Auteur : Christian Legault

  • Parcours du combattant

    Parcours du combattant

    Parcours du combattant

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    Il y a quelques années, j’ai décidé de prendre ma retraite. Je recevais des rentes pour personnes handicapées. Mes revenus sont excellents, voire exceptionnels.

    Néanmoins, le poids du passé demeurait, essentiellement pour deux raisons : je devais continuer mon combat pour obtenir justice et réparation, et je devais trouver un moyen de sortir de ce labyrinthe de folie.

    Il a fallu beaucoup de force et de résilience pour identifier ce qui m’handicapait suite à l’accident d’auto. Il n’y avait pas de programme gouvernemental pour le traumatisme crânien sévère à cette période. De plus, j’étais un jeune militaire peu connu de mes supérieurs ; ils n’avaient donc pas la possibilité de comparer l’avant et l’après. Parce que je n’étais plus le même. Le petit gars était mort, et le bébé naissant était un jeune adulte.

    Cela s’ajoutait au fait que l’année précédente, alors que j’étais nouvellement militaire, j’avais été poignardé et qu’un syndrome de stress post-traumatique s’en était suivi, faute de soins appropriés. L’accident d’auto a aussi eu comme répercussion un deuxième syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Les cauchemars, les images intrusives et l’hypervigilance allaient bon train : couteaux, poursuites, mur de béton en face de l’auto, etc.

    Je comprends la difficulté des diagnostics. Est-ce que je crois avoir été traité avec respect et diligence ? Non. Est-ce que je crois qu’on a tenté d’abuser de ma naïveté pour fermer le dossier rapidement ? Oui. Mais…

    Je me suis battu et j’ai fait appel aussi souvent qu’il m’était possible de le faire parce que, finalement, jamais une expertise n’expliquait complètement ma situation. Aucune ne parlait de l’importance du traumatisme crânien sévère sur le développement de la personnalité, ni même ne mentionnait le SSPT. Jusqu’au point où les Anciens Combattants ont reconnu le syndrome de stress post-traumatique. Puis, en fouillant dans mon dossier militaire, j’ai trouvé un rapport médical qui parlait du traumatisme crânien sévère. La reconnaissance des handicaps a commencé à débouler.

    Dans tout ce processus, le besoin d’aimer et d’être aimé était énorme. Je frappais continuellement des murs. Que ce soit à travers une violence conjugale subie ou à travers une famille qui s’obstinait à me discriminer, j’étais démuni. On me ramenait sans cesse à des problèmes de santé mentale. J’en ai développé une peur immense d’être traité faussement de malade mental. Même après la psychanalyse déjà mentionnée dans un texte précédent — psychanalyse qui a soigné les SSPT. Dans ce processus pour recouvrer ma vie, j’essayais d’apprendre à aimer de mieux en mieux et, par la même occasion, d’être aimé en retour.

    Je n’avais pas de modèle, malheureusement. Ma situation singulière me rendait assurément trop différent de tous. Je pouvais bien avoir de l’admiration pour un tel ou une telle, tenter d’aller chercher du courage à travers une lecture ou un film, il n’en demeurait pas moins que je restais pris dans mon labyrinthe sans issue. J’ai, au fil du temps, adopté un comportement inadapté lorsque je faisais face à des situations liées à la maladie mentale. J’étais encore démuni, atteint.

    C’est en m’impliquant sur les réseaux sociaux, en donnant de mon temps, en partageant mes réflexions et, ma foi, un certain don avec les structures, que j’ai commencé à me sentir en relation avec les autres. Ce don, c’est ce qu’on a fini par comprendre et me faire savoir : cela s’appelait l’autisme. Trop bizarre. Mais quel soulagement. C’était la dernière pièce du casse-tête avec lequel je jonglais ma vie, la toile de fond. Ainsi, c’est en donnant ma vie sur les réseaux sociaux, en redonnant ce que la société me donnait à travers des rentes et des soins appropriés, à travers une reconnaissance, que j’ai pu aller encore plus loin dans ma compréhension de l’humanité.

    MAJ 5 mars 2026


    Obstacle Course

    A few years ago, I decided to retire. I was receiving disability benefits. My income is excellent, even exceptional.

    Nevertheless, the weight of the past remained, primarily for two reasons: I had to continue my fight for justice and reparation, and I had to find a way out of this labyrinth of madness.

    It took a great deal of strength and resilience to identify what was disabling me following the car accident. At that time, there was no government program for severe traumatic brain injury (TBI). Furthermore, I was a young soldier little known to my superiors; they thus had no way to compare the « before » and « after. » Because I was no longer the same. The « little guy » was dead, and the newborn baby was a young adult.

    This was compounded by the fact that the previous year, as a new soldier, I had been stabbed, and post-traumatic stress disorder (PTSD) had followed due to a lack of proper care. The car accident also resulted in a second post-traumatic stress disorder. Nightmares, intrusive images, and hypervigilance were in full swing: knives, chases, the concrete wall in front of the car, and so on.

    I understand the difficulty of diagnostics. Do I believe I was treated with respect and diligence? No. Do I believe there were attempts to take advantage of my naivety to close the file quickly? Yes. But…

    I fought and appealed as often as I possibly could because, ultimately, no expert assessment ever fully explained my situation. None spoke of the significance of severe traumatic brain injury on personality development, nor did they even mention PTSD. This continued until Veterans Affairs recognized the post-traumatic stress disorder. Then, while digging through my military file, I found a medical report mentioning the severe traumatic brain injury. The recognition of my disabilities began to snowball.

    Throughout this process, the need to love and be loved was enormous. I was constantly hitting walls. Whether through domestic violence or a family that persisted in discriminating against me, I was helpless. I was constantly steered back toward mental health issues. I developed an immense fear of being falsely labeled as mentally ill. Even after the psychoanalysis mentioned in a previous text—which cured the PTSD—I was still struggling. In this process of reclaiming my life, I was trying to learn how to love better and, by the same token, to be loved in return.

    I had no role model, unfortunately. My singular situation made me undoubtedly too different from everyone else. I could admire this person or that one, try to find courage through a book or a film, but the fact remained that I was stuck in my dead-end labyrinth. Over time, I adopted maladaptive behaviors when faced with situations related to mental illness. I was still vulnerable, still affected.

    It was by getting involved on social media, giving my time, sharing my reflections, and—frankly—a certain gift for structures, that I began to feel in relationship with others. This gift is what people eventually understood and let me know: it was called autism. So strange. But what a relief. It was the last piece of the puzzle I had been juggling my whole life, the background canvas. Thus, by giving my life on social media, by giving back what society gave me through benefits and proper care, through recognition, I was able to go even further in my understanding of humanity.

    Updated March 5, 2026


  • La protection

    La protection

    La protection

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    J’ai choisi d’aimer, donc. L’estime est un apprentissage. Au début, les parents représentent tout pour l’enfant que nous sommes. Plus tard, la fratrie représente les premières socialisations où l’autre est distinct de soi, à moins que ça ne se passe dans un centre de la petite enfance. C’est ma vision.

    L’estime de soi se construit à partir de l’amour, de l’approbation bienveillante qu’on reçoit. Par le fait même, moins on en reçoit, plus c’est difficile de la développer, de la cultiver. Cela influence notre façon d’évaluer ; soi et les autres.

    Peut-être est-ce ce choix que je faisais jour après jour qui m’a permis de passer au travers de toutes ces épreuves et qui me donnait le courage nécessaire pour me relever lorsque je tombais ? Parce que, comme vous tous, je suis tombé.

    C’est normal, j’apprenais à marcher. Puis à parler. À développer mon autonomie. À vivre seul et avec les autres. J’apprenais à aimer. Toujours de mieux en mieux, de plus en plus. C’est un défi de tous les jours, pour tous et chacun, sans exception. On peut le relever, s’y attaquer, ou simplement l’abandonner.

