Auteur : Christian Legault

  • Décalage

    Décalage

    Décalage

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé, de Claude Meunier, publié chez Léméac. « À la manière – absurde, ostentatoire, polémique, burlesque, philosophique, métaphysique, critique – de son premier Journal d’un Ti-Mé (2000), Claude Meunier puise à nouveau, vingt ans plus tard, dans l’imaginaire délirant du Popa de La Petite Vie. »

    Voici une réflexion que ce livre m’a inspirée : « Réflexions mentales »*

    — Pourquoi pensez-vous que les provinces du ROC** devraient être des États des États-Unis ?

    — Christian : Parce qu’elles parlent anglais. Franchement, c’est de base.

    En complément :

    *« Personnage » du livre.

    **« Rest of Canada », une expression populaire dans la politique canadienne qui désigne tous les territoires et provinces excepté le Québec. La politique québécoise a souvent été perçue comme « Québec versus le ROC ». Wikipédia.

    (Cette expression même, ROC, démontre le caractère distinct du Québec, caractère nié dans la Constitution canadienne.)

    Mon texte : Décalage

    Mercredi dernier, je vous entretenais sur cet humour dans lequel j’ai baigné une bonne partie de ma vie. J’en ai été imprégné, assurément. La relation amoureuse est un sujet central dans cet humour. L’amour, le sexe, l’infidélité et, bien sûr, la belle-mère y jouent un rôle central. On pourrait agrandir « la chambre des secrets » d’un faire-valoir avec, me semble-t-il, l’argent et le patron.

    Voilà des dynamiques de relation que le Théâtre des Variétés m’a présentées durant près d’un quart de siècle. À cela se sont ajoutées les dénonciations du comportement des hommes par ma mère — comme si je n’en étais pas un — et le point de vue tardif de mon père, déçu et trahi dans ses attentes, sur le mariage et les enfants. Il faut aussi, bien sûr, mentionner le modèle de relation offert par l’Église : le mariage hétérosexuel et la fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare. Tout cela n’était que contradiction avec ce que je voyais de la vie.

    En psychanalyse, j’ai travaillé sur le fait que ma mère m’avait fait dormir avec elle alors que mon père avait quitté sa place au lit. J’ai senti cet amour intrusif comme un envahissement et un viol de mon intimité affective. Un degré malsain de fusion, cela va de soi. Cela représentait une perte de repères ou une empreinte qui marqua une bonne partie de ma vie amoureuse et sociale.

    Était-ce une suite de malchances, l’autisme, ou simplement les deux combinés à une famille mésadaptée ? En tout cas, il s’agit des racines d’un mal qui m’habite encore alors que je suis isolé dans ma bulle, toujours incapable d’obtenir une saine réciprocité.

    Ce vécu m’a fait questionner profondément ma sexualité. Du fait de me retrouver essentiellement seul, j’en ai déduit que j’étais autosexuel. De vivre dans un milieu où « l’amour est de l’amour », mais aussi d’avoir été agressé sexuellement par des hommes et des femmes, m’a amené à me dire pansexuel afin d’intégrer ces expériences. Toutefois, je ne peux nier mon attrait particulier pour les femmes, sans avoir de répulsion pour d’autres types de relations que je vois possibles, bien que cela ne se soit jamais produit sur une base volontaire dans mon quotidien.

    Ce fut donc un questionnement philosophique d’abord, devenu expériences forcées par la suite. Ces contradictions se sont reproduites sans cesse durant ma vie. Ce que je retiens de tout cela est que je ne veux pas être sexuellement défini par les autres. Je refuse d’être emprisonné dans une case, bien que l’hétérosexualité soit probablement ce qui se rapproche le plus de mon identité. Il y a certainement un décalage entre mon vécu, la vie que j’avais réfléchie philosophiquement et celle que j’aurais souhaitée ou fantasmée.

    Un autre modèle que j‘ai idéalisé est celui qui se base sur une magie. Peut-être plus conceptualisé qu’idéalisé, un modèle qui émerge de mon cœur. J’ai à cet endroit métaphysique ce que j’appelle mon royaume. J’y suis un grand magicien doté d’un pouvoir qui ressemble à une forme de télépathie. Cela me permet de me lier aux autres. À travers cette relation, je vois l’ensemble de ce qu’ils sont, incluant inexorablement leur inconscient. C’est un don qui m’a valu beaucoup de faux diagnostics. Il y a donc, à la base de ce modèle de relation amoureuse et, je le crains aussi, à la base de mes relations sociales, cette magie que l‘autre doit vouloir développer sainement. Cette transparence est magique et bien réelle.

    Il y aura une suite à cette description du décalage que j’expérimente, de ce qui me sépare du monde qui m’entoure.

    En complément

    – Prisoner (Miley Cyrus et Dua Lipa) – Paroles et traduction

    – Seul (Garou)

    9 mars 2026


    Gap

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé

    Réflexions mentales, 2e Journal d’un Ti-Mé, by Claude Meunier, published by Léméac. « In the manner – absurd, ostentatious, polemical, burlesque, philosophical, metaphysical, critical – of his first Journal d’un Ti-Mé (2000), Claude Meunier draws again, twenty years later, from the delusional imagination of Popa from La Petite Vie. »

    Here is a reflection that this book inspired in me: « Mental Reflections »*

    — Why do you think the provinces of the ROC** should be states of the United States?

    — Christian: Because they speak English. Honestly, it’s basic.

    In addition:

    * « Character » from the book.

    ** « Rest of Canada, » a popular expression in Canadian politics that designates all territories and provinces except Quebec. Quebec politics has often been perceived as « Quebec versus the ROC. » Wikipedia.

    (This very expression, ROC, demonstrates the distinct character of Quebec, a character denied in the Canadian Constitution.)

    My text: Gap (Décalage)

    Last Wednesday, I was telling you about this humor in which I was immersed for a good part of my life. I was certainly permeated by it. The romantic relationship is a central theme in this humor. Love, sex, infidelity, and, of course, the mother-in-law play a central role. One could expand the « chamber of secrets » of a foil with, it seems to me, money and the boss.

    These are the relationship dynamics that the Théâtre des Variétés presented to me for nearly a quarter of a century. Added to this were my mother’s denunciations of men’s behavior—as if I weren’t one—and the belated point of view of my father, disappointed and betrayed in his expectations, on marriage and children. One must also, of course, mention the relationship model offered by the Church: heterosexual marriage and fidelity until death do us part. All of that was nothing but a contradiction with what I saw of life.

    In psychoanalysis, I worked on the fact that my mother had made me sleep with her after my father had left his place in the bed. I felt this intrusive love as an invasion and a rape of my affective intimacy. An unhealthy degree of fusion, it goes without saying. This represented a loss of reference points or an imprint that marked a good part of my romantic and social life.

    Was it a streak of bad luck, or autism, or simply the two combined with a maladapted family? In any case, these are the roots of an evil that still inhabits me while I am isolated in my bubble, still unable to obtain a healthy reciprocity.

    This experience made me deeply question my sexuality. From finding myself essentially alone, I deduced that I was autosexual. Living in an environment where « love is love, » but also having been sexually assaulted by men and women, led me to call myself pansexual in order to integrate these experiences. However, I cannot deny my particular attraction to women, without having a repulsion for other types of relationships that I see as possible, although it has never happened on a voluntary basis in my daily life.

    It was therefore a philosophical questioning first, which became forced experiences afterward. These contradictions reproduced themselves constantly throughout my life. What I take away from all this is that I do not want to be sexually defined by others. I refuse to be imprisoned in a box, although heterosexuality is probably what comes closest to my identity. There is certainly a gap between my lived experience, the life I had reflected on philosophically, and the one I would have wished for or fantasized about.

    Another model I idealized is one based on magic. Perhaps more conceptualized than idealized, a model that emerges from my heart. I have in this metaphysical place what I call my kingdom. I am a great magician there, endowed with a power that resembles a form of telepathy. It allows me to link with others. Through this relationship, I see the entirety of what they are, inexorably including their unconscious. It is a gift that earned me many false diagnoses. There is therefore at the base of this model of romantic relationship, and, I fear also, at the base of my social relationships, this magic that the other must want to develop healthily. This transparency is magical and very real.

    There will be a follow-up to this description of the gap I experience, of what separates me from the world around me.

    In addition

    – Prisoner (Miley Cyrus et Dua Lipa)

    – Seul (Garou)

    March 9, 2026

  • Mieux vaut en rire

    Mieux vaut en rire

    Mieux vaut en rire

    Au pic pis à pelle

    Au pic pis à pelle, en rodage, avec Sam Breton. J’ai l’impression d’avoir vu ce spectacle il y a plus d’un siècle au Théâtre du cégep de Trois-Rivières.

    J’avais une longue route à faire, en plus du stress occasionné par une possible rencontre avec l‘artiste. Je ne me souviens pas comment l’idée d’une discussion m’était venue, mais j’étais terrifié. Je commençais à peine à voir sérieusement la possibilité d’écrire sur les créations que je voyais, tout en constatant que la forme différait de ce qui se faisait habituellement. Bref, je ne me sentais même pas encore en rodage. J’étais en mode découverte, plutôt.

    Cette histoire me semble un peu triste parce que j’étais impressionné, apeuré socialement par mon autisme, dans un environnement tout à fait inconnu et, avec l’attente pour lui parler, je ne faisais que « capoter » de plus en plus. Donc, pas de rencontre. Vaut mieux en rire, non ? J’ai vu ce spectacle drôle qui était tout de même déjà assez bien rodé. C’est sûr que je suis à l’aise de le recommander dans sa version « finale » actuelle.

    En complément

    Il est possible de voir Sam Breton à Ça finit bien la semaine, une émission avec José Gaudet et Julie Bélanger. (7 jours)

    À Salut Bonjour.

    Mon texte : Mieux vaut en rire

    Voir Sam Breton en spectacle m’a projeté dans le passé. Je le voyais sur scène, avec ses mimiques, sa gestuelle, son image projetée, et je pensais à Gilles Latulippe. J’ai été en lien avec le Théâtre des Variétés durant peut-être 25 ans, je ne sais pas. Mon père y travaillait et j’y allais de temps à autre avant d’y occuper différents postes. En outre, j’ai participé à deux ou trois spectacles en jouant de petits rôles ou en étant figurant.

    Pour moi, voir Olivier Guimond et Gilles Latulippe en personne, puis de les revoir quelques jours plus tard à la télévision était normal. Il n’y avait rien de spécial là. Quoique… Plus tard, j’ai été sur scène avec Jean-Louis Millette. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’il s’agissait de Paillasson ou d’Oscar Bellemare. C’était deux mondes séparés par un petit quelque chose.

    Il n’y avait rien de spécial là, mais un lien ne se faisait pas complètement. Je savais qu’il s’agissait de la même personne, toutefois le personnage joué demeurait « un autre ». Il y avait un décalage dans ma compréhension. Comme si la magie du théâtre était si grande que je ne pouvais m’en défaire. Inconsciemment, je ne voulais pas briser cette magie. Pas complètement.

    Quelques années plus tôt, je disais à d’autres élèves que je connaissais Gilles Latulippe… Incrédulité. On ne me croyait pas ; je ne pouvais pas connaître Symphorien. L’idée était démesurée pour eux. Je suppose que je n’étais personne face au géant qu’était ce comédien.

