Le Chardonneret : une réflexion inspirée
Il y a quelques années, j’ai lu ce livre et j’en avais gardé un bon souvenir, malgré l’oubli de plusieurs détails. Je suis très content d’avoir vu au cinéma, cette semaine, ce film qui, finalement, m’a fait verser des larmes à la toute fin.
Cette histoire, pour une raison ou une autre, m’a ramené un peu à l’expérience que j’ai faite de la réalité après avoir reçu des coups de couteau et, l’année suivante, avoir subi un accident d’auto.
J’ai commencé à faire des cauchemars où je me faisais poursuivre par une ou plusieurs personnes ayant de mauvaises intentions à mon égard. Je me retrouvais soit dans un bois, soit dans une maison ; je fuyais et cherchais à me cacher sans comprendre pourquoi on s’en prenait à moi. Je suis devenu plus susceptible et, à la vue d’un couteau, surtout s’il était pointé vers moi, nerveux. Des images de coups de couteau m’envahissaient sans que je puisse les contrôler. Quelquefois, c’étaient même des images de moi qui me poignardais ! Tout cela se passait un peu tous les jours.
L’année suivante, suite à l’accident d’auto, j’avais plus ou moins oublié l’agression au couteau. Plus ou moins, parce que mon corps s’en souvenait, parce que les gens me le racontaient, parce que mon inconscient me le rappelait à travers ces cauchemars et ces images intrusives. J’avais aussi des flashs de mon accident d’auto. Lui aussi, on me le racontait : lui et la crainte de me perdre, l’impuissance de me voir dans cet état comateux. J’avais peur, moi aussi, de me voir comme ça dans le regard de l’autre. Cela a aussi engendré des cauchemars, des images intrusives et des suggestions incontrôlables de me tuer avec l’auto. Tout cela se passait aussi un peu tous les jours. On additionne.
Cette expérience indésirable de la réalité m’encourageait certainement à chercher un bien-être ailleurs. C’est ainsi que je me suis de plus en plus réfugié dans un univers distinct de celui qu’on me présentait. Sans que je puisse la nommer, cette réalité conceptuelle me semblait plus réelle, plus harmonieuse avec moi, avec ce que je vivais.
Les différents traumas mentionnés précédemment dans mes textes, en plus de ces deux derniers plus élaborés rapportés ici, ont été recadrés dans une histoire cohérente et structurée. On pourrait croire que cela marquait la fin de ma psychanalyse, d’autant que j’ai ajouté la psychogénéalogie pour la compléter. Malheureusement, ce n’était pas suffisant. L’autisme était passé inaperçu.
L’autisme est pour moi un handicap social qui me fait mal paraître. Je fais des liens simples, mais en grande quantité, ce qui rend le processus difficile à suivre, particulièrement pour les neurotypiques. Il y a, ou avait, un manque dans ma façon de m’exprimer. Je me limitais à dire certaines conclusions sans faire explicitement les liens. Les gens ne me comprenaient pas et je n’avais aucune idée de la raison. Je constatais par contre le décalage entre nous.
Ainsi, en partant d’un point très ancré dans la réalité, compréhensible et entendu par tous, j’aboutissais à un autre point sans rapport apparent, complètement déconnecté de celui du départ puisque le raisonnement était manquant. L’expression de ma pensée était « borderline » ou limite. Je suppose que si on se restreint à ce symptôme, on pourrait diagnostiquer plusieurs maladies ou troubles de la personnalité. Peut-être que cela explique même les faux diagnostics maintes fois dénoncés.
Je ne prétends pas expliquer ce qu’est une dissociation ; je n’ai pas cette compétence, surtout en ne le faisant qu’en quelques phrases. Voici tout de même ce que j’en comprends, ce que j’ai pu tant bien que mal observer. Une personne dans un état limite chevauche la ligne de la réalité, de telle sorte qu’elle est quelquefois dans la réalité alors que d’autres fois, sous le coup d’un grand stress par exemple, elle est hors de la réalité. Le glissement se fait tout seul, de façon « logique » pour cette personne. Les liens sont étonnants ; quelquefois tirés par les cheveux, d’autres fois complètement absurdes. On n’arrive pas à faire un lien, finalement. La pensée s’exprime correctement — nuance — et on y voit les dissociations, les sorties de la réalité.
Or, après mon coma de plus d’une semaine, je me suis réveillé amnésique. Je ne me reconnaissais plus dans le miroir et j’ai dû réapprendre à parler et à marcher. Je n’avais plus les mots pour m’exprimer ou même pour entretenir un discours intérieur. Même leur sens m’était souvent étranger. Néanmoins, je réfléchissais. J’utilisais des images, des symboles, des concepts abstraits que j’appelle dorénavant des structures. L’autisme à l’état pur ? En tout cas, j’étais incapable de communiquer socialement, inapte à transmettre les liens que je faisais. Je n’avais pas une personnalité limite pour autant. Tranquillement, au fil des ans, je me suis enfermé dans ce monde.
Je vis dans une bulle, je ne le nie pas. J’essayais d’en sortir, de briser la paroi qui me sépare du monde extérieur, de la réalité sociale. Sans succès. Je suppose cette expérience semblable à un état limite, à l’exception que je vivais dans une béatitude. Je n’étais ni drogué, ni souffrant. Mon mal, s’il en est un, était de ne pas accepter d’être différent des autres, de refuser d’être moi-même malgré l’amour que j’avais pour ce monde que j’avais créé, découvert.
