WandaVision, une minisérie écoutée sur Disney+. Déroutante, surprenante, magique et humaine. J’ai bien apprécié cette histoire.
« Produite par les studios Marvel, « WandaVision » mélange le style des comédies de situation (sitcoms) classiques avec l’univers Marvel. Wanda Maximoff (Elisabeth Olsen) et Vision (Paul Bettany), deux super-héros menant une vie des plus normales, commencent à se douter que celle-ci n’est pas aussi parfaite qu’elle en a l’air. Une nouvelle série réalisée par Matt Shakman avec Jac Schaeffer comme scénariste principale. »
« Le passage par l’univers de WandaVision agit ici comme un miroir de la « planète oubliée », où la création d’une réalité artificielle sert de rempart contre une douleur insoutenable. Votre récit illustre comment le traumatisme brise la structure interne, forçant le « Je » à bannir des fragments de soi pour survivre, créant ainsi des zones d’ombre qui finissent par réclamer leur place. La reconstruction ne passe pas par le retour à une « normalité » familiale toxique, mais par l’acceptation de ces réalités multiples et le courage de nommer les engrenages du SSPT pour enfin sortir du labyrinthe. »
Mon texte : Chaotique
J’aime le chaos que je vois comme une crise qui permet de s’ouvrir sur une nouvelle réalité. Ce qui me fait peur, c’est l’enlisement qui pourrait donner un sentiment de contrôle à qui garde certains repères ou même à ceux qui fonctionnent sans repères fixes, arbitrairement.
Est-ce pensable d’imaginer un groupe qui n’aurait trouvé aucun sens à sa vie, à son existence, aucune ligne de conduite ? Seul le contrôle de l’environnement permettrait alors, hypothétiquement, d’établir leurs repères, d’imposer leur réalité : un chaos reconnu que de ce groupe. La crise perpétuelle.
Cette vision apocalyptique m’attriste et me fait me questionner sur mon propre vécu.
« Développement psychologique : l’environnement
« Quelques mois plus tôt les Rosiliens avaient commencé à soigner leur environnement. Pour ce faire, ils recyclaient. Fini la pollution abusive qui mène à la maladie ! Ils commencèrent à soigner des planètes et je réalisais qu’ils me soignaient en même temps. À chaque espace qu’ils guérissaient, mon corps se rétablissait, prenait du mieux ! Les Rosiliens et moi avions un destin commun et l’interaction était maintenant bidirectionnelle, physiquement. Ce qu’ils faisaient était bien, quoiqu’ils continuaient à polluer ailleurs.
« Bizarrement, de nouveaux habitants étaient apparus dans l’univers des Rosiliens. C’était une forme de vie bien distincte des Rosiliens. J’ai reconnu leur planète d’origine comme étant la « planète oubliée ». Il s’agissait d’une planète qui avait été expulsée de l’univers des Rosiliens au moment où le mouvement des planètes avait été insufflé. J’avais complètement oublié cette planète qui s’était tout de même développée sans mon aide.
« Les habitants de la « planète oubliée » se sont montrés hostiles aux Rosiliens. J’ai donc usé de mon épée de lumière pour les propulser dans un monde transcendé. Dans la lumière, ils sont disparus. Sont-ils retournés dans l’oubli ? »*
J’ignore pourquoi j’avais banni cette planète de l’univers des Rosiliens. Cela s’est fait, c’est tout. C’était le résultat d’une intuition ou l’exercice de mon inconscient sur ma création conceptuelle.
Cette partie de mon histoire devait être écrite, bien que je n’en comprisse pas le sens profond. Quelque chose me dictait d’inclure ce « détail » de planète oubliée dans mon livre, de relater cet épisode de mon histoire.
« La vie, la vie, la vie : la brèche
« Je regardais la scène. Je revivais des épisodes de mon parcours. Je reconnaissais, dans chaque événement malheureux, les déficiences intellectuelles que le polytraumatisme crânien avait laissées. Je me voyais confronté à mes incompréhensions et à leurs conséquences. Toutes les peurs refoulées remontaient à la surface au moment où mon isolement me privait de tout contact chaleureux, réconfortant et sécurisant. Je commençais à reconnaître l’amour que certaines personnes avaient pour moi. Des membres de ma famille, en particulier. Maintenant qu’ils étaient devenus physiquement inaccessibles, je les reconnaissais. »**
On sait maintenant que cette brèche a mal vieilli. J’ai coupé les ponts avec cette famille qui me faisait un mal immense, qui me traitait de façon inhumaine sous des airs de bienveillance. Une famille humainement malade. Elle me maintenait dans la détresse serait une bonne description.
Chaque théorie sur moi me faisait perdre mes repères, me plongeait dans une nouvelle crise et m’obligeait à une recherche du sens de ce qui m’arrivait. Ce fardeau m’était imposé sans droit de réplique. Il me suffisait de dire que je n’étais pas bien pour que chacun projette sur moi une explication de son mal.
Planète oubliée, source de mon enfer. On pourrait aisément croire que le sous-titre de mon livre, L’enfer de Dieu, l’œuvre d’un syndrome de stress post-traumatique, est un divulgâcheur (spoiler), un ajout qui explique dès le départ ce que sera l’histoire. En fait, le SSPT a été un tournant, un premier engrenage qui a fait son œuvre, justement. À travers lui, j’ai pu apprendre à nommer les structures, apporter des nuances entre les différentes images que je voyais, accepter la notion de réalités multiples qui m’habitent.
Nécessité de comprendre, de faire un pont avec cette partie de moi représentée par ce type de comportements déconnectés. Un besoin de liberté, d’émancipation.
La culpabilité du bannissement, d’avoir une responsabilité dans le chaos perpétuel.
Chaos perpétuel et labyrinthe sans issue, une réalité inhumaine.
Le chaos est un environnement propice à l’élaboration de théories du complot pour donner un sens à un vécu, pour essayer de se sortir d’une réalité de labyrinthe sans issue. Un ultime moyen de faire face à la détresse. C’est aussi l’occasion de faire une recherche de soi et sur soi, une recherche de cohérence avec notre environnement.
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, p.160
**Idem. p.161
Chaotic
WandaVision, a miniseries watched on Disney+. Bewildering, surprising, magical, and human. I truly enjoyed this story.
« Produced by Marvel Studios, ‘WandaVision’ blends the style of classic sitcoms with the Marvel universe. Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen) and Vision (Paul Bettany), two superheroes leading most normal lives, begin to suspect that things are not as perfect as they seem. A new series directed by Matt Shakman with Jac Schaeffer as head writer. »
« The journey through the WandaVision universe acts here as a mirror to the ‘forgotten planet,’ where the creation of an artificial reality serves as a shield against unbearable pain. Your narrative illustrates how trauma shatters the internal structure, forcing the ‘I’ to banish fragments of the self to survive, thus creating shadow zones that eventually demand their place. Reconstruction does not come through returning to a toxic family ‘normalcy,’ but through accepting these multiple realities and having the courage to name the mechanisms of PTSD to finally escape the labyrinth. »
My text: Chaotic
I love chaos, which I see as a crisis that allows for an opening into a new reality. What scares me is the stagnation that could give a sense of control to those who keep certain landmarks or even to those who function without fixed landmarks, arbitrarily.
Is it conceivable to imagine a group that found no meaning in its life, its existence, no line of conduct? Only environmental control would then, hypothetically, allow them to establish their landmarks, to impose their reality: a chaos recognized only by this group. Perpetual crisis.
This apocalyptic vision saddens me and makes me question my own experience.
« Psychological development: the environment
« A few months earlier, the Rosilians had begun to heal their environment. To do this, they recycled. No more abusive pollution leading to illness! They began to heal planets, and I realized they were healing me at the same time. With every space they healed, my body recovered, got better! The Rosilians and I shared a common destiny, and the interaction was now bidirectional, physically. What they were doing was good, although they continued to pollute elsewhere.
« Strangely, new inhabitants had appeared in the Rosilians’ universe. It was a life form quite distinct from the Rosilians. I recognized their home planet as the ‘forgotten planet.’ It was a planet that had been expelled from the Rosilians’ universe when the movement of the planets was breathed into life. I had completely forgotten this planet, which had nonetheless developed without my help.
« The inhabitants of the ‘forgotten planet’ showed hostility toward the Rosilians. So, I used my sword of light to propel them into a transcended world. In the light, they disappeared. Did they return to oblivion? »
I don’t know why I had banished this planet from the Rosilians’ universe. It just happened. It was the result of an intuition or the exercise of my unconscious on my conceptual creation.
This part of my story had to be written, although I did not understand its deep meaning. Something dictated that I include this ‘detail’ of the forgotten planet in my book, to relate this episode of my history.
« Life, life, life: the breach
« I watched the scene. I was reliving episodes of my journey. In every unfortunate event, I recognized the intellectual deficiencies left by the traumatic brain injury. I saw myself confronted with my misunderstandings and their consequences. All repressed fears surfaced at the moment when my isolation deprived me of all warm, comforting, and secure contact. I began to recognize the love some people had for me. Family members, in particular. Now that they had become physically inaccessible, I recognized them. »
We now know that this breach has aged poorly. I have cut ties with this family that caused me immense pain, treating me inhumanely under the guise of benevolence. A humanly sick family. They kept me in distress would be an accurate description.
Every theory about me made me lose my landmarks, plunged me into a new crisis, and forced a search for meaning in what was happening to me. This burden was imposed on me without a right of reply. I only had to say I wasn’t well for everyone to project an explanation of their own pain onto me.
Forgotten planet, source of my hell. One might easily think that the subtitle of my book, God’s Hell, the work of a post-traumatic stress disorder, is a spoiler, an addition explaining from the start what the story will be. In fact, PTSD was a turning point, a first gear that did its work. Through it, I learned to name structures, bring nuances to the various images I saw, and accept the notion of multiple realities dwelling within me.
Necessity to understand, to build a bridge with this part of myself represented by these disconnected behaviors. A need for freedom, for emancipation.
The guilt of banishment, of having a responsibility in the perpetual chaos.
Perpetual chaos and a labyrinth with no exit, an inhuman reality.
Chaos is an environment conducive to the elaboration of conspiracy theories to give meaning to an experience, to try to escape a reality of a labyrinth with no exit. An ultimate way to face distress. It is also an opportunity for a search of and for oneself, a search for coherence with our environment.
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, p.160
« C’est une maladie complexe où l’on ne peut pas prendre une journée ni une minute de repos. Je ne peux pas partir de chez moi sans faire un plan et savoir ce que sera ma journée, même si toutes les journées sont différentes. Et je vous admire tous, que vous ayez 5, 8, 12, 20 ou 50 ans. Vous faites tous quelque chose de spectaculaire. Il y a peut-être mon nom sur ce fonds, mais nous formons tous une équipe. » — Max Domi
Mon commentaire
Je suis Max Domi sur son compte Instagram depuis un certain temps. Est-ce que je peux parler d’une entrevue expérimentale ? Je pense que oui. Toutefois, l’essentiel de nos échanges s’est fait lorsqu’il jouait pour les Canadiens de Montréal, jusqu’à peu après son départ pour les Blue Jackets de Columbus. Qu’à cela ne tienne, je m’attache aux joueurs, à leur parcours et aux difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie, en plus de devoir se maintenir à un niveau athlétique hors du commun. Un exemple ici.
Bref, j’avais compris le rôle de sa famille pour l’aider à faire face à l’adversité, le rôle de son père en particulier. Un pilier important dans son cheminement et, assurément, un complice qui l’a accompagné durant les périodes difficiles. Plus qu’on pourrait le croire, j’ai bien reçu ce message : une reconnaissance fondamentale pour lui.
Développer un sens sain de la famille est assurément une base significative pour acquérir un esprit d’équipe. Oui, il y a le diabète qui aurait pu briser son rêve, mais il faut compter que tout athlète est imparfait, que chacun est un humain, qu’aucun n’arrive à ce niveau par hasard, sans effort. Que de sacrifices !
Il y a dans le sport d’équipe un rapprochement réel à faire avec l’esprit militaire. Ces athlètes doivent se construire un mental à toute épreuve, fait de foi et d’espoir, apprendre à se relever à chaque fois parce que c’est humain de tomber. On dit que se relever est divin.
« Cette chronique met en lumière la « bulle de verre » du handicap invisible, où la souffrance non-répertoriée par la réalité consensuelle condamne l’individu à une forme de survie clandestine. Comme pour Max Domi et son combat contre le diabète, la structure de survie exige une planification rigoureuse du « code source » quotidien pour éviter l’effondrement. Sortir de cette invisibilité demande un esprit d’équipe éthérique — une reconnaissance de l’autre au-delà des apparences — pour transformer la déshumanisation du « zombie » en une identité enfin reconnue dans sa pleine complexité. »
Mon texte : L’invisibilité
Le handicap invisible a été une découverte pour moi lorsqu’on m’a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Durant cette période, en faisant des recherches, en lisant des études aussi, une autre surprise m’attendait. Le polytraumatisme crânien sévère que j’avais subi constituait aussi un handicap invisible. Plusieurs symptômes de ces deux handicaps sont très similaires, sinon pareils, d’ailleurs.