    La Poune disait : « J’aime mon public, et mon public m’aime ! » Sur scène, c’était La Poune, alors que lorsqu’elle me saluait en quittant le théâtre, il s’agissait de Madame Ouellette. Deux personnes différentes, comme s’il ne me suffisait pas de me dire qu’il y avait le personnage et la personne qui le jouait. J’agissais différemment selon la situation, selon la facette que la personne me présentait.

    La réciprocité dans la relation — parce que finalement c’est de cela que Rose Ouellette parlait — a aussi été une leçon pour moi. D’emblée, je cherche l’équilibre dans mes liens sociaux. Arrivé à ce point de ma vie, j’ai l’impression d’avoir tout donné de ce que je suis, par exemple à travers ce Projet social ou mes implications sur les réseaux sociaux. N’empêche qu’un grand déséquilibre existe dans ma vie personnelle. Ma vie est presque exclusivement virtuelle. Deux mondes qui ne se touchent pas vraiment, bien que je comprenne qu’il s’agisse de la même personne.

    Le rire est une leçon de sagesse. Une belle façon de prendre une distance avec la réalité. Il dédramatise le mal qu’on peut vivre, ce qui nous fait peur, ce qui nous angoisse. Ça nous amusait bien d’entendre notre père dire avec fierté son nom suivi de son titre, « gérant du Théâtre des Variétés », lorsqu’il se présentait au téléphone. Mon père et son rôle faisaient deux pour nous. Sa fierté était tributaire de son rôle social.

    Être soi-même est souvent le conseil qu’on entend dans le milieu artistique. D’accord, mais que fait-on lorsqu’on nous refuse comme personne ? Quelles sont les possibilités de se sortir de cet isolement anxiogène, voire toxique ? J’attends la réciprocité dans ma petite vie. Mieux vaut en rire.

    En complément

    Texte sur cet humour qui a fait partie de ma vie si longtemps.

    Bruce Springsteen – Letter To You (Official Video)

    9 mars 2026


    Better to Laugh About It

    Au pic pis à pelle

    Au pic pis à pelle, in development, with Sam Breton. I feel like I saw this show more than a century ago at the Théâtre du cégep de Trois-Rivières.

    I had a long road ahead of me, plus the stress caused by a possible meeting with the artist. I don’t remember how the idea of a discussion came to me, but I was terrified. I was just starting to seriously consider the possibility of writing about the creations I saw, while noting that the form differed from what was usually done. In short, I didn’t even feel like I was « in development » yet. I was in discovery mode, rather.

    This story seems a bit sad to me because I was impressed, socially afraid due to my autism, in a completely unknown environment, and, with the wait to speak to him, I was just « freaking out » more and more. So, no meeting. Better to laugh about it, right? I saw this funny show which was already quite well-polished anyway. I am certainly comfortable recommending it in its current « final » version.

    In addition

    It is possible to see Sam Breton on Ça finit bien la semaine, a show with José Gaudet and Julie Bélanger. (7 jours)

    On Salut Bonjour.

    My text: Better to Laugh About It

    Seeing Sam Breton perform projected me into the past. I saw him on stage, with his facial expressions, his gestures, his projected image, and I thought of Gilles Latulippe. I was connected with the Théâtre des Variétés for perhaps 25 years, I don’t know. My father worked there, and I went there from time to time before holding various positions. Furthermore, I participated in two or three shows playing small roles or being an extra.

    For me, seeing Olivier Guimond and Gilles Latulippe in person, then seeing them again a few days later on television, was normal. There was nothing special there. Although… Later, I was on stage with Jean-Louis Millette. I couldn’t get used to the idea that he was Paillasson or Oscar Bellemare. They were two worlds separated by a little something.

    There was nothing special there, but a link wasn’t completely being made. I knew it was the same person, yet the character played remained « another. » There was a gap in my understanding. As if the magic of theater was so great that I couldn’t break free from it. Unconsciously, I didn’t want to break that magic. Not completely.

    A few years earlier, I told other students that I knew Gilles Latulippe… Incredulity. They didn’t believe me; I couldn’t know Symphorien. The idea was disproportionate for them. I suppose I was nobody compared to the giant that this actor was.

    La Poune used to say, « I love my public, and my public loves me! » On stage she was La Poune, whereas when she greeted me while leaving the theater, she was Madame Ouellette. Two different people, as if it weren’t enough for me to tell myself that there was the character and the person playing it. I acted differently according to the situation, according to the facet that the person presented to me.

    Reciprocity in the relationship—because ultimately that is what Rose Ouellette was talking about—was also a lesson for me. From the start, I seek balance in my social ties. Arrived at this point in my life, I feel like I have given everything of who I am, for example through this Social Project or my involvements on social networks. Nevertheless, a great imbalance exists in my personal life. My life is almost exclusively virtual. Two worlds that don’t really touch, although I understand that it is the same person.

    Laughter is a lesson in wisdom. A beautiful way to distance oneself from reality. It downplays the pain we may experience, what scares us, what makes us anxious. It amused us to hear our father proudly state his name followed by his title, « manager of the Théâtre des Variétés, » when he introduced himself on the phone. My father and his role were two separate things for us. His pride was dependent on his social role.

    « Be yourself » is often the advice heard in the artistic world. Fine, but what do we do when we are rejected as a person? What are the possibilities for getting out of this anxiety-inducing, even toxic, isolation? I am waiting for reciprocity in my little life. Better to laugh about it.

    In addition

    Text on this humor that has been part of my life for so long.

    Bruce Springsteen – Letter To You (Official Video)

    March 9, 2026

  • Radical

    Radical

    Radical

    Le dernier Felquiste

    Le dernier Felquiste, une série documentaire sur le Front de libération du Québec (FLQ) diffusée sur Illico. « Antoine Robitaille et Dave Noël enquêtent sur le meurtre non résolu de Mario Bachand. Deux thèses s’affrontent dans l’assassinat de cet ancien felquiste survenu à Paris en 1971 : règlement de comptes à l’interne du FLQ ou assassinat politique ? Dans le but de trouver le coupable dans cette affaire, les journalistes revisiteront la spectaculaire histoire du Front de libération du Québec. »

    En complément

    Une série sur le FLQ diffusée à Illico (La Presse)

    Mon texte : Radical

    Mon radicalisme se situe au niveau des concepts. La conceptualisation, mon mode de fonctionnement d’autiste, a l’inconvénient handicapant de créer une distance sociale, bien que j’en fasse un atout rare pour mes analyses. Ainsi, je dénonce le radicalisme tout en étant, à ma façon, radical. En un mot, mon radicalisme : humaniser.

    Les « choses » me sont toujours apparues comme des évidences. Néanmoins, je ne comprenais pas pourquoi les autres agissaient comme ils le faisaient. Ces « choses » étaient peut-être fausses, pensais-je. Je devais vérifier afin de le savoir.

    Ma posture : alors qu’un chemin m’apparaissait évident et que personne ne le suivait, je me suis mis à marcher sur les routes indiquées par les autres. Aveuglément. Du moins, jusqu’à ce que je sois convaincu d’être dans un labyrinthe sans issue. Alors, je testais une nouvelle route mentionnée. J’ai ainsi éliminé toutes les hypothèses, toutes les « bonnes » routes qu’on me disait de prendre. À chaque fois que je me retrouvais dans un cul-de-sac, je devais revenir à moi, à ces « choses » que je voyais et que, comme vous le savez, j’appelle dorénavant « structures ».

    Fonctionner de cette manière me permettait de faire un double apprentissage. J’expérimentais les fausses pistes et j’en tirais une connaissance précieuse. D’autre part, je me défendais sans aucun moyen, sans appui quelconque, sans exemple approprié d’une façon de le faire. De cela aussi, je tirais un enseignement profond, mystique.

    Une grande violence vécue, celle à la base de toutes les autres, fut celle de nier ma réalité. Cette attitude de domination qu’on avait envers moi me laissait également des séquelles importantes, telles que douter de tout ce que je vivais, à l’intérieur et à l’extérieur de moi, de ma petite vie comme de la moindre pensée. C’était inhumain. Radical.

    Au Québec, certains se sont regroupés pour répondre à ce radicalisme caché qui niait leur réalité. C’était dans une période où des gestes de révolte violente et où le terrorisme étaient aussi des exemples disponibles. Ce type de réponse est de ce fait du radicalisme. Ce n’est toutefois pas une issue parce qu’à terme, il n’y a pas de réelle libération.

    Cette réaction à une violence niée subie est une mauvaise réponse. Elle engendre une peur qui fait corps avec l’objectif de liberté souhaitée ; ainsi, cette vision de la libération fait peur, ce qui justifie plutôt le refus de libérer. D’un côté comme de l’autre, il y a une attitude de domination, alors que c’est justement ce qui est dénoncé. Un cercle vicieux.

    Je ne peux pas dire que l’idée radicale d’humaniser vienne de moi. Elle m’a plutôt été inspirée par quelque chose de plus grand. Je ne saurais en dire la provenance, même poétiquement. Toutefois, toutes ces années de maltraitance, toutes ces souffrances, prennent finalement un sens avec ma compréhension de ce qu’est l’être humain. Il y avait un plan.

    Un texte parallèle : Mes racines Nègres blancs d’Amérique

    Il y a dans ce titre une reconnaissance de la souffrance des Noirs tout en spécifiant le privilège blanc. L’esclavage, avec toutes ses séquelles, est une référence importante dans l’histoire de l’humanité. On ne doit pas passer à côté de cette leçon. Ici, il est question de l’effacement de la différence du Québec, une souffrance innommable à cause des censures ; d’un côté un peuple déshumanisé, de l’autre ce même peuple privilégié. Contrairement à l’Europe ou à l’Afrique, le Québec a un nouveau peuple, d’à peine plus de 400 ans, privé de ses racines. Il y a un refus d’être colonisateur, tout en n’étant plus dorénavant européen. Racines exclues ; tant celles provenant des Premiers Peuples que celles des Européens. Au Québec vit un peuple déraciné, pas moins humain pour autant.

    En compléments

    Citation de Bob Marley

    Commentaire de l’UNESCO

    Citation de Yongey Mingyour Rinpotché par Matthieu Ricard

    9 mars 2026


    Radical

    Le dernier Felquiste

    Le dernier Felquiste, a documentary series on the Quebec Liberation Front (FLQ) broadcast on Illico. « Antoine Robitaille and Dave Noël investigate the unsolved murder of Mario Bachand. Two theories clash in the assassination of this former Felquiste which occurred in Paris in 1971: internal settling of scores within the FLQ or political assassination? In order to find the culprit in this case, the journalists will revisit the spectacular history of the Quebec Liberation Front. »

    In addition

    A series on the FLQ broadcast on Illico (La Presse)

    My text: Radical

    My radicalism lies at the level of concepts. Conceptualization, my autistic mode of functioning, has the disabling disadvantage of creating social distance, although I turn it into a rare asset for my analyses. Thus, I denounce radicalism while being, in my own way, radical. In a word, my radicalism: to humanize.

