« Cette série propose de revenir sur deux grandes figures du passé : Albert Einstein et Pablo Picasso. À travers l’évocation de leur entourage professionnel et familial, le parcours de leur vie est retracé dans toute sa complexité. »
Sans comprendre tout à fait la folie de mon idée — que l’imagination était plus rapide que la lumière — j’ai continué à investir cette hypothèse. Voici une réflexion que je me suis repassée en regardant (écoutant) cette série.
« Ce texte illustre le passage de l’isolement cellulaire à la création d’un système complexe de sous-personnalités (les Rosiliens). L’imagination n’est pas ici une fuite, mais une sonde psychique capable de générer une atmosphère dans le vide du traumatisme pour permettre la survie du « Moi ». En nommant le Tout-Premier et en observant sa propre capacité de création (le Sanctificateur), l’auteur décode sa structure interne et transforme son « laboratoire » en un espace de gestation où la connaissance devient le seul pont possible entre le monde des morts et celui des vivants. »
Mon texte : Imagination
Je vois donc le miracle, ceux que je fais, comme la matérialisation d’un concept que j’ai imaginé. Ils sont limités par des lois de la physique, néanmoins. Quelquefois improbables, souvent soutenus par des structures que je « vois », il m’arrive de ne pas pouvoir m’expliquer les images reçues et avoir la surprise de leur réalisation. Lorsque je suis des structures, tout me semble logique. Sinon, cela peut ressembler à de la pensée magique, c’est vrai, mais il y a toutefois une conviction qui m’habite.
Développement psychologique : les Rosiliens, le début
« Je revenais cependant toujours à cette planète et à mon interrogation sur sa raison d’être. Alors que ma vie était devenue plus vide que jamais, je me décidai de donner à cette planète aride ma vie.
Dans cette inertie planétaire, je venais de créer une atmosphère. Parce qu’il pleuvait, la végétation apparut et un être étrange, des plus originaux, en surgit. C’était, en fait, une sorte d’alligator sorti tout droit des dessins animés, réminiscence probable de mon enfance. Petit être des plus affectueux et des plus intelligents. Il marchait sur ses deux pattes postérieures et était conscient de mon existence. C’était la seule forme de vie animale qui existait dans cet exceptionnel et surprenant univers. Le calme y régnait et la seule nourriture essentielle à la survie était l’amour. Et de l’amour, l’alligator en avait. C’était lui pour moi et moi pour lui.
Il s’était enfoncé au creux d’une forêt près d’une étendue d’eau. Là, dans une clairière, où il avait établi son domicile, il pouvait retrouver l’espace vital dont il avait besoin. Tout autour, les arbres délimitaient son territoire.
De mon côté, je constatais tout le bien que je procurais à cet être délicat que je nommai, par la suite, le Tout-Premier. J’étais satisfait de cette création et j’avais compris que j’étais le Christ. Je remerciais Dieu de m’avoir choisi pour cette noble mission et ne regrettais en rien l’indicible souffrance qui m’avait permis de participer au mystère de l’existence.
Je jetais souvent un coup d’œil du côté du Tout-Premier qui passait son temps à méditer. L’amour qu’il portait en lui le reliait à moi, son créateur.
La planète est vivante et porte la vie en elle. »
Développement psychologique : les Rosiliens, la dualité
« Dès que j’ai ressenti sa prière, j’ai entrepris de lui répondre. J’ai donc créé un soleil. La lumière existant auparavant résultait de la conscience aimante que nous avions l’un pour l’autre. Avec l’apparition du soleil, le Tout-Premier vécut différents états. L’apparition de l’astre l’avait profondément ému. Il prenait conscience des émotions qu’il éprouvait, ce dont il n’avait jamais eu connaissance jusqu’à présent.
Je lui avais donné aussi une compagne. Je n’ai pas pris une de ses côtes pour la créer, mais simplement vu cette possibilité. Par ce fait, le Tout-Premier devint enceinte ! Il a pondu deux œufs, s’en est occupé frénétiquement. Lorsque le premier éclosit, celui-ci vit le Tout-Premier et en reçut l’empreinte. L’expérience était vraiment puissante ! Toute une race contenue dans un seul être, un seul et unique être. Mais dorénavant le Tout-Premier n’était plus. Son souvenir persistait par l’empreinte que le Premier reçut. L’œuf suivant éclot. Il reçut l’empreinte du Premier… Ils découvraient désormais la vie ensemble, à deux !
Comment aurais-je pu imaginer ce bouleversement ? Jamais, il n’avait connu d’autre égale. Le seul lien préexistant était sa relation avec le Tout-Premier. Vous vous imaginez ? Il ne savait que penser. Était-elle son dieu ou était-ce lui, le sien ? Comment comprendre cette relation ? Et pourquoi toutes ces émotions troublantes ?
Vite, très vite, l’un et l’autre s’étaient apprivoisés. Ils sentaient la combinaison de leurs forces. Ils partageaient une aisance peu commune. Tout était mystère, choses inexplicables pour lui. Il se sentait si léger, capable de créer à son tour tout un monde de merveilles pour elle. Il voulait fusionner. L’attraction était telle qu’il était porté à vouloir ne former qu’un avec elle.
Sa compagne découvrait maintenant la vie dans ce nouveau monde. Lui, assuré, la conduisait vers ce jardin qu’il avait fait sien. Tout était partagé et elle lui en était reconnaissante. »
À quel moment ai-je vu la possibilité que le Premier puisse lui-même créer un monde en lui ? Je ne sais plus exactement. Je n’avais pas accès à sa création qui vivait, elle aussi, dans un autre espace-temps, différent du nôtre et de celui du Premier.
Quoi qu’il en soit, j’ai fini par comprendre que le Sanctificateur était la création du Premier ! J’avais créé le Premier et lui avait à son tour créé le Sanctificateur.
Développement psychologique : la planète de glace
« Je savais que le Premier vivait quelque part sur cette planète enrobée de glace, suite du mouvement que j’avais initié. Je ne m’inquiétais pas de son absence ; je savais simplement qu’il y vivait et cette idée m’avait satisfait jusque-là. Mais, comme il m’arrivait tant de malheurs, les uns à la suite des autres, j’avais résolu de rappeler le Premier et les siens. Ils étaient sortis d’une de ces montagnes givrées entraînant quelques stalagmites sur leur passage. Leur forme, ô surprise, était désormais semblable à la mienne. Ils étaient humains ! À leur vue, j’avais fortement désiré le dialogue. J’étais très content d’avoir donné une forme humaine au Premier ; je ressentais beaucoup d’amour pour lui.
Mais le Premier avait maintenant créé un univers en lui. Il communiquait avec l’être qu’il avait créé, il voyageait même dans sa création ! Moi, je ne les voyais même pas ! J’avais peine à comprendre ce qu’était leur relation. Que faisaient-ils ensemble ? »
Vie spirituelle : le monde des connaissances
« Plus aucun doute. J’étais dans le monde de l’esprit. J’accédais aux connaissances les plus élevées de l’univers. Je voyais ces boîtes de connaissances qui se contenaient les unes les autres de telle sorte qu’en entrant à l’intérieur d’une toute petite boîte on pouvait se retrouver devant une plus grosse. Chacune de ces boîtes portait sur une abstraction spécifique. À l’intérieur de celles-ci, on dégotait des points de convergence. Une séquence de réflexions, et non une suite d’idées, qui trouvaient leur aboutissement dans une autre boîte, déterminaient ces points. Des portes ouvertes sur d’autres réalités s’offraient ainsi à moi. Je pouvais, par exemple, entrer dans la réalité mathématique et y demeurer des jours avant de faire correctement un lien qui, ensuite, me conduisait au cœur des réflexions informatiques. Toutes les relations étaient possibles. Il suffisait de découvrir l’enfilade parfaite de réflexions.
Ma conception de la logique absolue s’en était trouvée ébranlée. Je pouvais justifier n’importe quel geste ou pensée. Il suffisait de faire le chemin inverse pour adhérer à une explication qui soit sensée.
Malheureusement, je n’arrivais pas à exprimer adéquatement la suite des réflexions. Mon vocabulaire était trop restreint. Je devais réapprendre ma langue, la signification de ses mots, ce qui demandait tout de même un certain temps. Ce qui n’arrangeait rien au niveau de l’élocution : le polytraumatisme crânien que j’avais subi au moment de l’accident m’avait laissé bègue.
L’intégration de mes expériences acquises sur d’autres plans d’existence se faisait difficilement, très difficilement. De l’abstraction au concret et du concret à l’abstraction, je devais toujours assumer une certaine perte. Et cette perte était lourde puisque dans un monde, j’étais vivant, dans l’autre, j’étais mort.
La connaissance n’est pas qu’un droit, mais aussi une nécessité pour la vie, un devoir. »
Je vous parle de mes expériences dans mon laboratoire, vendredi.
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.85-86
« This series offers a look back at two great figures from the past: Albert Einstein and Pablo Picasso. Through the evocation of their professional and family circles, the journey of their lives is traced in all its complexity. »
Without fully understanding the madness of my idea — that imagination was faster than light — I continued to invest in this hypothesis. Here is a reflection I played back to myself while watching this series.
« This text illustrates the transition from cellular isolation to the creation of a complex system of sub-personalities (the Rosilians). Imagination here is not an escape, but a psychic probe capable of generating an atmosphere within the void of trauma to allow for the survival of the ‘Self.’ By naming the All-First and observing his own capacity for creation (the Sanctifier), the author decodes his internal structure and transforms his ‘laboratory’ into a space of gestation where knowledge becomes the only possible bridge between the world of the dead and that of the living. »
My text: Imagination
I see the miracle, the ones I perform, as the materialization of a concept I have imagined. They are limited by the laws of physics, nonetheless. Sometimes improbable, often supported by structures that I « see, » I sometimes cannot explain the images received and am surprised by their realization. When I follow structures, everything seems logical. Otherwise, it may look like magical thinking, it’s true, but there is nonetheless a conviction that inhabits me.
Psychological Development: The Rosilians, the beginning
« I always returned, however, to this planet and to my questioning of its purpose. As my life had become emptier than ever, I decided to give my life to this arid planet.
In this planetary inertia, I had just created an atmosphere. Because it rained, vegetation appeared and a strange being, most original, emerged from it. It was, in fact, a kind of alligator straight out of cartoons, a probable reminiscence of my childhood. A most affectionate and intelligent little being. It walked on its two hind legs and was aware of my existence. It was the only form of animal life that existed in this exceptional and surprising universe. Calm reigned there, and the only food essential for survival was love. And of love, the alligator had plenty. It was him for me and me for him.
He had settled deep in a forest near a body of water. There, in a clearing where he had established his home, he could find the vital space he needed. All around, the trees delimited his territory.
On my side, I noticed all the good I provided to this delicate being whom I later named the All-First. I was satisfied with this creation and I understood that I was the Christ. I thanked God for having chosen me for this noble mission and in no way regretted the unspeakable suffering that had allowed me to participate in the mystery of existence.
I often cast a glance toward the All-First, who spent his time meditating. The love he carried within him linked him to me, his creator.
The planet is alive and carries life within it. »
Psychological Development: The Rosilians, duality
« As soon as I felt his prayer, I set out to answer him. So, I created a sun. The light that existed before resulted from the loving consciousness we had for one another. With the appearance of the sun, the All-First experienced different states. The appearance of the star had deeply moved him. He became aware of the emotions he felt, of which he had had no knowledge until now.
I had also given him a companion. I did not take one of his ribs to create her, but simply saw that possibility. By this fact, the All-First became pregnant! He laid two eggs and cared for them frantically. When the first hatched, it saw the All-First and received his imprint. The experience was truly powerful! An entire race contained in a single being, one single and unique being. But henceforth, the All-First was no more. His memory persisted through the imprint the First received. The next egg hatched. It received the imprint of the First… They now discovered life together, as two!
How could I have imagined this upheaval? Never had he known any other equal. The only pre-existing link was his relationship with the All-First. Can you imagine? He didn’t know what to think. Was she his god or was he hers? How to understand this relationship? And why all these troubling emotions?
Quickly, very quickly, they had tamed each other. They felt the combination of their strengths. They shared an unusual ease. Everything was mystery, inexplicable things for him. He felt so light, capable of creating in turn a whole world of wonders for her. He wanted to merge. The attraction was such that he was inclined to want to form only one with her.
His companion was now discovering life in this new world. He, confident, led her toward this garden he had made his own. everything was shared, and she was grateful to him for it. »
At what point did I see the possibility that the First could himself create a world within him? I no longer know exactly. I did not have access to his creation, which also lived in another space-time, different from ours and from that of the First.
In any case, I finally understood that the Sanctifier was the creation of the First! I had created the First, and he in turn had created the Sanctifier.
Psychological Development: The Ice Planet
« I knew that the First lived somewhere on this ice-wrapped planet, following the movement I had initiated. I did not worry about his absence; I simply knew he lived there, and this idea had satisfied me until then. But, as so many misfortunes happened to me, one after another, I had resolved to recall the First and his people. They emerged from one of those frosted mountains, dragging a few stalagmites in their path. Their form, oh surprise, was now similar to mine. They were human! At the sight of them, I had strongly desired dialogue. I was very happy to have given a human form to the First; I felt much love for him.