    Une chose apprise est le droit à l’erreur. C’est la base si on veut avancer. Dans un texte précédent, je parlais de résilience. Elle est là, la résilience, dans le droit à l’erreur. C’est aussi dans la responsabilité de comprendre son erreur, d’en tirer une leçon, un apprentissage qui me fasse grandir.

    Le devoir est de comprendre la leçon et de la mettre en pratique. Assurément la mettre en pratique. Dans les faits, tout le monde tombe. La symbolique est forte. Se relever est un rêve qui ne se concrétise qu’avec des efforts, du détachement, de l’action. Tout le temps.

    Comprendre ce qui s’est passé, faire le point, établir un plan. Pas à pas, on fait le ménage dans sa vie pour protéger cet amour qui nous habite, pour protéger aussi ceux à qui nous avons donné notre amour. « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

    Se relever, faire le ménage, implique des deuils et un réapprentissage à s’aimer et à aimer les autres encore d’une nouvelle façon. Garder son sang-froid, prendre le temps de bien faire chacune des étapes et développer une saine fierté de notre cheminement.

    Envers et contre tous. Parce que cette fierté, on voudra l’éteindre. Quelquefois par incompréhension du cheminement, d’autres par jalousie. Je me réjouis lorsque quelqu’un réussit, ça ne m’enlève rien. Au contraire, cette joie que j’éprouve pour la réussite me montre que c’est possible de se relever, que c’est possible de réaliser son rêve.

    Suffit-il de réaliser son rêve ? Je crois sincèrement et profondément qu’une fois que le rêve se réalise, il grandit à travers la concrétisation des rêves de ceux qu’on aime. L’amour, c’est une protection. Il faut en comprendre la symbolique.

    MAJ 5 mars 2026


    Protection

    I have chosen to love, then. Self-esteem is a learning process. At the beginning, parents represent everything to the child we are. Later, siblings represent the first socializations where the other is distinct from oneself—unless this happens in an early childhood center. That is my vision.

    Self-esteem is built from the love and benevolent approval we receive. By the same token, the less we receive, the harder it is to develop and cultivate it. This influences the way we evaluate; both ourselves and others.

    Perhaps it was this choice I made day after day that allowed me to get through all those trials and gave me the courage necessary to get back up when I fell? Because, like all of you, I fell.

    It’s normal; I was learning to walk. Then to speak. To develop my autonomy. To live alone and with others. I was learning to love. Always better and better, more and more. It is a daily challenge for each and every one, without exception. We can rise to it, tackle it, or simply give up.

    One thing learned is the right to make mistakes. This is the foundation if one wishes to move forward. In a previous text, I spoke of resilience. Resilience is there, in the right to make mistakes. It is also in the responsibility to understand one’s mistake, to draw a lesson from it—a learning experience that makes me grow.

    The duty is to understand the lesson and put it into practice. Most certainly to put it into practice. In reality, everyone falls. The symbolism is powerful. Getting back up is a dream that only becomes concrete through effort, detachment, and action. All the time.

    Understanding what happened, taking stock, establishing a plan. Step by step, we clean up our lives to protect this love that lives within us, and also to protect those to whom we have given our love. « You become responsible, forever, for what you have tamed. »

    Getting back up, cleaning up, involves grieving and relearning to love oneself and others in a new way. Keeping one’s cool, taking the time to complete each step well, and developing a healthy pride in our journey.

    Against all odds. Because people will want to extinguish that pride. Sometimes out of misunderstanding the journey, other times out of jealousy. I rejoice when someone succeeds; it takes nothing away from me. On the contrary, the joy I feel for success shows me that it is possible to get back up, that it is possible to realize one’s dream.

    Is it enough to realize one’s dream? I sincerely and deeply believe that once a dream is realized, it grows through the fulfillment of the dreams of those we love. Love is a protection. One must understand its symbolism.

    Updated March 5, 2026


  • Faire son deuil

    Faire son deuil

    Faire son deuil

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    Je suis né à plusieurs reprises. J’ai de la chance, car j’aurais pu rester mort à chaque fois. J’ai déjà raconté quelques-unes de ces morts ; il y en a d’autres, sous d’autres formes.

    « Dans chaque pierre, une maison rêve d’exister. »

    Ces expériences de mort imminente m’ont traumatisé, m’ont fait un tort immense, m’ont changé pour toujours. Ces morts, toujours liées à une dimension sexuelle, possèdent une symbolique morbide. Trop souvent, hélas, c’était plus qu’une simple symbolique.

    Après l’une de ces morts — mon accident duquel je me suis réveillé amnésique —, j’étais habité par un besoin viscéral de voir la vie. Je ne savais pas trop pourquoi, mais la nudité m’obsédait. « Je ne me souviens plus de quoi ça a l’air, une femme nue », avais-je dit à des amis militaires en réclamant des revues sur mon lit d’hôpital.

    Remontons plus loin. Avant d’être frappé à la tête, après avoir été violé par deux adolescents et avoir subi une pénétration forcée, j’ai perdu la mémoire des faits. Amnésie. Il faut aussi dire que l’année précédente, peu avant d’être poignardé, j’avais rencontré ma première amie de cœur. Oui, pénétré par des couteaux de haine avant de pouvoir pénétrer par amour. Cet aspect mérite d’être approfondi.

    J’ai aussi mentionné certaines morts psychologiques, comme celle où j’ai remplacé mon père après la séparation. Car au fond — je ne sais pas ce qu’en penserait Freud —, tuer son père, c’est se tuer soi-même.

    Ma vie a commencé par une mort. C’est aussi triste que cela. C’est l’origine d’une culpabilité malsaine qui cherchera sans fin à reproduire ce que je ne pouvais pas voir, ou ce que je refusais de regarder en face. Bon gré, mal gré, on a voulu tuer l’homme en moi.

    Dans une relation amoureuse sous respirateur artificiel, l’idéal de l’homme embrasse mon rêve. Dans une autre relation, pour fêter dix ans d’un mariage lui aussi sous respirateur, l’idéal de remplacement reprend le flambeau. Il m’était impossible d’avoir une relation amoureuse saine. Toujours cet idéal qu’on m’a forcé à tuer lorsque j’avais 18 mois et qui me hante sans fin. C’était en moi, mon cancer de l’âme. L’homme en moi ne pouvait que mourir.

    Aurais-je pu recevoir de l’aide pour vivre dignement ? Je le demandais pourtant sans cesse. Non. Je n’avais ni le droit de vivre dignement, ni celui de mourir dignement. Je devais souffrir, vivre cette solitude, cet isolement où mes mots n’avaient aucun écho, sinon celui de la maladie mentale.

    Pourtant.

    Est-il vraiment digne de frapper sans cesse sur ce mourant ? Est-il vraiment la preuve d’un esprit sain que de faire souffrir quelqu’un de la sorte ? Est-il sain de vouloir tuer sans cesse l’homme en moi ?

    Quoi qu’il en soit, j’ai choisi de vivre. J’ai choisi de guérir définitivement de ce cancer, de ce mal qui détruit ma vie éternelle : le moment présent. Il m’appartient, j’en fais ce que je veux. Je me libère. Je recouvre ma liberté, ou peut-être la trouvé-je pour la première fois.

    J’ai choisi d’aimer, de sortir de cet isolement imposé.

    MAJ 5 mars 2026


    Grieving

    I have been born several times. I am lucky, because I could have stayed dead each time. I have already told of some of these deaths; there are others, in other forms.

    « In every stone, a house dreams of existing. »

    These near-death experiences traumatized me, caused me immense harm, and changed me forever. These deaths, always linked to a sexual dimension, possess a morbid symbolism. Too often, alas, it was more than mere symbolism.