    « Things » have always appeared obvious to me. Nevertheless, I did not understand why others acted the way they did. Perhaps these « things » were false, I thought. I had to check in order to know.

    My posture: while a path appeared obvious to me and no one followed it, I began to walk on the routes indicated by others. Blindly. At least until I was convinced I was in a dead-end labyrinth. Then, I would test a newly mentioned route. I thus eliminated all hypotheses, all the « good » routes I was told to take. Every time I found myself in a cul-de-sac, I had to return to myself, to those « things » I saw, which, as you know, I now call « structures. »

    Functioning in this way allowed me to undergo double learning. I experimented with false leads and drew precious knowledge from them. On the other hand, I defended myself without any means, without any support, without an appropriate example of how to do so. From this too, I drew a deep, mystical teaching.

    A great lived violence, the one at the base of all others, was that of denying my reality. This dominant attitude held toward me also left me with significant scars, such as doubting everything I experienced, inside and outside of myself—my small life as well as the slightest thought. It was inhuman. Radical.

    In Quebec, some grouped together to respond to this hidden radicalism that denied their reality. It was in a period where acts of violent revolt and terrorism were also available examples. This type of response is, therefore, radicalism. It is not, however, a way out because, ultimately, there is no real liberation.

    This reaction to a denied violence suffered is a wrong answer. It generates a fear that becomes one with the goal of desired freedom; thus, this vision of liberation causes fear, which instead justifies the refusal to liberate. On one side as on the other, there is an attitude of domination, whereas that is exactly what is being denounced. A vicious circle.

    I cannot say that the radical idea of humanizing comes from me. It was rather inspired by something greater. I cannot say the source, even poetically. However, all those years of mistreatment, all those sufferings, finally take on meaning with my understanding of what it is to be human. There was a plan.

    A parallel text: My roots White Niggers of America

    In this title, there is a recognition of the suffering of Black people while specifying white privilege. Slavery, with all its consequences, is an important reference in human history. We must not miss this lesson. Here, it is about the erasure of Quebec’s difference, an unnameable suffering because of censures; on one side a dehumanized people, on the other this same privileged people. Unlike Europe or Africa, Quebec has a new people, barely 400 years old, deprived of its roots. There is a refusal to be a colonizer, while no longer being European. Roots excluded; both those coming from the First Peoples and those from Europeans. In Quebec lives a uprooted people, nonetheless human for all that.

    In addition

    Quote from Bob Marley

    UNESCO comment

    Quote from Yongey Mingyour Rinpoche by Matthieu Ricard

    March 9, 2026

  • Conflit de loyauté

    Conflit de loyauté

    Conflit de loyauté

    Shuni

    Shuni, un livre de Naomi Fontaine, écrit sous forme de lettre. Il s’agit, me semble-t-il, d’un témoignage des différentes facettes de la vie d’une personne des Premiers Peuples. Un besoin de nommer une réalité, de la valider à travers une saine écoute espérée.

    « Naomi Fontaine écrit une longue lettre à son amie Shuni, une jeune Québécoise venue dans sa communauté pour aider les Innus. Elle convoque l’histoire. Surgissent les visages de la mère, du père, de la grand-mère. Elle en profite pour s’adresser à Petit ours, son fils. Les paysages de Uashat défilent, fragmentés, radieux. Elle raconte le doute qui mine le cœur des colonisés, l’impossible combat d’être soi. Shuni, cette lettre fragile et tendre, dit la force d’inventer l’avenir, la lumière de la vérité. La vie est un cercle où tout recommence. »

    Mon texte : Conflit de loyauté

    Comme tout le monde, je vis de temps à autre un conflit de loyauté. Alors que certains se résolvent avec une grande évidence ou sans grandes conséquences, d’autres sont des plus déchirants. Ces derniers viennent nous chercher au plus profond de notre identité.

    Je reviens donc à ce bris potentiel qui se produit en nous lorsqu’une contradiction est vécue sous forme d’expérience ou d’information. Un doute sur le choix à faire s’installe avec de plus en plus d’insistance. Comment choisir un côté aux dépens de l’autre ? Éventuellement, chacun peut faire face à un tel bris : devoir faire un choix qui nie complètement ce qu’il est profondément ou ce qu’il pense réellement, rien ne pouvant plus relier l’un à l’autre.

    Notre intégrité psychique se fragilise graduellement. Durant cette période, nous sommes sujets à la manipulation. Nous avons besoin d’aide puisque nous perdons des appuis importants, ceux-là mêmes qui nous permettaient de nous relier adéquatement aux autres. Je pense que c’est à ce moment que l’on cherche davantage à être confirmé par notre entourage. Une ultime démarche. La pensée devient plus tranchante afin de nous rassurer. Le libre arbitre s’y perd sans qu’on le réalise.

    Plutôt que de faire le point, de reprendre le contrôle de notre pensée — ce qui implique d’affronter un passage à vide — on se tourne vers ceux qui nous confirment ; c’est moins douloureux, moins effrayant. Une aide appropriée est alors nécessaire. À défaut, démunis, des abus possibles ou probables se présenteront. Selon le mode de protection de chacun, selon la fragilisation particulière de chacun, la vie prendra un nouveau tournant. C’est mon expérience.

    La seule solution que j’ai pu trouver pour sortir de ce labyrinthe : bien m’enraciner. L’aide est venue de quelqu’un qui a verbalisé l’autisme. C’est majeur. Bien formuler une situation permet d’avoir un point de vue juste et nuancé, de bien la comprendre. L’importance du passé et de l’histoire pour reconstruire son identité afin d’empêcher ce même bris est fondamentale pour se retrouver soi-même, pour avoir un contact profondément humain avec ce que nous sommes.

    Un exemple de conflit de loyauté pour moi : Canada vs Québec.

    Je considère souvent l’autre rive comme des victimes. C’est fréquemment vrai. Face à un conflit, ils se sont rangés à des arguments qui les sécurisaient, des arguments plus ou moins évidents, plus ou moins cohérents. Un nouveau schéma de pensée s’est installé et une réalité s’est construite autour de celui-ci. Ainsi, confronter à une nouvelle réalité les personnes qui sont sur l’autre rive est très troublant, peut-être menaçant ou même violent. Il faut comprendre ce point lorsqu’on bâtit un pont qui a pour objectif d’établir une réalité de compromis. Faire pour le mieux pour chacun, avec une vision à long terme. Construire un pont vers une vie sereine est un objectif incontournable.

    J’ai d’abord choisi le Québec parce que je m’y reconnaissais. Je pouvais m’y identifier sans difficulté. Je suis né ici, j’y ai passé l’essentiel de ma vie, je parle français et la culture québécoise me semble un bon prolongement de ce que je suis. Celle-ci exprime ce que je vis socialement, mais traduit aussi des dilemmes internes que je peux avoir. D’autre part, je suis un ancien militaire qui a, comme je l’ai expliqué, porté allégeance à Sa Majesté la reine Élisabeth II. Un déchirement potentiel. Après avoir accepté l’idée, un peu par nécessité, c’est vrai, j’ai commencé à m’imprégner de cette autre réalité. Néanmoins, cela n’a jamais représenté un bris pour moi. Je me sentais Québécois de toute façon.

    C’est plutôt à travers les réseaux sociaux et mes différentes implications politiques qu’on me reflétait ce conflit de loyauté. Après avoir eu l’impression de comprendre l’essentiel de la position des indépendantistes — compréhension relativement naturelle puisque j’en suis — j’ai entrepris l’élaboration d’un compromis avec ce que je saisissais de la réalité canadienne, c’est-à-dire d’un Canada uni avec la pleine possession de sa devise « D’un océan à l’autre ». J’ai exprimé mon compromis (série de messages).

    En mode écoute des réactions, surtout celles qui m’étaient plus étrangères, je souhaitais acquérir ces points de vue, voir de quelle façon le compromis pouvait y répondre ou s’adapter. Je suppose que cette écoute sincère et que ma volonté réelle de solutions me permettaient de garder une distance par rapport à des interprétations de manque d’intégrité. Qui sait ? Quoi qu’il en soit, il me semble raisonnable de garder une certaine flexibilité et de laisser place pour que chaque partie puisse exprimer un besoin essentiel pour améliorer l’entente.

    Bref, l’indépendance du Québec n’est pas de haïr le Canada. On peut concevoir cela davantage comme un besoin de cohérence qui s’exprime de part et d’autre. Pour continuer à grandir, ou même à terme pour survivre, le Québec doit faire reconnaître sa culture distincte. Pour différentes raisons, le Canada s’y refuse. Telle est la réalité. Un échec qui perdure dans le temps. La Confédération canadienne est dysfonctionnelle et les promesses de modifications faites à la suite du « NON » au référendum de 95 sont simplement trahies. La différence québécoise est encore incomprise, non acceptée et jugée négativement.

    9 mars 2026


    Conflict of Loyalty

    Shuni

    Shuni, a book by Naomi Fontaine, written in the form of a letter. It is, it seems to me, a testimony of the different facets of the life of a person from the First Peoples. A need to name a reality, to validate it through an expected healthy listening.

    « Naomi Fontaine writes a long letter to her friend Shuni, a young Quebecer who came to her community to help the Innus. She summons history. The faces of the mother, the father, the grandmother emerge. She takes the opportunity to address Little Bear, her son. The landscapes of Uashat pass by, fragmented, radiant. She recounts the doubt that mines the hearts of the colonized, the impossible struggle to be oneself. Shuni, this fragile and tender letter, speaks of the strength to invent the future, the light of truth. Life is a circle where everything begins again. »

    My text: Conflict of Loyalty

    Like everyone, I experience a conflict of loyalty from time to time. While some are resolved with great obviousness or without major consequences, others are most heart-wrenching. These latter reach into the deepest parts of our identity.

    I return, therefore, to this potential break that occurs within us when a contradiction is experienced in the form of an experience or information. A doubt about the choice to be made settles in with increasing insistence. How to choose one side at the expense of the other? Eventually, everyone may face such a break: having to make a choice that completely denies who they are deeply or what they actually think, with nothing left to link one to the other.

    Our psychic integrity gradually weakens. During this period, we are subject to manipulation. There is a need for help because we lose important supports—the very ones that allowed us to relate adequately to others. I think it is at this moment that we seek more to be confirmed by our surroundings. An ultimate step. Thought becomes sharper to reassure us. Free will is lost without us realizing it.

    Rather than taking stock, of regaining control of our thoughts—which involves facing a void—we turn toward those who confirm us; it is less painful, less frightening. Appropriate help is necessary. Failing that, helpless, possible or probable abuses will present themselves. According to each person’s mode of protection, according to each person’s particular fragility, life will take a new turn. That is my experience.

    The only solution I could find to exit this labyrinth: to root myself firmly. Help came from someone who verbalized autism. This is major. Correctly formulating a situation allows for a fair and nuanced point of view, to understand it well. The importance of the past and of history to reconstruct one’s identity in order to prevent this same break is fundamental to finding oneself again, to having a deeply human contact with what we are.

    An example of a conflict of loyalty for me: Canada vs. Quebec.