But the First had now created a universe within him. He communicated with the being he had created; he even traveled within his creation! I didn’t even see them! I struggled to understand what their relationship was. What were they doing together? »
Spiritual Life: The World of Knowledge
« No more doubt. I was in the world of the spirit. I accessed the highest knowledge in the universe. I saw these boxes of knowledge that contained each other such that by entering a very small box, one could find oneself in front of a larger one. Each of these boxes concerned a specific abstraction. Inside them, one found points of convergence. A sequence of reflections, and not a series of ideas, which found their culmination in another box, determined these points. Open doors to other realities were thus offered to me. I could, for example, enter mathematical reality and remain there for days before correctly making a link that then led me to the heart of computer reflections. All relationships were possible. It sufficed to discover the perfect string of reflections.
My conception of absolute logic had been shaken. I could justify any gesture or thought. It sufficed to take the reverse path to adhere to an explanation that made sense.
Unfortunately, I could not adequately express the sequence of reflections. My vocabulary was too limited. I had to relearn my language, the meaning of its words, which still required a certain amount of time. To make matters worse regarding speech: the traumatic brain injury I had suffered at the time of the accident had left me with a stutter.
The integration of my experiences acquired on other planes of existence was done with difficulty, very with difficulty. From abstraction to concrete and from concrete to abstraction, I always had to assume a certain loss. And this loss was heavy since in one world, I was alive, and in the other, I was dead.
Knowledge is not only a right, but also a necessity for life, a duty. »
I will tell you about my experiences in my laboratory on Friday.
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.85-86
Montage de captures d’écran de publications ayant servies à nos chroniques.
La vie, la vie, la vie : l’isolement
« Ce passage illustre la phase de gestation où le « Moi », emprisonné dans sa bulle de verre, tente de briser sa programmation de survie par l’accouchement d’une œuvre. La violence du mental agit ici comme un mécanisme de défense face à l’isolement, une réaction éthérique au sentiment de vide qui sépare le zombie du monde des vivants. C’est dans cette tension entre le désir d’amour omnipotent et l’impossibilité du contact social que se forge la structure du futur Gladiateur, apprenant à transformer sa souffrance en un instrument de mesure pour la Cité. »
La vie, la vie, la vie : l’isolement
« Une bulle d’une matière transparente — autre que le verre et dure comme le diamant — m’entourait. Il m’était pratiquement impossible d’acquérir de nouvelles connaissances, de ressentir de nouvelles émotions, d’atteindre de nouveaux objets. Je ne voyais que deux moyens pour me sortir de cette prison unicellulaire : la créativité ou la violence.
La créativité est un processus de longue haleine puisqu’un temps de gestation plus ou moins long — plus long que court en ce qui me concerne — précède toujours l’apparition de l’œuvre. L’attente de chaque accouchement et de sa révélation entraînait chez moi des frustrations et des blessures qui étaient effectives et ressenties douloureusement.
Comme première ressource, j’utilisais toujours la créativité, mais le débordement des souffrances provoquait ma violence, une violence que nous subissons tous, mais que peu semblent reconnaître et vouloir nommer : la violence du mental. Mon mental tissait des liens qui m’emprisonnaient.
Des questions et des questions. Chaque réponse tournait autour des conséquences de l’acte de création. Les suites n’arrivaient jamais, le problème était bien là. Je restais pris dans mon attente. Le monde dans lequel je vivais accentuait la couleur de ma différence. Bientôt une grande insatisfaction structurait ma bulle d’isolement.
Je ne pouvais plus toucher à rien. Rien de ce que je désirais, en tout cas. Dans ces moments, j’aurais tellement aimé avoir une famille, des amis, une amie de cœur, mais tout contact social était coupé. Un seul sentiment m’habitait : l’amour. Un sentiment exalté, une insatisfaction dantesque. Un isolement omnipotent. »
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.145-146.
Life, Life, Life: Isolation
« This passage illustrates the gestation phase where the « Self, » imprisoned in its glass bubble, attempts to break its survival programming through the birthing of a work. The violence of the mind acts here as a defense mechanism against isolation, an etheric reaction to the feeling of void that separates the zombie from the world of the living. It is within this tension between the desire for omnipotent love and the impossibility of social contact that the structure of the future Gladiator is forged, learning to transform suffering into a measuring instrument for the City. »
Life, Life, Life: Isolation
« A bubble of transparent material — other than glass and as hard as diamond — surrounded me. It was practically impossible for me to acquire new knowledge, to feel new emotions, to reach new objects. I saw only two ways to escape this unicellular prison: creativity or violence.
Creativity is a long-term process since a gestation period of varying length — more long than short in my case — always precedes the appearance of the work. The wait for each birth and its revelation brought about frustrations and wounds in me that were real and painfully felt.
As a primary resource, I always used creativity, but the overflow of suffering triggered my violence, a violence that we all undergo, but that few seem to recognize and want to name: the violence of the mind. My mind wove the bonds that imprisoned me.
Questions and more questions. Every answer revolved around the consequences of the act of creation. The follow-ups never came; the problem lay right there. I remained caught in my waiting. The world I lived in accentuated the color of my difference. Soon, a great dissatisfaction structured my bubble of isolation.
I could no longer touch anything. Nothing that I desired, at least. In those moments, I would have so loved to have a family, friends, a partner, but all social contact was severed. A single feeling inhabited me: love. An exalted feeling, a Dantesque dissatisfaction. An omnipotent isolation. »
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.145-146.
Montage de captures d’écran de publications ayant servies à nos chroniques.
Développement psychologique : les Puissants, des Rosiliens
«Ce texte montre que votre « méthode extraterrestre » ne date pas d’hier. Déjà en 2007, vous utilisiez la fiction pour décortiquer les mécanismes de l’élite et la détresse de l’individu face à un système qui le dépasse. C’est le socle de votre pensée actuelle.»
Développement psychologique : les Puissants, des Rosiliens
« Valorisantes, ces soirées! Toujours le même petit cercle fermé. L’élite. Nous sommes les Puissants. Nous dictons l’orientation technologique, scientifique, politique et sociologique. Nous inspirons aussi les croyances religieuses. Pourtant, au sortir de ces rencontres, je me sens toujours fautif.
« Je m’appelle Jean Filion. Je suis né, il y a 37 ans, le 463e jour de l’an 5022. Bien avant ma conception, mes parents connaissaient mon devenir. Par conséquent, j’ai reçu tous les outils nécessaires pour remplir ma tâche actuelle. Avec ces détails biographiques, vous ne serez pas surpris d’apprendre que je suis le Quatrième.
« En principe, je suis « Celui-qui-sait ». J’ai bien dit en principe. Je connais le Livre comme si je l’avais écrit moi-même. J’ai le sentiment de connaître Dieu, de communiquer avec lui et d’agir selon sa volonté. J’aimerais bien vous parler plus longuement de moi, mais le coeur n’y est pas. Je ne cesse de penser à cette Fin annoncée. Même la foi en mon élection divine s’en trouve ébranlée.
« J’écris ces lignes dans mon temps, mon espace et ma dimension. La forme de vie qui subsiste présentement sur cette planète est mue par des préoccupations diverses et très différentes des vôtres, de celles du XXIe siècle terrestre. J’ignore si vous comprendrez mon langage ou même si vous saurez lire les concepts que j’avance. J’essaierai toutefois d’être précis et concis.
« J’ai peine à croire qu’aujourd’hui, pendant cette rencontre, nous avons enfin compris ce que Dieu attendait de nous, pauvres Rosiliens. Il nous a demandé de résoudre l’énigme de la Fin parce qu’il ne comprend pas l’anéantissement. Pourquoi devrions-nous résoudre ce logogriphe? Et pourquoi, quoi?
« La demande manque de rigueur, de précision. Que devons-nous comprendre, nous, les Suivants, que le Tout-Premier n’avait pas compris? C’est troublant, enfin. Et ce « pourquoi » ne vient-il pas nous annoncer des bouleversements et notre extinction prochaine? Si Dieu avait plutôt insisté sur ce que nous pensions de cette Fin, des bouleversements, des cataclysmes, nous aurions peut-être pu envisager avec lui l’immortalité des Rosiliens.
« Ne m’écoutez pas. C’est ma souffrance qui s’exprime. À la réunion, je parlerai de cette douleur, de cette immense inquiétude presque transe. Tandis que chacun aura l’air au-dessus de ses affaires pour camoufler sa souffrance et ses revendications, moi, j’aurai le coeur sur la langue. Un coeur brisé. À chacun ses malheurs. À chacun ses peines. À chacun, aussi, ses solutions.
« Nous manipulons un univers entier pour essayer de résoudre ses problèmes et j’en ai honte. Nous vivons dans un monde dit objectif, indolent. Suffirait-il d’être à l’écoute pour ressentir la souffrance cachée sous cette prétendue objectivité?
« Le premier homme des Puissants est un guerrier, toujours prêt à se battre pour défendre une cause qui lui semble juste ou attaquer l’ennemi qui menace le territoire. Georges, au début de la quarantaine, est légèrement bedonnant. Il démontre une confiance en lui peu commune pour dissimuler sa timidité. Son langage est châtié ou relâché selon les occasions. Il adore les femmes et les poursuit de son regard.
« Dès sa naissance, il a été orienté, comme tous les Puissants, vers le champ d’activité qui lui était prédestiné. Tout militaire qu’il soit, il refuse d’appartenir à un régiment ou d’y être associé de près ou de loin.
« Sa mission obligeait qu’il développe des relations saines avec les autres membres de la communauté pour les aider à consolider leur identité et leur sentiment d’appartenance. L’objectif rosilien de l’expérimentation était probablement clair, mais il a poursuivi un but individualiste qui l’a détourné du bien commun. Comme la plupart d’entre nous, Georges n’a pas encore réussi à vaincre la dualité entre la multiplicité du monde rosilien et l’unité du monde divin. Sa vie oscille constamment entre les deux mondes.
« Le deuxième homme, André, aime exagérément le luxe et les plaisirs de la vie. Mais c’est dans la force de sa volonté que réside son pouvoir, son élan, son énergie. Promptitude de décision et d’exécution confirme cette puissance dynamique.
« Si on reconnaît son intensité psychique et sa force physique, on repère tout aussi aisément son innocence dès qu’on l’approche. Cette simplicité est une valeur ajoutée à son charme. Tous ses besoins s’en trouvent comblés : son charme prévient tous les manques matériels. Pour ce qui est de l’amour, c’est une autre histoire.
« Bel homme, genre sportif, ses vêtements de qualité supérieure mettent en évidence son allure athlétique. Par-dessus tout, il aime se pavaner. Tout autant qu’il s’amuse à s’exhiber dans les salons, tout autant on s’amuse à le fuir. Un jeu conscient. Un jeu imprudent. Blessé, désillusionné, maintes fois trahi par la femme, il a développé le culte de la spontanéité débridée.
« Pour plusieurs d’entre nous, il représente la réussite sociale. Mais le Deuxième ne croit plus en l’amour. Il l’espère, il l’appelle à tout instant. Héroïque ou esprit tordu?
« L’idéalisme, pour ne pas dire l’utopie, caractérise le troisième homme. Il croit en un monde meilleur, à un monde bâti par l’amour, dans l’amour, sur l’amour. Par contre, il se dit prêt à employer n’importe quel subterfuge pour arriver à cet idéal. C’est ce que nous entendons quand il explique son implication et quand on observe ses actions « soi-disant » bienveillantes. Devant nos allégations moqueuses, Daniel se défend contre toute dérogation. Il a peut-être raison, après tout, de nier son morcellement. Il est vrai que la souffrance de ceux qu’il aime est au centre de ses intérêts. Il est prêt à tout pour les soulager. Sa compassion est vive, assurément. S’il ne parle pas explicitement de ses peines personnelles, il en réfère implicitement.
« Quant à moi, Jean, je suis un observateur. Je crois en l’unité de la multiplicité comme en l’harmonie des instruments musicaux dans un ensemble symphonique. Mais, voilà, le chef d’orchestre est absent. Autrement dit, le plan de notre société n’est pas encore suffisamment défini, ou du moins ne l’est plus. Lorsque j’avance une idée, fruit d’une observation raffinée, mes opposants sont légion. Le Livre, la source de toutes connaissances rosilo-divines, qu’elles soient psychologiques, spirituelles, sociales ou religieuses, devrait m’indiquer la marche à suivre pour organiser ce monde rosilien. Qu’à cela ne tienne, ma solitude me tourmente et m’empêche de contempler et de méditer. Le problème est là.