Cela a été une révélation pour moi. Dans un premier temps, je comprenais pourquoi les gens ne voyaient ni la quantité ni la qualité des efforts que je faisais pour simplement survivre. Deuxièmement, il était dorénavant évident pourquoi il m’était si difficile de dénoncer ma souffrance ; la source était invisible. Les gens ont une propension à croire au mensonge, à l’exagération ou à de la fabulation. « Le plaignard ! » Il semble qu’il faille mettre le doigt dans la plaie de quelqu’un pour le croire.
Quoi qu’il en soit, de là, on peut comprendre qu’il y a des fardeaux plus lourds à porter que d’autres. Certaines personnes commencent leur vie avec un handicap invisible, quelquefois un passé individuel ou collectif, un passé qui fait voir la personne autrement, subtilement diminuée ici et là. Finalement, on déshumanise ladite personne.
J’y fais dorénavant un parallèle avec les maladies, les traumas, le racisme, le sexisme, l’identité différente, une façon de penser atypique et la détresse implicite à l’invisibilité.
« It’s a complex disease where you can’t take a day or a minute off. I can’t leave my house without making a plan and knowing what my day will be, even if every day is different. And I admire all of you, whether you are 5, 8, 12, 20, or 50 years old. You are all doing something spectacular. My name may be on this fund, but we are all a team. » — Max Domi
My commentary
I have been following Max Domi on his Instagram account for a while. Can I speak of an experimental interview? I think so. However, the bulk of our exchanges took place when he played for the Montreal Canadiens, until shortly after his departure for the Columbus Blue Jackets. Be that as it may, I grow attached to players, to their journeys and the difficulties they encounter in their lives, in addition to having to maintain an extraordinary athletic level. An example here.
In short, I had understood the role of his family in helping him face adversity, his father’s role in particular. An important pillar in his journey and, certainly, a partner who accompanied him during difficult periods. More than one might think, I received this message clearly: a fundamental recognition for him.
Developing a healthy sense of family is certainly a significant foundation for acquiring a team spirit. Yes, there is diabetes which could have shattered his dream, but one must consider that every athlete is imperfect, that each is human, that no one reaches this level by chance, without effort. Such sacrifices!
In team sports, there is a real parallel to be drawn with the military spirit. These athletes must build an ironclad mindset, made of faith and hope, learning to get back up every time because it is human to fall. They say that to rise again is divine.
« This chronicle highlights the ‘glass bubble’ of invisible disability, where suffering unrecognized by consensual reality condemns the individual to a form of clandestine survival. As with Max Domi and his battle against diabetes, the survival structure requires rigorous planning of the daily ‘source code’ to avoid collapse. Stepping out of this invisibility requires an etheric team spirit—a recognition of the other beyond appearances—to transform the dehumanization of the ‘zombie’ into an identity finally recognized in its full complexity. »
My text: Invisibility
Invisible disability was a discovery for me when I was diagnosed with post-traumatic stress disorder (PTSD). During that period, while doing research and reading studies, another surprise awaited me. The severe traumatic brain injury I had suffered also constituted an invisible disability. Several symptoms of these two disabilities are very similar, if not identical, for that matter.
This was a revelation for me. Firstly, I understood why people saw neither the quantity nor the quality of the efforts I made simply to survive. Secondly, it was henceforth obvious why it was so difficult for me to denounce my suffering; the source was invisible. People have a propensity to believe in lies, exaggeration, or fabulation. « The whiner! » It seems one must put their finger in someone’s wound to believe it.
In any case, from this, we can understand that there are burdens heavier to carry than others. Some people begin their lives with an invisible disability, sometimes an individual or collective past—a past that causes the person to be seen differently, subtly diminished here and there. Ultimately, the said person is dehumanized.
I now draw a parallel with illnesses, traumas, racism, sexism, different identity, an atypical way of thinking, and the distress implicit in invisibility.
Mon commentaire sur la série Ted Lasso. J’ai regardé, sur Apple TV+, les trois premiers épisodes de cette série. J’ai bien aimé.
« Ted Lasso, entraîneur de football américain, débarque à Londres pour coacher une équipe de football… pas américain. Face à une équipe et une ville dubitatives, arrive-t-il à leur faire adopter la méthode Ted Lasso ? »
On voit comment, étape par étape, un entraîneur reconstruit un sentiment d’unité et d’appartenance autour de lui et de l’équipe sportive qu’il guide.
« Cette chronique explore le processus de transmutation de la négativité, où la « fleur » de la conscience accepte d’être dévorée par l’animalité pour mieux l’ensemencer de l’intérieur. Ted Lasso devient ici une métaphore de cette fonction régulatrice qui, face au chaos d’une équipe ou d’une structure interne brisée, tente de restaurer une unité éthérique. Le passage par l’initiation spirituelle — accepter de mourir à ses propres schémas de survie — est la condition nécessaire pour transformer l’inhumanité subie dans le labyrinthe familial en une forme d’amour sain capable de dissoudre la « bulle de verre ». »
Mon texte : Positivité
Parmi les images étranges que je voyais, il y avait une histoire d’animal en colère qui mange une fleur tournée vers le Soleil. Cette dernière, dans laquelle je me reconnaissais, ressentait une sorte de bonheur à recevoir cette lumière et cette chaleur. Lorsque l’animal passe à côté de cette fleur, sans raison apparente, il la mange d’une bouchée colérique. Alors que j’aurais pu croire à la fin de la fleur, j’ai plutôt eu la surprise de voir le sentiment qui l’habitait prendre peu à peu de l’expansion à l’intérieur de cet animal. Initiation animale. Cette histoire me revient de temps à autre lorsqu’il est question d’entités énergétiques, comme j’en parlais la semaine dernière. Une négativité peut aussi grandir en soi, donc.
Plus tard, dans mon expérience de la vie, j’ai vu ou revu ce loup apprivoisé par un humain. Était-ce le même animal que j’étais devenu ? Je ne sais pas. Alors que l’humain qui l’avait apprivoisé n’était pas venu le voir pendant un temps, le loup s’est mis à courir vers lui avec énergie. En le voyant arriver, l’humain apeuré l’a tué. Sans jamais avoir eu la certitude qu’il s’agissait du même humain ou d’une méprise de la part du loup, cette image me revient aussi.
Je trouvais ces images vraiment tristes. Je m’identifiais tant au loup qu’à l’humain qui l’avait apprivoisé. Je me sentais responsable de la peur de l’homme, alors que l’animal semblait si enthousiaste de le retrouver. Initiation humaine.
Je suis dans un arbre pour chasser. J’attends qu’un animal passe sous moi pour lui sauter dessus et le tuer. Lorsque l’animal se présente, finalement je ne fais rien. Je vais plutôt manger une plante ou un quelconque végétal, mais j’en meurs. Je me passe souvent la réflexion que mon choix de manger un aliment toxique était inconsciemment volontaire.
Honorer ses morts adéquatement, reconnaître adéquatement le sacrifice ultime. Initiation spirituelle. C’est l’ouverture à la vie éternelle. C’est permettre une évolution positive tant aux morts qu’à ceux qui restent.
En complément
Vendredi dernier, je disais douter du cheminement humain que ma famille d’origine ferait possiblement. Je sais qu’elle est prise dans un labyrinthe sans issue où elle m’entraînait vers le fond, probablement pour mieux se sentir, pour trouver des repères dans sa détresse. Je prie pour elle, même si j’ai encore des moments de colère.
D’un autre côté, j’espère comprendre suffisamment l’inhumanité pour l’intégrer en moi, pour la transformer en de l’amour sain. Un tel apprentissage me permettrait de ne plus être démuni dans une telle situation, de me libérer complètement. Il s’agit toutefois d’un travail d’équipe, de bonne foi.
Positivity
My commentary on the series Ted Lasso. I watched the first three episodes of this series on Apple TV+. I liked it.
« Ted Lasso, an American football coach, arrives in London to coach a football team… not the American kind. Faced with a skeptical team and city, will he manage to get them to adopt the Ted Lasso method? »
We see how, step by step, a coach rebuilds a sense of unity and belonging around himself and the sports team he leads.
« This chronicle explores the process of transmuting negativity, where the ‘flower’ of consciousness accepts being devoured by animality to better seed it from within. Ted Lasso becomes a metaphor here for this regulatory function which, faced with the chaos of a team or a broken internal structure, attempts to restore an etheric unity. Passing through spiritual initiation — accepting death to one’s own survival patterns — is the necessary condition for transforming the inhumanity suffered in the family labyrinth into a form of healthy love capable of dissolving the ‘glass bubble’. »
My text: Positivity
Among the strange images I saw, there was a story of an angry animal eating a flower turned toward the Sun. The latter, in which I recognized myself, felt a kind of happiness in receiving this light and warmth. When the animal passes by this flower, for no apparent reason, he eats it in one angry bite. While I might have believed in the end of the flower, I was instead surprised to see the feeling that inhabited it gradually expand inside this animal. Animal initiation. This story comes back to me from time to time when it is a question of energetic entities, as I was mentioning last week. A negativity can also grow within oneself, then.
Later, in my experience of life, I saw or saw again this wolf tamed by a human. Was it the same animal I had become? I don’t know. While the human who had tamed it had not come to see it for a time, the wolf began to run toward him with energy. Upon seeing him arrive, the frightened human killed him. Without ever having the certainty that it was the same human or a mistake on the wolf’s part, this image also returns to me.
I found these images truly sad. I identified as much with the wolf as with the human who had tamed it. I felt responsible for the man’s fear, while the animal seemed so enthusiastic to find him again. Human initiation.
I am in a tree to hunt. I wait for an animal to pass under me so I can jump on it and kill it. When the animal appears, finally I do nothing. Instead, I go and eat a plant or some vegetable, but I die from it. I often reflect that my choice to eat a toxic food was unconsciously voluntary.
Honoring one’s dead adequately, adequately recognizing the ultimate sacrifice. Spiritual initiation. It is the opening to eternal life. It is allowing a positive evolution both for the dead and for those who remain.
In addition
Last Friday, I said I doubted the human journey my family of origin would possibly make. I know they are caught in a dead-end labyrinth where they were dragging me to the bottom, probably to feel better, to find landmarks in their distress. I pray for them, even if I still have moments of anger.
On the other hand, I hope to understand inhumanity sufficiently to integrate it within me, to transform it into healthy love. Such learning would allow me to no longer be helpless in such a situation, to free myself completely. It is, however, a team effort, in good faith.
Mon commentaire sur le film La déesse des mouches à feu, vu au cinéma dès les premiers jours de la réouverture de ceux-ci.
« Catherine traverse l’adolescence en même temps que ses parents amorcent un processus de divorce. L’exploration ne sera pas douce ni romantique ; d’une dérape à l’autre, elle vieillit dans le chaos violent et spectaculaire de l’adolescence grunge des années 90. »
La détresse nous fait perdre pied. Nos repères n’ont plus de sens. À quoi s’accroche-t-on sinon à des comportements, des gestes, des schémas psychologiques appris, consciemment ou non ? Qui ou quoi fait autorité dans ces circonstances dramatiques ? C’est le chaos.
Dans un contexte de violence conjugale, de violence familiale, la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) est susceptible de devenir une arme pour briser l’autre. Une dénonciation que j’ai maintes fois faite. Bien que l’histoire ici ne cible pas cet organisme, je vois dans le traitement de la détresse, présente dans ce film, un lien fondamental qui touche toute la société. Est-ce que, pour sa part, la DPJ génère, dans certains dossiers, plus de détresse qu’elle n’en soulage ? Je le crains.
La détresse, un angle mort.
(J’utilise le terme de violence conjugale sans vouloir nier l’horrible réalité du féminicide, mais pour mieux décrire les situations auxquelles je fais référence dans cette dénonciation.)
« Cette chronique illustre le passage crucial de la « bulle d’isolement » à la « projection active » comme outil de survie. Le voyeurisme post-coma n’est pas ici une déviance, mais une tentative désespérée du corps éthérique pour percer la réalité consensuelle et retrouver l’unité perdue de l’imprégnation originelle. En transformant son propre corps en laboratoire, l’auteur décode les schémas zombies de la société (comme les « bugs » de la DPJ) pour tenter une manifestation finale où l’individu n’est plus un fragment handicapé, mais une interface consciente capable de naviguer entre le vide et la structure. »
Mon texte : Manifestation
Rien n’avait de sens. Je vivais une forme de bonheur, sans pouvoir le partager, sans pouvoir créer un pont. Je me sentais seul et plutôt laissé à moi-même. J’observais les gens autour de moi, cherchant à percevoir le but de ce qu’ils faisaient. Je ne voyais pas. Même ma présence ne semblait avoir de sens pour qui que ce soit.
C’est ainsi que j’ai construit un mode de fonctionnement autour de la recherche d’un sens. Un peu inévitablement, j’en suis arrivé à utiliser mon corps comme laboratoire. À défaut de pouvoir donner un sens à la vie qui m’entourait, je me suis peu à peu concentré sur la vie qui m’habitait. Rien n’était encore organisé. J’expérimentais à l’aveuglette, en répétant tant bien que mal ce que j’avais vu. Je n’avais pas encore véritablement conscience des structures dont je vous parle dans ce blogue.