    I often consider the other shore as victims. This is frequently true. Faced with a conflict, they lined up with arguments that secured them, arguments more or less obvious, more or less coherent. A new thought pattern settled in, and a reality was built around it. Thus, confronting the people on the other shore with a new reality is very troubling, perhaps threatening or even violent. This point must be understood when building a bridge whose objective is to establish a reality of compromise. Doing what is best for everyone, with a long-term vision. Building a bridge toward a serene life is an unavoidable goal.

    I first chose Quebec because I recognized myself in it. I could identify with it without difficulty. I was born here, I spent most of my life here, I speak French, and Quebec culture seems like a good extension of who I am. It expresses what I experience socially but also translates internal dilemmas I may have. On the other hand, I am a former soldier who, as I explained, swore allegiance to Her Majesty Queen Elizabeth II. A potential tearing. After accepting the idea, a bit out of necessity, it’s true, I began to immerse myself in this other reality. Nevertheless, this never represented a break for me. I felt Quebecer anyway.

    It was rather through social networks and my various political involvements that this conflict of loyalty was reflected back to me. After having the impression of understanding the essence of the sovereignist position—a relatively natural understanding since I am one—I undertook the development of a compromise with what I grasped of the Canadian reality, that is to say, of a united Canada in full possession of its motto « From sea to sea. » I expressed my compromise (series of messages).

    In listening mode for reactions, especially those that were more foreign to me, I wished to acquire these points of view, to see how the compromise could respond or adapt to them. I suppose that this sincere listening and my real desire for solutions allowed me to keep a distance from interpretations of a lack of integrity. Who knows? In any case, it seems reasonable to me to maintain a certain flexibility and leave room so that each party can express an essential need to improve the agreement.

    In short, Quebec’s independence is not about hating Canada. It can be conceived more as a need for coherence expressed on both sides. To continue to grow, or even eventually to survive, Quebec must have its distinct culture recognized. For various reasons, Canada refuses. Such is the reality. A failure that persists over time. The Canadian Confederation is dysfunctional, and the promises of modification made following the « NO » in the ’95 Referendum were simply betrayed. The Quebec difference is still misunderstood, not accepted, and judged negatively.

    March 9, 2026

  • Mon opinion

    Mon opinion

    Mon opinion

    La balado de Fred Savard

    La balado de Fred Savard. Hier, j’ai écouté l’épisode du 31 octobre dernier. Plusieurs sujets m’intéressaient et j’aime bien l’humour sarcastique qu’on y retrouve.

    « Épisode très costaud avec Godefroy Laurendeau qui parle méthane et GNL Québec ; Jean-Sébastien Barbeau sur l’écosystème publicitaire des médias québécois vs les GAFAM ; le professeur Amadou Sadjo Barry et l’avocate Safie Diallo offrent un point de vue différent sur la censure et la lutte antiraciste et notre invité, le carnettiste André Major. »

    En complément

    Comment écouter des balados (Via Québec Amérique)

    Balados (Podcasts, Apple)

    Balado, selon la définition de l’Office québécois de la langue française.

    « PS : Plusieurs personnes nous demandent pourquoi UNE balado et non pas UN balado. La raison est simple : on trouve qu’une baladodiffusion mais UN balado, c’est du maudit niaisage et que pour une fois, on trouve ça cool que le féminin l’emporte. » — Fred Savard

    Mon texte : Mon opinion

    Distinguer l’opinion de l’information est un travail de chaque instant. Je ne sais pas comment je procède. Qui fait la part des choses aisément ? Qui peut simplement expliquer la différence entre l’opinion et l’information ? Il me semble retrouver une telle confusion sur les réseaux sociaux, mais aussi, comme je le dénonçais, dans des expertises psychologiques et psychiatriques, sans oublier neuropsychologiques.

    Avoir une opinion signifie porter un jugement sur une situation, sur un événement ou sur une personne. C’est un jugement, ni plus ni moins. Celui-ci peut se fonder sur d’autres opinions, plus ou moins valables, sur des faits ou, commodément, sur rien du tout. Plus l’opinion se réfère à une multitude de points de vue et les discute, plus elle gagne en crédibilité. Il en va de même pour les faits et leurs interprétations.

    On a beau avoir une bonne réputation en psychologie, par exemple, il ne suffit pas de prendre une ou deux phrases sorties de leur contexte pour juger une personne, pour la condamner à vie. (Comme je l’ai mentionné et expérimenté, il est impossible de faire retirer de faux diagnostics de mon dossier médical. C’est ainsi pour tout le monde. Ce jugement devient donc une condamnation éternelle qu’il me faudra combattre toute la vie. Ce n’est pas banal.)

    Donc, une personne peut avoir une opinion plus ou moins étoffée, plus ou moins solide. La personne qui émet l’opinion peut jouir d’une crédibilité qui s’appuie sur l’habitude du bien-fondé de ses jugements. Apparemment, cette crédibilité est quelquefois douteuse, surfaite, voire, dans certains cas, fallacieuse. Ce dernier aspect, la crédibilité, n’est pas discutable, ou très peu. Ainsi, remettre en cause l’opinion d’une personne jouissant d’une certaine crédibilité — peut-être simplement grâce à son titre professionnel — nous conduit dans un labyrinthe dont il est pratiquement impossible de sortir. Ce questionnement implique que l’on mette en doute ladite crédibilité, l’opinion et la crédibilité devenant indissociables. C’est révoltant.

    C’est révoltant parce qu’on a émis tant de faux diagnostics sur moi, que j’ai passé ma vie à faire valoir le moindre droit, toujours à contre-courant, et que lorsque je gagnais, on me disait sans gêne que c’était pour me faire taire, pour que je cesse de me battre. Pas parce que j’avais raison, pas parce que mon combat était justifié. Je n’avais droit à aucun crédit.

    Une information est davantage un fait rapporté. Dans l’exemple que je donnais plus haut, on peut citer une personne. Cela devient un fait ; Christian a dit : « N’as-tu jamais dansé avec le Diable au clair de lune ? » Mais ce fait peut être mal rapporté, peut être sorti de son contexte ou peut, sciemment ou non, exclure des compléments d’information qui changeraient potentiellement son interprétation. Parce que, oui, un fait s’interprète.

    Dans cet exemple, Christian dit cette phrase à un ami qu’il apprécie beaucoup, qui s’en va passer une entrevue apparemment difficile. Le sens n’est pas du tout le même que lorsqu’un personnage, Le Joker, joué par Jack Nicholson, la dit dans le film Batman (1989). Le contexte diffère et, donc, je ne peux pas porter le même jugement. Je ne peux pas émettre raisonnablement la même opinion, que je sois une sommité en psychiatrie ou non.

    Mon esprit fonctionne avec des images, d’une part, et j’ai été amnésique au point de ne pas me reconnaître dans le miroir, d’autre part. J’ai une relation particulière avec ma mémoire, le doute existe toujours, comme je l’ai déjà mentionné, et les mots utilisés ont souvent plus d’un sens parce qu’ils décrivent une ou des images dans mon esprit ; sans compter que j’ai dû réapprendre, après le coma, l’essentiel de mon vocabulaire. Plus jeune, en regardant mes écrits, je me disais que c’était comme de la poésie, bien que je réalisasse ne respecter aucune des règles qu’on attribuait à ce genre littéraire. Cette impression est tombée dans l’oublie jusqu’à récemment.

    Le fonctionnement de mon esprit et ma façon de m’exprimer ont mille et une explications, ainsi chacun avait son opinion. Personne ne me demandait ce que j’en pensais, néanmoins. Puis l’autisme est apparu dans une expertise. Tout prenait son sens. Je comprenais les opinions des autres, bien qu’en désaccord, mais enfin j’avais quelque chose pour m’appuyer, pour expliquer ma différence et, finalement, construire un argumentaire pour affronter tant les jugements sociaux que ceux des psys ou même ceux des sommités.

    Au Québec, et, ma foi, dans les Premières Nations, on a été vidé de notre sens de la vie en niant notre culture. Au Québec, notre différence s’est limitée à une langue. Pour les Autochtones, même pas à ce minimum vital. La culture est ce qui donne un sens à notre vie collective, c’est la base sur laquelle on échange, pas seulement grâce aux mots, mais aussi avec des références vécues.

    9 mars 2026


    My Opinion

    La balado de Fred Savard

    La balado de Fred Savard. Yesterday, I listened to the episode from last October 31st. Several subjects interested me, and I like the sarcastic humor found there.

    « Very heavy episode with Godefroy Laurendeau talking methane and GNL Québec; Jean-Sébastien Barbeau on the advertising ecosystem of Quebec media vs. the GAFAM; Professor Amadou Sadjo Barry and lawyer Safie Diallo offer a different perspective on censorship and the anti-racist struggle, and our guest, columnist André Major. »

    In addition

    How to listen to podcasts (Via Québec Amérique)

    The Apple app: Podcasts

    Balado, according to the definition of the Office québécois de la langue française. « PS: Several people ask us why UNE balado (feminine) and not UN balado (masculine). The reason is simple: we find that ‘une baladodiffusion’ but ‘un balado’ is damn nonsense, and for once, we think it’s cool that the feminine wins. » — Fred Savard

    My text: My Opinion

    Distinguishing opinion from information is a constant task. I don’t know how I proceed. Who sifts through things easily? Who can simply explain the difference between opinion and information? I seem to find such confusion on social networks, but also, as I denounced, in psychological and psychiatric expertises, not to mention neuropsychological ones.

    To have an opinion means to pass judgment on a situation, an event, or a person. It is a judgment, nothing more, nothing less. It can be based on other opinions, more or less valid, on facts, or conveniently on nothing at all. The more an opinion refers to a multitude of points of view and discusses them, the more credibility it gains. The same goes for facts and their interpretations.

    One may have a good reputation in psychology, for example, but it is not enough to take one or two sentences out of context to judge a person, to condemn them for life. (As I mentioned and experienced, it is impossible to have false diagnoses removed from my medical file. It is like this for everyone. This judgment thus becomes an eternal condemnation that I will have to fight all my life. This is not trivial.)

    Therefore, a person can have a more or less developed, more or less solid opinion. The person expressing the opinion may enjoy a credibility based on the historical validity of their judgments. Apparently, this credibility is sometimes doubtful, overrated, or even, in some cases, fallacious. This last aspect, credibility, is not debatable, or very little so. Thus, questioning the opinion of a person enjoying a certain credibility—perhaps simply because of their professional title—leads us into a labyrinth from which it is practically impossible to escape. This questioning implies that one is doubting said credibility, with opinion and credibility becoming inseparable. It is revolting.

    It is revolting because so many false diagnoses were issued about me, because I spent my life asserting the slightest right, always against the current, and when I won, I was told without shame that it was to shut me up, so that I would stop fighting. Not because I was right, not because my struggle was justified. I was entitled to no credit.

    Information is more a reported fact. In the example I gave above, one can quote a person. It becomes a fact; Christian said: « Have you ever danced with the Devil in the pale moonlight? » But this fact may be poorly reported, taken out of context, or may knowingly or unknowingly exclude additional information that would potentially change its interpretation. Because, yes, a fact is interpreted.

    In this example, Christian says this phrase to a friend he likes very much, who is going to an apparently difficult interview. The meaning is not at all the same as when a character, The Joker, played by Jack Nicholson, says it in the film Batman (1989). The context differs, and therefore I cannot pass the same judgment. I cannot reasonably express the same opinion, whether I am an authority in psychiatry or not.