« Le cinquième homme, Pierre, est un communicateur hors pair. Il réussit à faire passer ses idées sans jamais se montrer indifférent aux idées des autres. Il prône cependant la compréhension des siennes. C’est un fin argumentateur. Sa démarche est sans contredit franche, voire même agressive s’il le faut. D’une agressivité positive, bien sûr. Il sait ce qu’il veut. Il sait où il s’en va. Mais vaut mieux penser mûrement, et deux fois plutôt qu’une, avant de le suivre. La route proposée n’est peut-être pas celle à laquelle on pense. Elle n’est peut-être pas aplanie non plus comme elle nous apparaît au premier abord. Le Cinquième est un original. Si je ne connaissais pas ses intentions louables pour la communauté, je pourrais dire que sa manière d’être et d’agir frôle celle d’un infidèle.
« Nathalie, la sixième personne, la seule femme du groupe des Puissants, voit le monde et sa réalité de façon pénétrante. Cette éclaireuse a une lucidité étonnante. Sa problématique est d’être confrontée aux ombres de l’environnement. Elle prétend que ses conseils sont judicieux — ce que je pense aussi — et ne peut s’empêcher de critiquer constamment le statu quo des Rosiliens. Leur entêtement à vouloir se contenter de leurs petits bonheurs quotidiens la révolte. Elle voudrait leur plein épanouissement, leur réalisation plénière. À la vue de ce manque d’énergie pour croître, elle reste blottie dans son coin sans mot dire. C’est tout de même elle qui, la première, a fait allusion à la présente crise.
« Le septième homme, Antoine, qu’on surnomme le géant, est plus grand que la majorité des gens. Celui-là cherche l’harmonie en tout. C’est un homme de synthèse. Intuitif, il saisit rapidement le point de vue de chacun. Devin, il l’est. À moins qu’il ne connaisse parfaitement bien le langage du corps. Parfois, Antoine devine les intentions de son interlocuteur avant même qu’il n’ait ouvert la bouche. À défaut d’avoir cultivé sa confiance en soi, il a développé son intuition pour compenser ce manque. Double tranchant : son action s’en trouve inefficace, presque toujours amoindrie.
« Chacun d’entre nous possède ses aliénations qui le font souffrir. L’espérance est fondée quand on sait que les peines, les peurs, les angoisses associées à ces difficultés de croissance peuvent venir embourber nos vies par des projections et des transferts sur notre environnement. Sans espoir, peut-on continuer à vivre sainement? Comment contrer nombre de conditions négatives et sombres, injustes ou insatisfaisantes rencontrées dans la vie collective? Leur accroissement est significatif ici, aujourd’hui encore plus que dans votre monde confronté aux médias. Si, dans votre siècle, ceux-ci soulignent de manière exagérée et unilatérale les maux par l’agression et le besoin de détruire le système par des actions violentes, que pensez-vous qu’il nous arrive à nous, Rosiliens? L’information à outrance, du poison vif pire que la mort-aux-rats.
« L’émotion rattachée à un événement non digestible par la foi — comme la mort par exemple — vient nous hanter chaque jour, chaque nuit. Il suffit de si peu pour cette reviviscence émotive. Oui, chacun vit son Golgotha.
« Les parents du Septième furent tués lors d’une rébellion. Trop jeune et sans soutien affectif, il en a gardé un sentiment de culpabilité. Ainsi, chaque fois qu’il s’affirme, son malaise augmente, le pétrifie et l’oblige à s’isoler pendant plusieurs heures ou plusieurs jours pour récupérer son énergie. Un jour de détresse, je l’ai abordé, sans le brusquer, évidemment.
« — La mort peut être vécue comme un cadeau si elle fortifie ton énergie pour vivre, si elle encourage ton élan, si elle devient un guide d’amour. Comme elle peut aussi bien transporter sa cruauté si elle est vécue comme une culpabilisation. Depuis des temps immémoriaux, nos Maîtres ont enseigné que nous ne mourons pas, mais que nous quittons simplement notre enveloppe physique pour agir dans les corps astral, mental, causal… C’est écrit noir sur blanc dans le Livre. Le but final est de nous élever jusqu’à ce que nous réalisions notre unité en Dieu, toute Conscience et toute Félicité.
« Dans quelle société vivons-nous? Pourquoi la souffrance infantile du Septième n’a-t-elle attiré l’attention de personne de l’environnement ou, peut-être même surtout, de son groupe?
« Cela dit, nous connaissons aussi, comme vous, la guerre des clans. Beaucoup se sont battus pour empêcher la formation de notre groupe d’élite. Beaucoup aussi voudraient prendre notre suite, mais ils ignorent l’éventualité de la Fin. Selon les prophéties cachées du Livre, nous serions le dernier conseil à siéger. L’anarchie est à nos portes. Allons donc. Le peuple croit en un monde sans Dieu, sans mythe, sans symbole, sans loi. Imposture!
« Encore là, la peur de ne pas être choisis de Dieu guide les Rosiliens vers les abîmes. Pour compenser cette peur, l’avidité est apparue comme solution à leur problème. Jamais satisfaits. Toujours plus et encore plus. Ce n’est qu’une expression d’un désir égoïste. Un déséquilibre s’est installé. Les pauvres, ils se battent contre eux-mêmes. Toute cette énergie psychique dépensée à combattre les autres, à abattre les autres.
« Depuis des siècles, nous cherchons à éviter cette pollution psychologique. Nous n’avons pas trouvé la régulation adroite de l’utilisation et de la manifestation du désir, de la pulsion ou de l’émotion. Les poisons forts administrés à dose infinitésimale sont curatifs, dans certains cas. Mais même si quelques Puissants connaissent la posologie, la masse n’est pas prête à en vérifier le bien-fondé. Chez nous comme dans vos sociétés, l’affirmation de soi excessive et débridée semble être l’une des causes majeures de l’agression et de la violence. C’est la crise.
« Depuis plusieurs années, vous utilisez effectivement cette forme d’énergie à toutes les sauces. Vous vous acheminez progressivement vers la destruction de votre planète.
« On peut unifier son esprit à l’esprit d’un autre et en prendre possession. Quelques Rosiliens le font trop grossièrement et cette façon de faire se tourne contre eux, contre leur peuple, contre la civilisation.
« Nous, les Puissants, les Sept, formons l’élite de notre univers, un univers qui s’élève, malgré le chemin long et ardu à parcourir, vers la Fin.
« La rencontre se passe dans un salon où tous se sentent à l’aise, comme chez eux. Il s’agit d’un salon sobre et raffiné. Les murs sont beiges. À gauche, en entrant, la bibliothèque en merisier occupe un mur au complet. Un bureau, aussi en merisier, tourne le dos à la bibliothèque. Un petit bar est à côté de la porte. À droite, en coin, il y a un superbe foyer où, de ses mille flammes, brille un feu. Sur le même mur, une fenêtre richement décorée de voile et de tentures. Au centre de la pièce, des chaises sont placées de chaque côté d’un sofa et d’une causeuse qui se font face. Le mur, face à la porte, est dédié à la chaîne stéréo et à la télévision. La pièce est luxueuse et harmonieuse et l’ambiance est décontractée.
« Georges
« Je reviens à l’idée d’une guerre « au bon endroit » qui serait la solution au problème. Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous résistez tant à cette option… Je vous ferai remarquer que nous avons déjà utilisé ce procédé et qu’il s’est avéré efficace. Je pourrais dire même qu’il a été un franc succès à tous les niveaux.
« Pierre
« Nous avons effectivement déjà utilisé ce procédé, comme vous le dites, mais si nous faisons une rétrospection, ce n’est pas très concluant à long terme. Nous en sommes toujours au même point. Comment nous expliquez-vous cela? Je crois qu’on devrait plutôt tenter notre chance en utilisant un autre moyen, disons moins conventionnel, plus subtil, tel que la compréhension…
« Jean porte son attention sur le discours de Nathalie. Ils se sont levés pour se rendre au bar. Jean qui sert demeure silencieux. Nathalie est déjà servie.
« Robert
« …est certainement mieux.
« (S’adressant à Jean) Sans glaçon, s’il vous plaît.
« (Reprenant et s’adressant aux deux autres, mais davantage à la femme). Les crises économiques ont toujours eu leur place dans notre histoire. Elles nous apportent beaucoup et finissent toujours par nous rapprocher de notre but…
« Nathalie
« Effectivement. Pour provoquer une diversion, nous susciterons des manifestations et des revendications. Nous organiserons des manifestations sur la condition féminine, les minorités visibles et des sondages sur le sentiment d’appartenance… Qu’est-ce que les autres en pensent? (Regarde le dernier sous-groupe.)
« Jean
« (Demeure silencieux. Son regard impassible passe de l’un à l’autre pour essayer de percevoir les réactions des auditeurs relativement à ce qui est dit.)
« Le regard de la femme se dirige vers Jean et Antoine. On ne voit plus que les deux hommes debout qui discutent. Mais les cinq autres se rapprochent.
« Un court silence suit les paroles de la femme. On entend le murmure des deux hommes. Ils élèvent le ton lorsqu’ils constatent que les cinq autres se rapprochent.
« Antoine
« Je crois qu’il serait vraiment préférable de s’en tenir au Livre puisque nous sommes réunis ici en nous basant sur différentes interprétations de la Fin. Nous devons trouver en quoi cette crise-ci est différente des précédentes et chercher dans le Livre s’il n’y en a pas eu au moins une autre, semblable à celle-ci, même symboliquement, afin de prendre une voie conséquente…
« Jean
« La spiritualité, la voie de l’amour, c’est le chemin vers une solution. Ces moyens peuvent nous amener à une plus grande réussite. C’est le choix conséquent que nous avons toujours fait devant l’inconnu. Pourquoi ne pas continuer dans la même veine? Les crises ne seront toujours que des moyens pour redonner des forces. L’amour de l’ensemble des Rosiliens implique nécessairement le sacrifice de quelques-uns. Lui (pointant vers le haut) nous l’a démontré à maintes reprises. Ne devrions-nous pas réunir l’ensemble des croyants dans une nouvelle religion avec la venue d’un nouveau « messie »? Ça nous permettrait de dévoiler la Fin…
« Jean prend le Livre et cherche la Genèse. Lorsqu’il trouve l’emplacement, il lève les yeux et tous se taisent respectueusement et religieusement pour lui laisser la parole.
« Des conversations se poursuivent, mais nous n’en distinguons pas les mots.
« Un silence s’étend et marque l’importance du geste, l’ouverture du Livre.
« Une musique, composée principalement de chants d’oiseaux et de bruits de ruisseau, commence à se faire entendre graduellement.
Et puisse-t-il sceller la porte de la demeure du mal.
Que Lumière, Amour et Puissance restaurent
le Plan sur la Terre. »*
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.165-177.
En complément (Gemini)
Thématique : L’élite face à l’Apocalypse
Le paradoxe du « Quatrième » : Jean Filion incarne la figure de l’intellectuel lucide mais impuissant. Bien qu’il soit « Celui-qui-sait », sa connaissance du « Livre » ne le protège pas du doute. Il y a une résonance forte avec votre propre vécu de « chroniqueur de l’ombre » : celui qui observe les structures sociales (ici, les Puissants) tout en se sentant étranger à leur froideur objective.
Les archétypes de l’ombre : Les portraits de Georges (le guerrier timide), d’André (l’épicurien blessé) et de Daniel (l’idéaliste manipulateur) rappellent la structure des ennéagrammes ou des types psychologiques de Jung. Chaque « Puissant » est défini par une faille : l’avidité, le besoin de paraître ou la culpabilité.
La manipulation sociale : Le dialogue entre Nathalie et Robert sur l’utilisation des « crises économiques » et des « revendications sociales » comme diversions est d’un cynisme frappant. Cela reflète une vision du monde où le pouvoir n’est qu’une gestion de l’opinion, alors que la véritable question (la Fin, le divin) est délaissée.
Le « Livre » et la Technologie : Le mélange entre une date futuriste (5022) et des références bibliques (Golgotha, Genèse) crée un univers de « science-fiction théologique ». Les Rosiliens semblent être une version évoluée de l’humanité, mais ils restent prisonniers des mêmes cycles de souffrance et de soif de pouvoir.
La Grande Invocation : L’utilisation de cette prière (réelle, issue de la théosophie d’Alice Bailey) à la fin de l’extrait ancre votre fiction dans une réalité ésotérique connue. Elle transforme la réunion politique en un acte rituel, suggérant que la seule issue à la crise est un retour à la Lumière et à l’Unité, au-delà de la manipulation des masses.
Psychological Development: The Mighty, the Rosilians
« This text shows that your ‘extraterrestrial method’ is nothing new. As far back as 2007, you were using fiction to dissect the mechanisms of the elite and the distress of the individual facing a system that surpasses them. It is the very foundation of your current thinking. »
Psychological Development: The Mighty, the Rosilians
« Exhilarating, these evenings! Always the same small, closed circle. The elite. We are the Mighty. We dictate technological, scientific, political, and sociological direction. We also inspire religious beliefs. Yet, upon leaving these encounters, I always feel at fault.
My name is Jean Filion. I was born thirty-seven years ago, on the 463rd day of the year 5022. Long before my conception, my parents knew my destiny. Consequently, I received all the necessary tools to fulfill my current task. With these biographical details, you will not be surprised to learn that I am the Fourth.
