La relation toxique
La Servante écarlate
J’ai commencé à écouter la série La Servante écarlate sur Club Illico, une adaptation du roman de science-fiction de Margaret Atwood. La série est aussi disponible sur d’autres plateformes. Un passé et un futur s’entremêlent, du moins dans les premiers épisodes que j’ai écoutés, où notre réalité quotidienne nous vient à l’esprit en regardant cette fiction. C’est choquant, cette superposition. Elisabeth Moss interprète le rôle principal, elle est excellente.
Mon texte : La relation toxique
De toutes les discriminations, celle qui regroupe le plus de personnes est certainement celle qui vise les femmes, les 50 % de l’humanité. Inutile de tout énumérer, chacun sait très bien la plupart des grandes injustices qu’elles vivent.
Suffit-il de faire accroire qu’on fera des changements pour obtenir un répit de toute revendication, pour qu’elles cessent de réclamer une quelconque égalité ? Les femmes ont une très bonne conscience de la pesanteur qu’on leur fait porter, à tel point que la moindre promesse leur apparaît un avancement inouï, un soulagement total. Pourtant.
Nous sommes dans un labyrinthe sans issue, dans une relation toxique entre les femmes et les hommes. La moindre tentative d’affirmation d’une femme, de la Femme, fait face à un mur. À chaque tournant, elle est attendue, prise au piège des accusations et des jugements élaborés au fil des siècles. Il n’y a rien à faire, elles sont dépossédées de tout pouvoir. Ultimement, l’excuse est tout simplement qu’on n’a pas les moyens d’offrir l’égalité. Déshumanisation.
Cette réalité est la même pour les hommes. Toutes tentatives de réalisation profonde, d’avancement ou d’affirmation d’une masculinité passent par la femme, par celle qui est justement privée de son propre pouvoir. L’image qu’elle nous retourne de nous, hommes, s’en trouve nécessairement affectée. C’est frustrant.
Ainsi nous entrons dans une spirale malsaine, déshumanisante. On l’accuse de nous rabaisser volontairement, de nous priver de notre réalisation. L’équilibre est rompu et il devient facile, simple ou même normal de vouloir remplir, quelquefois presque à tout prix, ce vide laissé en nous.
Hommes et femmes sont pris au piège. Sous l’apparence de privilèges se cachent des besoins d’égalité, de reconnaissance de l’autre, d’une prise de conscience de l’unité de l’humanité. Détruire l’autre brise le reflet qu’on nous renvoie.
Le jeu change de forme, bien sûr. Lentement, on adapte les règlements. L’absence de pouvoir n’est plus aussi complète qu’auparavant, bien que rien ne puisse être tenu pour acquis. Dans l’ensemble, la frustration demeure et certains se demandent ou affirment que la solution est dans le passé. Pour d’autres, une stratégie du temps, de l’essoufflement, d’un étranglement lent fait de promesses vides qui ne se réaliseront jamais ou trop tard, est utilisée. La solution finalement adoptée n’aura plus de sens lorsque mise en place, le temps ayant fait son œuvre. Nous serons déjà rendus ailleurs.
On voit pleurer certains, au nom de tous et chacun présenter des excuses pour le mal causé sciemment par l’inaction, par un laisser-faire, ou carrément par la négation des droits les plus fondamentaux tels l’éducation, les soins de santé ou même l’utilisation de son propre corps. Je ne me demande pas s’il est plus triste d’entendre ces excuses vides que de faire le constat de cette injustice, je le sais.
Au Canada, un gouvernement pro-femme, pro-choix, pro-égalité, majoritaire, ne fait pas avancer LA cause, sinon de façon cosmétique, de façon théâtrale. Par la suite, il est frustré de ne pas être réélu majoritaire. Nous le savons tous, hommes et femmes, que les dés sont pipés. Il n’y a aucune intention de ne plus maltraiter les femmes, ce 50 % des citoyens sacrifiés. Le système en serait bouleversé.