    My mind functions with images, on one hand, and I was amnesiac to the point of not recognizing myself in the mirror, on the other. I have a particular relationship with my memory; doubt always exists, as I have already mentioned, and the words used often have more than one meaning because they describe one or more images in my mind; not to mention that I had to relearn, after the coma, the bulk of my vocabulary. Younger, looking at my writings, I told myself it was like poetry, although I realized I respected none of the rules attributed to that literary genre. This impression fell into oblivion until recently.

    The functioning of my mind and my way of expressing myself had a thousand and one explanations; thus everyone had their opinion. No one asked me what I thought, however. Then autism appeared in an expertise. Everything made sense. I understood the opinions of others, although I disagreed, but finally I had something to lean on, to explain my difference and, finally, to build an argument to face both social judgments and those of the shrinks or even those of the authorities.

    In Quebec, and, my word, in the First Nations, we have been emptied of our sense of life by denying our culture. In Quebec, our difference was limited to a language. For Indigenous people, not even to that vital minimum. Culture is what gives meaning to our collective life; it is the basis on which we exchange, not only through words, but also with lived references.

    March 9, 2026

  • Le bris

    Le bris

    Le bris

    Il y a 100 ans… la grippe espagnole

    Il y a 100 ans… la grippe espagnole, documentaire disponible sur Ici Radio-Canada. Déductions logiques. Les virus s’adaptent, reviennent en force sous forme pandémique tôt ou tard. Éduquons-nous, c’est la meilleure préparation. Ne pas comprendre ce qu’est une pandémie, surtout à ses débuts, ce que cela signifie et ce que cela implique, me semble normal. Ne pas se sentir concerné parce qu’on est impuissant, aussi. Ainsi, on s’en remet aux experts, aux gouvernements, aux autres ; on est démunis. Toutefois, ce n’est pas une fatalité et on peut changer cela.

    En complément

    Bill Gates, TED 2015, The next outbreak? We’re not ready.

    Bill Gates, TED 2020, How we must respond to the coronavirus pandemic?

    Escaping the ‘Era of Pandemics’

    Mon texte : Le bris

    J’expliquais que lorsque nous avons deux informations contraires, un doute naît. Notre lien avec la réalité s’en trouve ébranlé, du moins potentiellement. Nous sommes déstabilisés et ne savons pas comment répondre à ce conflit.

    D’un côté, tout ce que je prenais pour vérité me servait de base dans le but de déterminer mon fonctionnement et aussi pour élaborer ma pensée. Je m’appuyais sur ces informations pour bâtir ma réalité et l’harmoniser avec la réalité sociale, la réalité des autres. Quelqu’un arrive et m’affirme avec conviction que je n’ai pas les bonnes informations, qu’elles sont fausses, et me propose des théories pour remplacer ce qui me sert d’appui afin de vivre en société, mais également pour me vivre moi-même.

    J’avais mentionné à quelques reprises tout le mal que les faux diagnostics m’avaient fait, comment cela me faisait vivre en dehors de la réalité. Si un spécialiste me dit que j’ai un cancer, que je dois avoir tel type de vie et tel régime alimentaire, cela a des impacts. Plus profondément, mes plans pour l’avenir vont changer, mon quotidien sera complètement bouleversé. Est-ce que telle activité est bonne pour moi ? Est-ce que je peux manger ceci ? Dois-je vraiment me battre pour mes droits puisque je serai mort dans X mois ? Ma perception de la vie n’est plus la même, je la comprends différemment.

    Toutefois, il s’agit d’un faux diagnostic. La responsabilité de cet expert est grande, mais son opinion est indiscutable et il n’y a aucun recours pour moi. Je ne peux même pas faire rectifier ses écrits qui resteront dans mon dossier toute ma vie. Je dois vivre dans la réalité qu’il m’impose.

    Cela pourrait être un peuple qui dit à un autre qu’il n’a pas de culture, ou que sa culture se résume à une langue et qu’il ne vaut donc pas grand-chose. C’est le même principe qui s’applique. On nie ce sur quoi il est possible de bâtir son identité, son lien avec la réalité. Il n’y a pas d’avenir.

    Au niveau de la santé mentale, il est inacceptable que je ne puisse pas discuter de l’opinion de l’expert qui ne prend même pas la peine de vérifier avec moi si son opinion correspond à mon vécu. De plus, ne s’obligeant pas à une telle éthique minimale, il ne m’expliquera jamais son point. À la limite, je pourrai lire son rapport sans en comprendre complètement les implications, ni comment celui-ci sera interprété par ses compères ou tout autre intervenant.

    Le combat interne ne fait que commencer. Mon vécu et les informations qu’on me propose ne peuvent s’arrimer. Une scission va prendre de l’ampleur et je serai de plus en plus déconnecté de ce que je vis ou de ce que je comprends. Un mal grandira en moi. Cela deviendra de plus en plus insupportable et je ne pourrai pas contenir cette souffrance pendant très longtemps. Il me faudra faire des choix. Dois-je diriger cette frustration — ce qui m’empêche de vivre, ce déchirement — vers les autres ou vers moi ? Un passage à l’acte est à craindre.

    C’est vrai pour tout individu, quelle que soit sa différence, sa religion, sa couleur de peau, son genre, comme pour un peuple. Riche ou pauvre, on peut être brisé. Nous devons revoir nos façons de faire. Il faut cesser d’imposer une vision unique. Nous avons la responsabilité de ne pas accepter cette façon de voir qui nous enferme dans une réalité étrangère, souvent dans un labyrinthe sans issue.

    9 mars 2026


    The Break

    100 Years Ago… The Spanish Flu

    100 Years Ago… The Spanish Flu, a documentary available on Ici Radio-Canada. Logical deductions. Viruses adapt, returning in force in pandemic form sooner or later. Let us educate ourselves; it is the best preparation. Not understanding what a pandemic is, especially in its early stages, what it means, what it implies, seems normal to me. Not feeling concerned because one is helpless, as well. Thus, we rely on experts, governments, others; we are powerless. However, it is not a fatality, and we can change that.

    In addition

    Bill Gates, TED 2015, The next outbreak? We’re not ready

    Bill Gates, TED 2020, How we must respond to the coronavirus pandemic?

    Escaping the ‘Era of Pandemics’

    My text: The Break

    I explained that when we have two conflicting pieces of information, a doubt is born. Our link with reality is shaken, at least potentially. We are destabilized and do not know how to respond to this conflict.

    On one hand, everything I took for truth served as a basis for determining my functioning and also for developing my thoughts. I relied on this information to build my reality and harmonize it with social reality, the reality of others. Someone comes along and asserts with conviction that I do not have the right information, that it is false, and proposes theories to replace what serves as my support for living in society, but also for living as myself.

    I had mentioned several times all the harm that false diagnoses had done to me, how they made me live outside of reality. If a specialist tells me I have cancer, that I must have a certain type of life and a certain diet, it has impacts. More deeply, my plans for the future will change, my daily life will be completely overturned. Is such an activity good for me? Can I eat this? Should I really fight for my rights since I will be dead in X months? My perception of life is no longer the same; I understand it differently.

    However, it is a false diagnosis. The responsibility of this expert is great, but his opinion is indisputable, and there is no recourse for me. I cannot even have his writings rectified; they will remain in my file for the rest of my life. I must live in the reality he imposes on me.

    It could be one people telling another that they have no culture, or that their culture is reduced to a language and therefore is not worth much. It is the same principle that applies. We deny that upon which it is possible to build one’s identity, one’s link with reality. There is no future.

    Regarding mental health, it is unacceptable that I cannot discuss the opinion of the expert who does not even take the trouble to check with me if his opinion corresponds to my lived experience. Moreover, by not holding himself to such minimal ethics, he will never explain his point to me. At most, I might read his report without fully understanding its implications, nor how it will be interpreted by his peers or any other intervener.

    The internal struggle is only beginning. My experience and the information offered to me cannot align. A split will grow, and I will be more and more disconnected from what I experience or what I understand. An illness will grow within me. This will become more and more unbearable, and I will not be able to contain this suffering for very long. I will have to make choices. Do I direct this frustration—which prevents me from living, this tearing—toward others or toward myself? A transition to action is to be feared.

    This is true for any individual, regardless of their difference, their religion, their skin color, their gender, as it is for a people. Rich or poor, one can be broken. We must review our ways of doing things. We must stop imposing a single vision. We have the responsibility not to accept this way of seeing that locks us in a foreign reality, often in a dead-end labyrinth.

    9 mars 2026

  • Spiritus militum

    Spiritus militum

    Spiritus militum

    Bernard Landry, l’héritage d’un patriote

    Bernard Landry, l’héritage d’un patriote. Un livre écouté sur Audible.ca. On y trace le parcours de l’homme politique. On redécouvre la passion du patriote, sa certitude dans cette vision et l’inébranlable volonté d’avancer, de réussir cette réalisation collective. J’aime bien revoir ces événements à travers ce vécu. Tout de même, je trouve l’écoute un peu déroutante parce que je n’arrive pas toujours à bien déterminer qui parle, ni à qui appartiennent les réflexions qu’on rapporte. La version écrite a probablement ses avantages.

    Aussi, un rappel de ma réflexion sur les impacts de l’expression « vote ethnique » ou de la menace référendaire utilisée de part et d’autre. J’ajoute cette réflexion : le manque d’explication entraîne à l’occasion un état défensif lorsque l’on est confronté à une vérité altérée ou à une fausse accusation. Dans ces moments, l’humain en nous se sent piégé, souvent démuni. (En référence à À hauteur d’homme.)

    En complément

    Le lancement de ce livre (Journal de Montréal)

    À hauteur d’homme (Illico)

    Mon texte : Spiritus militum

    J’ai toujours eu un esprit militaire, sans vouloir le reconnaître ou l’admettre. Jeune, je me voyais commandant une armée, genre héros de guerre ou je ne sais quoi. Déjà, mes visions du futur m’apparaissaient à la fois inévitables et mystérieuses. Comment cela se pouvait-il ? Par quel chemin devrais-je passer pour y arriver ? Je ne le savais pas. J’attendais un signe sans oser prendre de grandes décisions qui pourraient affecter ce destin qui m’attendait.

    Il y a peu de décisions, me semble-t-il, qui ont marqué un tournant ou un engagement sur cette voie me conduisant à cet objectif ultime. C’est plutôt en ne faisant pas de choix que j’ai formé cet esprit qui se refusait à lui-même. Chaque événement, chaque parole, chaque rejet, chaque trahison sont devenus autant de professeurs et de leçons.

    Mon esprit militaire était là, j’en étais sûr, quoique je visse bien qu’il manquait un lien entre la personne du présent et celle de la vision. Ce n’était pas qu’une question de temps. Toutefois, il y avait toujours ce mur de l’indécision ou cette recherche du signe qui ne venait jamais ou, du moins, que rarement. Alerte à la moindre ouverture, au moindre potentiel passage vers cette vision, je me suis fait mal en les investissant tous. Comment aurais-je pu faire la différence entre une ouverture et *l’*ouverture ? Je me rebellais contre ces structures que je suivais et qui n’en finissaient plus, contre chaque obstacle qui empêchait ce destin qui profiterait à tous.