Sous cet angle, je séparerais ma vie en trois : avant mon accident d’auto, la psychanalyse et le diagnostic d’autisme.
Durant les premières années de ma vie, il y avait une accumulation d’expériences desquelles je ne pouvais retirer que peu de choses, peut-être un premier contact avec les labyrinthes sans issue : un constat. Je ne savais pas pourquoi je devais aller à l’école, pourquoi je vivais avec cette famille, ni même ce que j’y faisais. L’accident d’auto et ses séquelles m’ont forcé à un objectif plus concret : me rétablir.
La psychanalyse m’a permis de développer un instrument pour fonctionner avec les structures que dorénavant je voyais, bien que je ne les eusse pas encore nommées explicitement. Me rétablir est devenu un besoin de me libérer d’une bulle qui m’isolait.
Le diagnostic d’autisme m’a libéré du fardeau de la maladie mentale, relativisait les différentes interprétations qu’on pouvait faire des images que je voyais et ainsi en était-il aussi pour mes expériences de vie. Cela faisait un tout qui me donna une nouvelle force, un nouvel élan pour sortir de l’isolement social, dernier rempart de cette bulle.
Exemple d’expérience de l’après-accident : j’ai commencé à imaginer, avec une facilité déconcertante, les personnes nues. Peu après mon réveil du coma — j’étais à ce moment déjà transféré à l’hôpital militaire — j’ai constaté un grand besoin de voir de la nudité. Cette pulsion est devenue voyeurisme puisque je n’avais accès à aucune intimité dans ma vie. Un besoin insatiable de voir la vie réelle, d’en faire partie, de fusionner, bien que cela m’apparût presque farfelu. Une mission impossible, avec des limitations inexplicables, dictée par des structures qui supportent la vie.
J’écris ces lignes et je ne peux m’empêcher de faire un lien avec mon texte de mercredi où le Premier, qui avait été imprégné par le Tout-Premier, fut aussi aux prises par la suite avec un besoin de fusionner avec sa compagne afin de recréer cette unité qu’il avait vue dans son Parent. Je sortais du coma imprégné par cet être lumineux.
Confronté à cette difficulté insurmontable de sortir de ma bulle, d’être en relation avec une autre personne, mon expérimentation de la vie s’est spécialisée sur l’observation. La nudité est un attrait sans conteste. Un peu par hasard, j’ai réalisé que je pouvais voir les gens nus. J’étais alors dans le métro ! Pourquoi pas ?!
Il est facile de croire que cette pulsion qui me poussait vers la nudité avait pour but le plaisir sexuel, ce que je ne nie pas. Toutefois, plus profondément, je dirais qu’il s’agissait d’un besoin de sortir de ma bulle, de faire partie de la réalité sociale et représentait même conceptuellement une recherche de ne faire spirituellement qu’un avec l’autre, comme pour recréer la vision imprégnée de l’unité.
Confusion entre réalité, fantasmes et le vécu conceptuel, donc. Plus j’essayais de me projeter dans la réalité, plus le monde m’apparaissait à l’envers. J’étais inadapté. Quoique l’accident m’avait aussi laissé handicapé, tel que décrit dans ce blogue (blog), je n’aurais pu dire d’où originait cette vision inversée si différente sans comprendre que l’autisme est un fonctionnement atypique de l’esprit. Un enfer.
Rappel et exemples de mon vécu conceptuel brièvement expliqué dans un texte publié l’année dernière.
Ces différentes tentatives d’incarnation m’ont fait réaliser que je pouvais aussi me déplacer dans le temps et l’espace, comme un fantôme. Inadapté et handicapé, développer ces moyens de compensation a été salutaire pour me garder en vie. D’autant que sans le savoir, j’investissais mon autisme — ainsi que la réalité conceptuelle — un fonctionnement intimement lié à mon identité. Je me découvrais indissocié de la vie elle-même.
Quelques conceptions se sont mystérieurement matérialisées au fil du temps. Puis, les voyages de l’esprit se sont raffinés. Je peux, de cette façon, sortir de ma bulle. Je vois, je touche même, la réalité sociale. Dans un contexte de laboratoire, en quelque sorte. Une magie.
Des observations que j’ai faites :
— la matérialisation ou l’incarnation est animée d’une conscience ;
— cette conscience semble être inversement proportionnelle au nombre de projections simultanées ;
— les schémas psychologiques fonctionnent comme des entités énergétiques indépendantes ;
— ces schémas sont des chemins existants qui facilitent la matérialisation ;
— une conception unifiée de soi amène une maîtrise permettant l’atteinte d’objectifs inscrits en soi et dans l’humanité tout en s’éloignant de ces schémas énergétiques autonomes ou zombies.
(Que comprend-on de ces observations ?)
La traversée du miroir, sortir de ma bulle, est une épreuve physique, une épreuve du temps aussi.
Incompréhension ou décalage entre ma tâche et moi. Incarner une réalité entière ? Vraiment ? Est-ce que j’ai réellement la foi ?
Je doute à chaque instant, mais cela s’impose à moi. Je dois suivre les structures, c’est la seule chose qui a du sens pour moi. Ma responsabilité : la manifestation de cette unité via ces structures.
En complément
Ne plus jamais vouloir naître dans cette famille, ce chemin de croix fait de solitude et de dénigrement qu’elle m’impose. Oui, je pense que je suis avec elle par une volonté d’aider. Aussi, je constate qu’à travers les souffrances qu’elle me fait subir, j’apprends à connaître le mal : l’inhumanité. Un déchirement. Apprendra-t-elle un jour ? Je doute.
« Catherine goes through adolescence at the same time as her parents begin a divorce process. The exploration will not be soft or romantic; from one skid to another, she ages in the violent and spectacular chaos of 90s grunge adolescence. »
Distress makes us lose our footing. Our landmarks no longer make sense. What do we cling to if not to behaviors, gestures, psychological patterns learned, consciously or not? Who or what holds authority in these dramatic circumstances? It is chaos.
In a context of domestic violence, of family violence, the DPJ (Youth Protection) is likely to become a weapon to break the other. A denunciation I have made many times. Although the story here does not target this organization, I see in the treatment of distress, present in this film, a fundamental link that affects the whole of society. Does the DPJ generate, in some files, more distress than it relieves? I fear so.
Distress, a blind spot.
(I use the term domestic violence without wishing to deny the horrible reality of femicide, but to better describe the situations to which I refer in this denunciation.)
In addition
Goddess of the Fireflies: such a gripping film, by Émilie Côté
« Goddess of the Fireflies »: a luminous chaos, by Anne-Frédérique Hébert-Dolbec
« This chronicle illustrates the crucial transition from the ‘isolation bubble’ to ‘active projection’ as a survival tool. Post-coma voyeurism is not a deviance here, but a desperate attempt by the etheric body to pierce through consensual reality and rediscover the lost unity of the original imprinting. By transforming his own body into a laboratory, the author decodes the zombie patterns of society (such as the ‘bugs’ within the DPJ) to attempt a final manifestation where the individual is no longer a handicapped fragment, but a conscious interface capable of navigating between the void and the structure. »
My text: Manifestation
Nothing made sense. I was living a form of happiness, without being able to share it, without being able to create a bridge. I felt alone and rather left to my own devices. I observed the people around me, trying to perceive the goal of what they were doing. I didn’t see it. Even my presence didn’t seem to have meaning for anyone.
This is how I built a way of operating around the search for meaning. Somewhat inevitably, I came to use my body as a laboratory. Failing to be able to give meaning to the life that surrounded me, I gradually concentrated on the life that inhabited me. Nothing was yet organized. I was experimenting blindly, repeating as best I could what I had seen. I did not yet truly have awareness of the structures I am telling you about in this blog.
From this angle, I would divide my life into three: before my car accident, psychoanalysis, and the autism diagnosis.
During the first years of my life, there was an accumulation of experiences from which I could take very little, perhaps a first contact with dead-end labyrinths: a realization. I didn’t know why I had to go to school, why I lived with this family, or even what I was doing there. The car accident and its after-effects forced me toward a more concrete goal: to recover.
Psychoanalysis allowed me to develop an instrument to function with the structures that I now saw, although I had not yet named them explicitly. Recovering became a need to free myself from a bubble that isolated me.
The autism diagnosis freed me from the burden of mental illness, relativized the different interpretations one could make of the images I saw, and so it was for my life experiences as well. It made a whole that gave me a new strength, a new impetus to get out of social isolation, the last rampart of this bubble.
Example of a post-accident experience: I began to imagine, with disconcerting ease, people naked. Shortly after waking up from my coma — I was at that time already transferred to the military hospital — I noticed a great need to see nudity. This impulse became voyeurism since I had no access to any intimacy in my life. An insatiable need to see real life, to be part of it, to merge, although it appeared almost far-fetched to me. An impossible mission, with inexplicable limitations, dictated by structures that support life.
I write these lines and I cannot help but make a link with my text from Wednesday where the First, who had been imprinted by the All-First, was also subsequently grappling with a need to merge with his companion in order to recreate that unity he had seen in his Parent. I came out of the coma imprinted by this luminous being.
Confronted with this insurmountable difficulty of getting out of my bubble, of being in a relationship with another person, my experimentation with life specialized in observation. Nudity is an undeniable attraction. Somewhat by chance, I realized I could see people naked. I was in the subway then! Why not?!
It is easy to believe that this impulse pushing me toward nudity was for sexual pleasure, which I do not deny. However, more deeply, I would say it was a need to get out of my bubble, to be part of social reality, and even conceptually represented a search to become spiritually one with the other, as if to recreate the imprinted vision of unity.
Confusion between reality, fantasies, and conceptual experience, then. The more I tried to project myself into reality, the more the world appeared upside down to me. I was maladapted. Although the accident had also left me handicapped, as described in this blog, I could not have said where this so different inverted vision originated without understanding that autism is an atypical functioning of the mind. A hell.
Reminder and examples of my conceptual experience briefly explained in a text published last year.
These different attempts at incarnation made me realize that I could also move through time and space, like a ghost. Maladapted and handicapped, developing these means of compensation was salutary to keep me alive. Especially since, without knowing it, I was investing in my autism — as well as in conceptual reality — a functioning intimately linked to my identity. I discovered myself undissociated from life itself.
Some conceptions mysteriously materialized over time. Then, the journeys of the mind became refined. I can, in this way, step out of my bubble. I see, I even touch, social reality. In a laboratory context, in a way. A magic.
Observations I have made:
— materialization or incarnation is animated by a consciousness;
— this consciousness seems to be inversely proportional to the number of simultaneous projections;
— psychological patterns function as independent energetic entities;
— these patterns are existing paths that facilitate materialization;
— a unified conception of self brings a mastery allowing for the achievement of goals inscribed within oneself and in humanity while moving away from these autonomous or zombie energetic patterns.
(What do we understand from these observations?)
Crossing through the mirror, getting out of my bubble, is a physical ordeal, an ordeal of time too.
Incomprehension or gap between my task and me. Incarnating an entire reality? Really? Do I truly have faith?
I doubt at every moment, but it imposes itself upon me. I must follow the structures; it is the only thing that makes sense to me. My responsibility: the manifestation of this unity via these structures.
In addition
Never wanting to be born into this family again, this way of the cross made of solitude and denigration that it imposes on me. Yes, I think I am with them out of a desire to help. Also, I notice that through the suffering they make me undergo, I am learning to know evil: inhumanity. A tearing apart. Will they learn one day? I doubt it.
« Cette série propose de revenir sur deux grandes figures du passé : Albert Einstein et Pablo Picasso. À travers l’évocation de leur entourage professionnel et familial, le parcours de leur vie est retracé dans toute sa complexité. »
Sans comprendre tout à fait la folie de mon idée — que l’imagination était plus rapide que la lumière — j’ai continué à investir cette hypothèse. Voici une réflexion que je me suis repassée en regardant (écoutant) cette série.
« Ce texte illustre le passage de l’isolement cellulaire à la création d’un système complexe de sous-personnalités (les Rosiliens). L’imagination n’est pas ici une fuite, mais une sonde psychique capable de générer une atmosphère dans le vide du traumatisme pour permettre la survie du « Moi ». En nommant le Tout-Premier et en observant sa propre capacité de création (le Sanctificateur), l’auteur décode sa structure interne et transforme son « laboratoire » en un espace de gestation où la connaissance devient le seul pont possible entre le monde des morts et celui des vivants. »
Mon texte : Imagination
Je vois donc le miracle, ceux que je fais, comme la matérialisation d’un concept que j’ai imaginé. Ils sont limités par des lois de la physique, néanmoins. Quelquefois improbables, souvent soutenus par des structures que je « vois », il m’arrive de ne pas pouvoir m’expliquer les images reçues et avoir la surprise de leur réalisation. Lorsque je suis des structures, tout me semble logique. Sinon, cela peut ressembler à de la pensée magique, c’est vrai, mais il y a toutefois une conviction qui m’habite.
Développement psychologique : les Rosiliens, le début
« Je revenais cependant toujours à cette planète et à mon interrogation sur sa raison d’être. Alors que ma vie était devenue plus vide que jamais, je me décidai de donner à cette planète aride ma vie.