Si au bout du compte la pression devient trop forte, il faut diluer la proposition, la solution longuement étudiée, une promesse vide sera à l’ordre du jour. Il faut gagner du temps pour laisser s’épuiser la colère. Je n’y crois plus à cette vie par procuration.
La crise sanitaire actuelle est une occasion unique pour faire ces modifications, pour mettre en place cette justice réparatrice, pour en finir avec cette toxicité. Nous n’en sommes plus à chercher des façons d’être réélus, à la recherche du pouvoir le plus absolu possible, d’une quelconque suprématie plus ou moins temporaire, mais plutôt à trouver une façon de nous sauver, de permettre à notre humanité de s’exprimer dans nos actions de tous les jours.
9 mars 2026
The Toxic Relationship
The Handmaid’s Tale
I started watching the series The Handmaid’s Tale on Club Illico, an adaptation of the science fiction novel by Margaret Atwood. The series is also available on other platforms. A past and a future intertwine, at least in the first episodes I watched, where our daily reality comes to mind while watching this fiction. This superposition is shocking. Elisabeth Moss plays the main role; she is excellent.
My text: The Toxic Relationship
Of all discriminations, the one that encompasses the most people is certainly the one targeting women, 50% of humanity. There is no need to list everything; everyone knows very well most of the major injustices they experience.
Is it enough to make people believe that changes will be made to obtain a respite from all demands, so that they stop claiming any kind of equality? Women are very conscious of the weight they are made to carry, to such an extent that the slightest promise appears to them as an unheard-of advancement, a total relief. And yet.
We are in a dead-end labyrinth, in a toxic relationship between women and men. The slightest attempt at affirmation by a woman, by Woman, faces a wall. At every turn, she is expected, trapped by accusations and judgments developed over centuries. There is nothing to be done; they are stripped of all power. Ultimately, the excuse is simply that we don’t have the means to offer equality. Dehumanization.
This reality is the same for men. All attempts at deep fulfillment, advancement, or affirmation of masculinity pass through the woman, through the very person who is deprived of her own power. The image she reflects back to us, men, is necessarily affected. It is frustrating.
Thus we enter a healthy, dehumanizing spiral. We accuse her of intentionally belittling us, of depriving us of our fulfillment. The balance is broken and it becomes easy, simple, or even normal to want to fill, sometimes almost at any cost, this void left within us.
Men and women are trapped. Under the appearance of privileges hide needs for equality, for recognition of the other, for an awareness of the unity of humanity. Destroying the other breaks the reflection sent back to us.
The game changes form, of course. Slowly, the rules are adapted. The absence of power is no longer as complete as before, although nothing can be taken for granted. On the whole, frustration remains, and some wonder or assert that the solution lies in the past. For others, a strategy of time, of breathlessness, of a slow strangulation made of empty promises that will never be realized or will be too late, is used. The solution finally adopted will no longer make sense when put in place, time having done its work. We will already be elsewhere.
We see some crying, in the name of everyone presenting apologies for the harm caused knowingly by inaction, by a laissez-faire attitude, or outright by the negation of the most fundamental rights such as education, healthcare, or even the use of one’s own body. I do not wonder if it is sadder to hear these empty apologies than to observe this injustice; I know it is.
In Canada, a pro-woman, pro-choice, pro-equality, majority government does not advance THE cause, except in a cosmetic, theatrical way. Subsequently, it is frustrated not to be re-elected with a majority. We all know, men and women, that the dice are loaded. There is no intention to stop mistreating women, this 50% of sacrificed citizens. The system would be upended.
If in the end the pressure becomes too strong, the proposal must be diluted, the long-studied solution; an empty promise will be on the agenda. Time must be gained to let the anger exhaust itself. I no longer believe in this life by proxy.
The current health crisis is a unique opportunity to make these modifications, to put in place this restorative justice, to end this toxicity. We are no longer looking for ways to be re-elected, seeking the most absolute power possible, some more or less temporary supremacy, but rather finding a way to save ourselves, to allow our humanity to express itself in our everyday actions.
March 9, 2026


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