sont jugés sans la profondeur du vécu d’où nous venons.

    Faire disparaître la Nouvelle-France, ça fait mal. Être soi-même n’est plus possible. La coupe est inhumaine : on veut que nous soyons un autre. Il est devenu impossible de verbaliser ce que nous sommes. Ça suffit ! Il serait de mauvaise foi de continuer après cette verbalisation. Nous cessons d’être définis par les autres et commençons à dire ce que nous sommes comme peuple. On ne saurait être réduit à une sorte de langue tolérée dans la mesure où il y a un fond de langue étrangère.

    Nous avons une histoire commune, un passé sur lequel nous nous bâtissons différemment. Il est temps qu’on s’accepte tel que nous sommes et qu’on apprenne à s’aimer. C’est la base pour être heureux.

    Bien avant l’arrivée des Européens, des peuples occupaient déjà ces territoires. Leurs modes de vie, le partage de l’espace, la spiritualité, leurs langues et même la transmission de leurs histoires différaient de notre façon de faire. Nous avons maintenant le recul nécessaire pour établir une nouvelle relation, une nouvelle entente. Peut-on leur reprocher de ne pas avoir compris d’emblée nos fonctionnements, nos us et coutumes, nos guerres britanno-françaises ? Sûrement pas.

    Laissons-les se définir eux-mêmes comme Premiers Peuples. L’aide pour se reconstruire et l’aide pour faire un pont entre nos modes de vie et nos cultures sont un devoir d’être humain. Il nous faut tenir compte du poids de la domination passée, du manque d’exemples de saines relations et de la perte de repères imposée essentiellement par la Loi sur les Indiens. Il y a beaucoup à faire. Un pont à construire entre nos peuples puisque nous sommes issus du même territoire, mais peut-être encore davantage parce que nous sommes humains.

    S’impliquer, s’accompagner, bâtir une saine relation entre nos peuples : voilà le mot d’ordre.

    10 mars 2026


    Verbalization

    Projet Ambition Québec: Le manifeste

    Projet Ambition Québec: Le manifeste. « Through this unconventional manifesto, the founding team of Projet Ambition Québec (PAQ) explains why it chooses to focus on the principle of proximity to initiate this process. Regions, municipalities, communities, and different living environments must be at the heart of the renewal of sovereignist action. This is how we can pave the way toward a country in which every Quebecer can fully flourish. » PAQ

    We identify with something, someone, or a people when we can project ourselves into them through their history and aspirations. Thus, this projection takes on meaning and identification occurs.

    In addition

    • My text on the previous work: Le projet Ambition Québec, s’organiser pour l’indépendance, by Catherine Fournier.
    • My text Projection and its follow-up with my comment on Becoming in order to continue the presentation of my theory.

    My text: Verbalization

    Another gap, this one experienced in my childhood. My nails were being cut, and it was a mixture of inaction and tears. Having my nails tended to was a moment of torture. Out of authority, I remained seated waiting for the experience to end. Did it seem like an eternity? I couldn’t even say. I was there, and I was undergoing the sentence that would make me suffer for several days more.

    An oddity for others. Their first reflex was to convince me that I needed to have my nails cut. They were too long, I was told. Then, to give even more weight to what they were about to do, I was told that one feels nothing when a nail is cut. Proof provided; they cut one in front of me. I had a meltdown. Incomprehensible, of course. Finally, I was asked why I refused to have my nails cut! — Because it hurts right there, I answered, pointing to the tip of my finger where the nail ends, where it had been cut.

    My nails were cut too short, and during the following days, it hurt because the edge of them entered the skin of my fingertips, sometimes until they bled. The thing was so obvious to me that I had never had the idea of verbalizing it, of denouncing the poorly done cut. For me, there was no other way to cut nails. This experience was all I knew of this operation. This torture imposed « voluntarily » on their part appeared to me as the only possible reality.

    It is the same for the identity of Quebecers. Little pieces are taken away each time, Quebecers have a crisis, and the wound heals. Currently, we have been reduced to the French language, but with an underlying necessity for the English language! Our history is disappearing little by little. Our past societal choices are judged without the depth of the experience from which we come.

    Making New France disappear hurts. Being oneself is no longer possible. The cut is inhuman: they want us to be another. It has become impossible to verbalize what we are. That’s enough! It would be in bad faith to continue after this verbalization. We cease to be defined by others and begin to say what we are as a people. We cannot be reduced to a sort of tolerated language as long as there is a background of a foreign language.

    We have a common history, a past on which we build ourselves differently. It is time we accept ourselves as we are and learn to love ourselves. It is the basis for being happy.

    Long before the arrival of Europeans, peoples already occupied these territories. Their ways of life, the sharing of space, spirituality, their languages, and even the transmission of their histories differed from our way of doing things. We now have the necessary perspective to establish a new relationship, a new agreement. Can we blame them for not having immediately understood our ways of functioning, our habits and customs, our British-French wars? Certainly not.

    Let them define themselves as First Peoples. Helping to rebuild and helping to build a bridge between our ways of life and our cultures is a duty of being human. We must take into account the weight of past domination, the lack of examples of healthy relationships, and the loss of reference points imposed essentially by the Indian Act. There is much to do. A bridge to build between our peoples since we come from the same territory, but perhaps even more so because we are human.

    Getting involved, accompanying each other, building a healthy relationship between our peoples: that is the order of the day.

    March 10, 2026

  • Le privilège

    Le privilège

    Le privilège

    Pour mes fils, mon silence est impossible

    Pour mes fils, mon silence est impossible, un documentaire d’Isabelle Racicot.

    Extrait du texte d’Amélie Grenier : « Le documentaire Pour mes fils, mon silence est impossible, porté par Isabelle Racicot et réalisé par Christian Lalumière, aborde le racisme de manière très personnelle et présente différentes émotions que nous vivons collectivement en ce moment quant au racisme. »

    Écouter l’autre, son expérience de la vie, son histoire, est certainement la base pour comprendre une réalité différente de la nôtre. Plutôt que de porter un jugement rapide sur ce qui le distingue de nous, il y a lieu de développer une empathie, d’y chercher un enseignement. Peut-être que cet autre est justement en train de parler de la faille que nous portons, celle qui nous empêche d’être pleinement humains.

    En complément

    • Faire valoir la Constitution canadienne pour démontrer que les minorités sont mal traitées est renversant. Cette Constitution enchâsse un génocide culturel envers les Premiers Peuples et la négation d’un peuple fondateur avec tout caractère distinct de ce dernier. On parle de droits humains ? (Mon commentaire.)
    • The Michelle Obama Podcast (Spotify)
    • Le 13e (Documentaire sur Netflix)
    • Bon. J’ai intégré Le 13e à mon texte d’aujourd’hui. Je pense qu’il va là, en complément, parce que je ne suis pas États-Unien, mais que cela crée tout de même une ambiance malsaine, toxique, pour tout Noir sur la planète, d’autant que les nations du monde acceptent les États-Unis comme leader. Cela vient aussi avec des devoirs, pas seulement des privilèges, que d’être leader. (Mon commentaire.)

    Mon texte : Le privilège

    Les vêtements qui piquent : un autre décalage de ma vie qui me fait sentir différent. Il y a eu des tentatives sincères d’aide, mais l’identification de la source n’a jamais été faite : pas de rougeurs, pas de réaction allergique, seulement ma plainte que « ça pique » et que c’était intolérable. Pendant un temps, on a fait attention aux achats, je m’en souviens, en me faisant essayer avant d’acheter. Un autre problème se posait : les magasins mettaient souvent un produit sur leurs vêtements et, imaginez-vous, celui-ci me piquait aussi. Une source identifiée par « l’effet secondaire », en quelque sorte.

    D’hier à aujourd’hui, je vis avec ce problème « inexplicable ». Puis, encore une fois, le diagnostic d’autisme est venu apporter une compréhension à cette particularité que j’ai. En même temps que je supporte de grandes souffrances et de grands stress, je suis hypersensible à certains frottements de vêtements sur ma peau ou à certaines émotions. Cela m’agresse !

    Le processus peut sembler complexe, mais pour moi, tout cela se passe en une fraction de seconde et j’y réagis instantanément. Je peux contrôler l’extériorisation, mettre mon instinct de survie en veilleuse autant que possible, c’est vrai… Néanmoins, l’agression continue et tout ce que je dis est rejeté du revers de la main. Je dois accepter sans condition cette violence. Ce n’est pas naturel que de rester impassible devant une agression, continue ou non.