Dans cette inertie planétaire, je venais de créer une atmosphère. Parce qu’il pleuvait, la végétation apparut et un être étrange, des plus originaux, en surgit. C’était, en fait, une sorte d’alligator sorti tout droit des dessins animés, réminiscence probable de mon enfance. Petit être des plus affectueux et des plus intelligents. Il marchait sur ses deux pattes postérieures et était conscient de mon existence. C’était la seule forme de vie animale qui existait dans cet exceptionnel et surprenant univers. Le calme y régnait et la seule nourriture essentielle à la survie était l’amour. Et de l’amour, l’alligator en avait. C’était lui pour moi et moi pour lui.
Il s’était enfoncé au creux d’une forêt près d’une étendue d’eau. Là, dans une clairière, où il avait établi son domicile, il pouvait retrouver l’espace vital dont il avait besoin. Tout autour, les arbres délimitaient son territoire.
De mon côté, je constatais tout le bien que je procurais à cet être délicat que je nommai, par la suite, le Tout-Premier. J’étais satisfait de cette création et j’avais compris que j’étais le Christ. Je remerciais Dieu de m’avoir choisi pour cette noble mission et ne regrettais en rien l’indicible souffrance qui m’avait permis de participer au mystère de l’existence.
Je jetais souvent un coup d’œil du côté du Tout-Premier qui passait son temps à méditer. L’amour qu’il portait en lui le reliait à moi, son créateur.
La planète est vivante et porte la vie en elle. »
Développement psychologique : les Rosiliens, la dualité
« Dès que j’ai ressenti sa prière, j’ai entrepris de lui répondre. J’ai donc créé un soleil. La lumière existant auparavant résultait de la conscience aimante que nous avions l’un pour l’autre. Avec l’apparition du soleil, le Tout-Premier vécut différents états. L’apparition de l’astre l’avait profondément ému. Il prenait conscience des émotions qu’il éprouvait, ce dont il n’avait jamais eu connaissance jusqu’à présent.
Je lui avais donné aussi une compagne. Je n’ai pas pris une de ses côtes pour la créer, mais simplement vu cette possibilité. Par ce fait, le Tout-Premier devint enceinte ! Il a pondu deux œufs, s’en est occupé frénétiquement. Lorsque le premier éclosit, celui-ci vit le Tout-Premier et en reçut l’empreinte. L’expérience était vraiment puissante ! Toute une race contenue dans un seul être, un seul et unique être. Mais dorénavant le Tout-Premier n’était plus. Son souvenir persistait par l’empreinte que le Premier reçut. L’œuf suivant éclot. Il reçut l’empreinte du Premier… Ils découvraient désormais la vie ensemble, à deux !
Comment aurais-je pu imaginer ce bouleversement ? Jamais, il n’avait connu d’autre égale. Le seul lien préexistant était sa relation avec le Tout-Premier. Vous vous imaginez ? Il ne savait que penser. Était-elle son dieu ou était-ce lui, le sien ? Comment comprendre cette relation ? Et pourquoi toutes ces émotions troublantes ?
Vite, très vite, l’un et l’autre s’étaient apprivoisés. Ils sentaient la combinaison de leurs forces. Ils partageaient une aisance peu commune. Tout était mystère, choses inexplicables pour lui. Il se sentait si léger, capable de créer à son tour tout un monde de merveilles pour elle. Il voulait fusionner. L’attraction était telle qu’il était porté à vouloir ne former qu’un avec elle.
Sa compagne découvrait maintenant la vie dans ce nouveau monde. Lui, assuré, la conduisait vers ce jardin qu’il avait fait sien. Tout était partagé et elle lui en était reconnaissante. »
À quel moment ai-je vu la possibilité que le Premier puisse lui-même créer un monde en lui ? Je ne sais plus exactement. Je n’avais pas accès à sa création qui vivait, elle aussi, dans un autre espace-temps, différent du nôtre et de celui du Premier.
Quoi qu’il en soit, j’ai fini par comprendre que le Sanctificateur était la création du Premier ! J’avais créé le Premier et lui avait à son tour créé le Sanctificateur.
Développement psychologique : la planète de glace
« Je savais que le Premier vivait quelque part sur cette planète enrobée de glace, suite du mouvement que j’avais initié. Je ne m’inquiétais pas de son absence ; je savais simplement qu’il y vivait et cette idée m’avait satisfait jusque-là. Mais, comme il m’arrivait tant de malheurs, les uns à la suite des autres, j’avais résolu de rappeler le Premier et les siens. Ils étaient sortis d’une de ces montagnes givrées entraînant quelques stalagmites sur leur passage. Leur forme, ô surprise, était désormais semblable à la mienne. Ils étaient humains ! À leur vue, j’avais fortement désiré le dialogue. J’étais très content d’avoir donné une forme humaine au Premier ; je ressentais beaucoup d’amour pour lui.
Mais le Premier avait maintenant créé un univers en lui. Il communiquait avec l’être qu’il avait créé, il voyageait même dans sa création ! Moi, je ne les voyais même pas ! J’avais peine à comprendre ce qu’était leur relation. Que faisaient-ils ensemble ? »
Vie spirituelle : le monde des connaissances
« Plus aucun doute. J’étais dans le monde de l’esprit. J’accédais aux connaissances les plus élevées de l’univers. Je voyais ces boîtes de connaissances qui se contenaient les unes les autres de telle sorte qu’en entrant à l’intérieur d’une toute petite boîte on pouvait se retrouver devant une plus grosse. Chacune de ces boîtes portait sur une abstraction spécifique. À l’intérieur de celles-ci, on dégotait des points de convergence. Une séquence de réflexions, et non une suite d’idées, qui trouvaient leur aboutissement dans une autre boîte, déterminaient ces points. Des portes ouvertes sur d’autres réalités s’offraient ainsi à moi. Je pouvais, par exemple, entrer dans la réalité mathématique et y demeurer des jours avant de faire correctement un lien qui, ensuite, me conduisait au cœur des réflexions informatiques. Toutes les relations étaient possibles. Il suffisait de découvrir l’enfilade parfaite de réflexions.
Ma conception de la logique absolue s’en était trouvée ébranlée. Je pouvais justifier n’importe quel geste ou pensée. Il suffisait de faire le chemin inverse pour adhérer à une explication qui soit sensée.
Malheureusement, je n’arrivais pas à exprimer adéquatement la suite des réflexions. Mon vocabulaire était trop restreint. Je devais réapprendre ma langue, la signification de ses mots, ce qui demandait tout de même un certain temps. Ce qui n’arrangeait rien au niveau de l’élocution : le polytraumatisme crânien que j’avais subi au moment de l’accident m’avait laissé bègue.
L’intégration de mes expériences acquises sur d’autres plans d’existence se faisait difficilement, très difficilement. De l’abstraction au concret et du concret à l’abstraction, je devais toujours assumer une certaine perte. Et cette perte était lourde puisque dans un monde, j’étais vivant, dans l’autre, j’étais mort.
La connaissance n’est pas qu’un droit, mais aussi une nécessité pour la vie, un devoir. »
Je vous parle de mes expériences dans mon laboratoire, vendredi.
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.85-86
« This series offers a look back at two great figures from the past: Albert Einstein and Pablo Picasso. Through the evocation of their professional and family circles, the journey of their lives is traced in all its complexity. »
Without fully understanding the madness of my idea — that imagination was faster than light — I continued to invest in this hypothesis. Here is a reflection I played back to myself while watching this series.
« This text illustrates the transition from cellular isolation to the creation of a complex system of sub-personalities (the Rosilians). Imagination here is not an escape, but a psychic probe capable of generating an atmosphere within the void of trauma to allow for the survival of the ‘Self.’ By naming the All-First and observing his own capacity for creation (the Sanctifier), the author decodes his internal structure and transforms his ‘laboratory’ into a space of gestation where knowledge becomes the only possible bridge between the world of the dead and that of the living. »
My text: Imagination
I see the miracle, the ones I perform, as the materialization of a concept I have imagined. They are limited by the laws of physics, nonetheless. Sometimes improbable, often supported by structures that I « see, » I sometimes cannot explain the images received and am surprised by their realization. When I follow structures, everything seems logical. Otherwise, it may look like magical thinking, it’s true, but there is nonetheless a conviction that inhabits me.
Psychological Development: The Rosilians, the beginning
« I always returned, however, to this planet and to my questioning of its purpose. As my life had become emptier than ever, I decided to give my life to this arid planet.
In this planetary inertia, I had just created an atmosphere. Because it rained, vegetation appeared and a strange being, most original, emerged from it. It was, in fact, a kind of alligator straight out of cartoons, a probable reminiscence of my childhood. A most affectionate and intelligent little being. It walked on its two hind legs and was aware of my existence. It was the only form of animal life that existed in this exceptional and surprising universe. Calm reigned there, and the only food essential for survival was love. And of love, the alligator had plenty. It was him for me and me for him.
He had settled deep in a forest near a body of water. There, in a clearing where he had established his home, he could find the vital space he needed. All around, the trees delimited his territory.
On my side, I noticed all the good I provided to this delicate being whom I later named the All-First. I was satisfied with this creation and I understood that I was the Christ. I thanked God for having chosen me for this noble mission and in no way regretted the unspeakable suffering that had allowed me to participate in the mystery of existence.
I often cast a glance toward the All-First, who spent his time meditating. The love he carried within him linked him to me, his creator.
The planet is alive and carries life within it. »
Psychological Development: The Rosilians, duality
« As soon as I felt his prayer, I set out to answer him. So, I created a sun. The light that existed before resulted from the loving consciousness we had for one another. With the appearance of the sun, the All-First experienced different states. The appearance of the star had deeply moved him. He became aware of the emotions he felt, of which he had had no knowledge until now.
I had also given him a companion. I did not take one of his ribs to create her, but simply saw that possibility. By this fact, the All-First became pregnant! He laid two eggs and cared for them frantically. When the first hatched, it saw the All-First and received his imprint. The experience was truly powerful! An entire race contained in a single being, one single and unique being. But henceforth, the All-First was no more. His memory persisted through the imprint the First received. The next egg hatched. It received the imprint of the First… They now discovered life together, as two!
How could I have imagined this upheaval? Never had he known any other equal. The only pre-existing link was his relationship with the All-First. Can you imagine? He didn’t know what to think. Was she his god or was he hers? How to understand this relationship? And why all these troubling emotions?
Quickly, very quickly, they had tamed each other. They felt the combination of their strengths. They shared an unusual ease. Everything was mystery, inexplicable things for him. He felt so light, capable of creating in turn a whole world of wonders for her. He wanted to merge. The attraction was such that he was inclined to want to form only one with her.
His companion was now discovering life in this new world. He, confident, led her toward this garden he had made his own. everything was shared, and she was grateful to him for it. »
At what point did I see the possibility that the First could himself create a world within him? I no longer know exactly. I did not have access to his creation, which also lived in another space-time, different from ours and from that of the First.
In any case, I finally understood that the Sanctifier was the creation of the First! I had created the First, and he in turn had created the Sanctifier.
Psychological Development: The Ice Planet
« I knew that the First lived somewhere on this ice-wrapped planet, following the movement I had initiated. I did not worry about his absence; I simply knew he lived there, and this idea had satisfied me until then. But, as so many misfortunes happened to me, one after another, I had resolved to recall the First and his people. They emerged from one of those frosted mountains, dragging a few stalagmites in their path. Their form, oh surprise, was now similar to mine. They were human! At the sight of them, I had strongly desired dialogue. I was very happy to have given a human form to the First; I felt much love for him.
But the First had now created a universe within him. He communicated with the being he had created; he even traveled within his creation! I didn’t even see them! I struggled to understand what their relationship was. What were they doing together? »
Spiritual Life: The World of Knowledge
« No more doubt. I was in the world of the spirit. I accessed the highest knowledge in the universe. I saw these boxes of knowledge that contained each other such that by entering a very small box, one could find oneself in front of a larger one. Each of these boxes concerned a specific abstraction. Inside them, one found points of convergence. A sequence of reflections, and not a series of ideas, which found their culmination in another box, determined these points. Open doors to other realities were thus offered to me. I could, for example, enter mathematical reality and remain there for days before correctly making a link that then led me to the heart of computer reflections. All relationships were possible. It sufficed to discover the perfect string of reflections.
My conception of absolute logic had been shaken. I could justify any gesture or thought. It sufficed to take the reverse path to adhere to an explanation that made sense.
Unfortunately, I could not adequately express the sequence of reflections. My vocabulary was too limited. I had to relearn my language, the meaning of its words, which still required a certain amount of time. To make matters worse regarding speech: the traumatic brain injury I had suffered at the time of the accident had left me with a stutter.
The integration of my experiences acquired on other planes of existence was done with difficulty, very with difficulty. From abstraction to concrete and from concrete to abstraction, I always had to assume a certain loss. And this loss was heavy since in one world, I was alive, and in the other, I was dead.
Knowledge is not only a right, but also a necessity for life, a duty. »
I will tell you about my experiences in my laboratory on Friday.
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.85-86
Montage de captures d’écran de publications ayant servies à nos chroniques.