    After one of these deaths—my accident from which I woke up amnesic—I was driven by a visceral need to see life. I didn’t quite know why, but nudity obsessed me. « I don’t remember what a naked woman looks like anymore, » I told some military friends while asking for magazines on my hospital bed.

    Let’s go back further. Before being struck in the head, after being raped by two teenagers and undergoing forced penetration, I lost the memory of the facts. Amnesia. It must also be said that the previous year, shortly before being stabbed, I had met my first girlfriend. Yes, penetrated by knives of hatred before being able to penetrate through love. This aspect deserves to be explored more deeply.

    I have also mentioned certain psychological deaths, such as when I replaced my father after the separation. Because deep down—I don’t know what Freud would think of it—to kill one’s father is to kill oneself.

    My life began with a death. It is as sad as that. It is the origin of an unhealthy guilt that would endlessly seek to reproduce what I could not see, or what I refused to look in the face. Whether I liked it or not, people wanted to kill the man in me.

    In a romantic relationship on life support, the ideal of the man embraces my dream. In another relationship, to celebrate ten years of a marriage also on life support, the replacement ideal takes up the torch. It was impossible for me to have a healthy romantic relationship. Always this ideal that I was forced to kill when I was 18 months old, haunting me endlessly. It was within me, my soul’s cancer. The man in me could only die.

    Could I have received help to live with dignity? I asked for it constantly. No. I had neither the right to live with dignity nor the right to die with dignity. I had to suffer, to live this solitude, this isolation where my words had no echo, other than that of mental illness.

    And yet.

    Is it truly dignified to constantly strike this dying man? Is it truly proof of a healthy mind to cause someone to suffer in this way? Is it healthy to want to kill the man in me over and over again?

    Regardless, I have chosen to live. I have chosen to heal definitively from this cancer, from this evil that destroys my eternal life: the present moment. It belongs to me; I do with it what I want. I am freeing myself. I am reclaiming my freedom, or perhaps I am finding it for the first time.

    I have chosen to love, to break out of this imposed isolation.

    Updated March 5, 2026

  • Lettre aux femmes

    Lettre aux femmes

    Lettre aux femmes

    English version below


    Je comprends que tout est désormais exposé. J’ai un million d’excuses, mais aucune n’est véritablement bonne. Ma vie était alors d’une difficulté extrême ; je ne comprenais pas ce que je vivais et personne ne pouvait m’aider, car l’incompréhension était totale pour tous. J’avais aussi hérité d’un passé lourd de traumatismes. Je dis « hériter », car j’étais devenu amnésique à la suite de mon accident.

    J’avais consommé après une rencontre avec mon avocate pour mon premier divorce. J’ai paniqué et j’ai consommé. J’ai alors reproduit un geste dont j’avais été témoin enfant, vers l’âge de 7 ans. L’agresseur de l’époque était schizophrène, et j’ai refait ces gestes alors que j’étais moi-même hors de la réalité. Les détails importent peu, dans la mesure où, de toute façon, cela n’aurait jamais dû se produire. La psychanalyse a fini par donner un sens à ces gestes, et j’ai également suivi d’autres thérapies pour traiter mes divers traumas.

    Avec l’aide de ma mère, j’ai écrit une lettre d’excuses à la victime. Son avocate a répondu qu’elle n’y croyait pas.

    Pourtant, j’ai souvent demandé pardon à des femmes qui n’avaient rien à voir avec cette histoire, des femmes que j’ai toujours traitées dignement, car je savais que le mal commis l’était envers toutes les femmes. Plus profondément encore, c’est une blessure faite à l’humain, indistinctement du genre.

    Alors, pour payer ma dette, en plus des procédures judiciaires auxquelles j’ai fait face sans me défiler, j’ai suivi ces thérapies pour comprendre. Aujourd’hui, je supporte la cause des femmes, mais toujours dans une optique d’humanité qui dépasse les genres. À travers mes textes et mes messages sur les réseaux sociaux, je fais aussi de la prévention pour que tous et toutes comprennent mieux l’origine et les mécanismes de cette violence. C’est ma façon de continuer à payer ma dette.

    Honnêtement et personnellement, je commence à considérer que cette dette est payée. J’ai commencé à me pardonner, surtout depuis ce diagnostic d’autisme qui a éclairé la dernière part d’ombre que je ne saisissais pas.

    Je demande pardon à toute la société et je continuerai à faire avancer la cause de l’égalité femme-homme. Je ne suis pas une méchante personne. Je n’ai pas de haine en moi. J’ai été blessé et abusé, tant par des hommes que par des femmes. C’est à travers mes implications constructives que j’arrive à sublimer ce vécu, en plus de la pratique de la pleine conscience et de la verbalisation de mes émotions. La gratitude m’aide aussi.

    Par ailleurs, j’ai été torturé par ma famille qui n’hésitait pas à m’apposer des diagnostics pour expliquer ce qu’elle ne comprenait pas. Cela a nui à mon développement et m’a maintenu dans de fausses théories. Cela a nui, et continue de nuire, à ma réputation. Ça suffit. Cette famille me fera du mal bien après ma mort ; elle est toxique. Parce que je m’exprime autrement, avec une intelligence différente, elle m’accuse encore et toujours de maladie mentale au lieu de remettre en question son propre fonctionnement. Elle corrompt le sens de chacun de mes gestes pour se donner raison.

    Ça suffit. S’il vous plaît. J’ai le droit de commencer à vivre.

    Merci de m’entendre. Merci de trouver l’empathie nécessaire pour comprendre mon cheminement et voir comment je suis devenu une meilleure personne. Concernant d’éventuelles autres allégations dont on m’a fait part, que puis-je dire de plus ? Je suis sincèrement désolé pour les personnes blessées.

    Je pense avoir fait le tour. Les théories du complot m’ont fait beaucoup de mal. Je ne cherche pas la pitié, mais j’aimerais retrouver ma liberté. Je vous le demande, respectueusement.

    MAJ 5 mars 2026


    Letter to Women

    I understand that everything is now exposed. I have a million excuses, but none are truly good. My life was of extreme difficulty then; I did not understand what I was going through, and no one could help me, as the lack of understanding was total for everyone. I had also inherited a past heavy with trauma. I say « inherited » because I had become amnesic following my accident.

    I had consumed substances after a meeting with my lawyer for my first divorce. I panicked and I consumed. I then reproduced an act I had witnessed as a child, around the age of 7. The aggressor at that time was schizophrenic, and I repeated those actions while I was myself out of touch with reality. The details matter little, insofar as, in any case, it should never have happened. Psychoanalysis eventually gave meaning to these actions, and I also underwent other therapies to treat my various traumas.

    With my mother’s help, I wrote a letter of apology to the victim. Her lawyer replied that she did not believe it.

    Yet, I have often asked for forgiveness from women who had nothing to do with this story, women whom I have always treated with dignity, because I knew that the harm committed was toward all women. Even more deeply, it is a wound inflicted upon humanity, regardless of gender.

    So, to pay my debt, in addition to the legal proceedings I faced without evading them, I followed these therapies to understand. Today, I support the cause of women, but always from a perspective of humanity that transcends gender. Through my writings and my messages on social media, I also work on prevention so that everyone can better understand the origin and mechanisms of this violence. It is my way of continuing to pay my debt.

    Honestly and personally, I am beginning to consider this debt paid. I have begun to forgive myself, especially since the autism diagnosis which illuminated the last part of the shadow I did not grasp.

    I ask for forgiveness from all of society, and I will continue to advance the cause of equality between women and men. I am not a bad person. I have no hatred in me. I have been hurt and abused, by both men and women. It is through my constructive involvement that I manage to sublimate this experience, along with the practice of mindfulness and the verbalization of my emotions. Gratitude also helps me.