    Mon expérience est invalidée ! On nie que je suis agressé extérieurement et, en plus, on en rajoute en niant ma réalité intérieure. « Je ne devrais pas vivre cela comme une agression ! » Toute cette expérience de la vie est simplement sans résonance chez les autres, me fait-on comprendre. Elle est imaginaire. Cette négation entraîne de faux diagnostics, une supposée inadaptation, de mauvaises évaluations quant à mon intelligence qui serait « déficiente » ou à un manque de contrôle de soi, etc.

    Le fonctionnement de mon cerveau fait que je porte attention à d’autres points d’intérêt que les gens en général. Alors que la couleur d’un vêtement m’importe peu, par exemple, il y a une grande vigilance portée sur ce frottement du tissu contre ma peau. Même chose quant à cette attitude ou cette émotion de domination. Cela m’agresse ! Comment puis-je l’expliquer plus clairement ?

    Est-ce que je peux dire que c’est un privilège pour les autres que les vêtements ne les piquent pas ? Non. Qu’en est-il de la domination ? Sont-ils insensibles à la chose ? Non. Est-ce que mon expérience doit être la même que la leur ? Non. En être inconscient ne justifie rien. S’agit-il d’un manque de « normalité » pour moi ou plutôt d’une norme mal conçue ? Le manque de connaissances pour comprendre ma réalité a dégénéré en de faux diagnostics, m’a détruit en tant que personne et a permis de pousser la bêtise jusqu’à m’enlever mon avenir.

    Être inhumain, un privilège ?

    10 mars 2026


    The Privilege

    Pour mes fils, mon silence est impossible

    Pour mes fils, mon silence est impossible (For My Sons, My Silence is Impossible), a documentary by Isabelle Racicot.

    Excerpt from the text by Amélie Grenier: « The documentary For My Sons, My Silence is Impossible, hosted by Isabelle Racicot and directed by Christian Lalumière, addresses racism in a very personal way and presents different emotions that we are collectively experiencing right now regarding racism. »

    Listening to the other, their life experience, their story, is certainly the basis for understanding a reality different from our own. Rather than making a quick judgment on what distinguishes them from us, there is cause to develop empathy, to seek a teaching within it. Perhaps this other person is precisely talking about the flaw we carry, the one that prevents us from being fully human.

    In addition:

    • Using the Canadian Constitution to demonstrate that minorities are mistreated is staggering. This Constitution enshrines a cultural genocide against the First Peoples and the negation of a founding people along with any distinct character of the latter. Are we talking about human rights? (My comment.)
    • The Michelle Obama Podcast (Spotify)
    • 13th (Documentary on Netflix)
    • Well. I integrated 13th into my text today. I think it belongs here, in addition, because I am not American, but it still creates an unhealthy, toxic atmosphere for every Black person on the planet, especially since the nations of the world accept the United States as a leader. Being a leader also comes with duties, not just privileges. (My comment.)

    My text: The Privilege

    Itchy clothes: another gap in my life that makes me feel different. There were sincere attempts to help, but the identification of the source was never made: no redness, no allergic reaction, only my complaint that « it itches » and that it was intolerable. For a time, attention was paid to purchases, I remember, by having me try things on before buying. Another problem arose: stores often put a product on their clothes and, imagine that, this also made me itch. A source identified by the « side effect, » in a way.

    From yesterday to today, I live with this « inexplicable » problem. Then, once again, the diagnosis of autism came to bring an understanding to this particularity I have. At the same time as I endure great suffering and great stress, I am hypersensitive to certain frictions of clothing on my skin or to certain emotions. It assaults me!

    The process may seem complex, but for me, all of this happens in a fraction of a second and I react to it instantly. I can control the externalization, put my survival instinct on the back burner as much as possible, it’s true… Nevertheless, the aggression continues and everything I say is dismissed with a wave of the hand. I must unconditionally accept this violence. It is not natural to remain impassive in the face of aggression, whether continuous or not.

    My experience is invalidated! It is denied that I am being assaulted externally and, in addition, they add to it by denying my inner reality. « I shouldn’t experience this as an aggression! » All this life experience simply has no resonance with others, I am made to understand. It is imaginary. This negation leads to false diagnoses, a supposed maladjustment, poor evaluations of my intelligence as being « deficient » or a lack of self-control, etc.

    The way my brain functions means that I pay attention to different points of interest than people in general. While the color of a garment matters little to me, for example, there is great vigilance placed on the rubbing of the fabric against my skin. The same goes for this attitude or emotion of domination. This assaults me! How can I explain it more clearly?

    Can I say that it is a privilege for others that clothes do not itch them? No. What about domination? Are they insensitive to it? No. Must my experience be the same as theirs? No. Being unconscious of it justifies nothing. Is it a lack of « normality » for me or rather an ill-conceived norm? The lack of knowledge to understand my reality degenerated into false diagnoses, destroyed me as a person, and allowed stupidity to be pushed to the point of taking away my future.

    Is being inhuman a privilege?

    March 10, 2026

  • Révélation

    Révélation

    Révélation

    Je m’appelle humain

    Je m’appelle humain, un film documentaire de Kim O’Bomsawin avec Joséphine Bacon. À voir absolument. Voici quelques mots ou idées qui m’ont frappé : « Ne pas avoir marché sur les pas de son père », « privée de voir c’est quoi une famille… la tendresse, l’affection », « ne pas savoir ce que ça fait d’avoir une famille (pas d’exemple) », « c’est comme un grand vide » et « ça fait mal d’en parler ».

    En complément

    Des souvenirs qui me sont revenus « en regardant l’horizon lointain » ? De l’illusion de présence de ma famille d’origine, il ne reste rien. Un grand vide. À l’occasion, je pense à eux. Ce n’est jamais élogieux. Je m’y vois cherchant à créer un lien, à chercher une confirmation que j’existe pour eux lorsque je ne suis pas physiquement là. Il n’y avait rien. Un faux diagnostic, tout au plus. Une famille humainement malade.

    L’une cherchait encore son « homme », l’autre en voulait à mon argent ou à ma réussite, un autre regardait mon épouse… et quoi encore ? 500 $ pour payer à deux reprises sa chambre d’hôtel alternative ? Il y avait aussi le traître qui me faisait des déclarations d’amour tout en protégeant sciemment ceux qui détruisaient mon avenir, après m’avoir fait renoncer à mes droits humains. Le pire salaud.

    Malgré tout, je suis en paix avec moi-même ! Au-delà de cette famille, je me suis connecté à une humanité qui ne me quitte pas. La présence est réelle, cette fois-ci.

    Un extrait de L’enfer de Dieu

    « Bientôt, toutes les planètes de mon système solaire furent surpeuplées. Et la pensée scientifique s’était installée. Les habitants savaient contrôler les naissances. Les stratégies de défense, au lieu d’instaurer la paix, provoquaient des guerres. La peur d’être ensevelis par la matière les empêchait de vivre pleinement.

    « Le Premier m’implora à nouveau avec ses rites traditionnels. Cette fois, j’avais compris plus rapidement puisque j’avais reconnu ce qu’il faisait : un cérémonial précédait chaque appel. Mais c’était dans son recueillement, le cœur brûlant d’amour, que j’entendais sa supplication et que j’accueillais ses préoccupations.

    « Encore une fois, j’avais répondu à sa demande pressante. Les planètes se sont alors écartées, ici et là dans l’univers infini, et d’autres planètes et soleils sont venus meubler l’espace. Je leur avais insufflé le mouvement.

    « Les six planètes habitées par les Rosiliens se trouvaient isolées les unes des autres, sans possibilité de communiquer. Certaines possédaient un soleil dans leur orbite, d’autres non. L’une était complètement isolée de l’univers des autres. La vie s’est adaptée !

    « La première planète rosilienne, celle où le Premier habitait, était maintenant de glace. Elle occupait une nouvelle position dans l’univers, ce qui avait détruit sa complexion antérieure. Même si elle avait son soleil propre, aucune vie, du moins en apparence, n’existait là, mais une surprise de taille m’attendait !

    « Une des conséquences de la réponse apportée à la prière du Premier avait été de voir disparaître des millions de Rosiliens aux formes primitives. Certains étaient morts des suites des bouleversements : changements climatiques, tremblements de terre, éruptions volcaniques, raz-de-marée et autres cataclysmes. D’autres étaient morts de peur. D’autres encore de folie.

    « Comprenez. Depuis des siècles, ces habitants avaient constaté, à la mesure de leurs observations, que leurs planètes étaient figées. Dans sa bonté, Dieu les avait protégés, de telle sorte que jamais ces peuplades n’avaient subi les affres causées par l’horreur des désastres naturels. Certains s’étaient épanouis. D’autres, ceux qui détenaient le seul savoir, ceux qui avaient fermé leur cœur ou ceux qui possédaient une conscience cristallisée, avaient préféré, souhaité et même choisi leur mort.