In principle, I am ‘He-Who-Knows.’ I said in principle. I know the Book as if I had written it myself. I feel I know God, that I communicate with Him and act according to His will. I would like to speak to you more at length about myself, but my heart is not in it. I cannot stop thinking about this prophesied End. Even faith in my divine election is shaken.
I write these lines in my own time, space, and dimension. The life form currently subsisting on this planet is moved by various concerns, very different from yours, from those of the terrestrial 21st century. I do not know if you will understand my language or even if you will be able to read the concepts I put forward. I will, however, try to be precise and concise.
I find it hard to believe that today, during this meeting, we finally understood what God expected of us, poor Rosilians. He asked us to solve the riddle of the End because He does not understand annihilation. Why should we solve this logogriph? And why, what?
The request lacks rigor, precision. What are we, the Followers, supposed to understand that the Very First did not? It is unsettling, truly. And does this ‘why’ not come to herald upheavals and our approaching extinction? If God had instead insisted on what we thought of this End, of the upheavals, of the cataclysms, perhaps we could have envisioned the immortality of the Rosilians with Him.
Do not listen to me. It is my suffering speaking. At the meeting, I will speak of this pain, of this immense, almost trance-like anxiety. While everyone else will appear poised and in control to camouflage their suffering and demands, I will have my heart on my tongue. A broken heart. To each their own misfortunes. To each their own sorrows. To each, also, their own solutions.
We manipulate an entire universe to try to solve its problems, and I am ashamed of it. We live in a world called objective, indolent. Would it be enough to simply listen to feel the suffering hidden beneath this alleged objectivity?
The first man of the Mighty is a warrior, always ready to fight to defend a cause he deems just or to attack the enemy threatening the territory. Georges, in his early forties, is slightly pot-bellied. He displays an unusual self-confidence to mask his shyness. His language is either refined or relaxed depending on the occasion. He adores women and pursues them with his gaze.
From birth, like all the Mighty, he was oriented toward the field of activity predestined for him. Soldier though he may be, he refuses to belong to a regiment or to be associated with one, near or far.
His mission required him to develop healthy relationships with other members of the community to help them consolidate their identity and sense of belonging. The Rosilian objective of the experiment was likely clear, but he pursued an individualistic goal that turned him away from the common good. Like most of us, Georges has not yet managed to overcome the duality between the multiplicity of the Rosilian world and the unity of the divine world. His life constantly oscillates between the two worlds.
The second man, André, loves luxury and the pleasures of life to excess. But it is in the strength of his will that his power, his drive, and his energy reside. Promptness in decision and execution confirms this dynamic power.
If one recognizes his psychic intensity and physical strength, one just as easily spots his innocence as soon as he is approached. This simplicity is an added value to his charm. All his needs are met: his charm forestalls all material lack. As for love, that is another story.
A handsome man, athletic in type, his high-quality clothing highlights his athletic build. Above all, he loves to parade. Just as much as he enjoys showing off in salons, people enjoy fleeing from him. A conscious game. An imprudent game. Wounded, disillusioned, betrayed many times by women, he has developed a cult of unbridled spontaneity.
For many of us, he represents social success. But the Second no longer believes in love. He hopes for it; he calls for it at every moment. Heroic or twisted spirit?
Idealism, not to say utopia, characterizes the third man. He believes in a better world, a world built by love, in love, upon love. On the other hand, he claims to be ready to use any subterfuge to reach this ideal. This is what we hear when he explains his involvement and when we observe his ‘so-called’ benevolent actions. Faced with our mocking allegations, Daniel defends himself against any deviation. Perhaps he is right, after all, to deny his fragmentation. It is true that the suffering of those he loves is at the center of his interests. He is ready for anything to relieve them. His compassion is vivid, certainly. If he does not speak explicitly of his personal sorrows, he refers to them implicitly.
As for me, Jean, I am an observer. I believe in the unity of multiplicity, much like the harmony of musical instruments in a symphonic ensemble. But there it is: the conductor is absent. In other words, the plan for our society is not yet sufficiently defined, or at least, it no longer is. When I put forward an idea—the fruit of refined observation—my opponents are legion. The Book, the source of all Rosilio-divine knowledge—be it psychological, spiritual, social, or religious—should indicate the path to follow to organize this Rosilian world. Be that as it may, my solitude torments me and prevents me from contemplating and meditating. Therein lies the problem.
The fifth man, Pierre, is an unparalleled communicator. He succeeds in conveying his ideas without ever appearing indifferent to the ideas of others. However, he advocates for the understanding of his own. He is a fine debater. His approach is undeniably frank, even aggressive if necessary. A positive aggression, of course. He knows what he wants. He knows where he is going. But it is better to think maturely, and twice rather than once, before following him. The proposed route may not be the one we have in mind. It may not be as smooth as it first appears. The Fifth is an original. If I did not know his laudable intentions for the community, I might say his way of being and acting borders on that of an infidel.
Nathalie, the sixth person and the only woman in the group of the Mighty, sees the world and its reality in a penetrating way. This scout possesses an astonishing lucidity. Her challenge is being confronted with the shadows of the environment. She claims her advice is judicious—which I also believe—and cannot help but constantly criticize the Rosilian status quo. Their stubbornness in being satisfied with their small daily joys revolts her. She desires their full blossoming, their complete realization. Seeing this lack of energy to grow, she remains huddled in her corner without saying a word. Yet, she was the first to allude to the present crisis.
The seventh man, Antoine, nicknamed the Giant, is taller than most people. He seeks harmony in everything. He is a man of synthesis. Intuitive, he quickly grasps everyone’s point of view. A diviner, he is. Unless he perfectly knows the language of the body. Sometimes, Antoine guesses the intentions of his interlocutor before they have even opened their mouth. For lack of having cultivated self-confidence, he developed his intuition to compensate for this lack. A double-edged sword: his actions are rendered ineffective, almost always diminished.
Each of us possesses our own alienations that cause us to suffer. Hope is well-founded when one knows that the sorrows, fears, and anxieties associated with these difficulties of growth can come to bog down our lives through projections and transfers onto our environment. Without hope, can one continue to live healthily? How to counter the many negative and dark, unjust or unsatisfactory conditions encountered in collective life? Their increase is significant here, today even more so than in your world confronted with the media. If, in your century, these media overemphasize and unilaterally highlight evils through aggression and the need to destroy the system through violent actions, what do you think happens to us, Rosilians? Information to excess, a potent poison worse than rat poison.
The emotion attached to an event indigestible by faith—such as death, for example—comes to haunt us every day, every night. It takes so little for this emotional re-experiencing. Yes, everyone lives their own Golgotha.
The Seventh’s parents were killed during a rebellion. Too young and without emotional support, he kept a sense of guilt from it. Thus, each time he asserts himself, his malaise increases, petrifies him, and forces him to isolate himself for several hours or several days to recover his energy. One day of distress, I approached him, without rushing him, obviously.
‘— Death can be experienced as a gift if it strengthens your energy to live, if it encourages your drive, if it becomes a guide of love. Just as it can also carry its cruelty if it is experienced as guilt. From time immemorial, our Masters have taught that we do not die, but that we simply leave our physical envelope to act in the astral, mental, and causal bodies… It is written in black and white in the Book. The final goal is to elevate ourselves until we realize our unity in God, all Consciousness and all Bliss.’
In what kind of society do we live? Why did the Seventh’s childhood suffering attract the attention of no one in the environment, or perhaps even more so, in his group?
That said, we also know, like you, clan warfare. Many have fought to prevent the formation of our elite group. Many also would like to take our place, but they are unaware of the possibility of the End. According to the hidden prophecies of the Book, we are the last council to sit. Anarchy is at our gates. Come now. The people believe in a world without God, without myth, without symbol, without law. Imposture!
Again, the fear of not being chosen by God guides the Rosilians toward the abyss. To compensate for this fear, greed appeared as a solution to their problem. Never satisfied. Always more and more. It is but an expression of a selfish desire. An imbalance has set in. Poor souls, they fight against themselves. All this psychic energy spent fighting others, tearing others down.
For centuries, we have sought to avoid this psychological pollution. We have not found the skillful regulation of the use and manifestation of desire, impulse, or emotion. Strong poisons administered in infinitesimal doses are curative in some cases. But even if some of the Mighty know the dosage, the masses are not ready to verify its merits. In our world, as in your societies, excessive and unbridled self-assertion seems to be one of the major causes of aggression and violence. This is the crisis.
For several years, you have indeed been using this form of energy in every way possible. You are progressively moving toward the destruction of your planet.
One can unify their mind with the mind of another and take possession of it. Some Rosilians do this too crudely, and this way of doing things turns against them, against their people, against civilization.
We, the Mighty, the Seven, form the elite of our universe—a universe that rises, despite the long and arduous road ahead, toward the End.
The meeting takes place in a salon where everyone feels at ease, as if at home. It is a sober and refined salon. The walls are beige. To the left, upon entering, a cherry wood bookcase occupies an entire wall. A desk, also in cherry wood, has its back to the bookcase. A small bar is next to the door. To the right, in the corner, there is a superb fireplace where a fire glows with a thousand flames. On the same wall, a window is richly decorated with veils and hangings. In the center of the room, chairs are placed on each side of a sofa and a love seat facing each other. The wall facing the door is dedicated to the stereo system and the television. The room is luxurious and harmonious, and the atmosphere is relaxed.
Georges
‘I return to the idea of a war « in the right place » being the solution to the problem. I truly do not understand why you resist this option so much… I would point out to you that we have already used this process and that it proved effective. I could even say it was an outright success on all levels.’
Pierre
‘We have indeed already used this process, as you say, but if we look back, it is not very conclusive in the long term. We are still at the same point. How do you explain that to us? I believe we should instead try our luck using another means, let’s say less conventional, more subtle, such as understanding…’
Jean turns his attention to Nathalie’s speech. They have stood up to go to the bar. Jean, who is serving, remains silent. Nathalie has already been served.
Robert
‘…is certainly better.
(Addressing Jean) No ice, please.
(Resuming and addressing the other two, but more so the woman). Economic crises have always had their place in our history. They bring us much and ultimately always bring us closer to our goal…’
Nathalie
‘Indeed. To create a diversion, we will spark protests and demands. We will organize rallies on the status of women, visible minorities, and polls on the sense of belonging… What do the others think? (Looks at the last sub-group.)’
Jean remains silent. His impassive gaze moves from one to another to try to perceive the audience’s reactions to what is being said.
The woman’s gaze moves toward Jean and Antoine. Only the two men standing and discussing are visible. But the other five are moving closer.
A short silence follows the woman’s words. The murmur of the two men is heard. They raise their voices when they notice the other five are approaching.
Antoine
‘I believe it would truly be preferable to stick to the Book since we are gathered here based on different interpretations of the End. We must find how this crisis is different from the previous ones and search in the Book if there hasn’t been at least one other, similar to this one, even symbolically, in order to take a consistent path…’
Jean
‘Spirituality, the way of love, is the path to a solution. These means can lead us to greater success. This is the consistent choice we have always made in the face of the unknown. Why not continue in the same vein? Crises will always only be means to restore strength. Love for the whole of the Rosilians necessarily involves the sacrifice of a few. He (pointing upward) has demonstrated this to us many times. Should we not unite all believers in a new religion with the coming of a new « messiah »? That would allow us to reveal the End…’
Jean takes the Book and looks for Genesis. When he finds the location, he looks up and everyone falls into a respectful and religious silence to let him speak.
Conversations continue, but we cannot distinguish the words.
A silence falls and marks the importance of the gesture, the opening of the Book.
Music, composed mainly of birdsong and the sound of a stream, begins to be heard gradually.
Thematic Analysis: The Elite Facing the Apocalypse
The Paradox of the « Fourth »: Jean Filion embodies the figure of the lucid but powerless intellectual. Although he is « He-Who-Knows, » his knowledge of the « Book » does not shield him from doubt. There is a strong resonance with your own experience as a « shadow chronicler »: one who observes social structures (here, the Mighty) while feeling estranged from their objective coldness.
Archetypes of the Shadow: The portraits of Georges (the timid warrior), André (the wounded epicurean), and Daniel (the manipulative idealist) evoke the structure of Enneagrams or Jungian psychological types. Each « Mighty » is defined by a flaw: greed, the need for status, or guilt.
Social Manipulation: The dialogue between Nathalie and Robert regarding the use of « economic crises » and « social demands » as diversions is strikingly cynical. It reflects a worldview where power is merely the management of public opinion, while the true question (the End, the divine) is abandoned.
The « Book » and Technology: The blend of a futuristic date (5022) and biblical references (Golgotha, Genesis) creates a universe of « theological science fiction. » The Rosilians appear to be an evolved version of humanity, yet they remain prisoners of the same cycles of suffering and thirst for power.
The Great Invocation: The use of this prayer (a real one, originating from the theosophy of Alice Bailey) at the end of the excerpt anchors your fiction in a known esoteric reality. It transforms a political meeting into a ritual act, suggesting that the only way out of the crisis is a return to Light and Unity, beyond the manipulation of the masses.