    Furthermore, I was tortured by my family, who did not hesitate to label me with diagnoses to explain what they did not understand. This hindered my development and kept me trapped in false theories. It has harmed, and continues to harm, my reputation. Enough. This family will hurt me long after my death; it is toxic. Because I express myself differently, with a different intelligence, they accuse me again and again of mental illness instead of questioning their own functioning. They corrupt the meaning of my every gesture to prove themselves right.

    Enough. Please. I have the right to start living.

    Thank you for hearing me. Thank you for finding the empathy necessary to understand my journey and to see how I have become a better person. Regarding any other allegations I have been made aware of, what more can I say? I am sincerely sorry to the people who were hurt.

    I think I have covered it all. Conspiracy theories have caused me a lot of harm. I am not seeking pity, but I would like to regain my freedom. I ask this of you, respectfully.

    Updated March 5, 2026

  • Ensemble

    Ensemble

    Ensemble

    English version below


    Je marchais vers le gymnase où je m’entraîne quand j’ai aperçu une carte d’identité sur le trottoir — vous savez, le genre de carte que l’on porte au cou avec un cordon ou que l’on épingle sur la poitrine. Une employée avait échappé cette carte qui indiquait son nom, son poste et l’organisme communautaire pour lequel elle travaillait. Connaissant ce centre, j’ai décidé d’aller la lui porter. Après avoir fait confirmer sa présence, je l’ai laissée à la réception pour qu’on la lui remette.

    En reprenant ma marche, à la sortie du centre communautaire, une dame m’a abordé. Je ne me souviens plus de ses mots exacts, mais elle me parlait de sa solitude, me racontant qu’elle passait des journées entières sans parler à quiconque. C’était spontané. Je lui ai dit que je comprenais que la vie soit difficile et que la solitude imposée — l’isolement, finalement — est une forme de violence. Elle a semblé soulagée d’un poids.

    Ces petits gestes ordinaires font une réelle différence. Le temps de rapporter cette carte, j’ai fait partie d’une équipe ; j’ai fait don de mon temps. J’ai aussi été un confident le temps de recueillir la souffrance de cette dame, qui m’a fait don de son vécu. C’est d’une grande générosité de sa part que de livrer ainsi ce qui se passe en elle, dans son intériorité.

    La synchronicité de ces deux événements est incroyable. Deux faits distincts, apparemment banals, prennent tout leur sens parce que je les mets bout à bout : le premier où je donne, le deuxième où je reçois. La vie est belle.

    Tous les jours, je lis les gens sur les réseaux sociaux. Je ne cesse de recevoir ces dons de soi, ces cadeaux, et je cherche à redistribuer ce que j’ai reçu. Comme un enfant, je crée des constructions avec ce qui m’est offert. Est-ce que ce bloc pourrait s’agencer avec celui-là ? De quelle façon ? Une négociation s’opère en moi.

    Quand quelqu’un perd quelque chose, je comprends sa panique, sa détresse. C’est vrai aussi dans l’intangible. Si j’ai les moyens d’aider, je le fais ; pour moi, c’est un devoir de citoyen. C’est un bonheur que de me sentir utile, un sentiment heureux pour les deux parties. Quand quelqu’un me confie sa souffrance, je l’accueille pour ce qu’elle est : un don de soi. Dans ces moments-là, la frustration tombe. La sienne comme la mienne.

    Travailler ensemble nous permet d’atteindre nos rêves, qu’ils soient réciproques ou communs. Cela peut demander du temps, des efforts ou de longues discussions, mais le rêve est là, à portée de main. Soyons imaginatifs. Il faut s’écouter soi-même et écouter l’autre, parfois au-delà des mots. Souvent, il est question de besoins de base pour vivre ou de sécurité pour grandir. Cela demande de la flexibilité ; le rêve se réalise sous différentes formes, pas nécessairement celle que j’avais imaginée.

    Vivre ensemble, c’est s’entraider à construire nos rêves, de part et d’autre, et en commun.

    MAJ 5 mars 2026


    Together

    I was walking toward the gym where I train when I spotted an ID card on the sidewalk—you know, the kind worn around the neck on a lanyard or pinned to the chest. An employee had dropped this card, which showed her name, position, and the community organization she worked for. Knowing this center, I decided to go and return it to her. After confirming she was there, I left it at the reception desk for it to be handed back to her.

    As I resumed my walk, leaving the community center, a lady approached me. I don’t remember her exact words, but she told me about her loneliness, recounting how she spent entire days without speaking to anyone. It was spontaneous. I told her I understood that life can be difficult and that imposed loneliness—isolation, ultimately—is a form of violence. She seemed relieved of a burden.

    These small, ordinary gestures make a real difference. In the time it took to return that card, I was part of a team; I gave the gift of my time. I also served as a confidant for the moment it took to receive this lady’s suffering, who gave me the gift of her experience. It is an act of great generosity on her part to share what is happening within her, in her inner self.

    The synchronicity of these two events is incredible. Two distinct, seemingly banal occurrences take on their full meaning because I put them end to end: the first where I give, the second where I receive. Life is beautiful.

    Every day, I read people on social media. I never stop receiving these gifts of self, these presents, and I seek to redistribute what I have received. Like a child, I create constructions with what is offered to me. Could this block fit with that one? In what way? A negotiation takes place within me.

    When someone loses something, I understand their panic, their distress. This is also true for the intangible. If I have the means to help, I do so; for me, it is a citizen’s duty. It is a joy to feel useful, a happy feeling for both parties. When someone confides their suffering to me, I welcome it for what it is: a gift of self. In those moments, frustration falls away. Hers as well as mine.

    Working together allows us to reach our dreams, whether they are reciprocal or common. It may require time, effort, or long discussions, but the dream is there, within reach. Let us be imaginative. We must listen to ourselves and listen to the other, sometimes beyond words. Often, it is about basic needs for living or security for growing. This requires flexibility; the dream comes true in different forms, not necessarily the one I had imagined.

    Living together is helping each other build our dreams, on both sides and in common.

    Updated March 5, 2026

  • Lettre à ma mère

    Lettre à ma mère

    Lettre à ma mère

    English version below


    J’ai travaillé fort sur moi pour redevenir un enfant, pour me retrouver à cette époque où mes parents représentaient tout. Mes parents, oui, mais toi en particulier, et ce lien affectif, cet amour inconditionnel qui nous unissait. C’était un bonheur.

    En redevenant enfant, j’ai aussi repris contact avec cette période de ma vie où je vivais le moment présent sans avoir les outils pour comprendre la vie qu’on m’imposait. J’étais trop jeune, inexpérimenté et sans références pour me guider vers les meilleurs choix. Je subissais. Qu’il s’agisse de ces moments de joie partagés ou de tes propres incompréhensions face à ta jeunesse, je les subissais. Qu’importe, c’était le bonheur inconditionnel.

    Mais pour redevenir enfant, j’ai dû regarder ma vie avec toute l’expérience acquise au fil des ans, au fil de jours parfois très sombres. J’ai vu des erreurs que tu avais faites avec moi. J’ai aussi regretté le divorce de mes parents, l’éclatement de mon univers. J’ai réalisé à quel point cela avait affecté ma vie entière : mes choix et la façon dont je me suis construit.

    J’ai dû déconstruire des structures en moi parce qu’elles étaient malsaines, inopérantes ou destructrices. Maintenant que j’ai la maturité nécessaire pour affronter la vie imposée, maintenant que je suis équipé pour y faire face, j’ai aussi pu faire la part des choses. J’ai pu comprendre ma responsabilité « actuelle », c’est-à-dire ce sur quoi je peux dorénavant agir. Je ne peux pas changer le passé, mais j’ai un grand pouvoir sur mon présent.