    « Je ne me consolais toutefois pas de les avoir déçus. Ce que j’avais créé était si beau ! Cette innocente beauté me coûtait finalement un prix beaucoup trop élevé. Je savais pertinemment que j’aurais pu épargner la vie de ces millions d’habitants simiesques. J’aurais pu trouver d’autres façons de les aider à survivre ; maintenant, il était trop tard. J’avais tué tant d’êtres que j’avais aimés et chéris. Combien je m’en voulais ! Je me sentais terriblement coupable. J’avais essayé d’en parler à ma psy. J’avais abordé le sujet vaguement par la symbolique en lui parlant de tous ces morts que l’humanité porte en elle. Elle n’avait rien compris. Peut-être aurait-il fallu que je lui avoue que j’étais le Christ et que j’avais créé une nouvelle espèce de vie. Avouer aussi que, quelques jours plus tôt, pour aider ces malheureux Rosiliens, j’avais dû en tuer des millions. Quelle tragédie ! »*

    Je relis ces lignes écrites il y a plus de 25 ans et constate que de cet univers que j’avais créé en moi, j’ai retiré de grands enseignements. J’y ai trouvé une connaissance incroyable de l’autre en réalisant que chacune de ces créatures était une partie de moi. En même temps que je suis eux, ils représentent des parties de moi et forment l’ensemble de ce que je suis devenu. Il s’agit certainement d’une expérience difficile à expliquer, peut-être même impossible. Leurs vies ne faisaient qu’une avec la mienne. Nous sommes dorénavant la même personne.

    *Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007 V1, p.119.

    9 mars 2026


    Revelation

    Je m’appelle humain (I Call Myself Human)

    Je m’appelle humain (I Call Myself Human), a documentary film by Kim O’Bomsawin with Joséphine Bacon. A must-see. Here are a few words or ideas that struck me: « Not having walked in her father’s footsteps, » « deprived of seeing what a family is… tenderness, affection, » « not knowing what it’s like to have a family (no example), » « it’s like a great void, » and « it hurts to talk about it. »

    In addition

    Memories that came back to me « while looking at the distant horizon »? Of the illusion of my original family’s presence, nothing remains. A great void. Occasionally, I think of them. It is never laudatory. I see myself there trying to create a link, seeking confirmation that I exist for them when I am not physically there. There was nothing. A false diagnosis, at most. A humanly sick family.

    One was still looking for her « man, » another wanted my money or my success, another was looking at my wife… and what else? $500 to pay twice for his alternative hotel room? There was also the traitor who made declarations of love to me while knowingly protecting those who were destroying my future, after having made me renounce my human rights. The worst bastard.

    Despite everything, I am at peace with myself! Beyond this family, I connected with a humanity that never leaves me. The presence is real, this time.

    An excerpt from L’enfer de Dieu (God’s Hell)

    « Soon, all the planets in my solar system were overpopulated. And scientific thought had taken hold. The inhabitants knew how to control births. Defense strategies, instead of establishing peace, provoked wars. The fear of being buried by matter prevented them from living fully.

    « The First implored me again with his traditional rites. This time, I had understood more quickly because I had recognized what he was doing: a ceremonial preceded each call. But it was in his inner stillness, his heart burning with love, that I heard his supplication and welcomed his concerns.

    « Once again, I had responded to his urgent request. The planets then moved apart, here and there in the infinite universe, and other planets and suns came to fill the space. I had breathed movement into them.

    « The six planets inhabited by the Rosilians were isolated from each other, with no possibility of communicating. Some had a sun in their orbit, others did not. One was completely isolated from the universe of the others. Life adapted!

    « The first Rosilian planet, the one where the First lived, was now made of ice. It occupied a new position in the universe, which had destroyed its previous complexion. Even though it had its own sun, no life, at least in appearance, existed there, but a surprise of a major scale awaited me!

    « One of the consequences of the response to the First’s prayer had been to see millions of Rosilians of primitive forms disappear. Some had died from the aftermath of the upheavals: climate change, earthquakes, volcanic eruptions, tidal waves, and other cataclysms. Others had died of fear. Still others of madness.

    « Understand. For centuries, these inhabitants had observed, to the extent of their observations, that their planets were frozen. In His goodness, God had protected them, so that these peoples had never suffered the woes caused by the horror of natural disasters. Some had flourished. Others—those who held the only knowledge, those who had closed their hearts, or those who possessed a crystallized consciousness—had preferred, wished for, and even chosen their death.

    « I did not console myself, however, for having disappointed them. What I had created was so beautiful! This innocent beauty finally cost me a price that was far too high. I knew perfectly well that I could have spared the lives of these millions of simian inhabitants. I could have found other ways to help them survive; now, it was too late. I had killed so many beings I had loved and cherished. How I blamed myself! I felt terribly guilty. I had tried to talk to my shrink about it. I had approached the subject vaguely through symbolism by telling her about all these dead that humanity carries within itself. She understood nothing. Perhaps I should have confessed to her that I was the Christ and that I had created a new species of life. Confess also that, a few days earlier, to help these unfortunate Rosilians, I had had to kill millions of them. What a tragedy! »*

    I reread these lines written more than 25 years ago and realize that from this universe I created within myself, I have drawn great lessons. I found there an incredible knowledge of the other by realizing that each of these creatures was a part of me. While I am them, they represent parts of me and form the whole of what I have become. It is certainly an experience difficult to explain, perhaps even impossible. Their lives were one with mine. We are now the same person.

    *Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007 V1, p.119.

    March 9, 2026

  • Décalage

    Décalage

    Décalage

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé, de Claude Meunier, publié chez Léméac. « À la manière – absurde, ostentatoire, polémique, burlesque, philosophique, métaphysique, critique – de son premier Journal d’un Ti-Mé (2000), Claude Meunier puise à nouveau, vingt ans plus tard, dans l’imaginaire délirant du Popa de La Petite Vie. »

    Voici une réflexion que ce livre m’a inspirée : « Réflexions mentales »*

    — Pourquoi pensez-vous que les provinces du ROC** devraient être des États des États-Unis ?

    — Christian : Parce qu’elles parlent anglais. Franchement, c’est de base.

    En complément :

    *« Personnage » du livre.

    **« Rest of Canada », une expression populaire dans la politique canadienne qui désigne tous les territoires et provinces excepté le Québec. La politique québécoise a souvent été perçue comme « Québec versus le ROC ». Wikipédia.

    (Cette expression même, ROC, démontre le caractère distinct du Québec, caractère nié dans la Constitution canadienne.)

    Mon texte : Décalage

    Mercredi dernier, je vous entretenais sur cet humour dans lequel j’ai baigné une bonne partie de ma vie. J’en ai été imprégné, assurément. La relation amoureuse est un sujet central dans cet humour. L’amour, le sexe, l’infidélité et, bien sûr, la belle-mère y jouent un rôle central. On pourrait agrandir « la chambre des secrets » d’un faire-valoir avec, me semble-t-il, l’argent et le patron.

    Voilà des dynamiques de relation que le Théâtre des Variétés m’a présentées durant près d’un quart de siècle. À cela se sont ajoutées les dénonciations du comportement des hommes par ma mère — comme si je n’en étais pas un — et le point de vue tardif de mon père, déçu et trahi dans ses attentes, sur le mariage et les enfants. Il faut aussi, bien sûr, mentionner le modèle de relation offert par l’Église : le mariage hétérosexuel et la fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare. Tout cela n’était que contradiction avec ce que je voyais de la vie.

    En psychanalyse, j’ai travaillé sur le fait que ma mère m’avait fait dormir avec elle alors que mon père avait quitté sa place au lit. J’ai senti cet amour intrusif comme un envahissement et un viol de mon intimité affective. Un degré malsain de fusion, cela va de soi. Cela représentait une perte de repères ou une empreinte qui marqua une bonne partie de ma vie amoureuse et sociale.

    Était-ce une suite de malchances, l’autisme, ou simplement les deux combinés à une famille mésadaptée ? En tout cas, il s’agit des racines d’un mal qui m’habite encore alors que je suis isolé dans ma bulle, toujours incapable d’obtenir une saine réciprocité.

    Ce vécu m’a fait questionner profondément ma sexualité. Du fait de me retrouver essentiellement seul, j’en ai déduit que j’étais autosexuel. De vivre dans un milieu où « l’amour est de l’amour », mais aussi d’avoir été agressé sexuellement par des hommes et des femmes, m’a amené à me dire pansexuel afin d’intégrer ces expériences. Toutefois, je ne peux nier mon attrait particulier pour les femmes, sans avoir de répulsion pour d’autres types de relations que je vois possibles, bien que cela ne se soit jamais produit sur une base volontaire dans mon quotidien.