L’extraordinaire Mr. Rogers. Photo: gracieuseté de nytimes.com
Le miracle
Bonjour, Voisin (A Beautiful Day in the Neighborhood), un film vu sur Prime Video.
« Tom Hanks incarne M. Rogers dans une histoire toujours d’actualité sur la gentillesse qui triomphe du cynisme. Le film est inspiré d’une réelle amitié entre Fred Rogers et le journaliste Tom Junod. Après avoir reçu le mandat d’écrire un article sur Fred Rogers, un journaliste surmonte son scepticisme et reçoit une leçon sur l’amour, la gentillesse et la compassion de la part du voisin le plus… »
Mon avis : J’ai bien aimé ce film, je le recommande. Convenir d’une éthique de vie, d’un code de conduite — seul et en société — me semble fondamental pour l’accès au bonheur. Les lois encadrent les limites de cette éthique, la complètent, et l’ensemble forme un tout cohérent.
«Français Cette chronique est un témoignage puissant sur la reconstruction de l’identité après un traumatisme cérébral. L’auteur décrit un état de vulnérabilité absolue où, privé de ses souvenirs et de son langage, il devient une « page blanche » sur laquelle le monde extérieur (médecins, famille, société) projette des étiquettes et des diagnostics. Le cœur du texte réside dans le paradoxe de la foi : là où la psychiatrie voit une pathologie dans l’identification au Christ, l’auteur y trouve l’unique ancrage de santé mentale lui permettant de survivre à la « torture mentale ». Le « miracle » n’est pas une guérison magique, mais une discipline quotidienne de la volonté pour relier son univers intérieur au monde des hommes.»
Mon texte: Le miracle
Comme je l’ai répété plus souvent qu’il ne le fallait, me semble-t-il, j’ai eu un accident d’auto qui m’a plongé dans un coma — certains diront un semi-coma — pour me réveiller plus d’une semaine plus tard, amnésique. Je me suis habitué graduellement au visage que je voyais dans le miroir. Mon vocabulaire, hésitant comme celui d’un enfant de 4 ou 5 ans, s’est étoffé avec le temps. Ma pensée fonctionnant par images, j’ai dû réapprendre à nommer les choses.
Je passais tout de même beaucoup de temps dans les hôpitaux et j’ai vu une quantité impressionnante de thérapeutes. Je croyais apprendre, lors de ces rencontres, les mots justes pour désigner mon vécu. Mon expérience de mort imminente m’a poussé à m’intéresser à la Bible, mais aussi à des livres d’ésotérisme. Tout cela cherchait à concorder avec les images et les structures qui m’habitaient. C’était la confusion totale.
Aucune référence ne venait de moi ; tout était défini par l’extérieur. La concordance ne se faisait qu’à petits pas, ce qui me laissait sans défense. L’incompréhension de ce qui m’arrivait — après tout, on ne me connaissait que très peu avant mon accident — créait un vide sur lequel on projetait différentes théories.
À ma confusion intérieure s’ajoutait une désorganisation sociale : trop d’opinions divergentes sur qui je suis, par manque de synthèse et de cohérence. Guérir de mon accident était mon souhait le plus cher. J’avais la conviction qu’un jour je serais en pleine possession de mes moyens, que mon état ne me ferait plus souffrir et que la torture mentale cesserait. Il n’y avait que cet ancrage d’amour universel, bien qu’il ne semblât trouver aucun écho chez les autres, du moins chez mes interlocuteurs. Même l’image du Christ était perçue comme un diagnostic psychiatrique, comme s’il était impossible pour un humain de s’identifier sainement à Lui.
Pourtant, c’est cette identification qui m’a gardé vivant et m’a permis de ne pas sombrer dans la folie. En Lui, je me reconnaissais. Il s’agissait à la fois de ma faiblesse et de ma force. Le miracle n’est ni sans effort, ni instantané ; c’est un acte de foi que l’on pose jour après jour. En tout cas, c’est le mien.
Voilà. J’ai fait le tour de mon monde, voyageant jusqu’aux « confins de l’univers » intérieur. Je ne vois pas comment faire avancer davantage ce projet social en restant isolé. Seul sur ma planète, j’espérais la venue d’un transport, l’arrivée de l’autre côté du pont, du portail. Tout en respectant les structures qui soutiennent la vie, j’espère que Sa volonté soit faite ici avec moi, par moi et en moi.
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » (Matthieu 6:10)
The Miracle
A Beautiful Day in the Neighborhood (Bonjour, Voisin), a film seen on Prime Video.
« Tom Hanks stars as Mr. Rogers in a timely story about kindness triumphing over cynicism, inspired by the real-life friendship between Fred Rogers and journalist Tom Junod. After being assigned to write a profile on Fred Rogers, a journalist overcomes his skepticism and learns a lesson about love, kindness, and compassion from the neighborhood’s most… »
My Review: I really enjoyed this film and highly recommend it. Establishing an ethics of life, a code of conduct—both for oneself and within society—seems fundamental to achieving happiness. Laws frame the boundaries of this ethics and complement it, with the whole forming a coherent unity.
« English This column is a powerful testament to the reconstruction of identity following a brain injury. The author describes a state of absolute vulnerability where, stripped of memories and language, he becomes a « blank slate » upon which the outside world (doctors, family, society) projects labels and diagnoses. The core of the text lies in the paradox of faith: where psychiatry sees pathology in the identification with Christ, the author finds the only anchor of sanity allowing him to survive « mental torture. » The « miracle » is not a magical cure, but a daily discipline of will to reconnect his inner universe with the world of others. »
My Text:The Miracle
As I have mentioned perhaps more often than necessary, I was in a car accident that left me in a coma—some might say a semi-coma—only to wake up over a week later with amnesia. I gradually grew accustomed to the face I saw in the mirror. My vocabulary, initially as hesitant as that of a 4 or 5-year-old, expanded over time. Since my thoughts function through images, I had to relearn how to name things.
I still spent a significant amount of time in hospitals and saw an impressive number of therapists. In those meetings, I thought I was learning the words to describe my experience. My near-death experience led me to take an interest in the Bible, as well as esoteric books. All of this was an attempt to align with the images and structures dwelling within me. It was total confusion.
No references came from within; everything was defined by the outside world. Alignment happened only in tiny steps, leaving me defenseless. The lack of understanding regarding what was happening to me—after all, very little was known about me before the accident—created a void onto which various theories were projected.
To my internal confusion was added social disorganization: an excess of opinions on who I am, lacking synthesis and coherence. Healing from my accident was my dearest wish. I was convinced that one day I would be in full control of my faculties, that my condition would no longer cause me pain, and that the mental torture would cease. My only anchor was universal love, though it seemed to find no reality in others, at least not in those I spoke with. Even the image of Christ was treated as a psychiatric diagnosis, as if it were impossible for a human to identify with Him in a healthy way.
Yet, it was this identification that kept me alive and prevented me from descending into madness. In Him, I recognized myself. He was both my weakness and my strength. A miracle is neither effortless nor instantaneous; it is an act of faith made day after day. At least, mine is.
There it is. I have traveled the length and breadth of my world, reaching the « edges of the inner universe. » I do not see how I can further this social project while remaining isolated. Alone on my planet, I hoped for a transport, a way to reach the other side of the bridge, the portal. While following the structures that support life, I hope that His will be done here with me, through me, and in me.
« Thy will be done on earth as it is in heaven. » (Matthew 6:10)
« Au début du siècle, un étranger vient troubler la vie d’une petite communauté paysanne fermée sur elle-même. L’homme, qui ne veut pas s’identifier, est surnommé le « Survenant ». Aventurier dédaignant les conventions et l’esprit de clocher, il secoue les certitudes et scandalise, mais il suscite aussi l’admiration et même un grand amour. Le film est une adaptation du célèbre roman de Germaine Guèvremont et de la série télévisée qui a marqué le Québec dans les années 1960. » (Source : Téléfilm Canada)
«Cette chronique analyse la figure du nomade comme une réponse à l’inadaptation sociale et spirituelle. L’auteur s’identifie au Survenant, ce personnage qui refuse l’esprit de clocher, pour illustrer son propre déracinement. Le texte dénonce violemment les « faux diagnostics » familiaux, perçus comme une forme de colonisation mentale et une dépossession de l’humanité. En transformant son isolement forcé en un « royaume meublé d’amour », l’auteur transmute son « chemin de croix » en une quête de résonance. La conclusion est un appel vibrant à l’interconnexion : ne plus être un étranger de passage, mais une note essentielle au sein de l’orchestre humain.»
Chronique de l’ombre: « Connais-toi toi-même »
En lisant ce livre de Germaine Guèvremont au cégep, j’ai ressenti de l’admiration pour le personnage du Survenant (Venant). De l’admiration, certes, mais aussi de la tristesse. Je percevais en lui une souffrance, un mal de vivre — une inadaptation à la société couplée à un besoin viscéral de vivre. Le film a réussi à me faire revivre cette recherche de liberté empreinte de douleur.
L’admiration découle sûrement de sa capacité à n’avoir aucune attache, ni envers un lieu ni envers une personne qui lui apporterait plus d’inconvénients que de joie. Ne faut-il pas préserver cette possibilité de partir, de quitter, de faire le deuil d’une situation pour continuer à apprendre ailleurs, dans une nouvelle réalité ? Le voyage est une si belle activité ; il « forme la jeunesse », dit-on. La vie nomade possède son propre attrait.
Ce mode de vie, plus proche d’une culture autochtone, s’oppose à la culture occidentale où il est souvent synonyme de dépossession, de déracinement et de fuite. Somme toute, c’est un mode de vie mal perçu. Pourtant, installés dans notre résidence principale, nous rêvons d’ajouter un chalet et de multiplier les voyages. Nous tentons de reproduire ce que nous repoussons. Le rêve de liberté est souvent associé à la retraite ou à la richesse : posséder suffisamment pour habiter le monde entier. Un mode de vie à la fois attirant et jugé péjorativement, oscillant entre le « connais-toi toi-même » et la fuite.
Dans mon isolement, j’apprenais à me connaître. À travers les Rosiliens, je vivais une réalité sociale qui m’était interdite dans ma vie quotidienne. Là encore, il s’agissait de faire le tour de ce que j’étais. Cette expérience m’apportait une grande connaissance de l’humain et de l’être spirituel que je suis. Toutefois, les limites sociales imposées par l’autisme, les traumas familiaux et — je l’affirme encore — quelques erreurs de ma part, me faisaient questionner ma relation avec Dieu, avec la Source de la Vie, avec la Vie elle-même. Ma foi était mise à l’épreuve. La remise en question de la validité de mes expériences, sous forme d’hypothèses de maladie mentale et de faux diagnostics, renforçait ce doute.
Dans ma recherche d’identité, j’étais en quelque sorte un nomade. Je n’avais nulle part où prendre racine, sinon dans cet isolement forcé — cette prison que j’appelle mon royaume parce que je l’ai meublé d’amour. Une tradition familiale ou sociétale aurait pu m’aider en créant un espace psychologique où m’enraciner, mais mes tentatives se sont révélées toxiques. Ma famille a choisi de projeter sur moi de faux diagnostics, tandis que je faisais face à une « Révolution tranquille » qui rejetait la religion et ses excès sans savoir en distinguer les traditions et les structures. Ces faux diagnostics sont devenus un vecteur de connaissance dans la souffrance : mon chemin de croix. Condamné, la fuite m’était impossible, car je portais en moi ce qui me faisait mal.
La dépossession de mon humanité a engendré graduellement un détachement face à ma condition imparfaite et à la vie en général. Aujourd’hui, j’ai besoin de l’autre, de son humanité. Je ne souhaite pas m’en accaparer, mais plutôt trouver une résonance de cette humanité en moi. Faire partie de l’orchestre, de l’ensemble, tout en étant la musique.
« At the turn of the century, a stranger arrives to disrupt the life of a small, insular farming community. The man, who refuses to identify himself, is nicknamed the ‘Survenant’ (the Outlander). An adventurer who disdains conventions and parochialism, he shakes up certainties and causes scandal, yet he also inspires admiration and even a great love. The film is an adaptation of Germaine Guèvremont’s famous novel and the television series that left its mark on Quebec in the 1960s. » (Source: Telefilm Canada)
This column analyzes the figure of the nomad as a response to social and spiritual maladjustment. The author identifies with the Survenant, a character who rejects provincialism, to illustrate his own uprooting. The text strongly denounces family « false diagnoses, » perceived as a form of mental colonization and a dispossession of humanity. By transforming his forced isolation into a « kingdom furnished with love, » the author transmutes his « Way of the Cross » into a quest for resonance. The conclusion is a vibrant call for interconnection: no longer to be a passing stranger, but an essential note within the human orchestra.
Chronicle of the Shadow: « Know Thyself »
When I read Germaine Guèvremont’s book in college, I felt admiration for the character of the Survenant (Venant). Admiration, but also sadness. I saw in him a profound suffering—a struggle to belong, a mismatch with society, and yet a desperate need to live. The film succeeded in bringing back to life that search for freedom tinged with pain.