    Plus d’une fois, je me suis retrouvé démuni, sans réel moyen de défense. Au mieux, je réagissais comme cet enfant blessé que j’avais été ; au pire, comme celui pour qui ses parents sont tout. Ou en inversant le pire et le mieux. J’apprenais qui j’étais, je développais mes propres références pour comprendre l’univers qui m’entoure et apprendre à interagir avec lui. J’ai peu à peu pris connaissance du lien entre ce que je fais et les conséquences avec lesquelles je dois vivre. Le passé et ses leçons me permettent désormais de faire les bons choix.

    Ce trajet entre l’adulte que je suis et l’enfant en moi a été parcouru d’innoublables fois. La pierre a été polie encore et encore. Sûrement as-tu fait la même chose depuis que j’ai rompu ma relation avec toi. Peut-être même comprenais-tu tout ce qui se passait et regardais-tu cela avec un regard sage ou démuni. À moins que toi aussi, tu aies compris certaines choses. On verra.

    Je ne sais pas où tu en es puisque je ne t’écoutais plus, que nous ne communiquions plus. Sache que j’ai divorcé, que j’ai compris davantage ce que tu as vécu toi-même. Tu me racontais la méchanceté de ta sœur qui s’est exprimée à cette période de ta vie. Je l’ai vécue aussi. Je te comprends mieux. J’espère que tu as aussi pu faire ces parallèles et que tu les saisis. Quoi qu’il en soit, je reprends contact avec toi.

    J’ai fait mes erreurs durant ce cheminement, je ne peux le nier. Je t’ai aussi blessée, c’est vrai. Tranquillement, reprenons le dialogue, si tu veux bien. Mon vécu me permet de mieux comprendre le tien, et le tien sûrement le mien. Cette souffrance est différente, mais elle est aussi commune au-delà de la forme. L’empathie est la même, toutefois.

    Réapprendre à communiquer ensemble, sur de nouvelles bases, demandera certainement encore beaucoup de travail. Rien n’est joué. Si on s’écoute l’un l’autre, si nous participons ensemble à établir cette nouvelle relation, tout sera possible. La confiance se rebâtira dans le respect de chacun, de ce que nous sommes.

    Bonjour Maman.

    MAJ 5 mars 2026


    Letter to My Mother

    I have worked hard on myself to become a child again, to find myself back in that time when my parents represented everything. My parents, yes, but you in particular, and that emotional bond, that unconditional love that united us. It was happiness.

    By becoming a child again, I also reconnected with that period of my life when I lived in the present moment without having the tools to understand the life being imposed on me. I was too young, inexperienced, and without references to guide me toward the best choices. I was subject to it. Whether it was those shared moments of joy or your own lack of understanding regarding your youth, I was subject to them. No matter, it was unconditional happiness.

    But to become a child again, I had to look at my life with all the experience gained over the years, through days that were sometimes very dark. I saw the mistakes you had made with me. I also regretted my parents’ divorce, the shattering of my universe. I realized how much it had affected my entire life: my choices and the way I built myself.

    I had to deconstruct structures within me because they were unhealthy, inoperative, or destructive. Now that I have the necessary maturity to face the life imposed on me, now that I am equipped to deal with it, I have also been able to put things into perspective. I have been able to understand my « current » responsibility—that is, what I can henceforth act upon. I cannot change the past, but I have great power over my present.

    More than once, I found myself helpless, without any real means of defense. At best, I reacted like the wounded child I had been; at worst, like the one for whom his parents are everything. Or by reversing the worst and the best. I was learning who I was, developing my own references to understand the universe around me and learning to interact with it. I gradually became aware of the link between what I do and the consequences I must live with. The past and its lessons now allow me to make the right choices.

    This journey between the adult I am and the child within me has been traveled countless times. The stone has been polished again and again. Surely you have done the same since I broke off my relationship with you. Perhaps you even understood everything that was happening and watched it with a wise or helpless gaze. Unless you, too, have understood certain things. We shall see.

    I do not know where you stand since I was no longer listening to you, and we were no longer communicating. Know that I have divorced, that I have understood more of what you lived through yourself. You used to tell me about the unkindness of your sister that manifested during that period of your life. I have experienced it too. I understand you better. I hope you have also been able to make these parallels and that you grasp them. Regardless, I am reaching out to you again.

    I made my mistakes during this journey; I cannot deny it. I also hurt you, it’s true. Quietly, let us resume the dialogue, if you are willing. My experience allows me to better understand yours, and yours surely mine. This suffering is different, but it is also common beyond the form. The empathy, however, is the same.

    Relearning to communicate together, on new foundations, will certainly still require a lot of work. Nothing is set in stone. If we listen to one another, if we participate together in establishing this new relationship, anything will be possible. Trust will be rebuilt in the respect of each other, of who we are.

    Hello, Mom.

    Updated March 5, 2026

  • Le «radicalisme tranquille»

    Le «radicalisme tranquille»

    Le « radicalisme tranquille »

    English version below


    Je me souviens du moment où j’ai appris que le jambon dans mon assiette était un petit cochon, comme ceux que je voyais à la télévision. Devant ma réaction de dégoût, on me demanda ce que je croyais manger, tout en m’annonçant que le steak était du bœuf (une vache, m’avait-on dit) et le poulet, une poule. J’ai dû finir mon repas malgré tout. Puis, peu à peu, j’ai oublié cette révélation. J’ai sûrement refoulé l’information, car il me semblait mal de manger ces animaux alors que je n’avais aucun autre moyen de me nourrir.

    Néanmoins, cela m’a toujours questionné. Je me demandais, par exemple : en mangeant une carotte ou un céleri, est-ce que je tue la vie ? Et le poisson, l’huître ? Lorsque je pose des trappes à souris au chalet ? C’est un labyrinthe sans issue. À partir du moment où je réalise que la vie est en toute chose, je ne peux plus manger ni défendre ma maison contre les rongeurs. N’est-ce pas radical ? Se laisser mourir de faim pour ne pas tuer la vie en l’autre ? C’est l’image qui me vient spontanément. Comment déterminer le moment où l’on peut franchir la ligne ?

    Certains ont résolu le problème en affirmant qu’il ne faut pas que cette vie que l’on enlève possède un système nerveux suffisamment élaboré pour ressentir la douleur. Ainsi, plus la vie serait semblable à celle de l’humain, plus elle aurait de la valeur. Tout serait question de capacité à souffrir.

    Pourtant, l’argument essentiel des défenseurs des animaux est justement qu’il s’agit d’êtres libres qui ne devraient pas vivre sous la domination de l’Homme. J’y vois une contradiction : nous établissons une hiérarchie de la vie, nous leur imposons une vision qui n’est pas égalitaire. Il y a une discrimination du vivant ; plus l’être a la capacité de souffrir, plus il est élevé dans la pyramide.

    Cette forme de raisonnement rencontre beaucoup de résistance. Dans cette vision, je dois accepter de me voir comme un tueur d’êtres sensibles, ce qui m’obligerait à ne plus consommer de viande. J’y perds ma liberté. J’y perds aussi mon droit à l’erreur ou à une évolution différente. Je me retrouve à la merci d’une façon de penser et d’agir dictée par les autres, par la honte qu’ils font naître en moi. La violence est même parfois utilisée pour faire passer le message, ou l’on menace de désobéissance civile. On veut créer un mouvement social par la force.

    On semble oublier que perdre ses revenus ou son emploi est aussi une violence. En fait, la précarité financière imposée est une forme de violence, peu importe son échelle ou sa durée. C’est un interdit de rêver. Le boucher qui voit son commerce vandalisé subit une violence psychologique et économique. Sur quelle base se repose-t-on pour justifier cette agression ? N’est-il pas dangereux qu’un groupe se sente autorisé à faire violence à une personne choisie, en fin de compte, au hasard ?