    Ce fut donc un questionnement philosophique d’abord, devenu expériences forcées par la suite. Ces contradictions se sont reproduites sans cesse durant ma vie. Ce que je retiens de tout cela est que je ne veux pas être sexuellement défini par les autres. Je refuse d’être emprisonné dans une case, bien que l’hétérosexualité soit probablement ce qui se rapproche le plus de mon identité. Il y a certainement un décalage entre mon vécu, la vie que j’avais réfléchie philosophiquement et celle que j’aurais souhaitée ou fantasmée.

    Un autre modèle que j‘ai idéalisé est celui qui se base sur une magie. Peut-être plus conceptualisé qu’idéalisé, un modèle qui émerge de mon cœur. J’ai à cet endroit métaphysique ce que j’appelle mon royaume. J’y suis un grand magicien doté d’un pouvoir qui ressemble à une forme de télépathie. Cela me permet de me lier aux autres. À travers cette relation, je vois l’ensemble de ce qu’ils sont, incluant inexorablement leur inconscient. C’est un don qui m’a valu beaucoup de faux diagnostics. Il y a donc, à la base de ce modèle de relation amoureuse et, je le crains aussi, à la base de mes relations sociales, cette magie que l‘autre doit vouloir développer sainement. Cette transparence est magique et bien réelle.

    Il y aura une suite à cette description du décalage que j’expérimente, de ce qui me sépare du monde qui m’entoure.

    En complément

    – Prisoner (Miley Cyrus et Dua Lipa) – Paroles et traduction

    – Seul (Garou)

    9 mars 2026


    Gap

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé, by Claude Meunier, published by Léméac. « In the manner – absurd, ostentatious, polemical, burlesque, philosophical, metaphysical, critical – of his first Journal d’un Ti-Mé (2000), Claude Meunier draws again, twenty years later, from the delusional imagination of Popa from La Petite Vie. »

    Here is a reflection that this book inspired in me: « Mental Reflections »*

    — Why do you think the provinces of the ROC** should be states of the United States?

    — Christian: Because they speak English. Honestly, it’s basic.

    In addition:

    * « Character » from the book.

    ** « Rest of Canada, » a popular expression in Canadian politics that designates all territories and provinces except Quebec. Quebec politics has often been perceived as « Quebec versus the ROC. » Wikipedia.

    (This very expression, ROC, demonstrates the distinct character of Quebec, a character denied in the Canadian Constitution.)

    My text: Gap (Décalage)

    Last Wednesday, I was telling you about this humor in which I was immersed for a good part of my life. I was certainly permeated by it. The romantic relationship is a central theme in this humor. Love, sex, infidelity, and, of course, the mother-in-law play a central role. One could expand the « chamber of secrets » of a foil with, it seems to me, money and the boss.

    These are the relationship dynamics that the Théâtre des Variétés presented to me for nearly a quarter of a century. Added to this were my mother’s denunciations of men’s behavior—as if I weren’t one—and the belated point of view of my father, disappointed and betrayed in his expectations, on marriage and children. One must also, of course, mention the relationship model offered by the Church: heterosexual marriage and fidelity until death do us part. All of that was nothing but a contradiction with what I saw of life.

    In psychoanalysis, I worked on the fact that my mother had made me sleep with her after my father had left his place in the bed. I felt this intrusive love as an invasion and a rape of my affective intimacy. An unhealthy degree of fusion, it goes without saying. This represented a loss of reference points or an imprint that marked a good part of my romantic and social life.

    Was it a streak of bad luck, or autism, or simply the two combined with a maladapted family? In any case, these are the roots of an evil that still inhabits me while I am isolated in my bubble, still unable to obtain a healthy reciprocity.

    This experience made me deeply question my sexuality. From finding myself essentially alone, I deduced that I was autosexual. Living in an environment where « love is love, » but also having been sexually assaulted by men and women, led me to call myself pansexual in order to integrate these experiences. However, I cannot deny my particular attraction to women, without having a repulsion for other types of relationships that I see as possible, although it has never happened on a voluntary basis in my daily life.

    It was therefore a philosophical questioning first, which became forced experiences afterward. These contradictions reproduced themselves constantly throughout my life. What I take away from all this is that I do not want to be sexually defined by others. I refuse to be imprisoned in a box, although heterosexuality is probably what comes closest to my identity. There is certainly a gap between my lived experience, the life I had reflected on philosophically, and the one I would have wished for or fantasized about.

    Another model I idealized is one based on magic. Perhaps more conceptualized than idealized, a model that emerges from my heart. I have in this metaphysical place what I call my kingdom. I am a great magician there, endowed with a power that resembles a form of telepathy. It allows me to link with others. Through this relationship, I see the entirety of what they are, inexorably including their unconscious. It is a gift that earned me many false diagnoses. There is therefore at the base of this model of romantic relationship, and, I fear also, at the base of my social relationships, this magic that the other must want to develop healthily. This transparency is magical and very real.

    There will be a follow-up to this description of the gap I experience, of what separates me from the world around me.

    In addition

    – Prisoner (Miley Cyrus et Dua Lipa)

    – Seul (Garou)

    March 9, 2026

  • Mieux vaut en rire

    Mieux vaut en rire

    Mieux vaut en rire

    Au pic pis à pelle

    Au pic pis à pelle, en rodage, avec Sam Breton. J’ai l’impression d’avoir vu ce spectacle il y a plus d’un siècle au Théâtre du cégep de Trois-Rivières.

    J’avais une longue route à faire, en plus du stress occasionné par une possible rencontre avec l‘artiste. Je ne me souviens pas comment l’idée d’une discussion m’était venue, mais j’étais terrifié. Je commençais à peine à voir sérieusement la possibilité d’écrire sur les créations que je voyais, tout en constatant que la forme différait de ce qui se faisait habituellement. Bref, je ne me sentais même pas encore en rodage. J’étais en mode découverte, plutôt.

    Cette histoire me semble un peu triste parce que j’étais impressionné, apeuré socialement par mon autisme, dans un environnement tout à fait inconnu et, avec l’attente pour lui parler, je ne faisais que « capoter » de plus en plus. Donc, pas de rencontre. Vaut mieux en rire, non ? J’ai vu ce spectacle drôle qui était tout de même déjà assez bien rodé. C’est sûr que je suis à l’aise de le recommander dans sa version « finale » actuelle.

    En complément

    Il est possible de voir Sam Breton à Ça finit bien la semaine, une émission avec José Gaudet et Julie Bélanger. (7 jours)

    À Salut Bonjour.

    Mon texte : Mieux vaut en rire

    Voir Sam Breton en spectacle m’a projeté dans le passé. Je le voyais sur scène, avec ses mimiques, sa gestuelle, son image projetée, et je pensais à Gilles Latulippe. J’ai été en lien avec le Théâtre des Variétés durant peut-être 25 ans, je ne sais pas. Mon père y travaillait et j’y allais de temps à autre avant d’y occuper différents postes. En outre, j’ai participé à deux ou trois spectacles en jouant de petits rôles ou en étant figurant.

    Pour moi, voir Olivier Guimond et Gilles Latulippe en personne, puis de les revoir quelques jours plus tard à la télévision était normal. Il n’y avait rien de spécial là. Quoique… Plus tard, j’ai été sur scène avec Jean-Louis Millette. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’il s’agissait de Paillasson ou d’Oscar Bellemare. C’était deux mondes séparés par un petit quelque chose.

    Il n’y avait rien de spécial là, mais un lien ne se faisait pas complètement. Je savais qu’il s’agissait de la même personne, toutefois le personnage joué demeurait « un autre ». Il y avait un décalage dans ma compréhension. Comme si la magie du théâtre était si grande que je ne pouvais m’en défaire. Inconsciemment, je ne voulais pas briser cette magie. Pas complètement.

    Quelques années plus tôt, je disais à d’autres élèves que je connaissais Gilles Latulippe… Incrédulité. On ne me croyait pas ; je ne pouvais pas connaître Symphorien. L’idée était démesurée pour eux. Je suppose que je n’étais personne face au géant qu’était ce comédien.

    La Poune disait : « J’aime mon public, et mon public m’aime ! » Sur scène, c’était La Poune, alors que lorsqu’elle me saluait en quittant le théâtre, il s’agissait de Madame Ouellette. Deux personnes différentes, comme s’il ne me suffisait pas de me dire qu’il y avait le personnage et la personne qui le jouait. J’agissais différemment selon la situation, selon la facette que la personne me présentait.