Le mal que j’avais provenait de la lucidité quant au regard qu’on portait sur moi, une vision diamétralement opposée à la mienne. Je me voyais isolé, privé de contact humain, essentiellement à cause des théories de maladies mentales qu’on m’apposait, parce qu’on ne comprenait pas les liens que je faisais. Ceux-ci apparaissaient hors de la réalité, limites ou imaginaires. Je doutais de moi, des structures que je voyais, du monde que j’habitais. Mon équilibre toujours remis en cause vacillait sans cesse face aux explications des autres. Mon monde m’apparaissait soudainement irréel.
Il y avait donc un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et cet état permanent de chevauchement entre deux réalités : la mienne et celle des autres. L’autisme me donne accès facilement à l’inconscient, un peu comme les personnes avec une personnalité limite. Par contre, lorsque j’accède à l’inconscient, je suis des structures invisibles aux neurotypiques. Je garde mes repères.
La psychanalyse, qui explore l’inconscient, est pour moi plus qu’une psychothérapie ; elle est également un outil que j’ai développé et personnalisé sur une dizaine d’années, outil que je continue de perfectionner jusque dans les dimensions sociales infinies.
MAJ 6 mars 2026
The Goldfinch: An Inspired Reflection
A few years ago, I read this book and had kept a good memory of it, despite forgetting several details. I am very happy to have seen the film at the cinema this week, which, in the end, made me shed tears at the very finish.
This story, for one reason or another, brought me back a bit to the experience I had of reality after being stabbed and, the following year, undergoing a car accident.
I started having nightmares where I was being chased by one or more people with bad intentions toward me. I would find myself either in a woods or in a house; I fled and sought to hide without understanding why I was being targeted. I became more sensitive and, at the sight of a knife—especially if it was pointed at me—nervous. Images of stabbings invaded me without my being able to control them. Sometimes, they were even images of me stabbing myself! All of this happened a little bit every day.
The following year, after the car accident, I had more or less forgotten the knife attack. More or less, because my body remembered it, because people told me about it, because my unconscious reminded me of it through those nightmares and intrusive images. I also had flashes of my car accident. That, too, people told me about: it and the fear of losing me, the helplessness of seeing me in that comatose state. I was afraid, too, of seeing myself like that through the eyes of others. This also generated nightmares, intrusive images, and uncontrollable suggestions of killing myself with the car. All of this also happened a little bit every day. It adds up.
This undesirable experience of reality certainly encouraged me to seek well-being elsewhere. Thus, I increasingly took refuge in a universe distinct from the one being presented to me. Without being able to name it, this conceptual reality seemed more real to me, more harmonious with me and what I was living.
The various traumas mentioned previously in my texts, in addition to these last two more elaborate ones reported here, were reframed into a coherent and structured story. One might believe that this marked the end of my psychoanalysis, especially since I added psychogenealogy to complete it. Unfortunately, it was not enough. Autism had gone unnoticed.
Autism is, for me, a social handicap that makes me look bad. I make simple connections, but in great quantity, which makes the process difficult to follow, particularly for neurotypicals. There is, or was, a lack in my way of expressing myself. I limited myself to stating certain conclusions without explicitly making the links. People did not understand me, and I had no idea why. I noticed, however, the gap between us.
Thus, starting from a point deeply rooted in reality, understandable and heard by all, I would arrive at another point with no apparent connection, completely disconnected from the starting point because the reasoning was missing. The expression of my thought was « borderline » or on the edge. I suppose that if one restricts oneself to this symptom, one could diagnose several illnesses or personality disorders. Perhaps this even explains the false diagnoses so often denounced.
I do not pretend to explain what dissociation is; I do not have that competence, especially since I would only do so in a few sentences. Here is nonetheless what I understand of it, what I have been able to observe as best I could. A person in a borderline state straddles the line of reality such that they are sometimes in reality while other times, under great stress for example, out of reality. The slip happens on its own, in a « logical » way for that person. The links are surprising; sometimes far-fetched, others completely absurd. One cannot manage to make a connection, finally. Thought expresses itself correctly—nuance—and one sees there the dissociations, the departures from reality.
Now, after my coma of more than a week, I woke up amnesic. I no longer recognized myself in the mirror and had to relearn how to speak and walk. I no longer had the words to express myself or even to maintain an internal discourse. Even their meaning was often foreign to me. Nevertheless, I was thinking. I used images, symbols, and abstract concepts that I now call structures. Autism in its pure state? In any case, I was incapable of communicating socially, unfit to transmit the links I was making. I did not have a borderline personality for all that. Quietly over the years, I locked myself into this world.
I live in a bubble, I do not deny it. I tried to get out of it, to break the wall that separates me from the outside world, from social reality. Without success. I suppose this experience is similar to a borderline state, with the exception that I lived in a state of bliss. I was neither drugged nor suffering. My pain, if it is one, was not accepting being different from others, refusing to be myself despite the love I had for this world I had created, discovered.
The pain I had came from the lucidity regarding the way people looked at me, a vision diametrically opposed to my own. I saw myself isolated, deprived of human contact, essentially because of the mental illness theories being applied to me, because people did not understand the links I was making. These appeared out of reality, borderline, or imaginary. I doubted myself, the structures I saw, the world I inhabited. My balance, always called into question, wavered constantly in the face of others’ explanations. My world suddenly appeared unreal to me.
There was therefore Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) and this permanent state of overlapping between two realities: mine and that of others. Autism gives me easy access to the unconscious, somewhat like people with a borderline personality. On the other hand, when I access the unconscious, I follow structures invisible to neurotypicals. I keep my bearings.
Psychoanalysis, which explores the unconscious, is for me more than a psychotherapy; it is also a tool I have developed and personalized over a decade, a tool I continue to perfect even into infinite social dimensions.
Updated March 6, 2026


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