This admiration surely stems from his ability to remain unattached to any place or person that would bring him more burden than joy. Should we not preserve the possibility of leaving, of grieving a situation to move on and learn elsewhere, in a new reality? Travel is such a beautiful endeavor; they say it « broadens the mind. » The nomadic life has its own allure.
This lifestyle, more closely associated with Indigenous cultures, runs counter to Western culture, where it is often synonymous with dispossession, uprooting, and escapism. All in all, it is a misunderstood way of life. Yet, from our primary residences, we dream of adding a cottage and traveling endlessly. We try to recreate the very thing we push away. The dream of freedom is often tied to retirement or wealth: having enough money to live anywhere in the world. It is a lifestyle both attractive and pejoratively judged, wavering between « know thyself » and flight.
In my isolation, I was learning to know myself. Through the Rosiliens, I lived a social reality that was forbidden to me in my daily life. There, too, it was about exploring the depths of who I was. This experience gave me great insight into the human and spiritual being I am. However, the social limits imposed by autism, family trauma, and—I state it again—some errors of my own, made me question my relationship with God, with the Source of Life, with Life itself. My faith was being tested. The questioning of the validity of my experiences, through hypotheses of mental illness and false diagnoses, strengthened this doubt.
In my search for identity, I was a nomad of sorts. I had nowhere to take root, except in forced isolation—this prison I call my kingdom because I have furnished it with love. A family or societal tradition might have helped by creating a psychological space to take root, but my attempts proved toxic. My family chose to project false diagnoses onto me, while I faced a « Quiet Revolution » that rejected religion and its excesses without being able to distinguish its traditions and structures. These false diagnoses became a vessel for knowledge through suffering: my Way of the Cross. Condemned, flight was impossible, for I carried my pain within me.
The dispossession of my humanity gradually brought about a detachment from my imperfect condition and from life in general. Today, I need the « other, » their humanity. I do not wish to take it for granted, but rather to find a resonance of that humanity within myself. To be part of the orchestra, of the whole, while being the music itself.
Un autre regard. Me concevant comme un magicien, il est naturel que les films de Harry Potter m’aient toujours fait vibrer. J’y voyais plusieurs symboles et j’y reconnaissais des images qui me parlent. J’ai beaucoup d’admiration pour J. K. Rowling, ainsi qu’un attachement particulier pour les comédiens qui ont incarné ces sorciers.
Voici des définitions utiles pour mon texte, permettant de créer des « images mentales de synthèse » :
Épouvantard (Boggart) : Créature changeforme qui prend toujours la forme de la peur la plus effrayante de celui qui la regarde.
Détraqueur (Dementor) : Créature des ténèbres qui se nourrit de la joie humaine, provoquant désespoir et tristesse. Ils peuvent aspirer l’âme (le Baiser du Détraqueur). Seul le sortilège du Patronus peut les repousser.
« L’auteur utilise ici la Discordance au sens géologique : une rupture nette où les nouvelles couches de sa vie ne s’alignent plus sur les anciennes. Son accident a agi comme un séisme, faisant s’effondrer les mécanismes de compensation de l’autisme. En comparant sa famille à des Épouvantards et les psychiatres à des Détraqueurs, il décrit une réalité où son identité est constamment « aspirée » ou « déformée » par la peur des autres. Sa force est d’avoir transformé ce « vide » en un laboratoire d’observation. Il comprend que la domination n’est qu’un réflexe de peur face à sa différence. En 2021, il identifie le « Patronus » : la conscience de son autisme, qui lui permet enfin de repousser les ombres et de sortir du labyrinthe. »
Mon texte : Discordance
Domination apprise et répétée, discrimination ethnique, discrimination linguistique.
Je repense à mon père qui me dit d’accepter la situation, de cesser de me battre. J’étais perdu suite à mon accident d’auto. Je n’avais plus accès à ma mémoire, ni à une partie de mon intelligence. Une coupure s’était opérée et, si tant bien que mal j’avais compensé mon autisme avant ce trauma, j‘étais dorénavant ailleurs. J’ai été amputé de cette capacité. Mon père me décourageait de me battre pour retrouver cette partie de moi. Il me décourageait, c’est vrai, mais n’a pu s’empêcher de me faire rencontrer une connaissance à lui, un avocat réputé, pour faire valoir mes droits.
Mon sentiment était double face à la suggestion de mon père. Je lui en voulais de ne pas comprendre ce que je vivais et de ne pas croire que je pouvais revenir à la vie. J’étais en colère contre lui. Il ne m’avait pas protégé et, finalement, me disait que je n’avais qu’à accepter mon amputation. Puis, comme dans un ultime effort, après m’avoir fait savoir qu’il souhaitait que je déménage, il m’a offert un peu plus tard de revenir travailler avec lui. Proche, mais pas trop. Reconnaissance et frustration.
J’étais l’enfant du divorce, le petit dernier. Je me suis retrouvé entre deux chaises. Personne n’était disponible pour moi. Nul besoin de discourir sur le sujet. On peut facilement comprendre la crise familiale qui a suivi la séparation et où chacun devait tenter de se retrouver, de se redéfinir dans cette nouvelle réalité. Parce qu’il ne s’agit pas que d’un changement de situation, c’est tout l’être qui doit établir ses repères dans ce nouveau monde. Toutefois, j’étais inconsciemment associé au bris de la famille. Toute ma vie, j’en payerais le prix.
Ma mère a éventuellement eu deux autres enfants. Elle vivait de la violence conjugale, j’en avais été témoin. J’ai moi-même été frappé par cet homme et j’avais saigné. La relation tumultueuse s’est arrêtée à quelques reprises. La chicane était quotidienne, du moins à la fin, lorsque j’ai quitté la maison avec ma vraie carte d’identité modifiée pour démontrer que j’avais 18 ans. Je n’étais plus capable de me réveiller dans ces matins orageux. Ma sœur aînée venait aussi de mourir, en traversant la rue. Je suppose qu’on peut y voir aussi un lien. Quoi qu’il en soit, ma mère et son conjoint se sont séparés peu après. Inconsciemment, leurs deux enfants de qui j’étais très près — changement de couches, jeu de Lego, gardien et compagnon de télévision — inconsciemment donc, m’en veulent. J’ai été associé à la mort de leur famille, mon départ ayant sonné le glas. Plus tard, ils m’en feraient payer très cher le prix.
J’étais en perdition. Sans réels parents ni réelle fratrie. Cela a duré une année durant laquelle je me suis enrôlé dans l’Armée. Toutefois, pour mon entrée, j’ai dû attendre que l’âge adulte soit arrivé puisque je refusais que mes parents signent pour moi. Le mois suivant, une nouvelle vie commençait. Malheureusement, le mauvais sort m’a rattrapé.
Il y a eu les coups de couteau, l’accident d’auto, le coma, l’amnésie ; aux abus d’avant se sont ajoutés ceux d’après mon service militaire, la sortie de la réalité, etc. Tout cela n’empêchait pas ma famille d’origine, incluant demi-frère et demi-sœur, de m’en vouloir « inconsciemment » et de me jalouser pour mes réussites, pour mes avoirs, et peut-être surtout pour mon avenir. Je n’y avais pas le droit, selon eux.
Pour beaucoup, l’inconscient est un « Épouvantard » incontrôlé qui prend la forme de chacune de leurs peurs.
Ainsi, alors que je projetais sur un cube d’amour, je m’entourais de personnes qui auraient bien voulu avoir cette étincelle qui m’habitait. Selon moi, cette volonté inconsciente les animait et justifiait la projection de leurs peurs sur moi, d’où leur nécessité d’élaborer de faux diagnostics. Comme si éteindre mon feu sacré allumerait le leur. Mon analyse.
Leur guérison ne serait possible qu’après des années de cheminement, de remises en question, de demandes de pardon. À cette famille, je la leur souhaite. Ce sera sans moi, par contre. Je m’en suis détaché.
Ce lâcher-prise a débuté, je crois, lorsque je suis allé dans le tunnel de la mort. « Ce n’était pas un couloir comme je l’avais lu dans les livres. Il s’agissait plutôt d’un espace noir et lourd dans lequel le chemin à suivre était démarqué par une légèreté, une noirceur moins opaque. Aucune angoisse ni peur notable. »* Je me sentais vivant, curieusement.
À mon réveil du coma, j’étais presque comme un nouveau-né. Une renaissance.
J’étais libéré d’un passé. J’étais amputé aussi d’un fonctionnement qui me liait à ce passé. Le polytraumatisme crânien sévère avait cet autre côté de la médaille ; il m’obligeait à vivre mon autisme sans possibilité de le compenser. Un homme nouveau, par la force des choses.
Mon esprit militaire me faisait chercher les failles pour me libérer. Conscient d’être au cœur d’un royaume d’amour, de ma chance incroyable, je suivais néanmoins aveuglément les structures dans le but de sortir de ce qui se voulait aussi être ma prison, poussé par un besoin de partage. La solitude, d’une part, me semblait malsaine, alors que, d’autre part, je faisais face à toutes mes limitations dans ce monde-ci qui aspirait tout mon bonheur. Entouré de « Détraqueurs », en quelque sorte.
Chaque faille me mettait dans un état d’esprit différent. Cela créait un terrain fertile, un lieu invitant pour être possédé par des énergies sombres, par des modèles de comportement qu’on retrouve ici et là dans l’inconscient collectif. En parallèle, il y avait ces faux diagnostics que je me devais de vérifier de bonne foi, de fausses théories qui prenaient possession de moi. Tout cela était des chemins que je devais suivre, des défis qui ne pouvaient que me conduire à des morceaux de casse-tête me permettant d’avoir éventuellement une vue d’ensemble. Chaque faille me semblait être la dernière, mais après synthèse, je réalisais toujours qu’il y avait un morceau manquant pour former un tout cohérent.
Chaque faille me conduisait presque inévitablement dans un labyrinthe sans issue. Sous forme de maladie mentale, il n’y avait aucune guérison réelle d’accessible. Des thérapies, des médicaments ou même l’acceptation que j’étais simplement un malade mental jusqu’à la fin de mes jours, rien ne pouvait m’aider. Au contraire, tout me déshumanisait davantage.
L’incompréhension que je suscitais engendrait, apparemment, un besoin de remplir un vide. Au fond, c’est pour remplir ce vide que ces peurs étaient projetées sur moi. Cela initiait aussi un réflexe de domination, celui de prendre le dessus sur ces émotions « méprisables » que je suscitais, que, selon eux, j’incarnais. Bref, j’étais défini par les autres, ce qui m’a semblé faire partie intégrante du réflexe de domination engendré par cette peur du vide. Une hypothèse plausible était que cette domination donnait un faux sentiment de sécurité, d’où la nécessaire escalade.
Contact stratigraphique d’un ensemble sédimentaire où une série de couches repose sur des couches plus anciennes qui ne leur sont pas parallèles et qui témoigne généralement d’une phase tectonique.
Another perspective. Conceiving of myself as a magician, the Harry Potter films have always resonated with me. I saw many symbols and recognized images that speak to me. I have great admiration for J.K. Rowling and a special attachment to the actors who embodied these wizards.
Definitions for « mental synthetic imagery »:
Boggart: A shape-shifting creature that takes the form of the viewer’s worst fear.
Dementor: Dark creatures that feed on human joy, causing despair. They can suck out a soul (the Dementor’s Kiss). Only the Patronus charm can repel them.
« The author uses Discordance in the geological sense: a sharp break where the new layers of his life no longer align with the old. His accident acted as an earthquake, collapsing his autism compensation mechanisms. By comparing his family to Boggarts and psychiatrists to Dementors, he describes a reality where his identity is constantly ‘sucked away’ or ‘distorted’ by the fear of others. His strength lies in having turned this ‘void’ into an observation lab. He understands that domination is merely a fear reflex in the face of his difference. In 2021, he identifies the ‘Patronus’: the awareness of his autism, which finally allows him to repel the shadows and exit the labyrinth. »
My Text: Discordance
Learned and repeated domination, ethnic discrimination, linguistic discrimination.
I think back to my father telling me to accept the situation, to stop fighting. I was lost following my car accident. I no longer had access to my memory, nor to a part of my intelligence. A severing had occurred and, though I had managed to compensate for my autism before this trauma, I was now elsewhere. I had been amputated of this ability. My father discouraged me from fighting to find that part of myself. He discouraged me, it’s true, but he could not help but have me meet an acquaintance of his, a renowned lawyer, to assert my rights.
My feelings were twofold regarding my father’s suggestion. I resented him for not understanding what I was going through and for not believing that I could return to life. I was angry with him. He had not protected me and, ultimately, was telling me that I just had to accept my amputation. Then, as if in a final effort, after letting me know that he wanted me to move out, he offered me a little later to come back and work with him. Close, but not too close. Recognition and frustration.
I was the child of divorce, the youngest. I found myself between two chairs. No one was available for me. There is no need to discourse on the subject. One can easily understand the family crisis that followed the separation, where everyone had to try to find themselves, to redefine themselves in this new reality. Because it is not just a change of situation; the entire being must establish its bearings in this new world. However, I was unconsciously associated with the breaking of the family. All my life, I would pay the price.