    Je réalisais l’apprentissage que je faisais de moi-même, peut-être même encore plus des aptitudes que je développais. Il m’est arrivé plus d’une fois de me faire la réflexion que j’étais surentraîné pour la vie que j’avais, tout en constatant mon incapacité à utiliser ce savoir pour moi, dans ma propre vie au quotidien. Je me souviens d’avoir dit à mon psychanalyste que j’étais inapte à vivre ma vie ! En même temps, je ne pouvais pas décrocher de mes enquêtes, de la formation découlant de mon obéissance aveugle à ces structures.

    Contre vents et marées, j’avançais. La présence de la peur me rebutait et j’y voyais plutôt un défi. La mort m’apparaissait dans chaque échec, mais elle finissait aussi par se pointer même dans les succès, allant jusqu’à m’empêcher de fêter toute réussite. Je ne profitais de rien. La mort m’attirait comme un aimant. Cela aussi était un apprentissage, en fin de compte. Ma vie sans but apparent n’avait de sens qu’en suivant des structures que seul moi voyais, des structures qui m’apportaient une connaissance incroyable de ce que j’étais profondément et faisaient de moi un humain spécialiste de rien et de tout.

    9 mars 2026


    Spiritus militum

    Bernard Landry, l’héritage d’un patriote

    Bernard Landry, l’héritage d’un patriote. A book listened to on Audible.ca. It traces the journey of the politician. We rediscover the passion of the patriot, his certainty in this vision, and the unwavering will to move forward, to succeed in this collective achievement. I like revisiting these events through this lived experience. Still, I find the listening experience a bit confusing because I cannot always clearly determine who is speaking or who owns the reflections being reported. The written version probably has its advantages.

    Also, a reminder of my reflection on the impacts of the expression « ethnic vote » or the referendum threat used on both sides. I add this reflection: the lack of explanation occasionally leads to a defensive state when confronted with an altered truth or a false accusation. In those moments, the human within us feels trapped, often helpless. (In reference to À hauteur d’homme.)

    In addition

    The launch of this book (Journal de Montréal)

    À hauteur d’homme (Illico)

    My text: Spiritus militum

    I have always had a military spirit, without wanting to recognize or admit it. Young, I saw myself commanding an army, a war hero type or something. Already, my visions of the future appeared to me as both inevitable and mysterious. How could that be? What path would I have to take to get there? I did not know. I waited for a sign without daring to make major decisions that could affect this destiny awaiting me.

    There are few decisions, it seems to me, that marked a turning point or a commitment on this path leading me to this ultimate goal. It is rather by not making choices that I formed this spirit that refused itself. Every event, every word, every rejection, every betrayal became so many teachers and lessons.

    My military spirit was there, I was sure of it, although I saw clearly that a link was missing between the person of the present and the one in the vision. It wasn’t just a question of time. However, there was always this wall of indecision or this search for the sign that never came or, at least, only rarely. Alert to the slightest opening, a potential passage toward this vision, I hurt myself by investing in all of them. How could I have told the difference between an opening and the opening? I rebelled against these structures I was following that never ended, against every obstacle that hindered this destiny that would benefit everyone.

    I realized the learning I was doing about myself, perhaps even more so regarding the skills I was developing. It happened more than once that I reflected that I was overtrained for the life I had, while observing my inability to use this knowledge for myself, in my own daily life. I remember telling my psychoanalyst that I was unfit to live my life! At the same time, I could not let go of my investigations, of the training resulting from my blind obedience to these structures.

    Against all odds, I moved forward. The presence of fear repelled me, and I saw it rather as a challenge. Death appeared to me in every failure, but it also ended up showing itself even in successes, going as far as preventing me from celebrating any achievement. I enjoyed nothing. Death attracted me like a magnet. That too was a learning process, in the end. My life without an apparent goal only made sense by following structures that only I saw, structures that brought me an incredible knowledge of what I deeply was and made of me a human specialist in nothing and everything.

    March 9, 2026

  • Préoccupation

    Préoccupation

    Préoccupation

    Faire œuvre utile

    Faire œuvre utile, une série documentaire sur Tou.tv animée par Émilie Perreault. « L’art – à défaut de changer le monde – peut littéralement changer une vie ! La série documentaire Faire œuvre utile met en lumière des individus qui ont laissé l’art entrer dans leur vie. Dans chaque épisode, Émilie Perreault, journaliste culturelle aguerrie, expose deux histoires inspirantes où l’art a eu ce pouvoir de faire une différence. »

    J’aimerais me référer surtout à l’épisode 3 de la première saison. Biz y parle de l’horreur de perdre un enfant, de la culpabilité qu’on vit, du deuil sans fin. Il est aussi question de la nécessaire empathie pour comprendre ; l’empathie pour les autres, mais également l’empathie pour soi-même. Une empathie projetée, finalement, sur tous et chacun. Il s’agit de la base pour s’entraider, pour vivre pleinement.

    Mon texte : Préoccupation

    Je me souviens d’avoir parlé, il y a probablement plus de deux ans, de gazouillis qui ébranlaient l’équilibre mental de certains, au point où l’on suggérait, ordonnait ou réveillait ainsi l’idée d’une attaque. Je faisais référence aux messages fous — je n’ai pas d’autres mots pour les décrire. Est-ce que quelqu’un se souvient de cette réflexion que j’avais écrite ? Or, j’ai bien l’impression que de tels liens existent toujours.

    « Ne pas reconnaître le résultat du vote si ce n’est pas moi », « Tenez-vous prêts… », « Le virus n’existe pas », etc. J’explique le principe qui dépasse la réalité des réseaux sociaux :

    1. Un événement, un geste ou même une parole nous déstabilise ;
    2. Un questionnement sème un doute quant à notre compréhension de la réalité, ce qu’on prend pour vérité, et nous conduit peu à peu vers une psychose ou à sa limite ;
    3. Une personne à qui on accorde une certaine autorité donne des directives difficilement ou à peine contestables ;
    4. Un combat interne assez violent s’ensuit, on se sent persécuté, graduellement avec plus d’ampleur ;
    5. Éventuellement, survient la nécessité d’une expression forte, ou de mourir, ou de devenir violemment fou. Impossible de contenir ce déchirement, il faut faire un choix. Un passage à l’acte est à craindre.

    Chacun est à risque. Certaines communications ne sont pas le fruit du hasard, mais découlent d’une recherche et probablement d’une équipe qui fournit les clés à transmettre pour obtenir le résultat qu’elle souhaite. Il y a tentative de manipulation de masse.

    Pour se prémunir, nous avons donc la responsabilité individuelle de développer une saine discipline qui deviendra une pierre d’assise, un support pour notre équilibre, une réalité inaltérable. Pour moi, c’est l’amour, comme je le disais la semaine dernière : ma plus simple expression.

    En complément, on devrait construire une sorte de forteresse ; se concentrer sur de belles pensées, l’empathie et l’amour du prochain. Cela sans oublier de ressentir cet amour pour soi-même, ce qui deviendra notre lieu sacré personnel de ressourcement.

    Il y a un lien entre les préoccupations que nous avons et la projection que nous faisons. Si je m’inquiète pour moi, pour ma sécurité ou ma liberté, je vais chercher plus ou moins consciemment des éléments qui démontrent que mon sentiment est juste, qu’il est réel, qu’il est confirmé par les autres. C’est une façon d’exister, de remplir un vide. Un réflexe normal qui doit être encadré par soi-même tout en étant responsable socialement, afin de ne pas conduire les autres dans cette spirale infernale.

    9 mars 2026


    Concern

    Faire œuvre utile

    Faire œuvre utile, a documentary series on Tou.tv hosted by Émilie Perreault. « Art – if not changing the world – can literally change a life! The documentary series Faire œuvre utile highlights individuals who have let art into their lives. In each episode, Émilie Perreault, a seasoned cultural journalist, presents two inspiring stories where art had the power to make a difference. »

    I would like to refer especially to episode 3 of the first season. Biz speaks about the horror of losing a child, the guilt one experiences, and the endless grief to live through. It also touches on the necessary empathy to understand; empathy for others, but also empathy for oneself. An empathy projected, ultimately, onto everyone. This is the basis for helping one another, for living fully.

    My text: Concern

    I remember speaking, probably more than two years ago, about tweets that shook the mental balance of some, suggesting, ordering, or awakening the idea of an attack. I was referring to crazy messages—I have no other words to describe them. Does anyone remember this reflection I wrote? Well, I have the impression that such links still exist.

    « Not recognizing the election result if it isn’t me, » « Stand by… », « The virus doesn’t exist, » etc. I will explain the principle that goes beyond the reality of social networks:

    1. An event, a gesture, or even a word destabilizes us;
    2. A questioning sows doubt regarding our understanding of reality—what we take for truth—and leads us little by little into psychosis or to the brink;
    3. A person to whom we grant a certain authority gives directives that are difficult or barely contestable;
    4. A fairly violent internal struggle ensues, one feels persecuted, gradually with more magnitude;
    5. Eventually, there is a need for strong expression, or to die, or to become violently insane. It is impossible to contain this tearing; a choice must be made. A transition to action is to be feared.

    Everyone is at risk. Certain communications are not the result of chance but stem from research and probably a team that provides the keys to be transmitted to obtain the result they desire. There is an attempt at mass manipulation.

    To protect ourselves, we therefore have the individual responsibility to develop a healthy discipline that will become a cornerstone, a support for our balance, an unalterable reality. For me, it is love, as I said last week: my simplest expression.

    In addition, we should build a kind of fortress; concentrate on beautiful thoughts, empathy, and love for one’s neighbor. This is without forgetting to feel this love for oneself, which will become our personal sacred place of replenishment.

    There is a link between the concerns we have and the projections we make. If I worry about myself, my safety, or my freedom, I will—more or less consciously—look for elements that demonstrate that my feeling is right, that it is real, that it is confirmed by others. A way of existing, of filling a void. A normal reflex to be managed by oneself while being socially responsible, so as not to lead others into this infernal spiral.

    March 9, 2026

  • Je, me, moi. La suite.

    Je, me, moi. La suite.

    Je, me, moi. La suite.

    Pauline Marois, au-delà du pouvoir

    Pauline Marois, au-delà du pouvoir, écouté sur Audible.ca. J’ai des moments où la lecture est si pénible, si lourde, que je cesse pratiquement de lire. Apparemment, je serais dyslexique. C’est possible, bien que ce soit par intermittence davantage prononcée. Dans ces occasions, je m’abstiens de lire : peut-être par découragement, peut-être est-ce un signe que j’ai besoin de repos. Quoi qu’il en soit, j’ai écouté ce livre qui relate les souvenirs politiques de Pauline Marois. J’ai bien aimé faire ce retour sur le Québec des dernières décennies, sous son angle particulier.