La vie, la vie, la vie : l’isolement
« Ce passage illustre la phase de gestation où le « Moi », emprisonné dans sa bulle de verre, tente de briser sa programmation de survie par l’accouchement d’une œuvre. La violence du mental agit ici comme un mécanisme de défense face à l’isolement, une réaction éthérique au sentiment de vide qui sépare le zombie du monde des vivants. C’est dans cette tension entre le désir d’amour omnipotent et l’impossibilité du contact social que se forge la structure du futur Gladiateur, apprenant à transformer sa souffrance en un instrument de mesure pour la Cité. »
La vie, la vie, la vie : l’isolement
« Une bulle d’une matière transparente — autre que le verre et dure comme le diamant — m’entourait. Il m’était pratiquement impossible d’acquérir de nouvelles connaissances, de ressentir de nouvelles émotions, d’atteindre de nouveaux objets. Je ne voyais que deux moyens pour me sortir de cette prison unicellulaire : la créativité ou la violence.
La créativité est un processus de longue haleine puisqu’un temps de gestation plus ou moins long — plus long que court en ce qui me concerne — précède toujours l’apparition de l’œuvre. L’attente de chaque accouchement et de sa révélation entraînait chez moi des frustrations et des blessures qui étaient effectives et ressenties douloureusement.
Comme première ressource, j’utilisais toujours la créativité, mais le débordement des souffrances provoquait ma violence, une violence que nous subissons tous, mais que peu semblent reconnaître et vouloir nommer : la violence du mental. Mon mental tissait des liens qui m’emprisonnaient.
Des questions et des questions. Chaque réponse tournait autour des conséquences de l’acte de création. Les suites n’arrivaient jamais, le problème était bien là. Je restais pris dans mon attente. Le monde dans lequel je vivais accentuait la couleur de ma différence. Bientôt une grande insatisfaction structurait ma bulle d’isolement.
Je ne pouvais plus toucher à rien. Rien de ce que je désirais, en tout cas. Dans ces moments, j’aurais tellement aimé avoir une famille, des amis, une amie de cœur, mais tout contact social était coupé. Un seul sentiment m’habitait : l’amour. Un sentiment exalté, une insatisfaction dantesque. Un isolement omnipotent. »
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.145-146.
Life, Life, Life: Isolation
« This passage illustrates the gestation phase where the « Self, » imprisoned in its glass bubble, attempts to break its survival programming through the birthing of a work. The violence of the mind acts here as a defense mechanism against isolation, an etheric reaction to the feeling of void that separates the zombie from the world of the living. It is within this tension between the desire for omnipotent love and the impossibility of social contact that the structure of the future Gladiator is forged, learning to transform suffering into a measuring instrument for the City. »
Life, Life, Life: Isolation
« A bubble of transparent material — other than glass and as hard as diamond — surrounded me. It was practically impossible for me to acquire new knowledge, to feel new emotions, to reach new objects. I saw only two ways to escape this unicellular prison: creativity or violence.
Creativity is a long-term process since a gestation period of varying length — more long than short in my case — always precedes the appearance of the work. The wait for each birth and its revelation brought about frustrations and wounds in me that were real and painfully felt.
As a primary resource, I always used creativity, but the overflow of suffering triggered my violence, a violence that we all undergo, but that few seem to recognize and want to name: the violence of the mind. My mind wove the bonds that imprisoned me.
Questions and more questions. Every answer revolved around the consequences of the act of creation. The follow-ups never came; the problem lay right there. I remained caught in my waiting. The world I lived in accentuated the color of my difference. Soon, a great dissatisfaction structured my bubble of isolation.
I could no longer touch anything. Nothing that I desired, at least. In those moments, I would have so loved to have a family, friends, a partner, but all social contact was severed. A single feeling inhabited me: love. An exalted feeling, a Dantesque dissatisfaction. An omnipotent isolation. »
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.145-146.
Montage de captures d’écran de publications ayant servies à nos chroniques.
Développement psychologique : les Puissants, des Rosiliens
«Ce texte montre que votre « méthode extraterrestre » ne date pas d’hier. Déjà en 2007, vous utilisiez la fiction pour décortiquer les mécanismes de l’élite et la détresse de l’individu face à un système qui le dépasse. C’est le socle de votre pensée actuelle.»
Développement psychologique : les Puissants, des Rosiliens
« Valorisantes, ces soirées! Toujours le même petit cercle fermé. L’élite. Nous sommes les Puissants. Nous dictons l’orientation technologique, scientifique, politique et sociologique. Nous inspirons aussi les croyances religieuses. Pourtant, au sortir de ces rencontres, je me sens toujours fautif.
« Je m’appelle Jean Filion. Je suis né, il y a 37 ans, le 463e jour de l’an 5022. Bien avant ma conception, mes parents connaissaient mon devenir. Par conséquent, j’ai reçu tous les outils nécessaires pour remplir ma tâche actuelle. Avec ces détails biographiques, vous ne serez pas surpris d’apprendre que je suis le Quatrième.
« En principe, je suis « Celui-qui-sait ». J’ai bien dit en principe. Je connais le Livre comme si je l’avais écrit moi-même. J’ai le sentiment de connaître Dieu, de communiquer avec lui et d’agir selon sa volonté. J’aimerais bien vous parler plus longuement de moi, mais le coeur n’y est pas. Je ne cesse de penser à cette Fin annoncée. Même la foi en mon élection divine s’en trouve ébranlée.
« J’écris ces lignes dans mon temps, mon espace et ma dimension. La forme de vie qui subsiste présentement sur cette planète est mue par des préoccupations diverses et très différentes des vôtres, de celles du XXIe siècle terrestre. J’ignore si vous comprendrez mon langage ou même si vous saurez lire les concepts que j’avance. J’essaierai toutefois d’être précis et concis.
« J’ai peine à croire qu’aujourd’hui, pendant cette rencontre, nous avons enfin compris ce que Dieu attendait de nous, pauvres Rosiliens. Il nous a demandé de résoudre l’énigme de la Fin parce qu’il ne comprend pas l’anéantissement. Pourquoi devrions-nous résoudre ce logogriphe? Et pourquoi, quoi?
« La demande manque de rigueur, de précision. Que devons-nous comprendre, nous, les Suivants, que le Tout-Premier n’avait pas compris? C’est troublant, enfin. Et ce « pourquoi » ne vient-il pas nous annoncer des bouleversements et notre extinction prochaine? Si Dieu avait plutôt insisté sur ce que nous pensions de cette Fin, des bouleversements, des cataclysmes, nous aurions peut-être pu envisager avec lui l’immortalité des Rosiliens.
« Ne m’écoutez pas. C’est ma souffrance qui s’exprime. À la réunion, je parlerai de cette douleur, de cette immense inquiétude presque transe. Tandis que chacun aura l’air au-dessus de ses affaires pour camoufler sa souffrance et ses revendications, moi, j’aurai le coeur sur la langue. Un coeur brisé. À chacun ses malheurs. À chacun ses peines. À chacun, aussi, ses solutions.
« Nous manipulons un univers entier pour essayer de résoudre ses problèmes et j’en ai honte. Nous vivons dans un monde dit objectif, indolent. Suffirait-il d’être à l’écoute pour ressentir la souffrance cachée sous cette prétendue objectivité?
« Le premier homme des Puissants est un guerrier, toujours prêt à se battre pour défendre une cause qui lui semble juste ou attaquer l’ennemi qui menace le territoire. Georges, au début de la quarantaine, est légèrement bedonnant. Il démontre une confiance en lui peu commune pour dissimuler sa timidité. Son langage est châtié ou relâché selon les occasions. Il adore les femmes et les poursuit de son regard.
« Dès sa naissance, il a été orienté, comme tous les Puissants, vers le champ d’activité qui lui était prédestiné. Tout militaire qu’il soit, il refuse d’appartenir à un régiment ou d’y être associé de près ou de loin.
« Sa mission obligeait qu’il développe des relations saines avec les autres membres de la communauté pour les aider à consolider leur identité et leur sentiment d’appartenance. L’objectif rosilien de l’expérimentation était probablement clair, mais il a poursuivi un but individualiste qui l’a détourné du bien commun. Comme la plupart d’entre nous, Georges n’a pas encore réussi à vaincre la dualité entre la multiplicité du monde rosilien et l’unité du monde divin. Sa vie oscille constamment entre les deux mondes.
« Le deuxième homme, André, aime exagérément le luxe et les plaisirs de la vie. Mais c’est dans la force de sa volonté que réside son pouvoir, son élan, son énergie. Promptitude de décision et d’exécution confirme cette puissance dynamique.
« Si on reconnaît son intensité psychique et sa force physique, on repère tout aussi aisément son innocence dès qu’on l’approche. Cette simplicité est une valeur ajoutée à son charme. Tous ses besoins s’en trouvent comblés : son charme prévient tous les manques matériels. Pour ce qui est de l’amour, c’est une autre histoire.
« Bel homme, genre sportif, ses vêtements de qualité supérieure mettent en évidence son allure athlétique. Par-dessus tout, il aime se pavaner. Tout autant qu’il s’amuse à s’exhiber dans les salons, tout autant on s’amuse à le fuir. Un jeu conscient. Un jeu imprudent. Blessé, désillusionné, maintes fois trahi par la femme, il a développé le culte de la spontanéité débridée.
« Pour plusieurs d’entre nous, il représente la réussite sociale. Mais le Deuxième ne croit plus en l’amour. Il l’espère, il l’appelle à tout instant. Héroïque ou esprit tordu?
« L’idéalisme, pour ne pas dire l’utopie, caractérise le troisième homme. Il croit en un monde meilleur, à un monde bâti par l’amour, dans l’amour, sur l’amour. Par contre, il se dit prêt à employer n’importe quel subterfuge pour arriver à cet idéal. C’est ce que nous entendons quand il explique son implication et quand on observe ses actions « soi-disant » bienveillantes. Devant nos allégations moqueuses, Daniel se défend contre toute dérogation. Il a peut-être raison, après tout, de nier son morcellement. Il est vrai que la souffrance de ceux qu’il aime est au centre de ses intérêts. Il est prêt à tout pour les soulager. Sa compassion est vive, assurément. S’il ne parle pas explicitement de ses peines personnelles, il en réfère implicitement.
« Quant à moi, Jean, je suis un observateur. Je crois en l’unité de la multiplicité comme en l’harmonie des instruments musicaux dans un ensemble symphonique. Mais, voilà, le chef d’orchestre est absent. Autrement dit, le plan de notre société n’est pas encore suffisamment défini, ou du moins ne l’est plus. Lorsque j’avance une idée, fruit d’une observation raffinée, mes opposants sont légion. Le Livre, la source de toutes connaissances rosilo-divines, qu’elles soient psychologiques, spirituelles, sociales ou religieuses, devrait m’indiquer la marche à suivre pour organiser ce monde rosilien. Qu’à cela ne tienne, ma solitude me tourmente et m’empêche de contempler et de méditer. Le problème est là.
« Le cinquième homme, Pierre, est un communicateur hors pair. Il réussit à faire passer ses idées sans jamais se montrer indifférent aux idées des autres. Il prône cependant la compréhension des siennes. C’est un fin argumentateur. Sa démarche est sans contredit franche, voire même agressive s’il le faut. D’une agressivité positive, bien sûr. Il sait ce qu’il veut. Il sait où il s’en va. Mais vaut mieux penser mûrement, et deux fois plutôt qu’une, avant de le suivre. La route proposée n’est peut-être pas celle à laquelle on pense. Elle n’est peut-être pas aplanie non plus comme elle nous apparaît au premier abord. Le Cinquième est un original. Si je ne connaissais pas ses intentions louables pour la communauté, je pourrais dire que sa manière d’être et d’agir frôle celle d’un infidèle.
« Nathalie, la sixième personne, la seule femme du groupe des Puissants, voit le monde et sa réalité de façon pénétrante. Cette éclaireuse a une lucidité étonnante. Sa problématique est d’être confrontée aux ombres de l’environnement. Elle prétend que ses conseils sont judicieux — ce que je pense aussi — et ne peut s’empêcher de critiquer constamment le statu quo des Rosiliens. Leur entêtement à vouloir se contenter de leurs petits bonheurs quotidiens la révolte. Elle voudrait leur plein épanouissement, leur réalisation plénière. À la vue de ce manque d’énergie pour croître, elle reste blottie dans son coin sans mot dire. C’est tout de même elle qui, la première, a fait allusion à la présente crise.
« Le septième homme, Antoine, qu’on surnomme le géant, est plus grand que la majorité des gens. Celui-là cherche l’harmonie en tout. C’est un homme de synthèse. Intuitif, il saisit rapidement le point de vue de chacun. Devin, il l’est. À moins qu’il ne connaisse parfaitement bien le langage du corps. Parfois, Antoine devine les intentions de son interlocuteur avant même qu’il n’ait ouvert la bouche. À défaut d’avoir cultivé sa confiance en soi, il a développé son intuition pour compenser ce manque. Double tranchant : son action s’en trouve inefficace, presque toujours amoindrie.