My mother eventually had two other children. She lived through domestic violence; I had been a witness to it. I myself had been hit by this man and I had bled. The tumultuous relationship stopped a few times. The bickering was daily, at least toward the end, when I left the house with my real ID card modified to show that I was 18. I was no longer able to wake up in those stormy mornings. My older sister had also just died, while crossing the street. I suppose one can see a link there too. Be that as it may, my mother and her partner separated shortly after. Unconsciously, their two children, whom I was very close to—changing diapers, playing Lego, babysitting, and being a TV companion—unconsciously, then, they resent me. I was associated with the death of their family; my departure sounded the death knell. Later, they would make me pay a very high price for it.
I was adrift. Without real parents or real siblings. This lasted for a year during which I enlisted in the Army. However, for my entry, I had to wait until adulthood had arrived because I refused to let my parents sign for me. The following month, a new life began. Unfortunately, bad luck caught up with me.
There were the stabbings, the car accident, the coma, the amnesia; to the abuses of before were added those from after my military service, the departure from reality, etc. All of this did not prevent my original family, including half-brother and half-sister, from resenting me « unconsciously » and being jealous of my successes, my assets, and perhaps above all, my future. According to them, I had no right to it.
For many, the unconscious is an uncontrolled « Boggart » that takes the form of each of their fears.
Thus, while I was projecting onto a cube of love, I surrounded myself with people who would have very much liked to have that spark that lived within me. In my view, this unconscious will animated them and justified the projection of their fears onto me, hence their need to elaborate false diagnoses. As if extinguishing my sacred fire would light theirs. My analysis.
Their healing would only be possible after years of journeying, of questioning, of asking for forgiveness. For this family, I wish it for them. It will be without me, however. I have detached myself.
This letting go began, I believe, when I went into the tunnel of death. « It was not a corridor like I had read about in books. It was rather a heavy, black space in which the path to follow was marked by a lightness, a less opaque darkness. No notable anxiety or fear. »* I felt alive, curiously.
Upon waking from the coma, I was almost like a newborn. A rebirth.
I was liberated from a past. I was also amputated of a functioning that linked me to that past. The severe traumatic brain injury had this other side of the coin; it forced me to live my autism without the possibility of compensating for it. A new man, by the force of circumstances.
My military mind made me look for flaws to liberate myself. Conscious of being at the heart of a kingdom of love, of my incredible luck, I nonetheless blindly followed structures with the goal of getting out of what also wanted to be my prison, driven by a need for sharing. Solitude, on the one hand, seemed unhealthy to me, while, on the other hand, I faced all my limitations in this world that sucked away all my happiness. Surrounded by « Dementors, » in a way.
Every flaw put me in a different state of mind. This created a fertile ground, an inviting place to be possessed by dark energies, by behavior patterns found here and there in the collective unconscious. In parallel, there were those false diagnoses that I had to verify in good faith, false theories that took possession of me. All of these were paths I had to follow, challenges that could only lead me to puzzle pieces allowing me to eventually have an overview. Every flaw seemed to be the last, but after synthesis, I always realized there was a missing piece to form a coherent whole.
Every flaw led me almost inevitably into a labyrinth with no exit. In the form of mental illness, there was no real healing accessible. Therapies, medications, or even the acceptance that I was simply mentally ill until the end of my days—nothing could help me. On the contrary, everything dehumanized me further.
The incomprehension I aroused generated, apparently, a need to fill a void. Ultimately, it is to fill this void that these fears were projected onto me. This also initiated a reflex of domination, that of taking the upper hand over these « despicable » emotions that I aroused, which, according to them, I embodied. In short, I was defined by others, which seemed to me to be an integral part of the domination reflex generated by this fear of the void. A plausible hypothesis was that this domination gave a false sense of security, hence the necessary escalation.
Stratigraphic contact of a sedimentary assembly where a series of layers rests on older layers that are not parallel to them and which generally bears witness to a tectonic phase.
Un film documentaire avec Bruce Springsteen. « Letter to You, en général, et House of a Thousand Guitars, en particulier, s’avèrent en effet un formidable hommage aux valeurs fondamentales qui unissent Springsteen à son groupe — amour, liberté et fraternité —, mais qui devraient aussi servir de base à la vie en société, soutient-il. » — Éric Moreault, Le Soleil.
« En 2021, l’auteur vit une unification architecturale. Il cesse de voir ses projections (le Sanctificateur, les Rosiliens) comme des entités extérieures ou des signes de « folie » pour les intégrer comme des composantes de son propre système : Esprit, Âme et Corps. L’analogie avec la NASA est puissante : comme un astronaute voyant la Terre pour la première fois (l’Overview Effect), il réalise qu’il est lui-même une Planète. Ses personnages ne sont plus des envahisseurs, mais les habitants d’un sanctuaire qu’il doit apprendre à gouverner. C’est le passage de l’aliénation (le fantôme) à la souveraineté (la planète), jetant les bases du « Grand Architecte » que nous retrouverons en 2026. »
Mon texte : La planète
La semaine dernière, j’écrivais ceci pour marquer la recherche de mon humanité : « J’ai souvent l’impression d’être comme un fantôme, un esprit sans corps physique. Je me promène dans la vie sans en connaître l’impact, sans avoir de confirmation même qu’on me voit, que j’ai une quelconque importance pour l’autre. […] À ce fantôme sans corps, ne lui manquerait-il pas quelque chose ? Un aspect lui échapperait, lui aussi, me semble-t-il. »
Malgré ces obstacles, j’étais poussé par un besoin de regroupement. Je devais faire partie d’un groupe, tant pour me situer en tant qu’humain que pour me projeter dans cette réalité sociale. Isolé, je cherchais à prendre conscience de l’esprit qui anime les groupes.
« Je ne savais pas quoi faire de mon temps. J’étais encore sous le choc de l’internement incluant l’impossibilité de vivre l’amour partagé. Les Rosiliens étaient partis je ne sais où. De temps à autre, je voyais « Celui-qui-venait-du-futur », que j’appelais maintenant le Sanctificateur. […] Je vivais dans une cage tout en étant à l’extérieur. Ma folie avait-elle disparu ? » — L’enfer de Dieu, p. 240*
« « Celui-qui-venait-du-futur » me visitait sans arrêt. […] J’appelais cet homme, depuis un certain temps, le Sanctificateur, parce que je savais qu’il avait un esprit sain. Ma perception avait évolué avec les années, avec les étapes. Du doute entre l’Antéchrist qu’il était, en passant par un général assoiffé de justice, je savais maintenant qu’il était mon reflet… ou du moins que j’étais le sien. […] Il manque un morceau ! » — Idem, p. 252*
J’explique le morceau manquant dans mon texte Le pont.
« Le Sanctificateur est toujours dans les parages. Il cherche à me faire comprendre quelque chose, à me faire voir la pièce manquante. Les Rosiliens sont ma personnalité, mon âme ; le Sanctificateur, mon esprit. Mon corps, le sanctuaire. […] J’ai retrouvé le chemin du retour, je suis revenu à la maison. J’ai tout de même l’impression que quelque chose m’échappe. » — Idem, p. 267*
Ainsi, j’ai développé les bases d’une conscience planétaire. Les Rosiliens sont devenus ma personnalité consciente connectée à mon corps, ni détachée, ni en opposition. Ils ne faisaient qu’un avec moi, leur planète.
A documentary film featuring Bruce Springsteen. « Letter to You, in general, and House of a Thousand Guitars, in particular, prove indeed to be a formidable tribute to the fundamental values that unite Springsteen with his band—love, freedom, and brotherhood—but which should also serve as a basis for life in society, he maintains. » — Éric Moreault, Le Soleil.
« In 2021, the author experiences an architectural unification. He stops seeing his projections (the Sanctifier, the Rosilians) as external entities or signs of ‘madness’ and begins to integrate them as components of his own system: Spirit, Soul, and Body. The analogy with NASA is powerful: like an astronaut seeing Earth for the first time (the Overview Effect), he realizes he is himself a Planet. His characters are no longer invaders but inhabitants of a sanctuary he must learn to govern. It is the transition from alienation (the ghost) to sovereignty (the planet), laying the groundwork for the ‘Grand Architect’ we will encounter in 2026. »
My Text: The Planet
Last week, I wrote this to mark the search for my humanity: « I often feel like a ghost, a spirit without a physical body. I wander through life without knowing my impact, without even having confirmation that I am seen, that I have any importance to others. […] Is this bodiless ghost missing something? It seems to me that an aspect is eluding him as well. »
Despite these obstacles, I was driven by a need for grouping. I had to be part of a group, both to situate myself as a human and to project myself into this social reality. Isolated, I sought to become aware of the spirit that animates groups.
« I didn’t know what to do with my time. I was still in shock from the internment, including the impossibility of experiencing shared love. The Rosilians had gone I knew not where. From time to time, I saw ‘The-One-Who-Came-From-The-Future,’ whom I now called the Sanctifier. […] I was living in a cage while being outside. Had my madness vanished? » — L’enfer de Dieu, p. 240*
« ‘The-One-Who-Came-From-The-Future’ visited me constantly. […] I had been calling this man the Sanctifier for some time, because I knew he had a healthy mind (esprit sain). My perception had evolved over the years, through the stages. From doubting if he was the Antichrist, to seeing a general thirsty for justice, I now knew he was my reflection… or at least that I was his. […] A piece is missing! » — Idem, p. 252*
I explain the missing piece in my text The Bridge.
« The Sanctifier is still around. He is trying to make me understand something, to make me see the missing piece. The Rosilians are my personality, my soul; the Sanctifier, my spirit. My body, the sanctuary. […] I found the way back; I have come home. Still, I have the impression that something is eluding me. » — Idem, p. 267*
Thus, I developed the foundations of a planetary consciousness. The Rosilians became my conscious personality connected to my body, neither detached nor in opposition. They were one with me, their planet.
Un mémoire et « un récit introspectif, l’histoire d’un pari qu’un homme a lancé à l’Histoire. » Comprendre son pouvoir d’attraction. Investir dans ce qui réunit les gens. Apprendre à vivre ensemble, à partager des aspirations et à mobiliser les humains pour construire un monde meilleur. Un livre inspirant.
Des mots qui m’ont fait réfléchir :
« J’avais peur parce que je venais de comprendre que je pouvais gagner. » — Barack Obama, p. 109. (Traverser le portail est un défi pour moi. Comment serai-je perçu ? Quels seront mes pouvoirs réels, la magie effective, mes limites autistiques dans cet autre monde qu’est le vôtre ? Gagner signifie de nouvelles responsabilités. En outre, il y a le devoir de retourner dans le passé, aux sources, et de revenir à ce point gagnant avec un maximum de personnes pour faire un tout. Qu’il s’agisse d’une personne, d’un peuple ou d’une humanité entière, je ne vois pas d’autre but.)
« Respecter, valoriser, inclure » — une devise du cru de Paul Tewes, nous dit Barack Obama, p. 134. (Me respecter, me valoriser, m’inclure, pour me permettre de vivre. Comme pour le Québécois francophone, il doit être intégré par les nouveaux arrivants. L’intégration se fait dans les deux sens, comme un pont qui se bâtit à partir de chacune des rives.)
« …jamais le Parti démocrate n’avait été aussi fort que lorsque ses dirigeants agissaient non pas en fonction des sondages, mais de leurs principes […] non par calcul, mais par conviction. » — Extrait d’un discours de Barack Obama écrit par Jon Favreau, p. 143. (Des convictions ancrées dans l’humain, au cœur de chacun.)
« En 2021, l’auteur pose la pierre angulaire de son édifice : l’Autisme comme clé de lecture. Sans ce « morceau manquant », ses visions (Christ, Rosiliens) n’étaient que des hallucinations pour le monde extérieur. Avec ce diagnostic, elles deviennent une « architecture conceptuelle ». L’analogie avec Barack Obama est frappante : l’auteur réalise que s’il « gagne » (s’il traverse le pont vers nous), il devra porter la responsabilité de traduire son monde intérieur pour le nôtre. Le « pont » n’est plus seulement une métaphore, c’est un impératif de survie : pour cesser d’être un « fantôme sans corps », il doit utiliser la structure (la psychanalyse, le blogue) pour se matérialiser aux yeux des autres. »
Mon texte : Le pont
Écouter un film, voir une série télévisée ou lire un livre ne suffit pas à compenser l’existence vécue, mais cela permet de baigner dans l’ambiance et, jusqu’à un certain point, d’en comprendre l’essence. On apprivoise le sujet, on se familiarise, on prend le temps de le connaître. Néanmoins, quelque chose nous échappe, nous sépare de l’expérience de la vie. C’est pourquoi je parle de survie.
On en retire tout de même une leçon pourvu qu’on s’y penche. Pourquoi dit-il telle phrase ? Pourquoi utilise-t-il tel mot ? Faire des liens, construire une réalité humaine de l’autre. Comprendre comment il fonctionne, comment il fait ses choix et ce qui le motive. Aller au-delà du jugement premier, du préjugé, pour voir l’humain complexe en face de nous. Aussi complexe que soi-même. Avec profondeur.