    La réciprocité dans la relation — parce que finalement c’est de cela que Rose Ouellette parlait — a aussi été une leçon pour moi. D’emblée, je cherche l’équilibre dans mes liens sociaux. Arrivé à ce point de ma vie, j’ai l’impression d’avoir tout donné de ce que je suis, par exemple à travers ce Projet social ou mes implications sur les réseaux sociaux. N’empêche qu’un grand déséquilibre existe dans ma vie personnelle. Ma vie est presque exclusivement virtuelle. Deux mondes qui ne se touchent pas vraiment, bien que je comprenne qu’il s’agisse de la même personne.

    Le rire est une leçon de sagesse. Une belle façon de prendre une distance avec la réalité. Il dédramatise le mal qu’on peut vivre, ce qui nous fait peur, ce qui nous angoisse. Ça nous amusait bien d’entendre notre père dire avec fierté son nom suivi de son titre, « gérant du Théâtre des Variétés », lorsqu’il se présentait au téléphone. Mon père et son rôle faisaient deux pour nous. Sa fierté était tributaire de son rôle social.

    Être soi-même est souvent le conseil qu’on entend dans le milieu artistique. D’accord, mais que fait-on lorsqu’on nous refuse comme personne ? Quelles sont les possibilités de se sortir de cet isolement anxiogène, voire toxique ? J’attends la réciprocité dans ma petite vie. Mieux vaut en rire.

    En complément

    Texte sur cet humour qui a fait partie de ma vie si longtemps.

    Bruce Springsteen – Letter To You (Official Video)

    9 mars 2026


    Better to Laugh About It

    Au pic pis à pelle

    Au pic pis à pelle, in development, with Sam Breton. I feel like I saw this show more than a century ago at the Théâtre du cégep de Trois-Rivières.

    I had a long road ahead of me, plus the stress caused by a possible meeting with the artist. I don’t remember how the idea of a discussion came to me, but I was terrified. I was just starting to seriously consider the possibility of writing about the creations I saw, while noting that the form differed from what was usually done. In short, I didn’t even feel like I was « in development » yet. I was in discovery mode, rather.

    This story seems a bit sad to me because I was impressed, socially afraid due to my autism, in a completely unknown environment, and, with the wait to speak to him, I was just « freaking out » more and more. So, no meeting. Better to laugh about it, right? I saw this funny show which was already quite well-polished anyway. I am certainly comfortable recommending it in its current « final » version.

    In addition

    It is possible to see Sam Breton on Ça finit bien la semaine, a show with José Gaudet and Julie Bélanger. (7 jours)

    On Salut Bonjour.

    My text: Better to Laugh About It

    Seeing Sam Breton perform projected me into the past. I saw him on stage, with his facial expressions, his gestures, his projected image, and I thought of Gilles Latulippe. I was connected with the Théâtre des Variétés for perhaps 25 years, I don’t know. My father worked there, and I went there from time to time before holding various positions. Furthermore, I participated in two or three shows playing small roles or being an extra.

    For me, seeing Olivier Guimond and Gilles Latulippe in person, then seeing them again a few days later on television, was normal. There was nothing special there. Although… Later, I was on stage with Jean-Louis Millette. I couldn’t get used to the idea that he was Paillasson or Oscar Bellemare. They were two worlds separated by a little something.

    There was nothing special there, but a link wasn’t completely being made. I knew it was the same person, yet the character played remained « another. » There was a gap in my understanding. As if the magic of theater was so great that I couldn’t break free from it. Unconsciously, I didn’t want to break that magic. Not completely.

    A few years earlier, I told other students that I knew Gilles Latulippe… Incredulity. They didn’t believe me; I couldn’t know Symphorien. The idea was disproportionate for them. I suppose I was nobody compared to the giant that this actor was.

    La Poune used to say, « I love my public, and my public loves me! » On stage she was La Poune, whereas when she greeted me while leaving the theater, she was Madame Ouellette. Two different people, as if it weren’t enough for me to tell myself that there was the character and the person playing it. I acted differently according to the situation, according to the facet that the person presented to me.

    Reciprocity in the relationship—because ultimately that is what Rose Ouellette was talking about—was also a lesson for me. From the start, I seek balance in my social ties. Arrived at this point in my life, I feel like I have given everything of who I am, for example through this Social Project or my involvements on social networks. Nevertheless, a great imbalance exists in my personal life. My life is almost exclusively virtual. Two worlds that don’t really touch, although I understand that it is the same person.

    Laughter is a lesson in wisdom. A beautiful way to distance oneself from reality. It downplays the pain we may experience, what scares us, what makes us anxious. It amused us to hear our father proudly state his name followed by his title, « manager of the Théâtre des Variétés, » when he introduced himself on the phone. My father and his role were two separate things for us. His pride was dependent on his social role.

    « Be yourself » is often the advice heard in the artistic world. Fine, but what do we do when we are rejected as a person? What are the possibilities for getting out of this anxiety-inducing, even toxic, isolation? I am waiting for reciprocity in my little life. Better to laugh about it.

    In addition

    Text on this humor that has been part of my life for so long.

    Bruce Springsteen – Letter To You (Official Video)

    March 9, 2026

  • Radical

    Radical

    Radical

    Le dernier Felquiste

    Le dernier Felquiste, une série documentaire sur le Front de libération du Québec (FLQ) diffusée sur Illico. « Antoine Robitaille et Dave Noël enquêtent sur le meurtre non résolu de Mario Bachand. Deux thèses s’affrontent dans l’assassinat de cet ancien felquiste survenu à Paris en 1971 : règlement de comptes à l’interne du FLQ ou assassinat politique ? Dans le but de trouver le coupable dans cette affaire, les journalistes revisiteront la spectaculaire histoire du Front de libération du Québec. »

    En complément

    Une série sur le FLQ diffusée à Illico (La Presse)

    Mon texte : Radical

    Mon radicalisme se situe au niveau des concepts. La conceptualisation, mon mode de fonctionnement d’autiste, a l’inconvénient handicapant de créer une distance sociale, bien que j’en fasse un atout rare pour mes analyses. Ainsi, je dénonce le radicalisme tout en étant, à ma façon, radical. En un mot, mon radicalisme : humaniser.

    Les « choses » me sont toujours apparues comme des évidences. Néanmoins, je ne comprenais pas pourquoi les autres agissaient comme ils le faisaient. Ces « choses » étaient peut-être fausses, pensais-je. Je devais vérifier afin de le savoir.

    Ma posture : alors qu’un chemin m’apparaissait évident et que personne ne le suivait, je me suis mis à marcher sur les routes indiquées par les autres. Aveuglément. Du moins, jusqu’à ce que je sois convaincu d’être dans un labyrinthe sans issue. Alors, je testais une nouvelle route mentionnée. J’ai ainsi éliminé toutes les hypothèses, toutes les « bonnes » routes qu’on me disait de prendre. À chaque fois que je me retrouvais dans un cul-de-sac, je devais revenir à moi, à ces « choses » que je voyais et que, comme vous le savez, j’appelle dorénavant « structures ».

    Fonctionner de cette manière me permettait de faire un double apprentissage. J’expérimentais les fausses pistes et j’en tirais une connaissance précieuse. D’autre part, je me défendais sans aucun moyen, sans appui quelconque, sans exemple approprié d’une façon de le faire. De cela aussi, je tirais un enseignement profond, mystique.

    Une grande violence vécue, celle à la base de toutes les autres, fut celle de nier ma réalité. Cette attitude de domination qu’on avait envers moi me laissait également des séquelles importantes, telles que douter de tout ce que je vivais, à l’intérieur et à l’extérieur de moi, de ma petite vie comme de la moindre pensée. C’était inhumain. Radical.

    Au Québec, certains se sont regroupés pour répondre à ce radicalisme caché qui niait leur réalité. C’était dans une période où des gestes de révolte violente et où le terrorisme étaient aussi des exemples disponibles. Ce type de réponse est de ce fait du radicalisme. Ce n’est toutefois pas une issue parce qu’à terme, il n’y a pas de réelle libération.

    Cette réaction à une violence niée subie est une mauvaise réponse. Elle engendre une peur qui fait corps avec l’objectif de liberté souhaitée ; ainsi, cette vision de la libération fait peur, ce qui justifie plutôt le refus de libérer. D’un côté comme de l’autre, il y a une attitude de domination, alors que c’est justement ce qui est dénoncé. Un cercle vicieux.