    Peu à peu, l’Homme s’est extrait de la Nature. C’était sûrement un chemin à parcourir ; en tout cas, nous l’avons fait. Devrait-on chercher à nous reconnecter à la Nature en nous pour mieux la voir en l’autre ? Pourquoi encore hiérarchiser ? Cette reconnaissance que nous faisons partie de la Nature permettrait-elle d’apprendre à respecter la vie en soi et en l’autre ?

    Développer le respect de la vie en moi : c’est ma piste de solution. Je prends conscience graduellement de la souffrance chez l’autre ; je développe mon sens de l’empathie. Je suis en cheminement. Comment puis-je respecter la vie tout en continuant à me nourrir ?

    MAJ 5 mars 2026


    « Quiet Radicalism »

    I remember the moment I learned that the ham on my plate was a little pig, like the ones I saw on television. Faced with my reaction of disgust, I was asked what I thought I was eating, while being told that steak was beef (a cow, I was told) and chicken was a hen. I had to finish my meal regardless. Then, bit by bit, I forgot this revelation. I surely repressed the information, for it seemed wrong to me to eat these animals when I had no other means of feeding myself.

    Nevertheless, this has always questioned me. I wondered, for example: by eating a carrot or a celery stick, am I killing life? And what about fish, oysters? When I set mouse traps at the cottage? It is a dead-end labyrinth. From the moment I realize that life is in everything, I can no longer eat nor defend my home against rodents. Is that not radical? To let oneself starve so as not to kill the life in the other? That is the image that comes to me spontaneously. How do we determine the moment when the line can be crossed?

    Some have solved the problem by asserting that the life we take must not possess a nervous system elaborate enough to feel pain. Thus, the more life resembles human life, the more value it would have. Everything would be a matter of the capacity to suffer.

    Yet, the essential argument of animal rights defenders is precisely that they are free beings who should not live under the domination of Man. I see a contradiction here: we establish a hierarchy of life; we impose a vision on them that is not egalitarian. There is a discrimination of the living; the more a being has the capacity to suffer, the higher it is placed in the pyramid.

    This form of reasoning meets much resistance. In this vision, I must accept seeing myself as a killer of sentient beings, which would force me to stop consuming meat. I lose my freedom. I also lose my right to make mistakes or to follow a different evolution. I find myself at the mercy of a way of thinking and acting dictated by others, through the shame they awaken in me. Violence is even sometimes used to get the message across, or civil disobedience is threatened. There is a desire to create a social movement through force.

    We seem to forget that losing one’s income or job is also a form of violence. In fact, imposed financial precariousness is a form of violence, regardless of its scale or duration. It is a prohibition on dreaming. The butcher who sees his business vandalized suffers psychological and economic violence. On what basis do we justify this aggression? Is it not dangerous for a group to feel authorized to inflict violence on a person chosen, ultimately, at random?

    Bit by bit, Man has extracted himself from Nature. It was surely a path to be traveled; in any case, we have done it. Should we seek to reconnect with the Nature within us to better see it in the other? Why still create hierarchies? Would recognizing that we are part of Nature allow us to learn to respect life in ourselves and in others?

    Developing respect for life within me: that is my lead toward a solution. I am gradually becoming aware of the suffering in the other; I am developing my sense of empathy. I am on a journey. How can I respect life while continuing to feed myself?

    Updated March 5, 2026

  • Vivre l’enfance, encore

    Vivre l’enfance, encore

    Vivre l’enfance, encore

    English version below


    Une fois l’enfant retrouvé, j’ai nécessairement pris connaissance de mes blessures les plus marquantes. C’est ici que l’empathie s’applique. L’empathie pour soi est aussi un apprentissage de l’empathie pour l’autre. Comprendre ce qui m’a blessé me permet de voir ce que l’adulte que je suis devenu peut faire aujourd’hui pour soigner cet enfant intérieur. Je comprends désormais que le mal qui m’habite réside aussi chez l’autre ; différemment, certes, mais de façon tout aussi douloureuse. Ce sont des vies brisées sous divers aspects, des obstacles qui empêchent de grandir adéquatement, naturellement. Jouer n’est pas toujours un jeu, malheureusement.

    Le travail commence ! J’aurais pu croire à une finalité, mais non : il me faut maintenant déconstruire les défenses que j’avais érigées tout au long de mon parcours. Il s’agit d’habitudes prises pour me protéger, tant bien que mal, avec les moyens du bord. Je ne sais pas si ces habitudes étaient les meilleures, mais elles n’étaient sûrement pas saines. Car si elles l’étaient, nous ne serions plus blessés. Je pourrais passer mon temps à m’accuser de tous les torts, à regretter de n’avoir pas agi ou réagi correctement. Mais à quoi bon ? De mes erreurs, j’ai appris. Je me réconcilie avec ceux qui le veulent, là où c’est possible. Il y aura sûrement encore des périodes difficiles, mais ce sont celles où je me réconcilie véritablement avec moi-même.

    Je comprends qu’il existe un lien étroit entre ce que je vis et ce que je fais. Je me protège à travers mes commentaires ou je me réfugie dans le silence. Je m’isole parce qu’on m’a fait mal, parce que je ne sais pas comment agir ou quoi dire. Je m’inquiète de la façon dont l’autisme sera compris ou perçu, par exemple.

    Dans ma petite enfance, il semble que je cherchais à contrôler mon environnement pour obtenir un sentiment de sécurité, pour que l’on comprenne ma différence. À l’adolescence, c’est moi qui change sans le vouloir, et pas toujours à mon avantage. C’est aussi la période où je deviens plus autonome, avec l’aide des autres. L’autre devient soudainement important. Autrement. J’ai besoin de lui, je dois lui plaire, et vice-versa. Je commence à comprendre que l’autre aussi est libre et en cheminement. Tranquillement, j’apprends que l’amour n’est pas toujours inconditionnel, contrairement à celui des parents, généralement.

    Dans mon besoin de plaire, dans ce doute de ne pas agir comme on l’attend de moi, je me cherche une place. J’apprends à aimer et à m’aimer. Souvent dans cet ordre ? L’adolescence est une période de rodage. On se découvre à travers l’autre.

    Enfin, l’âge adulte ! Bonjour les privilèges… et les responsabilités. C’est le prix de mon autonomie : la responsabilité. Quand je fais du mal, j’en suis responsable. Quand on me fait du mal, je cherche ma part de responsabilité et ce que je peux changer pour que cela ne se reproduise plus, sans pour autant porter le poids de la culpabilité. Personne n’est obligé de me faire du mal. J’apprends à m’aimer, j’apprends aussi à aimer mon image : celle que j’ai de moi-même.

    Au bout du compte, dans ma première enfance, je demandais qu’on soit empathique avec moi, qu’on m’aime tel que j’étais, avec mes faiblesses. Retrouver l’enfant en moi change cette perspective. M’accepter comme je suis signifie aussi que j’aime la personne que je vois dans le miroir, celle que je suis lorsque je me représente mentalement.

    L’image de soi, celle que l’on a de soi-même, correspond-elle à ce que je suis vraiment ? Pourquoi ?

    MAJ 5 mars 2026


    Living Childhood, Again

    Once the child within was found, I necessarily became aware of my most striking wounds. This is where empathy applies. Empathy for oneself is also a way of learning empathy for the other. Understanding what hurt me allows me to see what the adult I have become can do today to heal that inner child. I now understand that the pain dwelling within me also exists in the other; differently, certainly, but in a way that is just as painful. These are lives shattered in various aspects, obstacles that prevent proper, natural growth. Playing is not always a game, unfortunately.

    The work begins! I might have believed in a finality, but no: I must now deconstruct the defenses I had erected throughout my journey. These are habits formed to protect myself, for better or worse, with whatever means were at hand. I do not know if these habits were the best, but they certainly were not healthy. For if they were, we would no longer be hurt. I could spend my time accusing myself of every wrong, regretting not having acted or reacted correctly. But to what end? From my mistakes, I have learned. I reconcile with those who are willing, wherever possible. There will surely be difficult periods ahead, but these are the times when I truly reconcile with myself.