« Chacun d’entre nous possède ses aliénations qui le font souffrir. L’espérance est fondée quand on sait que les peines, les peurs, les angoisses associées à ces difficultés de croissance peuvent venir embourber nos vies par des projections et des transferts sur notre environnement. Sans espoir, peut-on continuer à vivre sainement? Comment contrer nombre de conditions négatives et sombres, injustes ou insatisfaisantes rencontrées dans la vie collective? Leur accroissement est significatif ici, aujourd’hui encore plus que dans votre monde confronté aux médias. Si, dans votre siècle, ceux-ci soulignent de manière exagérée et unilatérale les maux par l’agression et le besoin de détruire le système par des actions violentes, que pensez-vous qu’il nous arrive à nous, Rosiliens? L’information à outrance, du poison vif pire que la mort-aux-rats.
« L’émotion rattachée à un événement non digestible par la foi — comme la mort par exemple — vient nous hanter chaque jour, chaque nuit. Il suffit de si peu pour cette reviviscence émotive. Oui, chacun vit son Golgotha.
« Les parents du Septième furent tués lors d’une rébellion. Trop jeune et sans soutien affectif, il en a gardé un sentiment de culpabilité. Ainsi, chaque fois qu’il s’affirme, son malaise augmente, le pétrifie et l’oblige à s’isoler pendant plusieurs heures ou plusieurs jours pour récupérer son énergie. Un jour de détresse, je l’ai abordé, sans le brusquer, évidemment.
« — La mort peut être vécue comme un cadeau si elle fortifie ton énergie pour vivre, si elle encourage ton élan, si elle devient un guide d’amour. Comme elle peut aussi bien transporter sa cruauté si elle est vécue comme une culpabilisation. Depuis des temps immémoriaux, nos Maîtres ont enseigné que nous ne mourons pas, mais que nous quittons simplement notre enveloppe physique pour agir dans les corps astral, mental, causal… C’est écrit noir sur blanc dans le Livre. Le but final est de nous élever jusqu’à ce que nous réalisions notre unité en Dieu, toute Conscience et toute Félicité.
« Dans quelle société vivons-nous? Pourquoi la souffrance infantile du Septième n’a-t-elle attiré l’attention de personne de l’environnement ou, peut-être même surtout, de son groupe?
« Cela dit, nous connaissons aussi, comme vous, la guerre des clans. Beaucoup se sont battus pour empêcher la formation de notre groupe d’élite. Beaucoup aussi voudraient prendre notre suite, mais ils ignorent l’éventualité de la Fin. Selon les prophéties cachées du Livre, nous serions le dernier conseil à siéger. L’anarchie est à nos portes. Allons donc. Le peuple croit en un monde sans Dieu, sans mythe, sans symbole, sans loi. Imposture!
« Encore là, la peur de ne pas être choisis de Dieu guide les Rosiliens vers les abîmes. Pour compenser cette peur, l’avidité est apparue comme solution à leur problème. Jamais satisfaits. Toujours plus et encore plus. Ce n’est qu’une expression d’un désir égoïste. Un déséquilibre s’est installé. Les pauvres, ils se battent contre eux-mêmes. Toute cette énergie psychique dépensée à combattre les autres, à abattre les autres.
« Depuis des siècles, nous cherchons à éviter cette pollution psychologique. Nous n’avons pas trouvé la régulation adroite de l’utilisation et de la manifestation du désir, de la pulsion ou de l’émotion. Les poisons forts administrés à dose infinitésimale sont curatifs, dans certains cas. Mais même si quelques Puissants connaissent la posologie, la masse n’est pas prête à en vérifier le bien-fondé. Chez nous comme dans vos sociétés, l’affirmation de soi excessive et débridée semble être l’une des causes majeures de l’agression et de la violence. C’est la crise.
« Depuis plusieurs années, vous utilisez effectivement cette forme d’énergie à toutes les sauces. Vous vous acheminez progressivement vers la destruction de votre planète.
« On peut unifier son esprit à l’esprit d’un autre et en prendre possession. Quelques Rosiliens le font trop grossièrement et cette façon de faire se tourne contre eux, contre leur peuple, contre la civilisation.
« Nous, les Puissants, les Sept, formons l’élite de notre univers, un univers qui s’élève, malgré le chemin long et ardu à parcourir, vers la Fin.
« La rencontre se passe dans un salon où tous se sentent à l’aise, comme chez eux. Il s’agit d’un salon sobre et raffiné. Les murs sont beiges. À gauche, en entrant, la bibliothèque en merisier occupe un mur au complet. Un bureau, aussi en merisier, tourne le dos à la bibliothèque. Un petit bar est à côté de la porte. À droite, en coin, il y a un superbe foyer où, de ses mille flammes, brille un feu. Sur le même mur, une fenêtre richement décorée de voile et de tentures. Au centre de la pièce, des chaises sont placées de chaque côté d’un sofa et d’une causeuse qui se font face. Le mur, face à la porte, est dédié à la chaîne stéréo et à la télévision. La pièce est luxueuse et harmonieuse et l’ambiance est décontractée.
« Georges
« Je reviens à l’idée d’une guerre « au bon endroit » qui serait la solution au problème. Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous résistez tant à cette option… Je vous ferai remarquer que nous avons déjà utilisé ce procédé et qu’il s’est avéré efficace. Je pourrais dire même qu’il a été un franc succès à tous les niveaux.
« Pierre
« Nous avons effectivement déjà utilisé ce procédé, comme vous le dites, mais si nous faisons une rétrospection, ce n’est pas très concluant à long terme. Nous en sommes toujours au même point. Comment nous expliquez-vous cela? Je crois qu’on devrait plutôt tenter notre chance en utilisant un autre moyen, disons moins conventionnel, plus subtil, tel que la compréhension…
« Jean porte son attention sur le discours de Nathalie. Ils se sont levés pour se rendre au bar. Jean qui sert demeure silencieux. Nathalie est déjà servie.
« Robert
« …est certainement mieux.
« (S’adressant à Jean) Sans glaçon, s’il vous plaît.
« (Reprenant et s’adressant aux deux autres, mais davantage à la femme). Les crises économiques ont toujours eu leur place dans notre histoire. Elles nous apportent beaucoup et finissent toujours par nous rapprocher de notre but…
« Nathalie
« Effectivement. Pour provoquer une diversion, nous susciterons des manifestations et des revendications. Nous organiserons des manifestations sur la condition féminine, les minorités visibles et des sondages sur le sentiment d’appartenance… Qu’est-ce que les autres en pensent? (Regarde le dernier sous-groupe.)
« Jean
« (Demeure silencieux. Son regard impassible passe de l’un à l’autre pour essayer de percevoir les réactions des auditeurs relativement à ce qui est dit.)
« Le regard de la femme se dirige vers Jean et Antoine. On ne voit plus que les deux hommes debout qui discutent. Mais les cinq autres se rapprochent.
« Un court silence suit les paroles de la femme. On entend le murmure des deux hommes. Ils élèvent le ton lorsqu’ils constatent que les cinq autres se rapprochent.
« Antoine
« Je crois qu’il serait vraiment préférable de s’en tenir au Livre puisque nous sommes réunis ici en nous basant sur différentes interprétations de la Fin. Nous devons trouver en quoi cette crise-ci est différente des précédentes et chercher dans le Livre s’il n’y en a pas eu au moins une autre, semblable à celle-ci, même symboliquement, afin de prendre une voie conséquente…
« Jean
« La spiritualité, la voie de l’amour, c’est le chemin vers une solution. Ces moyens peuvent nous amener à une plus grande réussite. C’est le choix conséquent que nous avons toujours fait devant l’inconnu. Pourquoi ne pas continuer dans la même veine? Les crises ne seront toujours que des moyens pour redonner des forces. L’amour de l’ensemble des Rosiliens implique nécessairement le sacrifice de quelques-uns. Lui (pointant vers le haut) nous l’a démontré à maintes reprises. Ne devrions-nous pas réunir l’ensemble des croyants dans une nouvelle religion avec la venue d’un nouveau « messie »? Ça nous permettrait de dévoiler la Fin…
« Jean prend le Livre et cherche la Genèse. Lorsqu’il trouve l’emplacement, il lève les yeux et tous se taisent respectueusement et religieusement pour lui laisser la parole.
« Des conversations se poursuivent, mais nous n’en distinguons pas les mots.
« Un silence s’étend et marque l’importance du geste, l’ouverture du Livre.
« Une musique, composée principalement de chants d’oiseaux et de bruits de ruisseau, commence à se faire entendre graduellement.
Et puisse-t-il sceller la porte de la demeure du mal.
Que Lumière, Amour et Puissance restaurent
le Plan sur la Terre. »*
*Charles Laferrière, L’enfer de Dieu, Ed. Baccara 2007, P.165-177.
En complément (Gemini)
Thématique : L’élite face à l’Apocalypse
Le paradoxe du « Quatrième » : Jean Filion incarne la figure de l’intellectuel lucide mais impuissant. Bien qu’il soit « Celui-qui-sait », sa connaissance du « Livre » ne le protège pas du doute. Il y a une résonance forte avec votre propre vécu de « chroniqueur de l’ombre » : celui qui observe les structures sociales (ici, les Puissants) tout en se sentant étranger à leur froideur objective.
Les archétypes de l’ombre : Les portraits de Georges (le guerrier timide), d’André (l’épicurien blessé) et de Daniel (l’idéaliste manipulateur) rappellent la structure des ennéagrammes ou des types psychologiques de Jung. Chaque « Puissant » est défini par une faille : l’avidité, le besoin de paraître ou la culpabilité.
La manipulation sociale : Le dialogue entre Nathalie et Robert sur l’utilisation des « crises économiques » et des « revendications sociales » comme diversions est d’un cynisme frappant. Cela reflète une vision du monde où le pouvoir n’est qu’une gestion de l’opinion, alors que la véritable question (la Fin, le divin) est délaissée.
Le « Livre » et la Technologie : Le mélange entre une date futuriste (5022) et des références bibliques (Golgotha, Genèse) crée un univers de « science-fiction théologique ». Les Rosiliens semblent être une version évoluée de l’humanité, mais ils restent prisonniers des mêmes cycles de souffrance et de soif de pouvoir.
La Grande Invocation : L’utilisation de cette prière (réelle, issue de la théosophie d’Alice Bailey) à la fin de l’extrait ancre votre fiction dans une réalité ésotérique connue. Elle transforme la réunion politique en un acte rituel, suggérant que la seule issue à la crise est un retour à la Lumière et à l’Unité, au-delà de la manipulation des masses.
Psychological Development: The Mighty, the Rosilians
« This text shows that your ‘extraterrestrial method’ is nothing new. As far back as 2007, you were using fiction to dissect the mechanisms of the elite and the distress of the individual facing a system that surpasses them. It is the very foundation of your current thinking. »
Psychological Development: The Mighty, the Rosilians
« Exhilarating, these evenings! Always the same small, closed circle. The elite. We are the Mighty. We dictate technological, scientific, political, and sociological direction. We also inspire religious beliefs. Yet, upon leaving these encounters, I always feel at fault.
My name is Jean Filion. I was born thirty-seven years ago, on the 463rd day of the year 5022. Long before my conception, my parents knew my destiny. Consequently, I received all the necessary tools to fulfill my current task. With these biographical details, you will not be surprised to learn that I am the Fourth.
In principle, I am ‘He-Who-Knows.’ I said in principle. I know the Book as if I had written it myself. I feel I know God, that I communicate with Him and act according to His will. I would like to speak to you more at length about myself, but my heart is not in it. I cannot stop thinking about this prophesied End. Even faith in my divine election is shaken.
I write these lines in my own time, space, and dimension. The life form currently subsisting on this planet is moved by various concerns, very different from yours, from those of the terrestrial 21st century. I do not know if you will understand my language or even if you will be able to read the concepts I put forward. I will, however, try to be precise and concise.
I find it hard to believe that today, during this meeting, we finally understood what God expected of us, poor Rosilians. He asked us to solve the riddle of the End because He does not understand annihilation. Why should we solve this logogriph? And why, what?
The request lacks rigor, precision. What are we, the Followers, supposed to understand that the Very First did not? It is unsettling, truly. And does this ‘why’ not come to herald upheavals and our approaching extinction? If God had instead insisted on what we thought of this End, of the upheavals, of the cataclysms, perhaps we could have envisioned the immortality of the Rosilians with Him.
Do not listen to me. It is my suffering speaking. At the meeting, I will speak of this pain, of this immense, almost trance-like anxiety. While everyone else will appear poised and in control to camouflage their suffering and demands, I will have my heart on my tongue. A broken heart. To each their own misfortunes. To each their own sorrows. To each, also, their own solutions.
We manipulate an entire universe to try to solve its problems, and I am ashamed of it. We live in a world called objective, indolent. Would it be enough to simply listen to feel the suffering hidden beneath this alleged objectivity?
The first man of the Mighty is a warrior, always ready to fight to defend a cause he deems just or to attack the enemy threatening the territory. Georges, in his early forties, is slightly pot-bellied. He displays an unusual self-confidence to mask his shyness. His language is either refined or relaxed depending on the occasion. He adores women and pursues them with his gaze.