    Je ne peux pas dire que l’idée radicale d’humaniser vienne de moi. Elle m’a plutôt été inspirée par quelque chose de plus grand. Je ne saurais en dire la provenance, même poétiquement. Toutefois, toutes ces années de maltraitance, toutes ces souffrances, prennent finalement un sens avec ma compréhension de ce qu’est l’être humain. Il y avait un plan.

    Un texte parallèle : Mes racines Nègres blancs d’Amérique

    Il y a dans ce titre une reconnaissance de la souffrance des Noirs tout en spécifiant le privilège blanc. L’esclavage, avec toutes ses séquelles, est une référence importante dans l’histoire de l’humanité. On ne doit pas passer à côté de cette leçon. Ici, il est question de l’effacement de la différence du Québec, une souffrance innommable à cause des censures ; d’un côté un peuple déshumanisé, de l’autre ce même peuple privilégié. Contrairement à l’Europe ou à l’Afrique, le Québec a un nouveau peuple, d’à peine plus de 400 ans, privé de ses racines. Il y a un refus d’être colonisateur, tout en n’étant plus dorénavant européen. Racines exclues ; tant celles provenant des Premiers Peuples que celles des Européens. Au Québec vit un peuple déraciné, pas moins humain pour autant.

    En compléments

    Citation de Bob Marley

    Commentaire de l’UNESCO

    Citation de Yongey Mingyour Rinpotché par Matthieu Ricard

    9 mars 2026


    Radical

    Le dernier Felquiste

    Le dernier Felquiste, a documentary series on the Quebec Liberation Front (FLQ) broadcast on Illico. « Antoine Robitaille and Dave Noël investigate the unsolved murder of Mario Bachand. Two theories clash in the assassination of this former Felquiste which occurred in Paris in 1971: internal settling of scores within the FLQ or political assassination? In order to find the culprit in this case, the journalists will revisit the spectacular history of the Quebec Liberation Front. »

    In addition

    A series on the FLQ broadcast on Illico (La Presse)

    My text: Radical

    My radicalism lies at the level of concepts. Conceptualization, my autistic mode of functioning, has the disabling disadvantage of creating social distance, although I turn it into a rare asset for my analyses. Thus, I denounce radicalism while being, in my own way, radical. In a word, my radicalism: to humanize.

    « Things » have always appeared obvious to me. Nevertheless, I did not understand why others acted the way they did. Perhaps these « things » were false, I thought. I had to check in order to know.

    My posture: while a path appeared obvious to me and no one followed it, I began to walk on the routes indicated by others. Blindly. At least until I was convinced I was in a dead-end labyrinth. Then, I would test a newly mentioned route. I thus eliminated all hypotheses, all the « good » routes I was told to take. Every time I found myself in a cul-de-sac, I had to return to myself, to those « things » I saw, which, as you know, I now call « structures. »

    Functioning in this way allowed me to undergo double learning. I experimented with false leads and drew precious knowledge from them. On the other hand, I defended myself without any means, without any support, without an appropriate example of how to do so. From this too, I drew a deep, mystical teaching.

    A great lived violence, the one at the base of all others, was that of denying my reality. This dominant attitude held toward me also left me with significant scars, such as doubting everything I experienced, inside and outside of myself—my small life as well as the slightest thought. It was inhuman. Radical.

    In Quebec, some grouped together to respond to this hidden radicalism that denied their reality. It was in a period where acts of violent revolt and terrorism were also available examples. This type of response is, therefore, radicalism. It is not, however, a way out because, ultimately, there is no real liberation.

    This reaction to a denied violence suffered is a wrong answer. It generates a fear that becomes one with the goal of desired freedom; thus, this vision of liberation causes fear, which instead justifies the refusal to liberate. On one side as on the other, there is an attitude of domination, whereas that is exactly what is being denounced. A vicious circle.

    I cannot say that the radical idea of humanizing comes from me. It was rather inspired by something greater. I cannot say the source, even poetically. However, all those years of mistreatment, all those sufferings, finally take on meaning with my understanding of what it is to be human. There was a plan.

    A parallel text: My roots White Niggers of America

    In this title, there is a recognition of the suffering of Black people while specifying white privilege. Slavery, with all its consequences, is an important reference in human history. We must not miss this lesson. Here, it is about the erasure of Quebec’s difference, an unnameable suffering because of censures; on one side a dehumanized people, on the other this same privileged people. Unlike Europe or Africa, Quebec has a new people, barely 400 years old, deprived of its roots. There is a refusal to be a colonizer, while no longer being European. Roots excluded; both those coming from the First Peoples and those from Europeans. In Quebec lives a uprooted people, nonetheless human for all that.

    In addition

    Quote from Bob Marley

    UNESCO comment

    Quote from Yongey Mingyour Rinpoche by Matthieu Ricard

    March 9, 2026

  • Conflit de loyauté

    Conflit de loyauté

    Conflit de loyauté

    Shuni

    Shuni, un livre de Naomi Fontaine, écrit sous forme de lettre. Il s’agit, me semble-t-il, d’un témoignage des différentes facettes de la vie d’une personne des Premiers Peuples. Un besoin de nommer une réalité, de la valider à travers une saine écoute espérée.

    « Naomi Fontaine écrit une longue lettre à son amie Shuni, une jeune Québécoise venue dans sa communauté pour aider les Innus. Elle convoque l’histoire. Surgissent les visages de la mère, du père, de la grand-mère. Elle en profite pour s’adresser à Petit ours, son fils. Les paysages de Uashat défilent, fragmentés, radieux. Elle raconte le doute qui mine le cœur des colonisés, l’impossible combat d’être soi. Shuni, cette lettre fragile et tendre, dit la force d’inventer l’avenir, la lumière de la vérité. La vie est un cercle où tout recommence. »

    Mon texte : Conflit de loyauté

    Comme tout le monde, je vis de temps à autre un conflit de loyauté. Alors que certains se résolvent avec une grande évidence ou sans grandes conséquences, d’autres sont des plus déchirants. Ces derniers viennent nous chercher au plus profond de notre identité.

    Je reviens donc à ce bris potentiel qui se produit en nous lorsqu’une contradiction est vécue sous forme d’expérience ou d’information. Un doute sur le choix à faire s’installe avec de plus en plus d’insistance. Comment choisir un côté aux dépens de l’autre ? Éventuellement, chacun peut faire face à un tel bris : devoir faire un choix qui nie complètement ce qu’il est profondément ou ce qu’il pense réellement, rien ne pouvant plus relier l’un à l’autre.

    Notre intégrité psychique se fragilise graduellement. Durant cette période, nous sommes sujets à la manipulation. Nous avons besoin d’aide puisque nous perdons des appuis importants, ceux-là mêmes qui nous permettaient de nous relier adéquatement aux autres. Je pense que c’est à ce moment que l’on cherche davantage à être confirmé par notre entourage. Une ultime démarche. La pensée devient plus tranchante afin de nous rassurer. Le libre arbitre s’y perd sans qu’on le réalise.

    Plutôt que de faire le point, de reprendre le contrôle de notre pensée — ce qui implique d’affronter un passage à vide — on se tourne vers ceux qui nous confirment ; c’est moins douloureux, moins effrayant. Une aide appropriée est alors nécessaire. À défaut, démunis, des abus possibles ou probables se présenteront. Selon le mode de protection de chacun, selon la fragilisation particulière de chacun, la vie prendra un nouveau tournant. C’est mon expérience.

    La seule solution que j’ai pu trouver pour sortir de ce labyrinthe : bien m’enraciner. L’aide est venue de quelqu’un qui a verbalisé l’autisme. C’est majeur. Bien formuler une situation permet d’avoir un point de vue juste et nuancé, de bien la comprendre. L’importance du passé et de l’histoire pour reconstruire son identité afin d’empêcher ce même bris est fondamentale pour se retrouver soi-même, pour avoir un contact profondément humain avec ce que nous sommes.

    Un exemple de conflit de loyauté pour moi : Canada vs Québec.

    Je considère souvent l’autre rive comme des victimes. C’est fréquemment vrai. Face à un conflit, ils se sont rangés à des arguments qui les sécurisaient, des arguments plus ou moins évidents, plus ou moins cohérents. Un nouveau schéma de pensée s’est installé et une réalité s’est construite autour de celui-ci. Ainsi, confronter à une nouvelle réalité les personnes qui sont sur l’autre rive est très troublant, peut-être menaçant ou même violent. Il faut comprendre ce point lorsqu’on bâtit un pont qui a pour objectif d’établir une réalité de compromis. Faire pour le mieux pour chacun, avec une vision à long terme. Construire un pont vers une vie sereine est un objectif incontournable.