    Voici quelques-unes des réflexions que cette biographie m’a inspirées :

    On relate l’anecdote sur les « Yvette ». Je ne replonge pas dans l’épisode politique de la chose, il faut lire le livre. Par contre, j’aimerais bien mentionner une vision qui me semble aller au-delà de la politique, soit l’image des femmes et une façon de faire qui peut s’exporter, si je puis dire. Toute cette histoire, ce moment de douce révolte, le besoin d’émancipation des femmes, a été marqué par un passage dans l’éducation. L’image stéréotypée de la femme qu’on présentait dans les livres, une vision unique de ce qu’elles devaient être, a été graduellement remplacée et complétée par d’autres, plus diversifiées. On pouvait voir de plus en plus de modèles de femmes dans des situations historiquement dévolues aux hommes. Cela est connu.

    Ma réflexion porte sur les images dominatrices de l’arrivée des Européens, toutes guerres confondues, en sol autochtone. La version d’un seul côté de la médaille, où les Autochtones sont présentés comme des « Sauvages », avec plus ou moins de nuances, est fausse et demande des explications complémentaires. Plus de 400 ans plus tard, nous réalisons l’importance de vivre en harmonie avec la nature, ce qui était fondamental pour eux et leurs modes de vie. Quels avantages avions-nous à les décrire ainsi ? Est-ce que les objectifs du voyage devraient être mis en perspective avec ce qui s’est passé par la suite ? L’histoire de la découverte de l’Amérique par les Européens ne devrait-elle pas expliquer davantage comment les Autochtones se sont sentis envahis, voire éventuellement trahis ? Il me semble que ce vécu, celui des Autochtones, est absent de nos livres d’école et serait facilement insérable.

    Cette question d’image de la Femme en implique d’autres, en domino. L’image de l’Homme est ainsi à redéfinir. Qu’est-ce qu’un homme vrai, si les tâches ne le représentent plus ? Qu’en est-il des genres qui n’étaient pas reconnus il y a à peine quelques années, tel qu’on peut le voir avec les différents mouvements de fierté LGBTQ+ ? On doit avoir plusieurs modèles de famille, de couple, de personne. C’est essentiel de pouvoir s’identifier, de se retrouver dans la société dans laquelle nous vivons.

    Une autre réflexion que j’ai eue porte sur le « Beau risque » de René Lévesque. Comme vous le savez, j’ai moi-même proposé sur Twitter un compromis pour une saine cohabitation dans un Canada uni, bien qu’étant indépendantiste. C’était loin d’être une renonciation au rêve d’un pays avec notre culture québécoise, mais une tentative ultime d’unité. En même temps que je connais la passion de certains pour cette indépendance, je ne souhaitais pas que, consciemment ou non, ceux-ci voient un intérêt à faire déraper cette honnête tentative de compromis. Sans être un idéal, c’était quelque chose avec quoi nous pouvions vivre et, finalement, prendre un certain envol pour nous développer comme peuple multiethnique avec un fond culturel français. C’était donc une « stratégie » qu’on ne devait pas expliquer pour ne pas corrompre les esprits de « mes » passionnés, aimés et admirés ; une stratégie qui devait être menée de bonne foi et avec tous les efforts possibles, sans retenue. Aveuglément. Absolument rien de machiavélique ici.

    C’est pourquoi je pense que René Lévesque avait raison de présenter son projet de « Beau risque », pourquoi il s’est retrouvé seul et que cela allait tout à fait dans le sens de sa démarche initiale. Au fond, c’était au Canada de nous montrer qu’il comprenait notre différence et de nous donner les moyens de grandir à l’intérieur de cette famille canadienne. Le mur de la domination avait très peu de probabilités de remise en question parce que les racines sont profondes. Il y a la Loi sur les Indiens, d’abord et avant tout. Ensuite, il est vrai que le gain engendré par la guerre contre les Français perdrait beaucoup de sens. Le pouvoir deviendrait bien relatif avec de telles reconnaissances.

    Je suis un peu mal à l’aise de faire autant de commentaires sur un seul ouvrage, ce n’est pas mon habitude. Il faut tout de même parler de cette réaction que nous avons comme peuple. La Polytechnique : un attentat avec une réaction entre le déni et la peur de l’imitation. Est-ce qu’il y avait encore des jeunes hommes qui pensaient la Femme de cette façon ?! Une question qu’on n’osait pas vraiment formuler, mais qui marquait un réveil brutal. L’autre aspect du refus de dire est assurément la peur que cela puisse inciter d’autres hommes à faire la même chose. Horreur totale. Même comportement face à l’attentat politique contre Mme Marois : personne ne voulait admettre qu’une telle chose puisse se produire au Québec. On pourrait en dire autant quant à l’attentat à la mosquée de Québec. On pouvait bien avoir des discussions enflammées sur les réseaux sociaux, mais jamais personne n’aurait envisagé un tel geste inhumain. Déni, refus de nommer et peur de l’imitation forment un tout.

    Je terminerais mes commentaires avec ceci : le travail critique est nécessaire à l’avancement d’une société, même à celui de chaque personne. Il est bon d’avoir un point de vue qui nous sorte de notre bulle de réflexion ou de travail. La critique gratuite est autre chose : elle sert à diminuer l’autre, sans fondement réel. Je ne l’aime pas parce que c’est mon choix, mon opinion, que je résumerais ainsi : une attitude malsaine.

    En complément

    Les plafonds de verre brisés de Pauline Marois (Le Devoir)

    Oui, au-delà des partis (Urbania)

    Mon texte : Je, me, moi. La suite.

    Nier mon autisme m’a fait vivre dans l’isolement, une violence sociale avec des racines familiales. Je peux comprendre qu’il soit difficile d’établir ma différence, mais aller se battre contre moi, chercher ma condamnation, s’allier à mes agresseurs pour me détruire, pour m’enlever mon avenir, était vraiment d’une bassesse sans nom. C’est impardonnable. Faire cela alors qu’on me faisait une profession de foi, une déclaration d’amour, c’est de la traîtrise.

    Mon chemin de croix s’est déroulé grandement dans les couloirs des faux diagnostics de maladie mentale. D’après certains symptômes identifiés, quelquefois sortis d’une boîte à surprise, on déduisait une maladie. C’était ainsi indiscutable ! Je voulais en parler, j’ajoutais par le fait même un trouble de la personnalité. J’insistais, j’avais tous les troubles de la personnalité. D’une violence inouïe !

    Enfermé dans ma propre tête, réduit à la projection d’un autre, sans aucune possibilité de me défendre, de nuancer ou même de simplement questionner. Comme si ce n’était pas suffisant, on ajoutait le silence autour de ce qu’on pensait de moi, de ce que signifiait cette projection sur moi, la définition du diagnostic ou à partir de quoi on conclut une opinion « parole d’évangile », etc. J’étais condamné. À vie. Des taches qui me colleront à la peau, dans différents ministères et ailleurs, pour le reste de mes jours sans jamais avoir la possibilité de rectifier.

    Des promesses de guérison, il y en avait. Des résultats, aucun. Au mieux, j’étais gelé avec des médicaments prescrits et inappropriés, ce qui amenait d’autres faux diagnostics ! Tiens, ça me fait penser au « NON » du référendum, plein de promesses de reconnaissance, d’adaptation de la Constitution qui nous niait, mais résultat : silence éternel. Une grande violence que d’attendre des décennies sans réponses, accablés d’accusations pour la moindre différence ou particularité qu’on peut démontrer.

    La projection de mon vécu a toujours coïncidé avec celle de mon peuple. Il y a quelque chose de profondément troublant là-dedans. En même temps, en creusant cette projection, je ne peux qu’y retrouver mes racines humaines, près des peuples autochtones. En contraste, cela me rassure. Dans un texte, je vous parlais d’un cube Rubik sur lequel nous projetions nos idéaux. Eh bien, j’ai l’impression de retrouver aussi ce cube en moi. Pas vous ?

    En complément

    Je, me, moi (L’Extraterrestre)

    9 mars 2026


    Me, Myself, and I. The Sequel.

    Pauline Marois, au-delà du pouvoir

    Pauline Marois, au-delà du pouvoir, listened to on Audible.ca. I have moments where reading is so painful, so heavy, that I practically stop reading. Apparently, I might be dyslexic. It is possible, although it is more pronounced intermittently. On those occasions, I refrain from reading: perhaps due to discouragement, perhaps it is a sign that I need rest. In any case, I listened to this book which recounts the political memories of Pauline Marois. I enjoyed revisiting the Quebec of recent decades from her particular perspective.

    Here are some of the reflections this biography inspired in me:

    The « Yvettes » anecdote is recounted. I won’t dive back into the political episode of the matter; one must read the book. However, I would like to mention a vision that seems to me to go beyond politics, namely the image of women and a way of doing things that can be exported, so to speak. This whole story, this moment of gentle revolt, the need for women’s emancipation, was marked by a shift in education. The stereotyped image of the woman presented in books—a single vision of what they should be—was gradually replaced and supplemented by other, more diversified ones. We could see more and more models of women in situations historically assigned to men. This is well known.

    My reflection concerns the dominating images of the arrival of Europeans—across all wars—on Indigenous soil. The version from only one side of the coin, where Indigenous people are presented as « Savages, » with more or less nuance, is false and requires complementary explanations. More than 400 years later, we realize the importance of living in harmony with nature, which was fundamental to them and their lifestyles. What advantages did we have in describing them this way? Should the objectives of the journey be put into perspective with what happened afterward? Should the history of the discovery of America by Europeans not explain more about how Indigenous people felt invaded, or even eventually betrayed? It seems to me that this experience, that of the Indigenous people, is absent from our schoolbooks and would be easily insertable.

    This question of the image of Woman implies others, like dominoes. The image of Man is thus to be redefined. What is a true man, if tasks no longer represent him? What about genders that were not recognized just a few years ago, as can be seen with the various LGBTQ+ pride movements? We must have several models of family, couple, and person. It is essential to be able to identify oneself, to find oneself in the society in which we live.

    Another reflection I had concerns René Lévesque’s « Beau risque » (Great Risk). As you know, I myself proposed a compromise on Twitter for a healthy cohabitation in a united Canada, despite being a sovereignist. It was far from a renunciation of the dream of a country with our Quebec culture, but an ultimate attempt at unity. While I know the passion of some for this independence, I did not want them, consciously or not, to see an interest in derailing this honest attempt at compromise. Without being an ideal, it was something we could live with and, finally, take flight to develop as a multi-ethnic people with a French cultural background. It was therefore a « strategy » that should not be explained so as not to corrupt the minds of « my » passionate, loved, and admired ones; a strategy that had to be carried out in good faith and with all possible effort, without restraint. Blindly. Absolutely nothing Machiavellian here.

    This is why I think René Lévesque was right to present his « Beau risque » project, why he found himself alone, and why it was entirely in line with his original approach. Basically, it was up to Canada to show us that it understood our difference and to give us the means to grow within this Canadian family. The wall of domination had very little probability of being questioned because the roots are deep. There is the Indian Act, first and foremost. Furthermore, it is true that the gain generated by the war against the French would lose much meaning. Power would become quite relative with such recognitions.

