Parcours du combattant
English version below
Il y a quelques années, j’ai décidé de prendre ma retraite. Je recevais des rentes pour personnes handicapées. Mes revenus sont excellents, voire exceptionnels.
Néanmoins, le poids du passé demeurait, essentiellement pour deux raisons : je devais continuer mon combat pour obtenir justice et réparation, et je devais trouver un moyen de sortir de ce labyrinthe de folie.
Il a fallu beaucoup de force et de résilience pour identifier ce qui m’handicapait suite à l’accident d’auto. Il n’y avait pas de programme gouvernemental pour le traumatisme crânien sévère à cette période. De plus, j’étais un jeune militaire peu connu de mes supérieurs ; ils n’avaient donc pas la possibilité de comparer l’avant et l’après. Parce que je n’étais plus le même. Le petit gars était mort, et le bébé naissant était un jeune adulte.
Cela s’ajoutait au fait que l’année précédente, alors que j’étais nouvellement militaire, j’avais été poignardé et qu’un syndrome de stress post-traumatique s’en était suivi, faute de soins appropriés. L’accident d’auto a aussi eu comme répercussion un deuxième syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Les cauchemars, les images intrusives et l’hypervigilance allaient bon train : couteaux, poursuites, mur de béton en face de l’auto, etc.
Je comprends la difficulté des diagnostics. Est-ce que je crois avoir été traité avec respect et diligence ? Non. Est-ce que je crois qu’on a tenté d’abuser de ma naïveté pour fermer le dossier rapidement ? Oui. Mais…
Je me suis battu et j’ai fait appel aussi souvent qu’il m’était possible de le faire parce que, finalement, jamais une expertise n’expliquait complètement ma situation. Aucune ne parlait de l’importance du traumatisme crânien sévère sur le développement de la personnalité, ni même ne mentionnait le SSPT. Jusqu’au point où les Anciens Combattants ont reconnu le syndrome de stress post-traumatique. Puis, en fouillant dans mon dossier militaire, j’ai trouvé un rapport médical qui parlait du traumatisme crânien sévère. La reconnaissance des handicaps a commencé à débouler.
Dans tout ce processus, le besoin d’aimer et d’être aimé était énorme. Je frappais continuellement des murs. Que ce soit à travers une violence conjugale subie ou à travers une famille qui s’obstinait à me discriminer, j’étais démuni. On me ramenait sans cesse à des problèmes de santé mentale. J’en ai développé une peur immense d’être traité faussement de malade mental. Même après la psychanalyse déjà mentionnée dans un texte précédent — psychanalyse qui a soigné les SSPT. Dans ce processus pour recouvrer ma vie, j’essayais d’apprendre à aimer de mieux en mieux et, par la même occasion, d’être aimé en retour.
Je n’avais pas de modèle, malheureusement. Ma situation singulière me rendait assurément trop différent de tous. Je pouvais bien avoir de l’admiration pour un tel ou une telle, tenter d’aller chercher du courage à travers une lecture ou un film, il n’en demeurait pas moins que je restais pris dans mon labyrinthe sans issue. J’ai, au fil du temps, adopté un comportement inadapté lorsque je faisais face à des situations liées à la maladie mentale. J’étais encore démuni, atteint.
C’est en m’impliquant sur les réseaux sociaux, en donnant de mon temps, en partageant mes réflexions et, ma foi, un certain don avec les structures, que j’ai commencé à me sentir en relation avec les autres. Ce don, c’est ce qu’on a fini par comprendre et me faire savoir : cela s’appelait l’autisme. Trop bizarre. Mais quel soulagement. C’était la dernière pièce du casse-tête avec lequel je jonglais ma vie, la toile de fond. Ainsi, c’est en donnant ma vie sur les réseaux sociaux, en redonnant ce que la société me donnait à travers des rentes et des soins appropriés, à travers une reconnaissance, que j’ai pu aller encore plus loin dans ma compréhension de l’humanité.
MAJ 5 mars 2026
Obstacle Course
A few years ago, I decided to retire. I was receiving disability benefits. My income is excellent, even exceptional.
Nevertheless, the weight of the past remained, primarily for two reasons: I had to continue my fight for justice and reparation, and I had to find a way out of this labyrinth of madness.
It took a great deal of strength and resilience to identify what was disabling me following the car accident. At that time, there was no government program for severe traumatic brain injury (TBI). Furthermore, I was a young soldier little known to my superiors; they thus had no way to compare the « before » and « after. » Because I was no longer the same. The « little guy » was dead, and the newborn baby was a young adult.
This was compounded by the fact that the previous year, as a new soldier, I had been stabbed, and post-traumatic stress disorder (PTSD) had followed due to a lack of proper care. The car accident also resulted in a second post-traumatic stress disorder. Nightmares, intrusive images, and hypervigilance were in full swing: knives, chases, the concrete wall in front of the car, and so on.
I understand the difficulty of diagnostics. Do I believe I was treated with respect and diligence? No. Do I believe there were attempts to take advantage of my naivety to close the file quickly? Yes. But…
I fought and appealed as often as I possibly could because, ultimately, no expert assessment ever fully explained my situation. None spoke of the significance of severe traumatic brain injury on personality development, nor did they even mention PTSD. This continued until Veterans Affairs recognized the post-traumatic stress disorder. Then, while digging through my military file, I found a medical report mentioning the severe traumatic brain injury. The recognition of my disabilities began to snowball.
Throughout this process, the need to love and be loved was enormous. I was constantly hitting walls. Whether through domestic violence or a family that persisted in discriminating against me, I was helpless. I was constantly steered back toward mental health issues. I developed an immense fear of being falsely labeled as mentally ill. Even after the psychoanalysis mentioned in a previous text—which cured the PTSD—I was still struggling. In this process of reclaiming my life, I was trying to learn how to love better and, by the same token, to be loved in return.
I had no role model, unfortunately. My singular situation made me undoubtedly too different from everyone else. I could admire this person or that one, try to find courage through a book or a film, but the fact remained that I was stuck in my dead-end labyrinth. Over time, I adopted maladaptive behaviors when faced with situations related to mental illness. I was still vulnerable, still affected.
It was by getting involved on social media, giving my time, sharing my reflections, and—frankly—a certain gift for structures, that I began to feel in relationship with others. This gift is what people eventually understood and let me know: it was called autism. So strange. But what a relief. It was the last piece of the puzzle I had been juggling my whole life, the background canvas. Thus, by giving my life on social media, by giving back what society gave me through benefits and proper care, through recognition, I was able to go even further in my understanding of humanity.
Updated March 5, 2026


Laisser un commentaire
Vous devez être connecté(e) pour rédiger un commentaire.