    J’ai d’abord choisi le Québec parce que je m’y reconnaissais. Je pouvais m’y identifier sans difficulté. Je suis né ici, j’y ai passé l’essentiel de ma vie, je parle français et la culture québécoise me semble un bon prolongement de ce que je suis. Celle-ci exprime ce que je vis socialement, mais traduit aussi des dilemmes internes que je peux avoir. D’autre part, je suis un ancien militaire qui a, comme je l’ai expliqué, porté allégeance à Sa Majesté la reine Élisabeth II. Un déchirement potentiel. Après avoir accepté l’idée, un peu par nécessité, c’est vrai, j’ai commencé à m’imprégner de cette autre réalité. Néanmoins, cela n’a jamais représenté un bris pour moi. Je me sentais Québécois de toute façon.

    C’est plutôt à travers les réseaux sociaux et mes différentes implications politiques qu’on me reflétait ce conflit de loyauté. Après avoir eu l’impression de comprendre l’essentiel de la position des indépendantistes — compréhension relativement naturelle puisque j’en suis — j’ai entrepris l’élaboration d’un compromis avec ce que je saisissais de la réalité canadienne, c’est-à-dire d’un Canada uni avec la pleine possession de sa devise « D’un océan à l’autre ». J’ai exprimé mon compromis (série de messages).

    En mode écoute des réactions, surtout celles qui m’étaient plus étrangères, je souhaitais acquérir ces points de vue, voir de quelle façon le compromis pouvait y répondre ou s’adapter. Je suppose que cette écoute sincère et que ma volonté réelle de solutions me permettaient de garder une distance par rapport à des interprétations de manque d’intégrité. Qui sait ? Quoi qu’il en soit, il me semble raisonnable de garder une certaine flexibilité et de laisser place pour que chaque partie puisse exprimer un besoin essentiel pour améliorer l’entente.

    Bref, l’indépendance du Québec n’est pas de haïr le Canada. On peut concevoir cela davantage comme un besoin de cohérence qui s’exprime de part et d’autre. Pour continuer à grandir, ou même à terme pour survivre, le Québec doit faire reconnaître sa culture distincte. Pour différentes raisons, le Canada s’y refuse. Telle est la réalité. Un échec qui perdure dans le temps. La Confédération canadienne est dysfonctionnelle et les promesses de modifications faites à la suite du « NON » au référendum de 95 sont simplement trahies. La différence québécoise est encore incomprise, non acceptée et jugée négativement.

    9 mars 2026


    Conflict of Loyalty

    Shuni

    Shuni, a book by Naomi Fontaine, written in the form of a letter. It is, it seems to me, a testimony of the different facets of the life of a person from the First Peoples. A need to name a reality, to validate it through an expected healthy listening.

    « Naomi Fontaine writes a long letter to her friend Shuni, a young Quebecer who came to her community to help the Innus. She summons history. The faces of the mother, the father, the grandmother emerge. She takes the opportunity to address Little Bear, her son. The landscapes of Uashat pass by, fragmented, radiant. She recounts the doubt that mines the hearts of the colonized, the impossible struggle to be oneself. Shuni, this fragile and tender letter, speaks of the strength to invent the future, the light of truth. Life is a circle where everything begins again. »

    My text: Conflict of Loyalty

    Like everyone, I experience a conflict of loyalty from time to time. While some are resolved with great obviousness or without major consequences, others are most heart-wrenching. These latter reach into the deepest parts of our identity.

    I return, therefore, to this potential break that occurs within us when a contradiction is experienced in the form of an experience or information. A doubt about the choice to be made settles in with increasing insistence. How to choose one side at the expense of the other? Eventually, everyone may face such a break: having to make a choice that completely denies who they are deeply or what they actually think, with nothing left to link one to the other.

    Our psychic integrity gradually weakens. During this period, we are subject to manipulation. There is a need for help because we lose important supports—the very ones that allowed us to relate adequately to others. I think it is at this moment that we seek more to be confirmed by our surroundings. An ultimate step. Thought becomes sharper to reassure us. Free will is lost without us realizing it.

    Rather than taking stock, of regaining control of our thoughts—which involves facing a void—we turn toward those who confirm us; it is less painful, less frightening. Appropriate help is necessary. Failing that, helpless, possible or probable abuses will present themselves. According to each person’s mode of protection, according to each person’s particular fragility, life will take a new turn. That is my experience.

    The only solution I could find to exit this labyrinth: to root myself firmly. Help came from someone who verbalized autism. This is major. Correctly formulating a situation allows for a fair and nuanced point of view, to understand it well. The importance of the past and of history to reconstruct one’s identity in order to prevent this same break is fundamental to finding oneself again, to having a deeply human contact with what we are.

    An example of a conflict of loyalty for me: Canada vs. Quebec.

    I often consider the other shore as victims. This is frequently true. Faced with a conflict, they lined up with arguments that secured them, arguments more or less obvious, more or less coherent. A new thought pattern settled in, and a reality was built around it. Thus, confronting the people on the other shore with a new reality is very troubling, perhaps threatening or even violent. This point must be understood when building a bridge whose objective is to establish a reality of compromise. Doing what is best for everyone, with a long-term vision. Building a bridge toward a serene life is an unavoidable goal.

    I first chose Quebec because I recognized myself in it. I could identify with it without difficulty. I was born here, I spent most of my life here, I speak French, and Quebec culture seems like a good extension of who I am. It expresses what I experience socially but also translates internal dilemmas I may have. On the other hand, I am a former soldier who, as I explained, swore allegiance to Her Majesty Queen Elizabeth II. A potential tearing. After accepting the idea, a bit out of necessity, it’s true, I began to immerse myself in this other reality. Nevertheless, this never represented a break for me. I felt Quebecer anyway.

    It was rather through social networks and my various political involvements that this conflict of loyalty was reflected back to me. After having the impression of understanding the essence of the sovereignist position—a relatively natural understanding since I am one—I undertook the development of a compromise with what I grasped of the Canadian reality, that is to say, of a united Canada in full possession of its motto « From sea to sea. » I expressed my compromise (series of messages).

    In listening mode for reactions, especially those that were more foreign to me, I wished to acquire these points of view, to see how the compromise could respond or adapt to them. I suppose that this sincere listening and my real desire for solutions allowed me to keep a distance from interpretations of a lack of integrity. Who knows? In any case, it seems reasonable to me to maintain a certain flexibility and leave room so that each party can express an essential need to improve the agreement.

    In short, Quebec’s independence is not about hating Canada. It can be conceived more as a need for coherence expressed on both sides. To continue to grow, or even eventually to survive, Quebec must have its distinct culture recognized. For various reasons, Canada refuses. Such is the reality. A failure that persists over time. The Canadian Confederation is dysfunctional, and the promises of modification made following the « NO » in the ’95 Referendum were simply betrayed. The Quebec difference is still misunderstood, not accepted, and judged negatively.

    March 9, 2026

  • Mon opinion

    Mon opinion

    Mon opinion

    La balado de Fred Savard

    La balado de Fred Savard. Hier, j’ai écouté l’épisode du 31 octobre dernier. Plusieurs sujets m’intéressaient et j’aime bien l’humour sarcastique qu’on y retrouve.

    « Épisode très costaud avec Godefroy Laurendeau qui parle méthane et GNL Québec ; Jean-Sébastien Barbeau sur l’écosystème publicitaire des médias québécois vs les GAFAM ; le professeur Amadou Sadjo Barry et l’avocate Safie Diallo offrent un point de vue différent sur la censure et la lutte antiraciste et notre invité, le carnettiste André Major. »

    En complément

    Comment écouter des balados (Via Québec Amérique)

    Balados (Podcasts, Apple)

    Balado, selon la définition de l’Office québécois de la langue française.

    « PS : Plusieurs personnes nous demandent pourquoi UNE balado et non pas UN balado. La raison est simple : on trouve qu’une baladodiffusion mais UN balado, c’est du maudit niaisage et que pour une fois, on trouve ça cool que le féminin l’emporte. » — Fred Savard

    Mon texte : Mon opinion

    Distinguer l’opinion de l’information est un travail de chaque instant. Je ne sais pas comment je procède. Qui fait la part des choses aisément ? Qui peut simplement expliquer la différence entre l’opinion et l’information ? Il me semble retrouver une telle confusion sur les réseaux sociaux, mais aussi, comme je le dénonçais, dans des expertises psychologiques et psychiatriques, sans oublier neuropsychologiques.

    Avoir une opinion signifie porter un jugement sur une situation, sur un événement ou sur une personne. C’est un jugement, ni plus ni moins. Celui-ci peut se fonder sur d’autres opinions, plus ou moins valables, sur des faits ou, commodément, sur rien du tout. Plus l’opinion se réfère à une multitude de points de vue et les discute, plus elle gagne en crédibilité. Il en va de même pour les faits et leurs interprétations.

