L’exemple
Friends
Friends : une série qui se passe de présentation que j’écoute actuellement en français sur Netflix. Chaque épisode me fait rire et m’apprend un aspect de la vie sociale. J’y retrouve, bizarrement, un exemple de ce que pourrait être l’amitié. Ça ne vaut pas le vécu, mais il s’agit néanmoins d’un exemple de socialisation que je n’ai pas reçu de ma famille. Je n’ai pas d’expériences correspondantes pour m’y projeter, ce qui rend cette série et ses acteurs encore plus attachants, puisqu’ils me permettent d’apprivoiser un vécu encore espéré, de comprendre une réalité à venir. Je recommande, assurément.
Mon texte : L’exemple
Autre aspect de mon autisme : la vie sociale. Le handicap principal.
Comment pourrais-je blâmer quelqu’un pour un handicap qui fait partie de moi ? On pourrait bien se poser très légitimement cette question. Je l’ai moi-même fait durant des années. J’ai trouvé une réponse !
Le fait de voir la vie autrement, sous un angle atypique, souvent même invisible pour les gens, me conduit face à des situations inédites indéfiniment. Chaque fois que je rencontre une personne, par exemple, il s’agit d’une première fois. J’ai beau la reconnaître, voire être au courant de l’essentiel de son histoire, je ne sais pas à quoi m’attendre. Chaque fois que je rencontre quelqu’un, je me jette dans le vide à la recherche de structures qui supportent cette réalité.
C’est donc une question de structures, mais aussi, il faut le dire, de ma réserve quant au fait de modifier celles-ci. Comme je l’ai déjà écrit, je les considère comme sacrées. Elles m’apparaissent à la base de la vie. Bref, j’anticipe les rencontres parce que cela implique plus que d’être parachuté dans un autre monde ou d’être confronté à l’inconnu. À chaque fois, je dois redécouvrir les structures en place, vérifier la cohérence et trouver une façon de me comporter ou, avec davantage de travail, identifier la structure suivante — celle qui m’indiquera le chemin à suivre pour bâtir un futur bénéfique. Un travail d’empathie.
Jusqu’ici, tout m’appartient.
Ma famille ne pouvait pas connaître ce fonctionnement dès ma naissance. Par contre, j’ai verbalisé. Encore et encore. Plus je m’exprimais, plus cela m’enfonçait dans de faux diagnostics, plus j’étais laissé à moi-même. Je faisais ma part, me semble-t-il.
Puis, j’ai commencé à dire que j’avais été violé et laissé pour mort lorsque j’avais 6 ou 7 ans. Aucun émoi, aucun accompagnement. On m’a donné, des années après ma révélation, l’adresse où nous demeurions à ce moment-là pour que je puisse aller porter plainte à la police. L’adresse était inexistante, selon les policiers. Je l’ai dit à ma famille et je n’ai jamais eu de retour.
J’ai dénoncé la violence conjugale dont j’avais été victime. On m’a questionné ; c’était invraisemblable. Après avoir refusé de me croire, on a rajouté à mon fardeau avec de nouveaux faux diagnostics. Je n’étais plus humain, je n’en avais plus les droits. Il n’était même plus question de me laisser avoir un avenir. À aucun prix.
C’est ainsi que j’ai trouvé la réponse : je peux blâmer ma famille. Si j’ai cherché sans fin une manière d’expliquer leurs comportements, après tout ce que j’avais vécu, après même le diagnostic d’autisme, c’était le grand vide. Ce n’est pas elle qui allait me donner un exemple pour m’apprendre à vivre socialement, pour me démontrer l’utilité d’une relation sociale. La dignité humaine ne m’était pas accessible avec elle.
Ma petite vie est un concept. Elle se compose d’échanges virtuels et télépathiques, pour ceux qui peuvent croire à un tel phénomène. Pour les autres, je vis dans un monde imaginaire… Le virtuel ne remplace pas la vraie vie. Il ne suffit pas, non plus, de lire un livre ou de regarder une série télévisée pour savoir ce qu’est l’amour ou l’amitié. Cela donne des directives théoriques, mais il n’en demeure pas moins qu’il y a une part de fiction et de réalité « arrangée » qui ne peut s’appliquer dans le quotidien.
Quelquefois à reculons, quelquefois à contrecœur, j’ai suivi aveuglément les structures, sans fin. À défaut d’exemples et d’accompagnement, j’ai dû apprendre à m’aimer socialement, ou plutôt, malgré la pression sociale, avec l’objectif de rejoindre l’autre envers et contre tous, presque. Dans le consentement, néanmoins. « L’amour altruiste » ? Est-ce bien de cela que parle Matthieu Ricard ? Apprendre par la répétition de l’exemple virtuel et télépathique, sans être en mode d’apprentissage. Apprendre avec l’inconscient. C’est là que j’en suis.
En l’absence de famille ou de famille intégrée, comment faire partie de cette réalité sociale ? Comment se construire une vie sociale saine ? Franchir le portail. L’amour est une expérience vivante. Il implique une présence, une réciprocité, une conscience de nos actes. L’amour permet de grandir, de s’émanciper.