    I understand that there is a close link between what I experience and what I do. I protect myself through my comments or I take refuge in silence. I isolate myself because I have been hurt, because I do not know how to act or what to say. I worry about how autism will be understood or perceived, for example.

    In my early childhood, it seems I sought to control my environment to gain a sense of security, so that my difference would be understood. In adolescence, it is I who change unintentionally, and not always to my advantage. It is also the period when I become more autonomous, with the help of others. The other suddenly becomes important. In a different way. I need them; I must please them, and vice-versa. I begin to understand that the other is also free and on a journey. Quietly, I learn that love is not always unconditional, unlike that of parents, generally.

    In my need to please, in this doubt of not acting as expected of me, I look for my place. I learn to love and to love myself. Often in that order? Adolescence is a breaking-in period. We discover ourselves through the other.

    Finally, adulthood! Hello privileges… and responsibilities. This is the price of my autonomy: responsibility. When I cause harm, I am responsible for it. When I am harmed, I look for my share of responsibility and what I can change so that it does not happen again, without necessarily carrying the weight of guilt. No one is forced to harm me. I learn to love myself; I also learn to love my image: the one I have of myself.

    Ultimately, in my earliest childhood, I asked for empathy, to be loved as I was, with my weaknesses. Finding the child within me changes this perspective. Accepting myself as I am also means that I love the person I see in the mirror, the one I am when I represent myself mentally.

    Does the self-image, the one we have of ourselves, correspond to who I truly am? Why?

    Updated March 5, 2026

  • Une histoire d’enfant

    Une histoire d’enfant

    Une histoire d’enfant

    English version below


    Mon histoire est dans cette photo — du moins, une partie significative. Cette cicatrice témoigne de plusieurs opérations au bras pour y poser des plaques, puis pour les retirer deux ans plus tard. Mon bras était en mille morceaux. Les chirurgiens ont dû les replacer et visser le tout, laissant le corps faire son travail de guérison avant de retirer la quincaillerie.

    La plus grosse blessure, malheureusement, siégeait au cerveau : un polytraumatisme crânien sévère avec amnésie. C’est affreux, cette sensation de ne plus savoir qui l’on est, ce que l’on fait là, ni à quoi servira demain.

    Néanmoins, j’étais un homme. Un militaire. J’étais Blanc. Je parlais français, mais désormais avec les mots d’un enfant. L’année précédente, j’avais aussi reçu sept coups de couteau. Un début de carrière brutal.

    Toute ma vie, j’ai cherché à renouer avec l’enfant en moi. Je n’avais pas le sentiment d’être celui qu’on disait que j’étais. On m’imposait un nom, un travail, des responsabilités et, surtout, l’isolement. Personne ne comprenait ce que je vivais, pas même moi. J’étais isolé de moi-même, finalement : coupé en deux.

    D’un autre côté, j’ai tout autant voulu affirmer l’homme que je devais être. J’ai repris l’entraînement et la formation interrompue par l’accident. On essayait de faire semblant que tout était comme avant, qu’il ne suffisait que de quelques ajustements, de quelques efforts. Je manquais de motivation, supposément.

    Mais à quoi devais-je être motivé ? À redevenir un homme, un militaire, un élève doté d’une mémoire et d’une capacité de concentration ? À oublier mes cauchemars qui n’avaient aucun sens pour un amnésique ? À apprendre du vocabulaire ? Même la question « par où commencer ? » était impossible à formuler. C’est tout dire de la désorganisation.

    Quelques semaines plus tôt, le neurochirurgien civil m’avait dit qu’il ignorait si « ça » reviendrait. Il m’expliquait qu’il y a peu, il m’aurait dit non, mais que la science progressait et que les cellules se régénèrent. J’étais seul avec lui. Après, j’étais seul avec moi.

    J’étais un enfant qui devait devenir un homme pour retrouver l’enfant en lui, afin de véritablement être un homme. Gros contrat. Blessé, par-dessus le marché.

    J’ai passé des années dans ce labyrinthe. J’en ai fait le tour : démarches administratives, médicales, psychologiques. Sans fin. Sans avenir. Je racontais sans cesse mon histoire, mes problèmes, mes besoins. Je demandais par écrit un acte humanitaire pour que l’on me sorte de cette impasse. Rien. Ou si peu. Suis-je vraiment le seul dans cette situation ?

    C’est frustrant de voir sa vie s’étioler dans des combats futiles qui n’apportent rien, sinon un progrès d’un millimètre. J’ai fait un bout de chemin par moi-même, mais nous vivons en société… Pourquoi si peu d’empathie ?

    Bref, j’ai commencé à avoir de l’empathie pour moi-même. Les frustrations ont diminué. Enfin, quelqu’un commençait à m’aimer ! Puis, j’ai commencé à offrir cette empathie. J’en avais, alors j’en donnais.

    Et là, surprise : plus j’en donnais, mieux je me sentais. Ma vie n’allait pas forcément mieux, mais moi, oui. Je vivais mieux ma vie.

    Ce labyrinthe, je le vois chez les hommes, bien sûr. Je le vois encore plus chez les femmes. Je le vois chez les Autochtones, il va sans dire. Je le vois chez les francophones du Canada, et donc au Québec aussi. Je le vois chez nos ados, nos enfants, pris dans nos guerres perpétuelles et nos drames sans fin. Quel est l’avenir qu’on leur présente ? Où regardons-nous ? À quoi travaillons-nous ?

    Aujourd’hui est l’héritage de demain.

    MAJ 5 mars 2026


    A Child’s Story

    My story is in this photo—at least, a significant part of it. This scar bears witness to several operations on my arm to insert plates, then to remove them two years later. My arm was in a thousand pieces. Surgeons had to put them back in place and screw it all together, letting the body do its healing work before removing the hardware.

    The biggest injury, unfortunately, was in the brain: a severe traumatic brain injury with amnesia. It is a terrible feeling, no longer knowing who you are, what you are doing there, or what tomorrow is for.

    Nevertheless, I was a man. A soldier. I was White. I spoke French, but henceforth with the words of a child. The previous year, I had also been stabbed seven times. A brutal start to a career.

    My whole life, I sought to reconnect with the child within me. I didn’t feel like the person people said I was. I was imposed a name, a job, responsibilities, and above all, isolation. No one understood what I was going through, not even me. I was isolated from myself, ultimately: split in two.

    On the other hand, I wanted just as much to assert the man I was supposed to be. I resumed training and the schooling interrupted by the accident. We tried to pretend everything was as before, that all it took were a few adjustments, a few efforts. I supposedly « lacked motivation. »

    But what was I supposed to be motivated for? To become a man again, a soldier, a student gifted with memory and the capacity to concentrate? To forget my nightmares that made no sense to an amnesiac? To learn vocabulary? Even the question « where to start? » was impossible to formulate. That says everything about the disorganization.

    A few weeks earlier, the civilian neurosurgeon had told me he didn’t know if « it » would come back. He explained that not long ago, he would have said no, but that science was progressing and cells regenerate. I was alone with him. Afterward, I was alone with myself.

    I was a child who had to become a man to find the child within him, in order to truly be a man. A tall order. Wounded, to top it all off.

    I spent years in this labyrinth. I went all the way around it: administrative, medical, psychological procedures. Endless. Futureless. I constantly told my story, my problems, my needs. I asked in writing for a humanitarian act to get me out of this impasse. Nothing. Or so little. Am I really the only one in this situation?

    It is frustrating to see one’s life wither away in futile battles that bring nothing but a progress of a millimeter. I made it part of the way on my own, but we live in a society… Why so little empathy?