    On a beau avoir une bonne réputation en psychologie, par exemple, il ne suffit pas de prendre une ou deux phrases sorties de leur contexte pour juger une personne, pour la condamner à vie. (Comme je l’ai mentionné et expérimenté, il est impossible de faire retirer de faux diagnostics de mon dossier médical. C’est ainsi pour tout le monde. Ce jugement devient donc une condamnation éternelle qu’il me faudra combattre toute la vie. Ce n’est pas banal.)

    Donc, une personne peut avoir une opinion plus ou moins étoffée, plus ou moins solide. La personne qui émet l’opinion peut jouir d’une crédibilité qui s’appuie sur l’habitude du bien-fondé de ses jugements. Apparemment, cette crédibilité est quelquefois douteuse, surfaite, voire, dans certains cas, fallacieuse. Ce dernier aspect, la crédibilité, n’est pas discutable, ou très peu. Ainsi, remettre en cause l’opinion d’une personne jouissant d’une certaine crédibilité — peut-être simplement grâce à son titre professionnel — nous conduit dans un labyrinthe dont il est pratiquement impossible de sortir. Ce questionnement implique que l’on mette en doute ladite crédibilité, l’opinion et la crédibilité devenant indissociables. C’est révoltant.

    C’est révoltant parce qu’on a émis tant de faux diagnostics sur moi, que j’ai passé ma vie à faire valoir le moindre droit, toujours à contre-courant, et que lorsque je gagnais, on me disait sans gêne que c’était pour me faire taire, pour que je cesse de me battre. Pas parce que j’avais raison, pas parce que mon combat était justifié. Je n’avais droit à aucun crédit.

    Une information est davantage un fait rapporté. Dans l’exemple que je donnais plus haut, on peut citer une personne. Cela devient un fait ; Christian a dit : « N’as-tu jamais dansé avec le Diable au clair de lune ? » Mais ce fait peut être mal rapporté, peut être sorti de son contexte ou peut, sciemment ou non, exclure des compléments d’information qui changeraient potentiellement son interprétation. Parce que, oui, un fait s’interprète.

    Dans cet exemple, Christian dit cette phrase à un ami qu’il apprécie beaucoup, qui s’en va passer une entrevue apparemment difficile. Le sens n’est pas du tout le même que lorsqu’un personnage, Le Joker, joué par Jack Nicholson, la dit dans le film Batman (1989). Le contexte diffère et, donc, je ne peux pas porter le même jugement. Je ne peux pas émettre raisonnablement la même opinion, que je sois une sommité en psychiatrie ou non.

    Mon esprit fonctionne avec des images, d’une part, et j’ai été amnésique au point de ne pas me reconnaître dans le miroir, d’autre part. J’ai une relation particulière avec ma mémoire, le doute existe toujours, comme je l’ai déjà mentionné, et les mots utilisés ont souvent plus d’un sens parce qu’ils décrivent une ou des images dans mon esprit ; sans compter que j’ai dû réapprendre, après le coma, l’essentiel de mon vocabulaire. Plus jeune, en regardant mes écrits, je me disais que c’était comme de la poésie, bien que je réalisasse ne respecter aucune des règles qu’on attribuait à ce genre littéraire. Cette impression est tombée dans l’oublie jusqu’à récemment.

    Le fonctionnement de mon esprit et ma façon de m’exprimer ont mille et une explications, ainsi chacun avait son opinion. Personne ne me demandait ce que j’en pensais, néanmoins. Puis l’autisme est apparu dans une expertise. Tout prenait son sens. Je comprenais les opinions des autres, bien qu’en désaccord, mais enfin j’avais quelque chose pour m’appuyer, pour expliquer ma différence et, finalement, construire un argumentaire pour affronter tant les jugements sociaux que ceux des psys ou même ceux des sommités.

    Au Québec, et, ma foi, dans les Premières Nations, on a été vidé de notre sens de la vie en niant notre culture. Au Québec, notre différence s’est limitée à une langue. Pour les Autochtones, même pas à ce minimum vital. La culture est ce qui donne un sens à notre vie collective, c’est la base sur laquelle on échange, pas seulement grâce aux mots, mais aussi avec des références vécues.

    9 mars 2026


    My Opinion

    La balado de Fred Savard

    La balado de Fred Savard. Yesterday, I listened to the episode from last October 31st. Several subjects interested me, and I like the sarcastic humor found there.

    « Very heavy episode with Godefroy Laurendeau talking methane and GNL Québec; Jean-Sébastien Barbeau on the advertising ecosystem of Quebec media vs. the GAFAM; Professor Amadou Sadjo Barry and lawyer Safie Diallo offer a different perspective on censorship and the anti-racist struggle, and our guest, columnist André Major. »

    In addition

    How to listen to podcasts (Via Québec Amérique)

    The Apple app: Podcasts

    Balado, according to the definition of the Office québécois de la langue française. « PS: Several people ask us why UNE balado (feminine) and not UN balado (masculine). The reason is simple: we find that ‘une baladodiffusion’ but ‘un balado’ is damn nonsense, and for once, we think it’s cool that the feminine wins. » — Fred Savard

    My text: My Opinion

    Distinguishing opinion from information is a constant task. I don’t know how I proceed. Who sifts through things easily? Who can simply explain the difference between opinion and information? I seem to find such confusion on social networks, but also, as I denounced, in psychological and psychiatric expertises, not to mention neuropsychological ones.

    To have an opinion means to pass judgment on a situation, an event, or a person. It is a judgment, nothing more, nothing less. It can be based on other opinions, more or less valid, on facts, or conveniently on nothing at all. The more an opinion refers to a multitude of points of view and discusses them, the more credibility it gains. The same goes for facts and their interpretations.

    One may have a good reputation in psychology, for example, but it is not enough to take one or two sentences out of context to judge a person, to condemn them for life. (As I mentioned and experienced, it is impossible to have false diagnoses removed from my medical file. It is like this for everyone. This judgment thus becomes an eternal condemnation that I will have to fight all my life. This is not trivial.)

    Therefore, a person can have a more or less developed, more or less solid opinion. The person expressing the opinion may enjoy a credibility based on the historical validity of their judgments. Apparently, this credibility is sometimes doubtful, overrated, or even, in some cases, fallacious. This last aspect, credibility, is not debatable, or very little so. Thus, questioning the opinion of a person enjoying a certain credibility—perhaps simply because of their professional title—leads us into a labyrinth from which it is practically impossible to escape. This questioning implies that one is doubting said credibility, with opinion and credibility becoming inseparable. It is revolting.

    It is revolting because so many false diagnoses were issued about me, because I spent my life asserting the slightest right, always against the current, and when I won, I was told without shame that it was to shut me up, so that I would stop fighting. Not because I was right, not because my struggle was justified. I was entitled to no credit.

    Information is more a reported fact. In the example I gave above, one can quote a person. It becomes a fact; Christian said: « Have you ever danced with the Devil in the pale moonlight? » But this fact may be poorly reported, taken out of context, or may knowingly or unknowingly exclude additional information that would potentially change its interpretation. Because, yes, a fact is interpreted.

    In this example, Christian says this phrase to a friend he likes very much, who is going to an apparently difficult interview. The meaning is not at all the same as when a character, The Joker, played by Jack Nicholson, says it in the film Batman (1989). The context differs, and therefore I cannot pass the same judgment. I cannot reasonably express the same opinion, whether I am an authority in psychiatry or not.

    My mind functions with images, on one hand, and I was amnesiac to the point of not recognizing myself in the mirror, on the other. I have a particular relationship with my memory; doubt always exists, as I have already mentioned, and the words used often have more than one meaning because they describe one or more images in my mind; not to mention that I had to relearn, after the coma, the bulk of my vocabulary. Younger, looking at my writings, I told myself it was like poetry, although I realized I respected none of the rules attributed to that literary genre. This impression fell into oblivion until recently.

    The functioning of my mind and my way of expressing myself had a thousand and one explanations; thus everyone had their opinion. No one asked me what I thought, however. Then autism appeared in an expertise. Everything made sense. I understood the opinions of others, although I disagreed, but finally I had something to lean on, to explain my difference and, finally, to build an argument to face both social judgments and those of the shrinks or even those of the authorities.

    In Quebec, and, my word, in the First Nations, we have been emptied of our sense of life by denying our culture. In Quebec, our difference was limited to a language. For Indigenous people, not even to that vital minimum. Culture is what gives meaning to our collective life; it is the basis on which we exchange, not only through words, but also with lived references.

    March 9, 2026