La famille du Canada et le Love-in (Wikipédia). Qu’attend le Canada du Québec ? Qu’on devienne comme lui ? Qu’on perde notre identité propre ? Un Love-in (JdQ) bien particulier alors, si la condition est de devenir quelqu’un d’autre, de disparaître. Tiens, cela me fait penser à mes textes Islamophobie et Racisme systémique ; j’y vois un lien avec la discrimination subie par mon peuple, un modus operandi similaire.
En complément
- Tit-Coq, un film qui « raconte l’histoire d’amour douce-amère et la difficile intégration sociale d’un jeune soldat né de parents inconnus qui rêve d’épouser sa bien-aimée, Marie-Ange, dès son retour de la Deuxième Guerre mondiale. »
- Texte La famille. À lire pour comprendre et marquer une dimension de mon texte Révélation, mais aussi pour approfondir le présent texte.
Ouf ! Je l’ai fait. Prends-moi par la main, s’il te plaît. Fais-moi vivre ton univers.
10 mars 2026
The Example
Friends
Friends: a series that needs no introduction, which I am currently watching in French on Netflix. Each episode makes me laugh and teaches me an aspect of social life. I find there, strangely, an example of what friendship could be. It is not equal to lived experience, but it is nonetheless an example of socialization that I did not receive from my family. I have no corresponding experiences to project myself into, which makes this series and its actors even more endearing since they allow me to tame a still-hoped-for experience, to understand a future reality. I recommend it, certainly.
My text: The Example
Another aspect of my autism: social life. The main handicap.
How could I blame someone for a handicap that is part of me? One might very legitimately ask this question. I did it myself for years. I found an answer!
The fact of seeing life differently, from an atypical angle, often even invisible to people, leads me to unprecedented situations indefinitely. Every time I meet a person, for example, it is a first. Even if I recognize them, or am aware of the essentials of their story, I do not know what to expect. Every time I meet someone, I throw myself into the void in search of structures that support this reality.
It is therefore a question of structures, but also, it must be said, of my reserve regarding the fact of modifying them. As I have already written, I consider them sacred. They appear to me at the base of life. In short, I anticipate encounters because it involves more than being parachuted into another world, or being confronted with the unknown. Each time, I must re-discover the structures in place, check for consistency, and find a way to behave or, with more work, identify the next structure—the one that will point the way to follow to build a beneficial future. A work of empathy.
Until now, everything belongs to me.
My family could not have known this functioning from my birth. On the other hand, I verbalized it. Again and again. The more I expressed myself, the more it sank me into false diagnoses, the more I was left to my own devices. I was doing my part, it seems to me.
Then, I began to say that I had been raped and left for dead when I was 6 or 7 years old. No stir, no accompaniment. I was given, years after my revelation, the address where we lived at that time so that I could go file a complaint with the police. The address was non-existent, according to the police. I told my family and I never had any follow-up.
I denounced the domestic violence of which I had been a victim. I was questioned; it was implausible. After refusing to believe me, they added to my burden with new false diagnoses. I was no longer human; I no longer had rights. It was no longer even a question of letting me have a future. At any price.
This is how I found the answer: I can blame my family. If I sought endlessly for a way to explain their behaviors, after everything I had lived through, even after the diagnosis of autism, it was a great void. It was not going to give me an example to teach me how to live socially, to demonstrate the utility of a social relationship. Human dignity was not accessible to me with them.
My small life is a concept. It consists of virtual and telepathic exchanges, for those who can believe in such a phenomenon. For others, I live in an imaginary world… The virtual does not replace real life. It is not enough, either, to read a book or watch a TV series to know what love or friendship is. It gives theoretical guidelines, but the fact remains that there is a part of fiction and « arranged » reality that cannot apply in daily life.
Sometimes reluctantly, sometimes grudgingly, I followed the structures blindly, endlessly. For lack of examples and accompaniment, I had to learn to love myself socially, or rather, despite social pressure, with the goal of reaching the other against all odds, almost. In consent, nevertheless. « Altruistic love »? Is that what Matthieu Ricard is talking about? Learning through the repetition of the virtual and telepathic example, without being in a learning mode. Learning with the unconscious. That is where I am.
In the absence of a family or an integrated family, how to be part of this social reality? How to build a healthy social life? Cross the portal. Love is a living experience. It implies a presence, a reciprocity, an awareness of our acts. Love allows one to grow, to emancipate.
The family of Canada and the Love-in (Wikipedia). What does Canada expect from Quebec? That we become like it? That we lose our own identity? A very particular Love-in (JdQ) then, if the condition is to become someone else, to disappear. Look, that reminds me of my texts Islamophobia and Systemic Racism; I see a link with the discrimination suffered by my people, a similar modus operandi.
In addition
- Tit-Coq, a film that « tells the bittersweet love story and difficult social integration of a young soldier born of unknown parents who dreams of marrying his beloved, Marie-Ange, upon his return from the Second World War. »
- Text La famille. To be read to understand and mark a dimension of my text Revelation, but also to deepen the present text.
Whew! I did it. Take me by the hand, please. Make me live your universe.
March 10, 2026