    I feel a bit uneasy making so many comments on a single work; it is not my habit. Nevertheless, we must speak of this reaction we have as a people. Polytechnique: an attack with a reaction between denial and fear of imitation. Were there still young men who thought of Woman in this way?! A question we didn’t really dare to formulate, but which marked a brutal awakening. The other aspect of the refusal to speak is surely the fear that it might incite other men to do the same. Total horror. The same behavior regarding the political attack on Ms. Marois: no one wanted to admit that such a thing could happen in Quebec. The same could be said for the attack on the Quebec City mosque. We could have heated discussions on social media, but no one would ever have envisioned such an inhuman act. Denial, refusal to name, and fear of imitation form a whole.

    I would end my comments with this: critical work is necessary for the advancement of a society, even for that of each person. It is good to have a point of view that takes us out of our bubble of reflection or work. Gratuitous criticism is something else: it serves to diminish the other, without real foundation. I do not like it because it is my choice, my opinion, which I would summarize as follows: an unhealthy attitude.

    In addition

    Les plafonds de verre brisés de Pauline Marois (Le Devoir)

    Oui, au-delà des partis (Urbania)

    My text: Me, Myself, and I. The Sequel.

    Denying my autism made me live in isolation, a social violence with family roots. I can understand that it might be difficult to establish my difference, but to go to battle against me, seek my condemnation, ally with my aggressors to destroy me, to take away my future, was truly of a nameless baseness. It is unforgivable. To do this while being given a profession of faith, a declaration of love, is treachery.

    My stations of the cross took place largely in the corridors of false mental illness diagnoses. Based on certain identified symptoms, sometimes pulled out of a jack-in-the-box, a disease was deduced. It was thus indisputable! I wanted to talk about it; by that very fact, I added a personality disorder. I insisted; I had all the personality disorders. Of an incredible violence!

    Locked in my own head, reduced to the projection of another, without any possibility of defending myself, of adding nuance or even simply questioning. As if that were not enough, silence was added regarding what was thought of me, what this projection on me meant, the definition of the diagnosis or on what basis an opinion was concluded as « gospel truth, » etc. I was condemned. For life. Stains that will stick to my skin, in different ministries and elsewhere, for the rest of my days without ever having the possibility to rectify them.

    There were promises of healing. Results, none. At best, I was frozen with prescribed and inappropriate medications, which led to other false diagnoses!

    Wait, that reminds me of the « NO » of the referendum, full of promises of recognition, of adaptation of the Constitution that denied us, but the result: eternal silence. A great violence to wait for decades without answers, burdened with accusations for the slightest difference or particularity one might demonstrate.

    The projection of my experience has always coincided with that of my people. There is something deeply troubling in that. At the same time, by digging into this projection, I can only find my human roots there, close to Indigenous peoples. In contrast, this reassures me. In a text, I spoke to you about a Rubik’s cube on which we projected our ideals. Well, I have the impression of finding that cube in myself too. Don’t you?

    In addition

    Me, Myself, and I (L’Extraterrestre)

    March 9, 2026

  • La fierté

    La fierté

    La fierté

    Bon 85e Yvon Deschamps

    Bon 85e Yvon Deschamps, un spectacle vu sur Yoop. J’étais jeune et ne comprenais pas vraiment cet humour qui valorisait des stéréotypes, des injustices et qui s’en prenait aux femmes. Comment pouvait-on rire de cela ? D’une certaine manière, ça me faisait mal. Remarquez que je suppose que mon autisme joue un rôle dans ce problème de décodage. Je ne sais pas. Je doute de tout ; du sens des mots aux événements qui se produisent devant moi, en passant par ce que je ressens. Disons que cette forme d’humour me donne du fil à retordre.

    Chaque phrase me plonge dans une réflexion sans fin. Je cherche le message, ce que l’humoriste voulait transmettre, au-delà du ridicule affiché. J’entre dans un labyrinthe sans issue. Ma compréhension est pratiquement sans fin. Fait-il une caricature de sa relation amoureuse ou en est-ce une description assez réelle de laquelle il s’amuse ? Peut-être même qu’il ne réalise pas vraiment toute l’ampleur de la chose, que son inconscient le dévoile plus qu’il ne le pense ? La découverte d’un univers. Chaque aspect est sujet à enquête.

    Ainsi, perdu dans l’infinité de liens possibles, à défaut d’avoir une aide appropriée pour me sortir dudit labyrinthe, je me réfugie dans le doute et laisse cela en suspens. Finalement, je ne fais qu’ajouter une nouvelle couche à ce chemin qui mène nulle part. Deux labyrinthes sans issue connectés l’un à l’autre. En fait, l’humour réfléchi d’Yvon Deschamps dénonce, de façon caricaturale. Il met en relief des aspects ordinaires de notre quotidien, de notre petite vie, des aspects qu’on vit et qu’on ne voit plus. Les phrases ont un sens caché, c’est doublement drôle.

    En complément

    Yvon Deschamps de retour sur scène pour ses 85 ans (Radio-Canada)

    Célébrer l’engagement d’Yvon Deschamps (Stéphanie Vallet, La Presse)

    Mon texte : La fierté

    Le vide est donc devenu le plein. D’une réalité qui n’avait pratiquement aucun sens la plupart du temps, un vide absolu avait été vécu. Graduellement, je m’y suis investi. Avec amour. Je vivais cet amour en moi, finalement la seule chose qui avait une signification. Ma plus simple expression.

    J’ai découvert un nouveau plan de conscience. Pas qu’il n’existait pas avant moi, mais je ne le connaissais pas. Je voyais une planète d’un blanc opaque et lumineux. Les êtres qui habitaient sur cette Terre — pour moi il s’agit bien de l’endroit où nous vivons présentement quoique ailleurs — tout était lié, baigné dans cette sorte de matière lumineuse. L’harmonie régnait, comme vous le supposez sûrement.

    Quoi qu’il en soit, parler de cela m’attirait des problèmes. On y voyait, il faut bien en rire, des hallucinations. Pour d’autres, nulle nécessité de nommer précisément cette folie. Pour d’autres encore, il n’y avait aucun doute sur mon imbécilité, que j’étais un simple d’esprit. Je ne savais pas comment définir cette expérience. Il m’apparaissait juste de prendre toutes ces explications, et d’autres aussi, comme valables. Pour le moment, les conséquences étaient surtout néfastes dans le quotidien, aucune explication ne me libérerait. Au contraire. Je me suis donc contenté de vérifier par l’expérimentation chacune d’entre elles.

    Un chemin de croix, comme je l’ai déjà décrit sur ce blogue. Plus le temps passait, plus je me demandais si j’avais la bonne approche. Peut-être que je devrais simplement me soumettre à une des explications de maladie mentale, l’accepter comme unique réalité. Toutefois, une force certainement plus forte que moi me poussait à suivre ce que j’appellerai plus tard des structures. Il n’y avait qu’en agissant ainsi que l’amour en moi avait son plein sens. Je suivais mon chemin de croix, aveuglément.

    Encore une fois, je vous ramène à ce moment spécial, bizarre et flou. Une période que je souhaite comprendre davantage, mais que je dois pour l’instant résumer en un diagnostic d’autisme. Celui-ci m’a permis de nommer ce que je voyais : des structures. Ça m’a libéré. Une famille m’a adopté, a fait confiance en mon cheminement avec mes visions et, enfin, j’ai pu commencer à profiter du travail fait sur moi. Avouer ouvertement que j’étais un artiste conceptuel, que je parlais la langue du « concept », a été un ancrage. Tout comme le fait d’accepter que ma façon de m’exprimer était de la poésie, une forme adaptée pour transmettre les concepts. Voilà la base pour une nouvelle vie.

    Les souffrances que je racontais, les injustices que je dénonçais, les murs rencontrés que je décrivais n’étaient plus de la victimisation, mais une source de fierté. J’ai traversé tout ça. J’affiche mon chemin de croix, comme une médaille de bravoure, avec honneur. Je commence à m’amuser de ces faux diagnostics qui m’ont tant fait souffrir.

    9 mars 2026


    Pride

    Bon 85e Yvon Deschamps

    Bon 85e Yvon Deschamps, a show seen on Yoop. I was young and did not really understand this humor that valued stereotypes, injustices, and that targeted women. How could one laugh at that? In a way, it hurt me. Mind you, I suspect my autism plays a role in this decoding problem. I do not know. I doubt everything; from the meaning of words to the events happening before me, including what I feel. Let’s just say this form of humor gives me a hard time.

    Every sentence plunges me into an endless reflection. I look for the message, what the comedian wanted to convey, beyond the displayed ridicule. I enter a dead-end labyrinth. My understanding is practically infinite. Is he making a caricature of his romantic relationship or is it a fairly real description he is amusing himself with? Perhaps he doesn’t even realize the full extent of it, that his unconscious reveals him more than he thinks? The discovery of a universe. Every aspect is subject to investigation.

    Thus, lost in the infinity of possible links, for lack of appropriate help to get me out of said labyrinth, I take refuge in doubt and leave it in suspense. Ultimately, I am only adding a new layer to this path that leads nowhere. Two dead-end labyrinths connected to each other. In fact, Yvon Deschamps’ thoughtful humor denounces things in a caricatured way. It highlights ordinary aspects of our daily life, of our little lives, aspects that we experience and no longer see. The sentences have a hidden meaning; it is doubly funny.

    In addition: Yvon Deschamps back on stage for his 85th birthday Also in addition: Celebrating the commitment of Yvon Deschamps

    My text: Pride

    The void has thus become full. From a reality that had practically no meaning most of the time, an absolute void had been experienced. Gradually, I invested myself in it. With love. I lived this love within me, ultimately the only thing that had meaning. My simplest expression.

    I discovered a new plane of consciousness. Not that it didn’t exist before me, but I did not know it. I saw a planet of an opaque and luminous white. The beings who inhabited this Earth — for me it is indeed the place where we live presently, albeit elsewhere — everything was linked, bathed in this sort of luminous matter. Harmony reigned, as you surely suppose.

    In any case, talking about it brought me trouble. Some saw it — one must laugh about it — as hallucinations. For others, there was no need to precisely name this madness. For still others, there was no doubt about my imbecility, that I was a simpleton. I did not know how to define this experience. It seemed right to take all these explanations, and others too, as valid. For the moment, the consequences were mostly harmful in daily life; no explanation would free me. On the contrary. I therefore contented myself with verifying each of them through experimentation.

    A stations of the cross, as I have already described on this blog. The more time passed, the more I wondered if I had the right approach. Perhaps I should simply submit to one of the explanations of mental illness, accept it as the sole reality. However, a force certainly stronger than I pushed me to follow what I would later call structures. It was only by acting this way that the love within me had its full meaning. I followed my stations of the cross, blindly.

    Once again, I bring you back to this special, bizarre, and blurred moment. A period I wish to understand more, but which I must for now summarize in a diagnosis of autism. This allowed me to name what I was seeing: structures. It freed me. A family adopted me, trusted in my journey with my visions and, finally, I was able to start benefiting from the work done on myself. Openly admitting that I was a conceptual artist, that I spoke the language of the « concept, » was an anchoring. Just like accepting that my way of expressing myself was poetry, a form adapted to transmit concepts. That is the basis for a new life.

    The sufferings I recounted, the injustices I denounced, the walls encountered that I described were no longer victimization, but a source of pride. I went through all of that. I display my stations of the cross like a medal of bravery, with honor. I am beginning to be amused by these false diagnoses that caused me so much suffering.

    March 9, 2026