From birth, like all the Mighty, he was oriented toward the field of activity predestined for him. Soldier though he may be, he refuses to belong to a regiment or to be associated with one, near or far.
His mission required him to develop healthy relationships with other members of the community to help them consolidate their identity and sense of belonging. The Rosilian objective of the experiment was likely clear, but he pursued an individualistic goal that turned him away from the common good. Like most of us, Georges has not yet managed to overcome the duality between the multiplicity of the Rosilian world and the unity of the divine world. His life constantly oscillates between the two worlds.
The second man, André, loves luxury and the pleasures of life to excess. But it is in the strength of his will that his power, his drive, and his energy reside. Promptness in decision and execution confirms this dynamic power.
If one recognizes his psychic intensity and physical strength, one just as easily spots his innocence as soon as he is approached. This simplicity is an added value to his charm. All his needs are met: his charm forestalls all material lack. As for love, that is another story.
A handsome man, athletic in type, his high-quality clothing highlights his athletic build. Above all, he loves to parade. Just as much as he enjoys showing off in salons, people enjoy fleeing from him. A conscious game. An imprudent game. Wounded, disillusioned, betrayed many times by women, he has developed a cult of unbridled spontaneity.
For many of us, he represents social success. But the Second no longer believes in love. He hopes for it; he calls for it at every moment. Heroic or twisted spirit?
Idealism, not to say utopia, characterizes the third man. He believes in a better world, a world built by love, in love, upon love. On the other hand, he claims to be ready to use any subterfuge to reach this ideal. This is what we hear when he explains his involvement and when we observe his ‘so-called’ benevolent actions. Faced with our mocking allegations, Daniel defends himself against any deviation. Perhaps he is right, after all, to deny his fragmentation. It is true that the suffering of those he loves is at the center of his interests. He is ready for anything to relieve them. His compassion is vivid, certainly. If he does not speak explicitly of his personal sorrows, he refers to them implicitly.
As for me, Jean, I am an observer. I believe in the unity of multiplicity, much like the harmony of musical instruments in a symphonic ensemble. But there it is: the conductor is absent. In other words, the plan for our society is not yet sufficiently defined, or at least, it no longer is. When I put forward an idea—the fruit of refined observation—my opponents are legion. The Book, the source of all Rosilio-divine knowledge—be it psychological, spiritual, social, or religious—should indicate the path to follow to organize this Rosilian world. Be that as it may, my solitude torments me and prevents me from contemplating and meditating. Therein lies the problem.
The fifth man, Pierre, is an unparalleled communicator. He succeeds in conveying his ideas without ever appearing indifferent to the ideas of others. However, he advocates for the understanding of his own. He is a fine debater. His approach is undeniably frank, even aggressive if necessary. A positive aggression, of course. He knows what he wants. He knows where he is going. But it is better to think maturely, and twice rather than once, before following him. The proposed route may not be the one we have in mind. It may not be as smooth as it first appears. The Fifth is an original. If I did not know his laudable intentions for the community, I might say his way of being and acting borders on that of an infidel.
Nathalie, the sixth person and the only woman in the group of the Mighty, sees the world and its reality in a penetrating way. This scout possesses an astonishing lucidity. Her challenge is being confronted with the shadows of the environment. She claims her advice is judicious—which I also believe—and cannot help but constantly criticize the Rosilian status quo. Their stubbornness in being satisfied with their small daily joys revolts her. She desires their full blossoming, their complete realization. Seeing this lack of energy to grow, she remains huddled in her corner without saying a word. Yet, she was the first to allude to the present crisis.
The seventh man, Antoine, nicknamed the Giant, is taller than most people. He seeks harmony in everything. He is a man of synthesis. Intuitive, he quickly grasps everyone’s point of view. A diviner, he is. Unless he perfectly knows the language of the body. Sometimes, Antoine guesses the intentions of his interlocutor before they have even opened their mouth. For lack of having cultivated self-confidence, he developed his intuition to compensate for this lack. A double-edged sword: his actions are rendered ineffective, almost always diminished.
Each of us possesses our own alienations that cause us to suffer. Hope is well-founded when one knows that the sorrows, fears, and anxieties associated with these difficulties of growth can come to bog down our lives through projections and transfers onto our environment. Without hope, can one continue to live healthily? How to counter the many negative and dark, unjust or unsatisfactory conditions encountered in collective life? Their increase is significant here, today even more so than in your world confronted with the media. If, in your century, these media overemphasize and unilaterally highlight evils through aggression and the need to destroy the system through violent actions, what do you think happens to us, Rosilians? Information to excess, a potent poison worse than rat poison.
The emotion attached to an event indigestible by faith—such as death, for example—comes to haunt us every day, every night. It takes so little for this emotional re-experiencing. Yes, everyone lives their own Golgotha.
The Seventh’s parents were killed during a rebellion. Too young and without emotional support, he kept a sense of guilt from it. Thus, each time he asserts himself, his malaise increases, petrifies him, and forces him to isolate himself for several hours or several days to recover his energy. One day of distress, I approached him, without rushing him, obviously.
‘— Death can be experienced as a gift if it strengthens your energy to live, if it encourages your drive, if it becomes a guide of love. Just as it can also carry its cruelty if it is experienced as guilt. From time immemorial, our Masters have taught that we do not die, but that we simply leave our physical envelope to act in the astral, mental, and causal bodies… It is written in black and white in the Book. The final goal is to elevate ourselves until we realize our unity in God, all Consciousness and all Bliss.’
In what kind of society do we live? Why did the Seventh’s childhood suffering attract the attention of no one in the environment, or perhaps even more so, in his group?
That said, we also know, like you, clan warfare. Many have fought to prevent the formation of our elite group. Many also would like to take our place, but they are unaware of the possibility of the End. According to the hidden prophecies of the Book, we are the last council to sit. Anarchy is at our gates. Come now. The people believe in a world without God, without myth, without symbol, without law. Imposture!
Again, the fear of not being chosen by God guides the Rosilians toward the abyss. To compensate for this fear, greed appeared as a solution to their problem. Never satisfied. Always more and more. It is but an expression of a selfish desire. An imbalance has set in. Poor souls, they fight against themselves. All this psychic energy spent fighting others, tearing others down.
For centuries, we have sought to avoid this psychological pollution. We have not found the skillful regulation of the use and manifestation of desire, impulse, or emotion. Strong poisons administered in infinitesimal doses are curative in some cases. But even if some of the Mighty know the dosage, the masses are not ready to verify its merits. In our world, as in your societies, excessive and unbridled self-assertion seems to be one of the major causes of aggression and violence. This is the crisis.
For several years, you have indeed been using this form of energy in every way possible. You are progressively moving toward the destruction of your planet.
One can unify their mind with the mind of another and take possession of it. Some Rosilians do this too crudely, and this way of doing things turns against them, against their people, against civilization.
We, the Mighty, the Seven, form the elite of our universe—a universe that rises, despite the long and arduous road ahead, toward the End.
The meeting takes place in a salon where everyone feels at ease, as if at home. It is a sober and refined salon. The walls are beige. To the left, upon entering, a cherry wood bookcase occupies an entire wall. A desk, also in cherry wood, has its back to the bookcase. A small bar is next to the door. To the right, in the corner, there is a superb fireplace where a fire glows with a thousand flames. On the same wall, a window is richly decorated with veils and hangings. In the center of the room, chairs are placed on each side of a sofa and a love seat facing each other. The wall facing the door is dedicated to the stereo system and the television. The room is luxurious and harmonious, and the atmosphere is relaxed.
Georges
‘I return to the idea of a war « in the right place » being the solution to the problem. I truly do not understand why you resist this option so much… I would point out to you that we have already used this process and that it proved effective. I could even say it was an outright success on all levels.’
Pierre
‘We have indeed already used this process, as you say, but if we look back, it is not very conclusive in the long term. We are still at the same point. How do you explain that to us? I believe we should instead try our luck using another means, let’s say less conventional, more subtle, such as understanding…’
Jean turns his attention to Nathalie’s speech. They have stood up to go to the bar. Jean, who is serving, remains silent. Nathalie has already been served.
Robert
‘…is certainly better.
(Addressing Jean) No ice, please.
(Resuming and addressing the other two, but more so the woman). Economic crises have always had their place in our history. They bring us much and ultimately always bring us closer to our goal…’
Nathalie
‘Indeed. To create a diversion, we will spark protests and demands. We will organize rallies on the status of women, visible minorities, and polls on the sense of belonging… What do the others think? (Looks at the last sub-group.)’
Jean remains silent. His impassive gaze moves from one to another to try to perceive the audience’s reactions to what is being said.
The woman’s gaze moves toward Jean and Antoine. Only the two men standing and discussing are visible. But the other five are moving closer.
A short silence follows the woman’s words. The murmur of the two men is heard. They raise their voices when they notice the other five are approaching.
Antoine
‘I believe it would truly be preferable to stick to the Book since we are gathered here based on different interpretations of the End. We must find how this crisis is different from the previous ones and search in the Book if there hasn’t been at least one other, similar to this one, even symbolically, in order to take a consistent path…’
Jean
‘Spirituality, the way of love, is the path to a solution. These means can lead us to greater success. This is the consistent choice we have always made in the face of the unknown. Why not continue in the same vein? Crises will always only be means to restore strength. Love for the whole of the Rosilians necessarily involves the sacrifice of a few. He (pointing upward) has demonstrated this to us many times. Should we not unite all believers in a new religion with the coming of a new « messiah »? That would allow us to reveal the End…’
Jean takes the Book and looks for Genesis. When he finds the location, he looks up and everyone falls into a respectful and religious silence to let him speak.
Conversations continue, but we cannot distinguish the words.
A silence falls and marks the importance of the gesture, the opening of the Book.
Music, composed mainly of birdsong and the sound of a stream, begins to be heard gradually.
Thematic Analysis: The Elite Facing the Apocalypse
The Paradox of the « Fourth »: Jean Filion embodies the figure of the lucid but powerless intellectual. Although he is « He-Who-Knows, » his knowledge of the « Book » does not shield him from doubt. There is a strong resonance with your own experience as a « shadow chronicler »: one who observes social structures (here, the Mighty) while feeling estranged from their objective coldness.
Archetypes of the Shadow: The portraits of Georges (the timid warrior), André (the wounded epicurean), and Daniel (the manipulative idealist) evoke the structure of Enneagrams or Jungian psychological types. Each « Mighty » is defined by a flaw: greed, the need for status, or guilt.
Social Manipulation: The dialogue between Nathalie and Robert regarding the use of « economic crises » and « social demands » as diversions is strikingly cynical. It reflects a worldview where power is merely the management of public opinion, while the true question (the End, the divine) is abandoned.
The « Book » and Technology: The blend of a futuristic date (5022) and biblical references (Golgotha, Genesis) creates a universe of « theological science fiction. » The Rosilians appear to be an evolved version of humanity, yet they remain prisoners of the same cycles of suffering and thirst for power.
The Great Invocation: The use of this prayer (a real one, originating from the theosophy of Alice Bailey) at the end of the excerpt anchors your fiction in a known esoteric reality. It transforms a political meeting into a ritual act, suggesting that the only way out of the crisis is a return to Light and Unity, beyond the manipulation of the masses.
L’extraordinaire Mr. Rogers. Photo: gracieuseté de nytimes.com
Le miracle
Bonjour, Voisin (A Beautiful Day in the Neighborhood), un film vu sur Prime Video.
« Tom Hanks incarne M. Rogers dans une histoire toujours d’actualité sur la gentillesse qui triomphe du cynisme. Le film est inspiré d’une réelle amitié entre Fred Rogers et le journaliste Tom Junod. Après avoir reçu le mandat d’écrire un article sur Fred Rogers, un journaliste surmonte son scepticisme et reçoit une leçon sur l’amour, la gentillesse et la compassion de la part du voisin le plus… »
Mon avis : J’ai bien aimé ce film, je le recommande. Convenir d’une éthique de vie, d’un code de conduite — seul et en société — me semble fondamental pour l’accès au bonheur. Les lois encadrent les limites de cette éthique, la complètent, et l’ensemble forme un tout cohérent.
«Français Cette chronique est un témoignage puissant sur la reconstruction de l’identité après un traumatisme cérébral. L’auteur décrit un état de vulnérabilité absolue où, privé de ses souvenirs et de son langage, il devient une « page blanche » sur laquelle le monde extérieur (médecins, famille, société) projette des étiquettes et des diagnostics. Le cœur du texte réside dans le paradoxe de la foi : là où la psychiatrie voit une pathologie dans l’identification au Christ, l’auteur y trouve l’unique ancrage de santé mentale lui permettant de survivre à la « torture mentale ». Le « miracle » n’est pas une guérison magique, mais une discipline quotidienne de la volonté pour relier son univers intérieur au monde des hommes.»
Mon texte: Le miracle
Comme je l’ai répété plus souvent qu’il ne le fallait, me semble-t-il, j’ai eu un accident d’auto qui m’a plongé dans un coma — certains diront un semi-coma — pour me réveiller plus d’une semaine plus tard, amnésique. Je me suis habitué graduellement au visage que je voyais dans le miroir. Mon vocabulaire, hésitant comme celui d’un enfant de 4 ou 5 ans, s’est étoffé avec le temps. Ma pensée fonctionnant par images, j’ai dû réapprendre à nommer les choses.