    In short, I started to have empathy for myself. The frustrations diminished. Finally, someone was starting to love me! Then, I started to offer that empathy. I had some, so I gave some.

    And then, surprise: the more I gave, the better I felt. My life wasn’t necessarily going better, but I was. I was living my life better.

    I see this labyrinth in men, of course. I see it even more in women. I see it in Indigenous people, goes without saying. I see it in Francophones in Canada, and therefore in Quebec too. I see it in our teens, our children, caught in our perpetual wars and endless dramas. What is the future we are presenting to them? Where are we looking? What are we working on?

    Today is the legacy of tomorrow.

    Updated March 5, 2026

  • Les hommes ont besoin d’aide !

    Les hommes ont besoin d’aide !

    Les hommes ont besoin d’aide !

    English version below


    Je suis né homme. Mon avenir était tracé : médecin, administrateur d’un hôpital, marié, père, sans oublier la fortune financière. Rien n’empêchait ma mère de croire que ces réalisations étaient possibles pour moi. Moi non plus, d’ailleurs. Si j’avais été une femme, cela eût été différent.

    Pourtant. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 18 mois, puis ils ont divorcé. C’était la période où le divorce commençait à être socialement possible, où la femme pouvait plus ouvertement dénoncer les hommes, où elle pouvait commencer à vivre ses propres rêves. Déjà, mes chances étaient inégales par rapport à ceux qui m’avaient précédé. En plus d’être identifié — plus ou moins consciemment — comme celui qui avait provoqué le divorce des parents, je n’aurais jamais de base sur ce qu’est une famille biologique. Mes sœurs et mon frère m’aimaient, bien sûr, mais concrètement, cela n’impliquait que très peu de temps de présence. C’était un amour senti, sûrement, bien que teinté d’une certaine indifférence.

    Ma mère compensait la perte de mon père par ma présence ; j’étais un objet de substitution d’un côté, et le témoin de ses critiques contre les hommes — et contre mon père — de l’autre. J’étais asexué. Elle ne voyait pas l’homme en moi. Elle ne voyait pas non plus qu’elle me privait d’une identification à mon genre et à mon père. Pour elle, n’étais-je pas « ses » hommes ?

    Mon père aurait pu m’offrir cette identification, tout de même. Mais non. Il voyait en moi trop de ressemblances avec ma mère. À ses yeux, je n’étais pas un homme, j’étais une femme. Plus tard, par exemple, j’avais trop hésité à dire que je voulais me réinscrire au hockey. J’étais comme ma mère, je ne voulais pas faire comme lui. Pour se donner raison, peut-être — je ne le saurai jamais —, il n’a pas insisté pour que je continue. J’aurais aimé qu’il insiste. Mon père aussi critiquait les femmes, toujours avec un parallèle sous-entendu avec ma mère. Je ne pouvais pas aimer ma mère si je voulais aimer mon père. Ça part mal.

    J’ai déjà raconté avoir été violé par deux adolescents lorsque j’avais 6 ou 7 ans, et laissé pour mort. Ces jeunes ont voulu me faire oublier ce qui s’était passé et m’ont frappé à la tête ; le dernier coup fut trop fort et m’a fait perdre connaissance. Je respirais à peine ; ils croyaient que j’étais mort et m’ont transporté dans un bois derrière l’immeuble où j’habitais. Je me suis réveillé dans la soirée, ayant oublié tout ce qui s’était produit. J’ai aussi commencé à avoir des troubles de lecture où le sens des mots se perdait. Je me souviens de la sensation éprouvée lors de la lecture des questions : chaque mot était séparé de l’autre, plus rien ne faisait sens. Ça aussi, ça part mal.

    Quoi qu’il en soit, cela représente la base sur laquelle j’ai dû bâtir ma vie. Récemment, j’ai aussi appris que tout cela se jouait sur un fond d’autisme. L’absence de diagnostic pour un aspect si fondamental de mon fonctionnement est tout simplement inhumaine. En plus de ce questionnement sur ce que je suis sexuellement — ni homme, ni femme —, il y avait toujours cette différence neurologique qui me faisait passer tantôt pour un déficient intellectuel, tantôt pour un malade mental, et très rarement pour un doué. La vie n’a pas été facile.

    Je fais quoi maintenant ? Après une psychanalyse d’environ dix ans, des thérapies diverses et beaucoup de deuils — donc aussi beaucoup de résilience —, j’ai obtenu cette fameuse confirmation sur ma neurodiversité. Ce n’est pas tout. L’enfant asexué en moi occupait encore toute la place et je n’arrivais pas à m’affirmer comme homme. J’ai commencé à m’occuper de cet enfant en prenant la place qui me revient. Je peux maintenant m’occuper de lui, avoir de l’empathie pour lui.

    Justement, c’est quoi, s’affirmer comme homme ? Voilà. Les hommes ont besoin d’aide. Comment s’affirme-t-on en tant qu’homme ? Est-ce en offrant cette empathie ? Est-ce suffisant ?

    MAJ 5 mars 2026


    Men Need Help!

    I was born a man. My future was mapped out: doctor, hospital administrator, married, father, not to mention financial wealth. Nothing stopped my mother from believing these achievements were possible for me. Nor me, for that matter. Had I been a woman, it would have been different.

    Yet. My parents separated when I was 18 months old, then divorced. It was the period when divorce was beginning to be socially possible, when women could more openly denounce men, when they could begin to live their own dreams. Already, my chances were unequal compared to those who had come before me. In addition to being identified—more or less consciously—as the one who had caused the parents’ divorce, I would never have a foundation of what a biological family is. My sisters and my brother loved me, of course, but in concrete terms, this involved very little presence. It was a felt love, surely, though tinged with a certain indifference.

    My mother compensated for the loss of my father with my presence; I was a substitute object on one side, and the witness to her criticisms of men—and of my father—on the other. I was asexual. She did not see the man in me. Nor did she see that she was depriving me of identification with my gender and my father. For her, was I not « her » men?

    My father could have offered me that identification, nonetheless. But no. He saw in me too many resemblances to my mother. In his eyes, I was not a man; I was a woman. Later, for example, I had hesitated too much to say I wanted to re-enroll in hockey. I was like my mother; I didn’t want to do like him. To prove himself right, perhaps—I will never know—he did not insist that I continue. I would have liked him to insist. My father also criticized women, always with an implied parallel to my mother. I could not love my mother if I wanted to love my father. It’s a bad start.

    I have already told of being raped by two teenagers when I was 6 or 7 years old, and left for dead. Those youths wanted to make me forget what had happened and struck me on the head; the last blow was too hard and knocked me unconscious. I was barely breathing; they thought I was dead and carried me to a woods behind the building where I lived. I woke up in the evening, having forgotten everything that had occurred. I also began to have reading troubles where the meaning of words was lost. I remember the sensation felt when reading questions: each word was separated from the other, nothing made sense anymore. That, too, is a bad start.

    Regardless, this represents the foundation on which I had to build my life. Recently, I also learned that all of this was playing out against a backdrop of autism. The absence of a diagnosis for such a fundamental aspect of my functioning is simply inhumane. In addition to this questioning of what I am sexually—neither man nor woman—there was always this neurological difference that made me pass sometimes for intellectually disabled, sometimes for mentally ill, and very rarely for gifted. Life has not been easy.

    What do I do now? After about ten years of psychoanalysis, various therapies, and many bereavements—hence also a lot of resilience—I obtained that famous confirmation regarding my neurodiversity. That’s not all. The asexual child in me still took up all the space, and I could not assert myself as a man. I have started to take care of that child by taking the place that is rightfully mine. I can now care for him, have empathy for him.

    Precisely, what does it mean to assert oneself as a man? There it is. Men need help. How does one assert oneself as a man? Is it by offering this empathy? Is it enough?

    Updated March 5, 2026