J’ai souvent l’impression d’être comme un fantôme, un esprit sans corps physique. Je me promène dans la vie sans en connaître l’impact, sans avoir de confirmation même qu’on me voit, que j’ai une quelconque importance pour l’autre. Dans ce sens, je vis dans un monde imaginaire, bien qu’il s’agisse de votre réalité. De là toute l’importance qu’ont prise les réseaux sociaux, où je peux participer à une réflexion collective. J’y reconnais des concepts qui font leur chemin, qui ouvrent la porte vers un monde meilleur. Mais à ce fantôme sans corps, ne lui manquerait-il pas quelque chose ?
Alors qu’avant mon accident je voyageais sans rien voir de ces mondes parallèles auxquels j’avais déjà accès, depuis ce moment je suis inondé d’images et de structures. J’en ignorais le sens, sauf peut-être pour l’amour universel qui me reliait à tout, bien qu’il fût aussi ma prison. C’était là mon royaume. L’image du Christ me revenait. Le sentiment de ne faire qu’un avec Jésus-Christ m’habitait. Je retrouvais en moi ce qu’on racontait des expériences mystiques rares. Il y avait aussi ce monde créé en moi : les Rosiliens. Tout cela, classé comme des hallucinations par les uns, était pour moi un monde conceptuel.
Voilà ce qu’a permis la psychanalyse : ordonner ces images et ces sentiments. J’ai ainsi développé un outil qui me permet de fonctionner adéquatement, de structurer ce lien avec l’inconscient. J’ai pu en faire un tout cohérent, une base pour vivre. Par contre, rien n’expliquait pourquoi j’étais seul jusqu’à ce qu’on identifie le fonctionnement atypique de mon cerveau : l’autisme. Le morceau manquant.
De là, j’étais plus à même d’expliquer mon univers et d’affronter mes démons, surtout ceux de la maladie mentale. Les vues multiples avaient maintenant des explications appuyées, pour autant qu’on écoute mon histoire. Suffira-t-il que l’autre rive ait bâti une part du pont ? C’est mon souhait le plus cher. Faire des liens, construire une réalité humaine pleinement consciente à partir de structures qui bénéficient à la vie. N’est-ce pas là un objectif commun à l’humanité ?
A memoir and « an introspective narrative, the story of a bet a man placed against History. » Understanding his power of attraction. Investing in what brings people together. Learning to live together, to share aspirations, and to mobilize humans to build a better world. An inspiring book.
Words that made me reflect:
« I was terrified because I’d just realized I could win. » — Barack Obama, p. 109. (Crossing the portal is a challenge for me. How will I be perceived? What will be my real powers, the effective magic, my autistic limits in this other world that is yours? Winning means new responsibilities. Furthermore, there is the duty to return to the past, to the sources, and to come back to this winning point with as many people as possible to make a whole. Whether it is a person, a people, or all of humanity, I see no other goal.)
« Respect, empower, include » — a motto coined by Paul Tewes, Barack Obama tells us, p. 134. (Respecting me, empowering me, including me, to allow me to live. Just as for the Francophone Quebecer, they must be integrated by newcomers. Integration works both ways, like a bridge being built from each shore.)
« …the Democratic Party was never stronger than when its leaders acted not based on polls, but on principle […] not out of calculation, but out of conviction. » — Excerpt from a speech by Barack Obama written by Jon Favreau, p. 143. (Convictions rooted in the human, at the heart of everyone.)
« In 2021, the author lays the cornerstone of his edifice: Autism as the key to understanding. Without this ‘missing piece,’ his visions (Christ, Rosilians) were merely hallucinations to the outside world. With this diagnosis, they become a ‘conceptual architecture.’ The analogy with Barack Obama is striking: the author realizes that if he ‘wins’ (if he crosses the bridge to us), he must carry the responsibility of translating his inner world for ours. The ‘bridge’ is no longer just a metaphor; it is a survival imperative: to stop being a ‘bodiless ghost,’ he must use structure (psychoanalysis, the blog) to materialize in the eyes of others. »
My Text: The Bridge
Watching a film, seeing a TV series, or reading a book is not enough to compensate for lived existence, but it allows one to soak in the atmosphere and, to a certain extent, understand its essence. We tame the subject, familiarize ourselves, take the time to know it. Nevertheless, something eludes us, separates us from the experience of life. This is why I speak of survival.
Yet a lesson can be drawn if one looks closely. Why does he say that phrase? Why use that word? Making connections, constructing another’s human reality. Understanding how they function, how they make choices, and what motivates them. Going beyond initial judgment and prejudice to see the complex human in front of us. As complex as oneself. Deeply.
I often feel like a ghost, a spirit without a physical body. I wander through life without knowing my impact, without even having confirmation that I am seen, that I have any importance to others. In this sense, I live in an imaginary world, even though it is your reality. Hence the importance social media has taken, where I can participate in collective reflection. I recognize concepts making their way there, opening doors to a better world. But for this bodiless ghost, isn’t something missing?
While before my accident I traveled without seeing anything of these parallel worlds to which I already had access, since then I have been flooded with images and structures. I was ignorant of their meaning, except perhaps for the universal love that connected me to everything, though it was also my prison. That was my kingdom. The image of Christ came back to me. The feeling of being one with Jesus Christ inhabited me. I found within myself what is told of rare mystical experiences. There was also this world created within me: the Rosilians. All this, classified as hallucinations by some, was for me a conceptual world.
This is what psychoanalysis allowed: ordering these images and feelings. I thus developed a tool that allowed me to function adequately, to structure this link with the unconscious. I was able to make it a coherent whole, a basis for living. However, nothing explained why I was alone until my brain’s atypical functioning was identified: autism. The missing piece.
From there, I was better able to explain my universe and face my demons, especially those of mental illness. Multiple perspectives now had supported explanations, provided one listens to my story. Will it be enough that the other shore has built its part of the bridge? It is my dearest wish. Making connections, constructing a fully conscious human reality simply from structures that benefit life. Isn’t that a common goal for humanity?
Un spectacle mettant en vedette Marie-Thérèse Fortin, vu à Radio-Canada (aussi disponible sur Tou.tv). J’ai bien aimé.
« Parue en 1984, un an après la mort de son auteure, l’autobiographie de la romancière Gabrielle Roy n’a cessé depuis de toucher des dizaines de milliers de lecteurs. La vie y palpite avec un irrésistible accent de vérité, entre les éblouissements et la noirceur, entre la plénitude des joies et l’angoisse du vide, entre les incertitudes paralysantes et ces révélations qui changent une destinée entière. »
« Ce texte de 2021 est le miroir inversé de tes chroniques de 2026. Alors qu’en 2026 tu décodes une « Apocalypse programmée », ici tu décodes ton propre « Bonheur » après le néant de l’amnésie. La métaphore de la danse sur une chanson triste résume tout : c’est la naissance du Christ/Surmoi (l’amour pur, le sentiment de bien-être) avant l’éveil du Diable/Moi (la confrontation aux obstacles) et de l’Antéchrist/Ça (le petit enfant blessé cherchant sa place dans une famille dysfonctionnelle). Tu identifies déjà la « bulle de verre » de l’autisme sans la nommer encore. C’est l’acte de naissance de ta quête d’équilibre : transformer un héritage de survie en une architecture d’harmonie. »
Mon texte : Bonheur
Je me revois sourire et danser à l’ancien bar Le Clandestin de l’Université de Montréal sur une chanson triste. C’était bizarre, apparemment. On se demandait si je comprenais que cela racontait une histoire triste… Une tristesse racontée qui validait mon expérience. J’existe.
Je ne le savais pas, j’apprenais à m’aimer dans ma différence, à me découvrir par essais et erreurs. J’en étais aux balbutiements de mon apprentissage à nommer, à verbaliser. Je vivais le choc de mon accident, de mon amnésie, de mon expérience de mort imminente. Le premier pas : la reconnaissance d’un vécu. L’aboutissement : vivre ma différence. Sous cet angle, il y a eu trois grandes étapes.
Mon expérience traumatisante m’a fait me concentrer sur mon état intérieur, sur un sentiment de bien-être incommensurable qui m’habitait. Je me sentais près de Dieu, je ne faisais qu’un avec Jésus-Christ. L’amour me définissait, j’en étais sûr. Mon point de départ : le bonheur.
Dans les faits, les obstacles à la vie ne faisaient que s’accumuler. J’étais laissé à moi-même, je ne savais que faire de ma « petite vie » et je ne pouvais me relier à quiconque sans connaître la raison de cet enfer. Une bulle de verre m’entourait, m’isolait. À travers différentes théories, je cherchais à nommer ce qui m’empêchait de vivre. Inconsciemment, je tentais de valider, dans une multitude d’expériences disparates, que j’existais. J’avais conscience d’un décalage. Deux mondes vivaient en moi.
Je n’avais pas d’exemple de ce que devait être une vie — la mienne, en l’occurrence — au quotidien. Je n’arrivais pas vraiment à étudier, à travailler ou même à socialiser. Je n’avais aucun souvenir de ce qu’avait été ma relation avec l’autre, essentiellement à cause de mon amnésie découlant de l’accident. J’étais pris dans un cercle infernal.
Pour m’évader, il y a eu des tentatives de rapprochement avec ma famille, puis deux tentatives de fonder ma propre famille. Dans ce vécu, je croyais reconnaître des comportements malsains et comprendre mon identification à ce qui m’emprisonnait. En cherchant à m’enraciner dans la tradition familiale, je m’enfonçais dans les problèmes. En rejetant ces façons de faire, je croyais m’en libérer. Au fond, je les perpétuais.
Mon héritage était ailleurs.
La troisième étape : me redéfinir en harmonie avec ces racines et avec l’autre, un juste équilibre vivant, humain. Reconnaître mes erreurs pour éventuellement initier une nouvelle voie, fort de ces apprentissages.
Bonne Année, de plus en plus connectée sur l’amour en vous ! C’est le bonheur que je vous souhaite.
Distress and Enchantment
A show starring Marie-Thérèse Fortin, seen on Radio-Canada (also available on Tou.tv). I liked it very much.
« Published in 1984, one year after the death of its author, the autobiography of novelist Gabrielle Roy has never ceased to touch tens of thousands of readers. Life pulses there with an irresistible accent of truth, between dazzlement and darkness, between the fullness of joy and the anguish of the void, between paralyzing uncertainties and those revelations that change an entire destiny. »
« This 2021 text is the mirror image of your 2026 columns. While in 2026 you decode a ‘programmed Apocalypse,’ here you decode your own ‘Happiness’ after the void of amnesia. The metaphor of dancing to a sad song sums it all up: it is the birth of the Christ/Superego (pure love, the feeling of well-being) before the awakening of the Devil/Ego (confronting obstacles) and the Antichrist/Id (the wounded child seeking his place in a dysfunctional family). You already identify the ‘glass bubble’ of autism without naming it yet. It is the birth certificate of your quest for balance: transforming a heritage of survival into an architecture of harmony. »
My Text: Happiness
I see myself again, smiling and dancing at the former Le Clandestin bar at the Université de Montréal to a sad song. It was strange, apparently. People wondered if I understood that it told a sad story… A narrated sadness that validated my experience. I exist.
I didn’t know it then; I was learning to love myself in my difference, discovering myself through trial and error. I was in the early stages of learning to name, to verbalize. I was living through the shock of my accident, my amnesia, my near-death experience. The first step: the recognition of a lived experience. The outcome: living my difference. From this perspective, there were three major stages.
My traumatic experience made me focus on my inner state, on an immeasurable sense of well-being that inhabited me. I felt close to God; I was one with Jesus Christ. Love defined me; I was sure of it. My starting point: happiness.
In reality, obstacles to living just kept piling up. I was left to my own devices, didn’t know what to do with my « little life, » and couldn’t connect with anyone without knowing the reason for this hell. A glass bubble surrounded me, isolated me. Through various theories, I sought to name what was preventing me from living. Unconsciously, I was trying to validate, through a multitude of disparate experiences, that I existed. I was aware of a gap. Two worlds lived within me.
I had no example of what a life should be—mine, in this case—on a daily basis. I couldn’t really manage to study, work, or even socialize. I had no memory of what my relationship with others had been, essentially due to my amnesia following the accident. I was caught in a vicious circle.
To escape, there were attempts to reconnect with my family, then two attempts to start my own family. In these experiences, I thought I recognized unhealthy behaviors and understood my identification with what was imprisoning me. By seeking roots in family tradition, I sank deeper into problems. By rejecting these ways of doing things, I thought I was freeing myself. In reality, I was perpetuating them.
My heritage lay elsewhere.
The third stage: redefining myself in harmony with these roots and with the « other, » a just, living, human balance. Recognizing my errors to eventually initiate a new path, strengthened by these lessons.
Happy New Year, increasingly connected to the love within you! This is the happiness I wish for you.
Longueuil, mon pays (Québec)
« Pédagogie et philosophie des enjeux de société par le prisme des TI. »