Je passais tout de même beaucoup de temps dans les hôpitaux et j’ai vu une quantité impressionnante de thérapeutes. Je croyais apprendre, lors de ces rencontres, les mots justes pour désigner mon vécu. Mon expérience de mort imminente m’a poussé à m’intéresser à la Bible, mais aussi à des livres d’ésotérisme. Tout cela cherchait à concorder avec les images et les structures qui m’habitaient. C’était la confusion totale.
Aucune référence ne venait de moi ; tout était défini par l’extérieur. La concordance ne se faisait qu’à petits pas, ce qui me laissait sans défense. L’incompréhension de ce qui m’arrivait — après tout, on ne me connaissait que très peu avant mon accident — créait un vide sur lequel on projetait différentes théories.
À ma confusion intérieure s’ajoutait une désorganisation sociale : trop d’opinions divergentes sur qui je suis, par manque de synthèse et de cohérence. Guérir de mon accident était mon souhait le plus cher. J’avais la conviction qu’un jour je serais en pleine possession de mes moyens, que mon état ne me ferait plus souffrir et que la torture mentale cesserait. Il n’y avait que cet ancrage d’amour universel, bien qu’il ne semblât trouver aucun écho chez les autres, du moins chez mes interlocuteurs. Même l’image du Christ était perçue comme un diagnostic psychiatrique, comme s’il était impossible pour un humain de s’identifier sainement à Lui.
Pourtant, c’est cette identification qui m’a gardé vivant et m’a permis de ne pas sombrer dans la folie. En Lui, je me reconnaissais. Il s’agissait à la fois de ma faiblesse et de ma force. Le miracle n’est ni sans effort, ni instantané ; c’est un acte de foi que l’on pose jour après jour. En tout cas, c’est le mien.
Voilà. J’ai fait le tour de mon monde, voyageant jusqu’aux « confins de l’univers » intérieur. Je ne vois pas comment faire avancer davantage ce projet social en restant isolé. Seul sur ma planète, j’espérais la venue d’un transport, l’arrivée de l’autre côté du pont, du portail. Tout en respectant les structures qui soutiennent la vie, j’espère que Sa volonté soit faite ici avec moi, par moi et en moi.
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » (Matthieu 6:10)
The Miracle
A Beautiful Day in the Neighborhood (Bonjour, Voisin), a film seen on Prime Video.
« Tom Hanks stars as Mr. Rogers in a timely story about kindness triumphing over cynicism, inspired by the real-life friendship between Fred Rogers and journalist Tom Junod. After being assigned to write a profile on Fred Rogers, a journalist overcomes his skepticism and learns a lesson about love, kindness, and compassion from the neighborhood’s most… »
My Review: I really enjoyed this film and highly recommend it. Establishing an ethics of life, a code of conduct—both for oneself and within society—seems fundamental to achieving happiness. Laws frame the boundaries of this ethics and complement it, with the whole forming a coherent unity.
« English This column is a powerful testament to the reconstruction of identity following a brain injury. The author describes a state of absolute vulnerability where, stripped of memories and language, he becomes a « blank slate » upon which the outside world (doctors, family, society) projects labels and diagnoses. The core of the text lies in the paradox of faith: where psychiatry sees pathology in the identification with Christ, the author finds the only anchor of sanity allowing him to survive « mental torture. » The « miracle » is not a magical cure, but a daily discipline of will to reconnect his inner universe with the world of others. »
My Text:The Miracle
As I have mentioned perhaps more often than necessary, I was in a car accident that left me in a coma—some might say a semi-coma—only to wake up over a week later with amnesia. I gradually grew accustomed to the face I saw in the mirror. My vocabulary, initially as hesitant as that of a 4 or 5-year-old, expanded over time. Since my thoughts function through images, I had to relearn how to name things.
I still spent a significant amount of time in hospitals and saw an impressive number of therapists. In those meetings, I thought I was learning the words to describe my experience. My near-death experience led me to take an interest in the Bible, as well as esoteric books. All of this was an attempt to align with the images and structures dwelling within me. It was total confusion.
No references came from within; everything was defined by the outside world. Alignment happened only in tiny steps, leaving me defenseless. The lack of understanding regarding what was happening to me—after all, very little was known about me before the accident—created a void onto which various theories were projected.
To my internal confusion was added social disorganization: an excess of opinions on who I am, lacking synthesis and coherence. Healing from my accident was my dearest wish. I was convinced that one day I would be in full control of my faculties, that my condition would no longer cause me pain, and that the mental torture would cease. My only anchor was universal love, though it seemed to find no reality in others, at least not in those I spoke with. Even the image of Christ was treated as a psychiatric diagnosis, as if it were impossible for a human to identify with Him in a healthy way.
Yet, it was this identification that kept me alive and prevented me from descending into madness. In Him, I recognized myself. He was both my weakness and my strength. A miracle is neither effortless nor instantaneous; it is an act of faith made day after day. At least, mine is.
There it is. I have traveled the length and breadth of my world, reaching the « edges of the inner universe. » I do not see how I can further this social project while remaining isolated. Alone on my planet, I hoped for a transport, a way to reach the other side of the bridge, the portal. While following the structures that support life, I hope that His will be done here with me, through me, and in me.
« Thy will be done on earth as it is in heaven. » (Matthew 6:10)
« Au début du siècle, un étranger vient troubler la vie d’une petite communauté paysanne fermée sur elle-même. L’homme, qui ne veut pas s’identifier, est surnommé le « Survenant ». Aventurier dédaignant les conventions et l’esprit de clocher, il secoue les certitudes et scandalise, mais il suscite aussi l’admiration et même un grand amour. Le film est une adaptation du célèbre roman de Germaine Guèvremont et de la série télévisée qui a marqué le Québec dans les années 1960. » (Source : Téléfilm Canada)
«Cette chronique analyse la figure du nomade comme une réponse à l’inadaptation sociale et spirituelle. L’auteur s’identifie au Survenant, ce personnage qui refuse l’esprit de clocher, pour illustrer son propre déracinement. Le texte dénonce violemment les « faux diagnostics » familiaux, perçus comme une forme de colonisation mentale et une dépossession de l’humanité. En transformant son isolement forcé en un « royaume meublé d’amour », l’auteur transmute son « chemin de croix » en une quête de résonance. La conclusion est un appel vibrant à l’interconnexion : ne plus être un étranger de passage, mais une note essentielle au sein de l’orchestre humain.»
Chronique de l’ombre: « Connais-toi toi-même »
En lisant ce livre de Germaine Guèvremont au cégep, j’ai ressenti de l’admiration pour le personnage du Survenant (Venant). De l’admiration, certes, mais aussi de la tristesse. Je percevais en lui une souffrance, un mal de vivre — une inadaptation à la société couplée à un besoin viscéral de vivre. Le film a réussi à me faire revivre cette recherche de liberté empreinte de douleur.
L’admiration découle sûrement de sa capacité à n’avoir aucune attache, ni envers un lieu ni envers une personne qui lui apporterait plus d’inconvénients que de joie. Ne faut-il pas préserver cette possibilité de partir, de quitter, de faire le deuil d’une situation pour continuer à apprendre ailleurs, dans une nouvelle réalité ? Le voyage est une si belle activité ; il « forme la jeunesse », dit-on. La vie nomade possède son propre attrait.
Ce mode de vie, plus proche d’une culture autochtone, s’oppose à la culture occidentale où il est souvent synonyme de dépossession, de déracinement et de fuite. Somme toute, c’est un mode de vie mal perçu. Pourtant, installés dans notre résidence principale, nous rêvons d’ajouter un chalet et de multiplier les voyages. Nous tentons de reproduire ce que nous repoussons. Le rêve de liberté est souvent associé à la retraite ou à la richesse : posséder suffisamment pour habiter le monde entier. Un mode de vie à la fois attirant et jugé péjorativement, oscillant entre le « connais-toi toi-même » et la fuite.
Dans mon isolement, j’apprenais à me connaître. À travers les Rosiliens, je vivais une réalité sociale qui m’était interdite dans ma vie quotidienne. Là encore, il s’agissait de faire le tour de ce que j’étais. Cette expérience m’apportait une grande connaissance de l’humain et de l’être spirituel que je suis. Toutefois, les limites sociales imposées par l’autisme, les traumas familiaux et — je l’affirme encore — quelques erreurs de ma part, me faisaient questionner ma relation avec Dieu, avec la Source de la Vie, avec la Vie elle-même. Ma foi était mise à l’épreuve. La remise en question de la validité de mes expériences, sous forme d’hypothèses de maladie mentale et de faux diagnostics, renforçait ce doute.
Dans ma recherche d’identité, j’étais en quelque sorte un nomade. Je n’avais nulle part où prendre racine, sinon dans cet isolement forcé — cette prison que j’appelle mon royaume parce que je l’ai meublé d’amour. Une tradition familiale ou sociétale aurait pu m’aider en créant un espace psychologique où m’enraciner, mais mes tentatives se sont révélées toxiques. Ma famille a choisi de projeter sur moi de faux diagnostics, tandis que je faisais face à une « Révolution tranquille » qui rejetait la religion et ses excès sans savoir en distinguer les traditions et les structures. Ces faux diagnostics sont devenus un vecteur de connaissance dans la souffrance : mon chemin de croix. Condamné, la fuite m’était impossible, car je portais en moi ce qui me faisait mal.
La dépossession de mon humanité a engendré graduellement un détachement face à ma condition imparfaite et à la vie en général. Aujourd’hui, j’ai besoin de l’autre, de son humanité. Je ne souhaite pas m’en accaparer, mais plutôt trouver une résonance de cette humanité en moi. Faire partie de l’orchestre, de l’ensemble, tout en étant la musique.
« At the turn of the century, a stranger arrives to disrupt the life of a small, insular farming community. The man, who refuses to identify himself, is nicknamed the ‘Survenant’ (the Outlander). An adventurer who disdains conventions and parochialism, he shakes up certainties and causes scandal, yet he also inspires admiration and even a great love. The film is an adaptation of Germaine Guèvremont’s famous novel and the television series that left its mark on Quebec in the 1960s. » (Source: Telefilm Canada)
This column analyzes the figure of the nomad as a response to social and spiritual maladjustment. The author identifies with the Survenant, a character who rejects provincialism, to illustrate his own uprooting. The text strongly denounces family « false diagnoses, » perceived as a form of mental colonization and a dispossession of humanity. By transforming his forced isolation into a « kingdom furnished with love, » the author transmutes his « Way of the Cross » into a quest for resonance. The conclusion is a vibrant call for interconnection: no longer to be a passing stranger, but an essential note within the human orchestra.
Chronicle of the Shadow: « Know Thyself »
When I read Germaine Guèvremont’s book in college, I felt admiration for the character of the Survenant (Venant). Admiration, but also sadness. I saw in him a profound suffering—a struggle to belong, a mismatch with society, and yet a desperate need to live. The film succeeded in bringing back to life that search for freedom tinged with pain.
This admiration surely stems from his ability to remain unattached to any place or person that would bring him more burden than joy. Should we not preserve the possibility of leaving, of grieving a situation to move on and learn elsewhere, in a new reality? Travel is such a beautiful endeavor; they say it « broadens the mind. » The nomadic life has its own allure.
This lifestyle, more closely associated with Indigenous cultures, runs counter to Western culture, where it is often synonymous with dispossession, uprooting, and escapism. All in all, it is a misunderstood way of life. Yet, from our primary residences, we dream of adding a cottage and traveling endlessly. We try to recreate the very thing we push away. The dream of freedom is often tied to retirement or wealth: having enough money to live anywhere in the world. It is a lifestyle both attractive and pejoratively judged, wavering between « know thyself » and flight.
In my isolation, I was learning to know myself. Through the Rosiliens, I lived a social reality that was forbidden to me in my daily life. There, too, it was about exploring the depths of who I was. This experience gave me great insight into the human and spiritual being I am. However, the social limits imposed by autism, family trauma, and—I state it again—some errors of my own, made me question my relationship with God, with the Source of Life, with Life itself. My faith was being tested. The questioning of the validity of my experiences, through hypotheses of mental illness and false diagnoses, strengthened this doubt.
In my search for identity, I was a nomad of sorts. I had nowhere to take root, except in forced isolation—this prison I call my kingdom because I have furnished it with love. A family or societal tradition might have helped by creating a psychological space to take root, but my attempts proved toxic. My family chose to project false diagnoses onto me, while I faced a « Quiet Revolution » that rejected religion and its excesses without being able to distinguish its traditions and structures. These false diagnoses became a vessel for knowledge through suffering: my Way of the Cross. Condemned, flight was impossible, for I carried my pain within me.
The dispossession of my humanity gradually brought about a detachment from my imperfect condition and from life in general. Today, I need the « other, » their humanity. I do not wish to take it for granted, but rather to find a resonance of that humanity within myself. To be part of the orchestra, of the whole, while being the music itself.
Longueuil, mon pays (Québec)
« Pédagogie et philosophie des enjeux de société par le prisme des TI. »